Chapitre 2

Haibara avait toujours rejeté l'idée qu'il puisse exister quoi que ce soit en dehors de ce qu'elle pouvait percevoir, que ce soit par l'intermédiaire de ses yeux ou des théories par lesquels les scientifiques comme elle donnaient un semblant de cohérence au monde qui les entourait. C'était sans doute on ne peux plus humain de s'imaginer que le monde était plus vaste que ce que l'on pouvait croire, qu'il y avait une place où nos rêves et nos désirs pouvaient exister en restant à l'abri du froid démenti de la réalité.

Les humains ne pouvaient pas admettre que leur conscience finisse par s'évanouir dans le néant, alors ils s'imaginaient avoir une âme capable de survivre à la mort du corps. Ils ne pouvaient pas admettre les limites de la justice, alors ils avaient imaginé un enfer où les criminels expieraient pour l'éternité les atrocités qu'ils avaient commises, et maintenant ils s'imaginaient une divinité vengeresse qui ne laisserait aucun crime impuni. Haibara ne pouvait pas admettre que l'organisation puisse continuer de prospérer malgré les flots de sang répandu chaque jour par ses membres, alors elle s'imaginait que le pouvoir de ce carnet était réel et lui permettrait de la réduire à néant.

Oui, elle était humaine, et les humains ne pourront jamais s'empêcher de rêver. Mais elle était aussi la mieux placée pour savoir que dès que l'on voulait franchir la barrière séparant les rêves de la réalité, il y avait un prix à payer pour cela. Certains humains avaient voulu se sentir immortel au lieu de simplement s'imaginer pouvoir l'être, cela avait abouti à la naissance de l'organisation et au gâchis d'un nombre incalculable de vies. Akemi avait voulu que sa sœur puisse goûter la liberté et le bonheur dans sa vie et non seulement dans ses rêves, cela avait abouti à sa mort et à une vie de terreur et de solitude pour celle qu'elle voulait sauver. Mais pourtant…

Pourtant, elle et Conan étaient les preuves vivantes que les crimes de l'organisation n'avaient pas été commis pour une chimère, et elle pouvait goûter jour après jour un semblant de ce bonheur et de cette liberté que désirait lui offrir sa sœur… Peut-être… Peut-être que la barrière entre les rêves et la réalité n'était pas aussi rigide qu'elle l'avait cru. Peut-être que l'on pouvait être gagnant dans un pacte avec le diable.

Un sourire cynique plissa les lèvres de la chimiste à cette pensée. Oui, elle avait trouvé le mot juste. Le projet qui avait donné naissance au syndicat il y a un demi-siècle de cela, l'arrangement que sa sœur avait passé avec Gin, l'utilisation de ce carnet, n'étaient-ce pas à chaque fois un véritable pacte avec le diable ?

Après tout, si le pouvoir de ce carnet était réel, la chute de l'organisation le serait tout autant, mais avoir recours à ce moyen là pour réaliser ce rêve, est ce que cela ne revenait pas à dire définitivement adieu à la rédemption que lui avait offert sa sœur et Kudo ?

Ce reflet que lui renvoyait sa glace chaque matin avait beau lui donner parfois l'impression de ne pas être le sien, sa vision n'avait jamais suscité de dégoût chez elle. Mais dès l'instant où elle inscrirait un nom dans ce carnet… A présent, elle ne pourrait plus se donner de fausses excuses en se répétant qu'elle n'avait aucun moyen de savoir que ce carnet remplirait bien les promesses qui étaient inscrite sur sa première page. Au moins une personne sur terre partageait la même malédiction ou la même bénédiction qu'elle, et si ce mystérieux tueur en série avait répondu au défi de L en toute connaissance de cause, ce qu'il ignorait, c'est qu'il avait lancé du même coup un défi à une autre personne, elle. Oui, elle ne pouvait plus considérer ce carnet comme un jouet. A partir de maintenant, elle allait devoir prendre une décision et en assumer les conséquences. Elle pouvait donner ce carnet à Kudo, il ne succomberait pas à la tentation de s'en servir autrement que comme indice pour contribuer à la capture de ce tueur et comme preuve décisive lors de son procès. Elle pouvait brûler ce carnet et ainsi être sûr qu'il n'arracherait, ni la vie d'un imbécile de détective en le poussant à défier un adversaire au moins aussi dangereux que celui contre lequel il luttait jour après jour, ni l'âme d'une criminelle en la poussant à défier ses ex-employeurs sur leur propre terrain, celui du meurtre de masse.

Et enfin, elle pouvait tenter de purifier le monde de l'organisation de la même manière que son mystérieux collègue le purifiait de ses criminels…

Son collègue… Comment devrait-elle le considérer dans l'éventualité où elle succomberait à la même tentation que lui ?

Etait-il préférable de l'ignorer ou de l'utiliser ? Il pouvait constituer un bouc émissaire parfait, la protégeant aussi bien de l'organisation que de la police en assumant à sa place ses crimes. Non, reprendre ses méthodes était trop risqués, cela pourrait attirer sur elle l'attention de L, ou pire, de Kira en personne, deux adversaires qu'elle ne devait surtout pas prendre à la légère.

Puisqu'elle était libre d'établir avec précision les circonstances précises de la mort de ses victimes, elle pouvait très bien s'arranger pour qu'elles meurent par accident ou de la main de leurs propres collègues, des décès qui n'attireraient ni l'attention du détective ni celle du tueur en série.

Tout de même, l'existence de ce carnet était une chose terrifiante. Si jamais quelqu'un d'autres qu'elle l'avait ramassé dans ce parc ce jour là et que cette hypothétique personne avait été un membre de l'organisation… Haibara se mit à frémir à cette pensée. Bon, les chances pour que la personne qui se soit emparé de ce carnet fasse partie du syndicat étaient quand même proches de zéro… Quoique…En un sens, c'est pourtant ce qui s'était passé. Encore une chance que de tout les membres de l'organisation, ce soit elle qui ait été sélectionné par le destin ou le hasard. Le hasard ? Etait-ce vraiment le hasard qui avait mis ce carnet sur son chemin ou bien avait-elle été destiné dès le début à en être la propriétaire ? La chimiste manqua de pouffer de rire devant ses propres prétentions. Elle n'allait quand même pas s'imaginer être une élue de Dieu chargé d'une croisade contre l'organisation, elle pouvait encore percevoir la frontière entre la fierté et la mégalomanie, et elle n'était pas le moins du monde déterminé à la franchir.

D'un autre côté, la possibilité que ce carnet ait pu être abandonné à la portée du premier venu était terrifiante… Combien de personne aurait résisté à la tentation de s'en servir ? Combien de personnes auraient-elles réussi à refouler le désir de supprimer le collègue de travail qui avait obtenu à votre place la promotion que vous estimiez mériter, l'homme qui avait réussi à séduire sous votre nez la femme dont vous étiez amoureux sans oser lui avouer, le professeur qui se permettait de vous humilier devant vos camarades de classes ?

De ce point de vue, on pouvait au moins considérer que celui désigné par le pseudonyme de Kira était loin d'être aussi méprisable que l'affirmait ses détracteurs. Après tout, son but était louable même si les moyens qu'il employait l'étaient beaucoup moins. Parmi tout ceux qui auraient pu s'emparer de ce carnet, bien peu l'aurait utilisé dans une perspective aussi altruiste.

Altruiste, un tueur en série ? L'idée était plus grotesque qu'autre chose mais pourtant…

D'après L, Kira aurait exercé son pouvoir pour la première fois sur un meurtrier et au cours d'une prise d'otage. Certes, beaucoup de personnes auraient été suffisamment hypocrites pour se donner bonne conscience en testant le pouvoir de ce carnet sur une victime que personne n'aurait regretté et en sauvant par la même occasion la vie de ses otages, il était plus que probable que ce Kira ne fasse pas exception. Oui, c'était sûrement la curiosité et l'ennui qui avait du le pousser à ce premier crime. Mais les autres ? Tout les autres ? Quel pouvaient avoir été ses motivations pour ces autres meurtres? La vengeance ? Dans ce cas, il ne se serait attaqué qu'aux criminels qui l'aurait fait souffrir, pas à la criminalité du monde entier.

Etait-il incapable de résister à l'ivresse que lui procurait ce droit de vie et de mort dont il était investi, tout en demeurant suffisamment prisonnier de sa morale pour ne l'exercer que sur des personnes qui méritaient leur sort ?

Mais dans ce cas, pourquoi avoir procédé de manière aussi peu discrète en révélant son existence au monde entier ? Etait-ce par orgueil ? Pour la jouissance de sentir la peur et la fascination que son pouvoir exercerait sur ses semblables ?

S'il voulait vraiment jouir du simple usage de sa puissance et de son absence de limites, il se serait plutôt attaqué aux personnalités les mieux protégées, par exemple les chefs d'état. Et s'il était réellement un pauvre malade qui prenait du plaisir à contempler la peur des autres, il se serait amusé à frapper au hasard au lieu de se limiter aux criminels. Cela aurait été bien plus efficace pour plonger le monde entier dans la terreur.

Quand on prenait la peine d'y réfléchir, la seule et unique motivation qui aurait pu donner un sens aux actes du tueur était un irrépressible désir de justice.

Un idéaliste qui avait juré de consacrer sa vie à l'amélioration de l'humanité ? La tentative de meurtre contre L semblait contredire cette hypothèse. Le seul crime du détective avait été de s'opposer directement à Kira. Si le tueur était prêt à verser le sang des défenseurs de la loi s'ils avaient le malheur de se dresser sur sa route, cela n'ouvrait la porte qu'à deux possibilités.

Le tueur pouvait être un fanatique à l'esprit aussi dur que du diamant, se considérant comme l'incarnation du bien et rangeant par extension tout ses adversaires dans la catégorie du mal qui devait être éradiqué sans la moindre hésitation ni la moindre pitié. Et s'il avait réellement conscience de la portée de ses actes et n'était pas totalement coupé de la réalité, son cynisme devait au moins être à la hauteur des idéaux dont il se réclamait, tôt ou tard il finirait par ajouter des innocents sur les pages de son carnet sans le moindre remords.

Dans les deux cas, on ne pouvait guère considérer que ce genre de personne était vraiment apte à faire de la terre un paradis comme se l'imaginaient ses partisans.

Par contre, ce genre de personne pouvait être apte à éradiquer totalement l'organisation s'ils prenaient conscience de son existence. Le syndicat était hors de portée de Kira puisque ses membres n'avaient laissé aucune trace les reliant à leurs crimes, contrairement à ceux dont les noms ne cessaient de s'ajouter à la liste noire du tueur en série. Mais il ne tenait qu'à elle de corriger l'ignorance de son collègue.

Oui, il pouvait constituer un allié de poids dans sa lutte si elle se décidait à avoir recours à ce carnet. Mais un allié aussi instable et délicat à manipuler qu'un flacon de nitroglycérine, qu'il échappe à son emprise une seule seconde et elle ne serait sûrement pas la seule à en payer les conséquences…

S'il s'agissait d'un simple fanatique, tenter de le tempérer relèverait de la chimère. La moindre remise en cause, même partielle, de ses actes serait pris de sa part comme une trahison. Et s'il était plus proche de Gin que d'un idéaliste à l'esprit fermé, ce serait encore pire. Si cette possibilité était la bonne, il la considérerait dans le pire des cas comme une menace potentiel pour ses plans, et dans le meilleur comme un outil à manipuler sans remords avant de s'en débarrasser sans le moindre regret quand il ne lui serait plus d'aucune utilité.

Un frisson parcourût l'échine d'Haibara à l'idée de tomber entre les griffes d'un individu pareil, cela aurait revenu à se livrer directement à Gin.

Allait-elle commettre la pire erreur de sa vie une seconde fois, et en toute connaissance de cause pour couronner le tout ?

Certainement pas ! Si jamais elle succombait au pouvoir de ce carnet, elle y perdait sans doute son âme mais pas sa vie. Que ce soit Gin, Kira ou l'organisation, ils allaient tous comprendre que c'était à leur tour de se trouver dans la mauvaise position du rapport prédateur/proie.

Oui, elle avait toutes les raisons du monde de retrouver la trace de ce Kira. Si elle était prête à vendre son âme pour provoquer la chute du syndicat, ce ne serait pas la mort d'un criminel de plus qui allait la faire reculer, surtout si le criminel en question s'appelait Kira.

Bon, il fallait retrouver sa trace, c'était un fait. Elle aviserait ensuite de la décision à prendre, que ce soit le tuer discrètement, tenter de le manipuler ou le livrer à Kudo et son collègue.

Soit, mais comment le contacter ? Facile, elle avait au moins un avantage sur L, elle connaissait l'existence de la death note. Si elle diffusait une annonce faisant référence à ces deux mots de façon anodine, via Internet ou les journaux du pays, il y avait peu de chance pour que L la remarque, par contre Kira… Et elle avait une sécurité indiscutable si le tueur essayait de l'éliminer au lieu de prendre contact avec elle, le nom qu'elle portait n'était pas le sien.

Un courant d'air glacial souleva la chevelure de la chimiste tandis qu'elle entendait la fenêtre de sa chambre s'ouvrir dans un grincement. Se retournant pour aller la refermer, Haibara tomba littéralement à la renverse lorsqu'elle aperçût le principal obstacle qui s'interposait entre elle et la fenêtre.

Si l'existence de la death note avait déjà été un coup de boutoir qui avait fait voler en éclat une partie des repères que l'esprit rationnel de la scientifique avait établi autour d'elle, la vision de la créature qui venait d'apparaître devant elle n'arrangea pas les choses.

Le démon aussi grotesque que hideux qui était en train de la contempler avait tétanisé la scientifique au point que le seul son qu'elle fût capable d'émettre pour exprimer son désarroi comme sa terreur fût un pitoyable hoquet de surprise.

Baissant les yeux vers le carnet entrouvert qui s'était échappée des mains de la fillette, le monstre le ramassa avant de commencer à le feuilleter.

« Pas un seul nom d'inscrit en cinq jours. Eh bien, je ne pensais pas que ma première tentative se solderait par une réussite complète, mais tout de même, un fiasco pareil… »

Après avoir refermé la death note, le démon se pencha vers sa propriétaire légitime en soupirant.

« Enfin bon, je suppose que la moindre des choses serait de me présenter et d'expliquer la raison de ma présence ici, non ? Navré de mon manque de manière mais si j'ai eu l'occasion d'assister à un nombre incalculable de conversation entre mortels, c'est bien la première fois que j'en commence une avec l'un d'entre eux. »

L'expression d'Haibara tandis qu'elle acquiesçait timidement en avalant sa salive n'aurait rien eu à envier à celle d'Ayumi si elle avait été placée dans la même situation.

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Même si son visage demeurait empreint d'une certaine pâleur, la chimiste avait définitivement repris une partie de sa froideur coutumière à présent que la situation commençait à prendre un semblant de sens pour elle.

« Un Shinigami, hein ? Bon, après tout, je ne devrais pas m'en étonner. Dis moi, parmi tes collègues, est ce qu'il n'y aurait pas un fan de Shinichi Kudo ? »

La lueur violette qui brillait au fond des orbites du crâne du Shinigami clignota un court instant face aux paroles de la fillette.

« Uh ? »

« Cela pourrait expliquer bien des choses, ne serait-ce que sa capacité phénoménale à attirer les cadavres… Enfin, oublie ce que j'ai dit. »

L'idée d'un Shinigami collé aux basques de Kudo et utilisant sa death note pour écrire des romans policier dont le prétentieux petit détective serait le héros arracha un sourire amusée à Haibara. Mais son sourire avait pris un pli cynique tandis qu'elle se tournait vers le démon.

« Passons aux choses sérieuses. J'imagine que si tu es ici c'est pour me réclamer le prix que je devrais verser pour avoir recours à ce carnet, je me trompe ? »

Si la créature avait eu des traits à mouvoir, elle aurait certainement rendu son sourire sarcastique à la chimiste.

« Un prix à payer ? Personne ne te réclamera jamais quoi que ce soit en échange de la death note. »

« Vraiment ? Même pas mon âme ? Ou le premier enfant auquel je donnerais naissance ? »

« Absolument rien. »

La scientifique exprima son scepticisme par une moue dubitative.

« Même pas quelque chose d'un peu plus créatif ? Tu ne viendras pas me voir un jour en me demandant d'inscrire dans ce carnet le nom de ton choix ? Qui sera sûrement celui de la personne auquel je tiens le plus au monde, je parie. »

Elle ne tenait pas à être victime de la même escroquerie une seconde fois dans sa vie. Son pacte avec l'organisation avait abouti à la mort de sa sœur, elle n'avait aucune envie d'en passer un autre qui se solderait par la mort d'un détective, d'un vieux scientifique ou d'une fillette qui partageait son âge apparent à défaut de son âge réel…

« Ce sera à toi et à toi seule de décider si un nom est digne ou non de figurer dans ce carnet. Il n'y aura personne pour te donner des directives, te réclamer des comptes…ou vers qui tu pourras te décharger de tes responsabilités. La death note n'appartient qu'à toi, tout comme la décision d'y avoir ou non recours. »

Le Shinigami aurait volontiers illustré ses propos d'un rictus moqueur s'il l'avait pu.

« Je serait la seule et unique responsable, personne pour me forcer la main ou pour partager mes péchés, hein ? Voilà qui me changerait, mais je t'avouerait que ça me paraît un peu trop beau. Quelle est la contrepartie que tu me dissimules, dis moi ? Le jour de ma mort, je devrais passer l'éternité en enfer aux côtés de ceux que j'y aurais envoyé ? »

« Nous avons beau être ceux qui décide du moment où la vie d'un humain s'achèvera, nous n'avons aucune idée de ce qu'il adviendra de lui après sa mort. Mais si cela peut te rassurer, aucune règle n'a jamais stipulé que l'utilisation de la death note entraînerait son propriétaire en enfer… Ceci dit, rien ne démontre non plus que l'usage de ce carnet ne t'empêchera pas de parvenir au paradis, si un tel lieu existe. Ce sera à toi de le découvrir, le jour de ta mort… »

« Je vois. De toutes manières, si être responsable de la mort de plusieurs centaines de personnes peut m'entraîner en enfer, je n'ai plus rien à perdre de ce côté-là. »

Par ces quelques mots comme par le sourire mélancolique qui avait plissé les lèvres qu'ils avaient franchi, Haibara commença à acquérir un certain intérêt aux yeux du Shinigami.

Se retournant vers la créature, la scientifique délicatement les mèches de cheveux qui retombaient devant son front.

« Il n'y aurait même pas de marque noire pour apparaître sur mon front et signaler aux autres ma vraie nature ? Je ne sentirais pas le regard lourd de reproches de Dieu me transpercer à chaque instant de ma vie pour me rappeler les atrocités que j'ai commise ? »

« Je suppose que les remords et la culpabilité que tes crimes te feront ressentir peut être considéré comme un prix à payer pour la death note. Mais si ce prix là s'avère être trop lourd à verser pour toi, tu auras la possibilité de ne pas le payer. Il te suffira de renoncer à la propriété de la death note, par ce geste, tu effaceras définitivement de ta mémoire tous les souvenirs qui y sont lié… »

Haibara écarquilla les yeux avant de pouffer d'un rire sans joie.

« Comme tout est plus simple avec ce carnet, dis moi. Pouvoir commettre des meurtres sans avoir à en subir la moindre conséquences, ni le moindre châtiments. Que ce soit de la part des autres ou de soi même… Sherry pourrait disparaître avec l'organisation sans entraîner la petite Haibara dans sa chute. Je pourrais me replonger dans le meurtre en toute connaissance de cause sans y perdre pour autant mon unique chance de rédemption. Comme c'est commode… Un peu trop… »

Posant la main sur la couverture du carnet posé sur ses genoux, la chimiste l'effleura doucement d'un air pensif.

« Tu n'as pas l'air vraiment convaincu par mes paroles. Je ne t'ai pourtant dit que la stricte vérité depuis le début de notre entretien… »

« Oh, je veux bien te croire. Mais sache que, quitte à salir les mains de cette fillette que tu vois devant toi, je préfère me payer le luxe d'assumer mes actes jusqu'au bout. »

Croyait-elle à ses propres paroles ? Malgré son expression cynique, Haibara ne parvenait pas à faire taire la petite voix qui lui murmurait que, le moment venu, il y avait peu de chance pour qu'elle méprise la porte de sortie qui lui serait offerte avec la facilité dont elle se vantait.

« Tu aurais non seulement déjà commis des centaines de meurtres mais tu serait prêt en plus à en commettre d'autres...et à faire face aux remords qu'ils t'apporteraient ? »

« Qui t'as dit que je ressentirais le moindre remords face à mes crimes ? En tout cas ceux que je m'apprête à commettre… »

Les deux lueurs violettes qui tenaient lieu d'œils au Shinigami brillèrent avec une intensité redoublée tandis qu'il s'agenouillait devant la fillette pour être à sa hauteur. A en juger à la froideur de son regard comme à la détermination implacable qui avait vibré dans sa voix, elle semblait ne pas se vanter. Intéressant, très intéressant.

« Il semblerait que je t'ai mal jugé. Plus je te regarde, et plus je suis convaincu que j'aurais du mal à trouver une personne plus digne de posséder ma death note que tu sembles déjà l'être… »

« Je ne pense pas que je doive prendre ça pour un compliment. Tu sembles être déterminé à me voir utiliser ce carnet, alors que tu es censé ne rien y gagner en échange. S'il n'y a vraiment aucun prix que je doive te payer, qu'est ce que je peux bien t'apporter, dis moi ? Est-ce que tu n'essaierais pas de me manipuler ? Mes actes joueront-ils un rôle dans un plan dont le résultat ne me conviendrait guère ? Est ce que tu n'essaierais pas de me faire croire que je suis libre alors que je ne suis en fait qu'un jouet entre tes mains, ou entre celles de celui qui t'a envoyé ? »

Le démon ne pu s'empêcher de se frotter les mains. Une prudence pareille dénotait une intelligence hors du commun, surtout si on prenait en compte son âge.

« Je vois que tu ne prends aucune décision auquel tu n'as mûrement réfléchi auparavant. Très bien, sache que ni toi, ni moi ne pouvons prévoir les conséquences que l'utilisation de la death note pourrait avoir sur ton existence ou celle de tes semblables. Ce sera à toi de les découvrir et d'y faire face le moment venu, si tu en es vraiment capable. Et je peux te promettre que je t'ai donné ce carnet de ma propre initiative, sans avoir d'autre but que de m'amuser un peu en voyant la manière dont tu t'en serviras. Le fait que tu sois entré en possession de la death note n'aura jamais d'autre sens que celui que tu voudras bien lui donner. »

« Pour t'amuser ? Tu m'as donné ce carnet uniquement pour t'amuser ? Sans aucun autre arrières pensées ? »

« Est-ce que tu as la moindre idée de l'absurdité du monde des Shinigamis ? Si notre existence a jamais eu un but, cela fait des siècles que nous l'avons oublié. La possibilité de nous entretuer nous est interdite, contrairement à vous. Si nous voulons prolonger notre existence, nous pouvons le faire indéfiniment en inscrivant quelques noms dans notre death note. Est-ce que tu pourrais imaginer cela ? Passer une éternité dans un monde qui n'as jamais évolué et n'évolueras jamais ? Un monde où nous n'avons rien à gagner et rien à perdre, ou si peu ? Un monde où nous n'avons rien à faire de nos journées, non de nos siècles, à part essayer de tromper notre ennui ? Et comment ? Rien à construire, rien à améliorer ou à empirer dans notre vie comme dans notre société ? Rien, rien, rien… »

Le mélange de fureur et de résignation qui faisait vibrer la voix de son compagnon attira la curiosité de la chimiste.

« Si je te comprends bien, c'est cela le rôle de la death note à l'origine ? Vous permettre de prolonger votre existence ? Mais comment ? »

« C'est très simple, chaque être humain est destiné à mourir, nous n'avons même pas besoin d'intervenir pour ça. Mais il ne le fera qu'à partir d'un certain nombre d'années qui varie selon les individus. Mais si nous tuons un humain avec notre death note, alors le nombre d'années qui lui restait à vivre est ajouté à notre propre espérance de vie. Et cela peut se cumuler à l'infini. Oui, la death note n'as jamais eu d'autre but que cela. En tout cas, nous ne lui avons jamais trouvé une autre utilité… »

« A part éventuellement vous amuser… Comme c'est le cas actuellement… »

« Exactement. »

Une lueur de désespoir commença à briller dans les yeux de la chimiste tandis que s'y reflétaient les réflexions suscitées par les révélations du Shinigami.

« Alors tu veux dire qu'un être humain peut perdre la vie, juste pour ça ? Juste pour vous permettre de prolonger une existence dont vous ne faites absolument rien ? Ou bien simplement pour y apporter un semblant de distractions que vous n'êtes même pas capable de créer par vous mêmes ? Et d'après toi, nous finirions tous par mourir sans que vous ayez un rôle à y jouer…Quand je pense que vous vous affublez du titre de Dieu de la mort. Quelle farce vraiment ! La mort peut très bien se débrouiller sans vous, et vous n'avez rien fait pour vous rendre digne du titre de dieux malgré tout ce que vous auriez pu apporté aux humains avec votre pouvoir. Des dieux de la mort, laissez moi rire, une bande de parasite qui vit à nos crochets depuis bien trop longtemps. »

L'infortuné démon se mit à frissonner pour la première fois depuis une éternité tandis que la fillette le transperçait d'un regard glacial digne d'un ange exterminateur. Et il était on ne peux mieux placé pour dire que la comparaison n'était pas exagéré. La peur, une sensation nouvelle. De même que l'excitation… Oui, décidément, la gamine avait du potentiel, peut-être même un peu trop à son goût… Quoique… Après tout, les Shinigamis étaient eux même à l'abri du pouvoir des death note alors que pouvait-elle bien lui faire ?

« Mais dis moi, si j'ai bien compris, c'est ta death note que je tiens entre mes mains. Que se passerait-il s'il me prenait l'envie de la brûler ? »

Cette fois, ce fût au tour du démon de manquer de défaillir face à celle qui lui faisait face. Il n'avait pas besoin de répondre à sa question, elle avait été largement assez intelligente pour tirer toutes les conséquences de ce qu'il lui avait révélés aussi stupidement, la lueur d'amusement qui pétillait dans des yeux qui n'avaient rien d'enfantin le démontrait amplement.

« J'ai l'impression que le jeu a l'air d'un seul coup moins amusant, pas vrai ? En tout cas pour toi, parce que je peux t'assurer que moi, je commence réellement à l'apprécier… »

Il avait affirmé à Ryukuu que le risque de perdre sa death note faisait partie de l'intérêt du jeu, mais à présent qu'il était réellement confronté à cette éventualité… C'était bien la première fois que le Shinigami considérait l'ennui comme un état d'esprit enviable. Quoique, cette sensation qui lui aurait fait battre le cœur à tout rompre s'il en avait eu un…

Pendant un court instant, l'amusement laissa la place à l'étonnement sur le visage de la scientifique tandis que sa victime du moment s'était mise à éclater d'un rire rauque devant elle. Et ces deux lueurs qui brillaient au fond de ses orbites, pas de doute, c'était bien des lueurs de défi, au sens propre du terme.

« Oh oui, je t'ai définitivement sous-estimé… Mais si tu estimes vraiment que nous aurions pu apporter quelque chose aux humains avec nos death note, tu as l'occasion de le prouver, petite. En tout cas, tu l'as encore tant que tu n'as pas détruit ma death note. »

Le silence s'installa dans la pièce tandis que ses deux occupants se fixaient du regard. Un silence qui avait une apparence d'éternité pour le Shinigami. Une éternité qui mettait encore une fois trop de temps à passer à son goût, même si c'était pour des raisons différentes que celles auquel il était habitué…

Se désintéressant du démon, la scientifique contempla d'un œil neuf le carnet qu'elle serrait entre ses doigts. Donner un sens à son utilisation, s'arranger pour que les morts qu'il provoquerait aient un sens au lieu d'être simplement absurdes et injustifiés, apporter quelque chose à l'humanité… Bref devenir une divinité digne de ce nom… Un ange qui apporterait le salut à ceux qui étaient dans la même situation qu'elle…

La cynique eût un sourire sarcastique face à ses propres pensées. Un ange, elle ? Si ce carnet faisait d'elle un ange, ce serait un ange de la même espèce que celle à laquelle tait censé avoir appartenu sa mère, cette femme mélancolique que ses collègues surnommait hell angel.

Celui qui se faisait appeler Kira, était-ce à cette tentation qu'il avait succombée ? Celle que lui faisait miroiter le pitoyable démon affalé devant elle, la possibilité de devenir une divinité.

C'était un chant des sirènes qui n'avaient rien de mélodieux à ses oreilles. Elle n'avait jamais partagé la mégalomanie de Gin ou du fondateur de l'organisation, l'idée de devenir un Dieu n'avait rien de séduisant pour elle. La seule chose dont elle avait jamais rêvé était de vivre heureuse dans un monde où elle n'entendrait pas la voix de sa mère par l'intermédiaire d'un magnétophone, un monde où sa grande sœur continuerait de la serrer dans ses bras, un monde où elle pourrait vivre en paix avec ceux qu'elle aimait et y trouver plus qu'un semblant de bonheur. Un monde qui lui serait à tout jamais interdit, comme il serait interdit à Kudo et à bien d'autres, tant que l'organisation existerait. Un monde que ce carnet pouvait faire passer de l'état de chimère à celui de réalité concrète. Cette tentation là, par contre, c'était beaucoup plus difficile pour elle de lui résister…

« Dis moi, est ce que tu es au courant qu'au moins un de tes collègues s'amuse au même jeu que toi et qu'il a remis une death note à un de mes semblables il y a quelques jours à peine ? »

La question de la chimiste fit tressaillir le démon.

« Comment est-tu au courant de ça ? »

« Quel importance ? Je suppose que ton collègue doit se trouver en ce moment même aux côtés de celui qui a bénéficié de son présent, non ? De manière à profiter à loisir du spectacle qu'il s'offre… »

« Eh bien, oui, c'est plus que probable mais… »

« Parfait, est ce que tu pourrais le retrouver, dis-moi ? »

Le Shinigami promena l'une de ses griffes le long de son crâne.

« Eh bien oui, je pourrais. Mais laisses-moi te prévenir tout de suite, je ne pourrais pas te révéler le nom du possesseur de l'autre death note qui se trouve dans ton monde… »

« Tu es certain que je ne peux pas te faire changer d'avis sur ce point ? »

Si le démon avait eu de la salive à avaler, il aurait eu ce réflexe devant la petite lueur gourmande qui brillait dans les yeux de la fillette tandis qu'elle tapotait sur la couverture de sa propre death note dans un geste significatif.

« Ecoutes, ce n'est pas que je ne veux pas, c'est que je ne peux pas. Cela fait partie des règles établies par le roi des Shinigamis dans le cas où l'un d'entre nous remettrait une death note à un humain. »

Il s'écoula une bonne minute au cours de laquelle la frayeur du démon s'accrût devant les yeux qui semblaient sonder l'âme qu'il n'avait jamais eu pour vérifier si elle contenait un embryon de sincérité.

« Bien, admettons. De toutes manières, cela ne change pas grand chose à l'affaire. Mais en admettant que tu ne soit pas autorisé à me révéler son nom, est ce que tu aurais au moins le droit de lui transmettre un message de ma part? »

« Aucunes règles ne me l'interdit mais.. »

« Mais ? »

Le grincement de la porte de la chambre s'entrouvrant interrompît brusquement la conversation entre le démon et sa future âme damnée. La chimiste se retourna brusquement vers le nouvel arrivant sans avoir le temps de se remettre de sa frayeur.

« Ai ? Quelque chose ne va pas ? On croirait que tu as vu un fantôme ? »

Si de son côté le professeur Agasa ressentait de l'inquiétude devant la terreur qui illuminait les yeux écarquillés de sa protégée, cette dernière, pour sa part, s'inquiétait du fait que le vieux savant ne semblait pas s'étonner outre mesure de la présence d'un démon dans sa chambre. Etait-elle devenu folle ou bien est ce que c'était la santé mentale de son tuteur qui devait être mise en question ?

« C'est justement le problème dont je te parlais. Tu es actuellement le seul être humain sur terre à être en mesure de percevoir ma présence. Du moins, tant qu'une autre personne que toi n'a pas de contact physique avec ta death note. »

Serrant instinctivement contre elle le carnet maudit, Haibara parvint à se redonner un minimum de contenance avant de s'adresser de nouveau au scientifique qui semblait concerné par son état.

« Ce n'est rien, professeur. Absolument rien… C'est juste que… J'étais perdu dans mes pensées et vous êtes entrés dans la pièce d'un seul coup… »

Agasa avait plusieurs fois vu sa petite co-locataire en proie à des périodes de grandes frayeurs. Dans ces moments là, le moindre bruit anormal dans la maison pouvait la faire sursauter avant de lui faire porter instinctivement la main à son cœur battant à tout rompre. Ce genre de crise était survenu lors des premières semaines qui avaient suivi sa fuite de l'organisation, lors de la période où elle se rétablissait des blessures que lui avait infligé ses anciens collègues sur le toit de cet hôtel, des jours qui avait suivi l'explosion de ce bus et de ceux qui avaient été précédé par cette confrontation entre les deux enfants et l'organisation au cours de laquelle Shinichi s'était emparé de l'adresse mail de leur dirigeant. Aussi le vieux savant n'avait-il aucune raison de trouver spécialement anormal le comportement de Haibara à cet instant, même si la pensée qu'elle soit toujours prisonnière de ses peurs lui serrait le cœur.

« Oh ce n'est que ça.. »

Agasa détourna les yeux pour cacher sa gêne devant son manque de tact. Après tout, la peur dont souffrait la fillette devait être proportionnel à ce qu'elle avait subi.

« Oui, ce n'était que ça. Vous voyez que vous n'aviez aucune raison de vous inquiéter… »

Rassuré de voir qu'il n'y avait aucune rancœur dans le regard que levait la chimiste vers lui, le vieux savant retrouva un semblant de sourire rassurant.

« Tu m'en vois ravi. Mais Conan n'est pas ici ? »

« Hum ? Oh, il était encore dans la maison il y a quelques minutes, mais j'imagine qu'à présent, il a du rentrer chez lui. Pour ce que j'en sais, il devait rassembler des informations à propos d'une de ses enquêtes… »

Haibara illustra sa réponse d'un geste vague, espérant que son collègue ne lui demanderait pas de précisions à propos de cette enquête.

« Vraiment ? Pourtant, j'ai bien cru t'entendre parler à quelqu'un au moment où je suis rentré dans la chambre. »

Même si elle avala instinctivement une partie de sa salive en entendant les paroles de son tuteur, elle parvint à dissimuler son inquiétude derrière une expression blasée.

« Je devait réfléchir à voix haute à propos de mes recherches sur l'antidote. Lorsque je suis plongé dans mes réflexions, il m'arrive de faire cela sans m'en rendre compte. »

« Oh, je vois. Et est ce que tes recherches ont commencé à progresser ? »

Le soupir de lassitude de la chimiste n'était pas feint.

« Oui et non. J'ai l'impression d'être plus proche du but que je ne l'ai jamais été. Mais il reste quelques difficultés que je n'arrive pas à surmonter. Raison de plus pour me remettre à mes recherches dès maintenant. Si vous voulez bien m'excuser… »

« Tu va retourner travailler dans le laboratoire ? »

Haibara acquiesça silencieusement avant de se diriger vers la porte de la pièce.

« Tu ne devrais pas plutôt te reposer un peu ? Tu as vraiment l'air épuisé, et dans un état pareil, je ne pense pas que tu puisses récolter grand-chose si ce n'est des échecs et de la frustration en allant dans ce laboratoire… »

« Etant donné le nombre de fois où je vous ai retrouvé un beau matin en train de ronfler dans le laboratoire où je vous avait laissé le soir en vous conseillant d'aller vous coucher, vous êtes mal placé pour me faire la leçon, professeur. »

Les paroles de la chimiste comme le ton gentiment réprobateur avec lequel elle les avait prononcé arracha un sourire gêné au savant.

« C'est vrai, mais tu n'es pas obligé de faire les mêmes erreurs que moi… »

« Ecoutez, professeur. Si je ne les concrétise pas maintenant, mes réflexions ne vont pas cesser de se tourner et de se retourner dans ma tête au point de m'empêcher de dormir. Et une nuit à perdre son temps dans un laboratoire sera toujours moins fatigante pour moi qu'une nuit d'insomnie. »

Incapable de trouver l'argument adéquat à répliquer à la chimiste, l'inventeur s'écarta pour la laisser passer avant de lui souhaiter bonne chance dans ses recherches, à défaut de pouvoir lui souhaiter bonne nuit.

Ce n'est qu'une fois qu'elle fût parvenu jusqu'au laboratoire et qu'elle en eût refermé la porte qu'Haibara se décida à s'adresser de nouveau au démon qui ne l'avait pas lâché d'une semelle.

« Bon, je pense que j'ai compris où se situe le problème. Quand bien même tu hurlerais dans ses oreilles mon message à l'autre humain en possession d'une death note, il ne t'entendrait absolument pas. »

« Exactement, à moins de toucher au moins l'une des pages de ta death note. La même règle s'applique pour toi puisque tu ne pourras pas percevoir son Shinigami à moins d'effleurer une page de la death note qu'il a donné à ton semblable. »

« Je vois. Ce n'est au fond pas bien gênant. Tu n'auras qu'à transmettre mon message à ton collègue. Il le transmettra ensuite à son âme damnée. »

« Soit, mais laisse moi te prévenir qu'il me faudrait peut-être plusieurs jours, voir plusieurs semaines pour retrouver mon collègue. Après tout, il peut se trouver n'importe où sur cette planète et si je n'ai pas la moindre indice pour savoir où chercher… »

L'objection de la créature arracha un énième sourire amusé à la chimiste.

« Et si je te précise qu'il se trouve dans ce pays, plus exactement dans la région du Kanto ? »

« Dans ce cas, je pourrait le retrouver en quelques heures, un jour ou deux tout au plus… Mais tu es sûre de ce que tu avances ? »

« Certaine. Aussi, ne perds pas une seconde de plus et mets-toi à sa recherche dès maintenant. »

S'installant à sa table de travail, Haibara posa la death note devant elle avant de l'ouvrir pour en étudier une fois de plus les règles.

« Peut-on savoir ce que tu fait encore ici ? »

Le démon regretta de ne pas être en mesure d'adresser un sourire sarcastique à la chimiste.

« Tu voudrais que je m'en aille alors que tu t'apprête enfin à utiliser ce carnet ? »

« Rassure-toi. Je ne m'en servirais pas avant d'avoir vu de près à quoi ressemble celui qui a eu la même chance que moi. Si on peut appeler ça une chance. Mais si tu abuses de ma patience, je peux tout simplement renoncer à ce carnet dès maintenant. Et de la manière la plus radicale possible si tu vois ce que je veux dire… »

Haibara illustra sa menace en allumant le bec bunsen qui se trouvait à portée de sa main. Le démon frissonna en contemplant d'un air terrifié la flamme bleue qui se trouvait à moins d'un mètre de sa précieuse death note.

« Mais tu…tu ne m'as même pas dit quel message tu voulais que je transmette à mon collègue… »

« Je te le dirais une fois que tu m'auras révélé, à défaut de son nom, l'endroit exact où il se trouve. A moins que tu n'y sois pas autorisé non plus ? Si c'est le cas, il s'agira simplement de me dire à quel point il est éloigné de celui où j'habite. »

« Mais pour quel raison veux-tu savoir cela ? »

Les lèvres de la chimiste se plissèrent en un dernier sourire cynique tandis qu'elle se retournait vers son nouvel assistant.

« Mais tout simplement pour organiser un rendez-vous en tête à tête avec mon âme sœur… »