Perdu entre deux mondes

Chapitre 3

Promesse d'hier

Ecrit par Ashbear et Wayward Tempest

Traduit de l'anglais par ChrisVIII

Quistis fut tirée de son sommeil par le battement de la pluie sur la fenêtre. Elle se redressa et grimaça en réveillant doucement son cou. Ses yeux se posèrent sur Linoa qui semblait dormir paisiblement. Elle était heureuse de voir qu'elle avait passé la première nuit avec succès. Ca ne voulait rien dire pour la suite, mais ça donnait une raison d'espérer et elle le prit comme tel. L'espoir, c'était tout ce qu'il restait à Linoa maintenant.

Elle s'étira en se levant, chassant le sommeil de son corps. Quistis se retourna et regarda par la fenêtre. La pluie battait contre la vitre comme un amant enragé. La pluie était rare sur les plaines d'Esthar, mais quand elle tombait, c'était avec une rare violence. Elle tombait si fort que le sol ne pouvait pas tout absorber. Le surplus se répandait sur le sable rouge et donnait au paysage l'apparence d'un interminable lac de sang. Elle frissonna à la vue de la ville. Un léger grattement à la porte la tira de ses pensées, elle se détourna.

" Qui c'est ?"

" Moi, Laguna."

" Entre."

Laguna passa la porte et s'ébroua, chassant l'eau de ses vêtements.

" Sincèrement," dit Quistis en souriant, "je crois que tu en es à un stade où tu es exempté de bonnes manières."

" Mais alors quel genre de gentleman serais-je ? … Euh, non pas que cela corresponde à ma définition… mais, j'ai appris par le passé qu'il fallait frapper avant d'entrer une pièce occupée par le sexe opposé, sous peine d'être celui qui serait frappé. "

Quistis retint un petit rire :

" Eh bien, je suis d'accord avec ta logique pour n'importe quelle autre pièce sauf celle-ci."

" Non non non non non, il n'y a pas d'exception, aucune. " Sourit-il à son tour. "Raine m'a tout appris dans le domaine des "bonnes manières"."

" On dirait qu'elle en avait de l'influence."

" Plus que tu le penses," il rit franchement, "plus que tu le penses."

Il se gratta la nuque, laissant son esprit retourner vers le passé. Il se força à revenir avant de se perdre à nouveau dans ses souvenirs.

" J'ai parlé aux docteurs ce matin. Ils disent qu'elle s'en sort bien et même mieux que ce à quoi ils s'attendaient. Elle a fait d'important progrès depuis hier. Evidemment, aucun n'a encore eu à travailler sur un tel cas. Mais je crois que c'est bon signe. "

" Exactement. J'espère qu'elle pourra reprendre sa vie aussi vite que possible. Elle en a déjà trop raté."

" Oui, moi aussi, je me demande seulement si ce temps sera…"

Un bruit se fit entendre, une sonnerie rapide et vive. Laguna attrapa le téléphone attaché à sa ceinture en soupirant.

" Pourquoi est-ce que le devoir appelle toujours à cette heure ?" Grommela-t-il.

Il regarda le numéro affiché et décrocha.

" Oui ?"

" Qui ?"

Quistis fut surprise de voir la peur soudainement apparaître dans ses yeux.

" Il a dit à quel sujet ?"

" Vous lui avez pas demandé ?! Oui … je comprends que… c'est vrai …non je n'ai pas crié ! C'est bon, c'est bon, désolé. C'est juste pas le bon moment. Non ! Non, je prends l'appel. Laissez-moi juste une petite minute que je trouve un endroit tranquille avant de me le passer."

Il raccrocha et regarda nerveusement Quistis.

" Qu'est-ce qui ne va pas ?"

" Euh, … c'est Squall… Il veut me parler."

" Squall…" La voix était douce et à peine audible, pourtant suffisamment forte pour capter l'attention des deux autres personnes présentes.

" Oh, Hyne …" Murmura Quistis portant la main à la bouche. Tous deux se tournèrent vers Linoa qui n'avait pas bougé, les yeux toujours clos. Des minutes passèrent avant que les deux comparses s'autorisent à respirer à nouveau.

" J'imagine … J'imagine que sa convalescence sera plus rapide que prévu." Dit doucement Laguna. Son téléphone sonna à nouveau, impatient. "Excuse-moi, je vais voir de quoi il s'agit, je serai à côté. "

" Ok." Répondit Quistis.

Laguna regarda une nouvelle fois la jeune femme allongée dans le lit avant de quitter la pièce sans un bruit. Une fois à bonne distance, il décrocha.

" Je m'excuse Monsieur," dit sa secrétaire, "mais M. Leonhart insiste pour vous parler, immédiatement. Il n'a pas l'air de très bonne humeur. "

Laguna prit une profonde inspiration.

" Allez-y, basculez les lignes."

Il se répéta de se relaxer, de rester calme, qu'il n'y avait aucune raison que Squall soit déjà au courant, que toutes les mesures avaient été prises.

"Laguna ?"

" Eh fiston, … euh Squall… ça fait longtemps. "

"Oui. J'aurais bien encore attendu mais c'est important. "

" Bien sûr, je comprends," Le président faisait tous les efforts du monde pour retenir les tremblements de sa voix, son cœur battait à une vitesse folle. "Les choses importantes, ça n'attend pas. "

" … C'est ça. Peu importe. Si je ne le dis pas maintenant, je ne le ferai jamais. Tu connais Elise Vandermere, la doctoresse principale de Trabia ? Je crois que tu l'as rencontrée une ou deux fois. "

" Oui, oui. "

" Eh bien, on… nous sommes fiancés. "

Malgré tout ses efforts, Laguna ne put empêcher de se sentir soulagé et les mots sortirent avant qu'il ne sache qu'il avait parlé.

" Ah ça ?" Oh, brillant Loire, merveilleuse façon de créer un lien avec ton fils. Il se frappa le front de sa main libre imbécile, imbécile.

" Comment "ah ça" ?! Je pensais que ça représenterait quelque chose pour toi. Je veux dire, c'est quand même quelque chose de sacrément significatif pour moi !"

" Non … Squall, ce n'est pas …"

"Je croyais que cette décision qui va changer ma vie t'intéresserait, parce que ça n'a pas été facile de me décider, c'est clair. Tu me dis tout le temps combien tu aimerais faire partie de ma vie." Squall haussa encore le ton sous l'effet de la colère. "Comment on devrait mettre plus de cœur à sauver cette soi-disant relation père-fils. Eh bien, si "ah ça !" est la seule réponse que j'obtiens en retour à mes efforts, alors je laisse tomber ! Va te faire foutre !"

" Non, Squall, écoute-moi. C'est pas ce que j'ai voulu dire." Quelque part au fond de lui, il voulut lui dire la vérité sur Linoa. "Ecoute, la nuit a vraiment été difficile, j'ai pas dormi et je sais plus réfléchir. Je m'excuse sincèrement. Je suis si heureux d'apprendre que tu vas te marier fiston. Tu ne peux pas savoir combien je suis fier de toi. Tu ne peux pas savoir combien j'admire ta force, ton courage … tout ce que je n'ai pas. Tu ne peux pas savoir combien je veux être là pour toi, combien j'aurais aimé être là pour toi. Je… Je dois te dire quelque chose. "

"Monsieur le Président ? M. Leonhart n'est plus en ligne." L'interrompit sa secrétaire.

" Je sais." Dit-il essuyant la larme qui coulait sur sa joue. "Je sais."

Squall frappa du poing sur son bureau avec colère. Il regarda à nouveau le téléphone et l'envoya au sol d'un geste du bras. Pourquoi avait-il dit ça ? "Ah ça !" Il pensait recevoir des encouragements. Il sentait qu'il avait besoin que quelqu'un d'extérieur l'encourage pour qu'il aille jusqu'au bout. Quelqu'un qui lui dise que oui, c'était ce qu'il devait faire. Squall ne savait pas s'il serait un jour capable de la laisser partir. Il ne pouvait désormais plus compter sur lui pour connaître la réponse.

"Si tu avais attendu au lieu de réagir, tu l'aurais peut-être ta réponse" Se blâma-t-il. Il aurait pu laisser à Laguna une chance de dire quelque chose, il y avait peut-être autre chose à voir dans cette réponse. Quelque chose qu'il allait dire. "T'es pas prêt de le savoir maintenant, hein ?". Non. Il avait relâché toute la tension, toute la douleur que représentait ce coup de fil en quelque chose de blessant que Laguna n'avait pas mérité. Pas cette fois. Aussi énervé qu'il était, au fond de lui, il savait qu'il ne pensait pas les derniers mots qu'il avait prononcés avant de raccrocher violemment.

Il devrait réparer ça. Mais plus tard, pas maintenant. Même si sa vie en avait dépendu, il était incapable de formuler des excuses en ce moment. Squall tendit le bras vers un des tiroirs et en sortit un petit flacon blanc. Il dévissa le bouchon et renversa le flacon, recueillant quelques pilules et les avala. Il espérait que l'aspirine calmerait la douleur qu'il ressentait. Pourtant, il savait bien que c'était impossible.

" Monsieur ? Tout va bien ? J'ai cru entendre un bruit." Entendit-il par l'interphone.

"Génial … " pensa-t-il intérieurement. "J'aurais pu être assassiné et avoir mon corps abandonné sur l'île de l'enfer avant qu'elle ne vienne et demande : Hey, c'était quoi ce bruit ? "

" Je vais bien Janice, je fais juste un peu de rangement. "

" Oh, moi aussi j'ai fait du rangement la semaine dernière. Vous ne croiriez pas tout ce que j'ai pu trouver dans mon bureau, c'était affreux ! J'en revenais pas… Vous ne devineriez pas …"

" Autre chose Janice ? Je n'ai pas vraiment le temps de taper la causette… Aussi passionnant cela soit il. "

" Oh, euh, désolé Monsieur. … Elise a appelé il y a quelque minutes. Elle aimerait que vous la rappeliez quand vous pourrez. "

" Très bien. Maintenant, occupez-vous comme vous pouvez. Tapez des lettres, classez des dossiers mais ne me dérangez pas. Je vous appellerai si j'ai besoin. "

" A vos ordres Chef. "

Squall s'enfonça dans son fauteuil et ferma les yeux. Elise était bien la dernière personne à qui il voulait parler en ce moment. Pourtant, il avait envie d'aller vers quelqu'un, ce qui ne lui ressemblait pas. Aller vers quelqu'un mais pas n'importe qui. Il ramassa le téléphone et composa le numéro d'une personne qui pourrait peut-être comprendre ou au moins l'écouter.

" Université Militaire de Balamb Garden, commandant Shu à l'appareil. "

" Hey Shu. Alors, comment va le soleil ?"

" Squall ! Bon sang, comment vas-tu ? Ca fait un sacré bail ! Comment ça se passe à Trabia ? "

" Froid, blanc et froid. "

" Je ne peux pas dire que je t'envie !" Elle rit. "Quistis m'a appris pour tes fiançailles. Félicitations ! Ne crains rien, je n'ai pas ébruité la nouvelle … Euh, en fait, je l'ai bien dit à quelques personnes…"

" Merci Shu. Dis-moi, Quistis est là ? J'aimerais lui parler."

" Non, elle n'est pas là Squall, désolée. Elle est partie très tôt ce matin, vers 3h. Une affaire urgente à régler. "

" Une affaire urgente ? "

" Oui, elle ne m'a pas livré tous les détails, juste dit que c'était personnel. Elle m'a laissé les commandes pendant son absence. "

" C'est bizarre. Elle ne m'a pas parlé de prendre des congés. Le protocole précise pourtant que l'on doit informer les autres proviseurs avant de s'absenter. "

" Oui, je sais. Elle aura oublié. Je suis sûre qu'elle te donnera de ses nouvelles Squall. Pour tout te dire, elle n'avait pas l'air d'être bien ce matin. J'ai aucune idée de ce qui se passe. Elle ne m'a même pas dit quand elle comptait revenir. "

" Eh bien, quand elle reviendra, dis-lui que j'ai appelé, d'accord ? "

" Sans problème. Ca fait du bien de t'entendre Squall, ne reste pas si longtemps sans donner de tes nouvelles !"

" Je vais essayer. "

" T'as intérêt. Et, au fait, je tiens à recevoir un petit carton dans ma boîte aux lettres !"

" Ne t'inquiète pas, tu recevras le tien." Sourit Squall.

Un étrange sentiment lui serra l'estomac comme il raccrochait. Les gens avaient l'air d'agir de plus en plus bizarrement aujourd'hui. D'abord Laguna, puis Quistis, l'une des personnes les plus consciencieuses après lui-même, être aussi spontanée... Elle ne s'était même pas confiée à Shu, qui était généralement au courant des moindres détails de la vie de la B.G.U. Quelque chose n'allait pas. Et, pendant toute la journée, alors qu'il s'abrutissait de travail, Squall ne parvint pas à chasser ce mauvais pressentiment de son esprit.


Elle avait l'impression de voir et d'entendre le monde du fond d'une barrique. Sa vue était noire et les voix distantes. Elle essaya de lever la main. Elle semblait attachée. La seule réaction qu'elle obtint fut un sursaut de deux de ses doigts. "Qu'est ce qui ne va pas ?" Tout avait l'air d'être au ralenti. Son corps ne répondait à aucune de ses demandes. "C'est si frustrant… Pourquoi est-ce que je ne peux pas bouger ?"

Linoa se concentra sur les voix autour d'elle, cherchant désespérément à reconnaître quelqu'un. Tout était incompréhensible et déformé. C'était comme si la parole lui était devenue étrangère. Une voix était féminine … et familière. L'autre, plus grave, une voix d'homme. Mot après mot, elles devenaient plus claires.

" J'ai vraiment tout foutu par terre… encore. "

" Mais non, tu as fait de ton mieux. Mieux que ce que j'aurais fait moi : j'aurais été pétrifiée. Je suis sûre qu'il ne pensait pas ce qu'il a dit, il a une fâcheuse tendance à parler avant de réfléchir."

" Je ne sais même pas s'il me reparlera un jour après ça. "

" Bien sûr que si, laisse-lui seulement un peu de temps pour se calmer…"

" Non, je veux dire après tout ça. J'ai failli lui dire… Je te promets, je l'aurais fait s'il n'avait pas raccroché. Mais j'y repensais en revenant. Ca… C'est à elle de décider. On ne peut pas lui imposer. C'est à elle de choisir, à elle seule. Il s'agit de sa vie. Que crois-tu qu'il aurait fait si je lui avais dit ? "

" Il aurait pris le premier vol pour Esthar. "

" Exactement. "

" Tu as raison. Je crois que c'est la meilleure chose à faire… pour tous ceux concernés."

" J'espère que oui, de tout mon cœur. Je dois retourner au palais. S'il y a du nouveau ou si tu as besoin de quoique ce soit, n'hésite pas à appeler."

" Très bien. Merci. Et ne t'inquiète pas Laguna, je suis sûre qu'il reviendra. "

" On verra bien Quistis. On verra bien. Je repasserai plus tard. Prends soin de toi."

Elle entendit le bruit d'une porte qui se referme. La pièce replongea dans le silence… Elle était à nouveau seule. Ses yeux s'ouvrirent sur un plafond blanc tout flou. Il n'y avait pas un bruit mis à part le ronron des machines. Elle avait entendu un nom familier, elle essaya de le prononcer à son tour, faire sortir un son du plus profond de sa gorge.

" Quis… Quistis ? "

Elle essaya de tourner la tête pour regarder autour d'elle. Elle était comme figée. Un visage entra dans son champ de vision. Elle cligna des yeux pour chasser la brume de ses yeux. Le visage semblait plus vieux que dans ses souvenirs. Les traits plus fin et précis. Les cheveux plus courts. Elle avait l'air exténuée. Mais elle la reconnaissait.

" Quistis."

" Salut belle endormie !" Quistis avait un sourire jusqu'aux oreilles. "Ca faisait longtemps. "

" Hum… Longtemps." Souffla Linoa.

" Comment tu te sens Lin' ? Tu as mal quelque part ? "

" Non, … engourdie. Peux pas bouger."

" Ne crains rien, ça va revenir." Dit Quistis tirant une chaise près du lit.

" On a … On a gagné ?" Grimaça Linoa. Parler revenait pour elle à se crépir la gorge.

" Evidemment. On s'est battu contre Ultimécia et on a gagné. La compression temporelle a été stoppée. "

" Dieu merci." Soupira-t-elle de soulagement. Aussitôt une autre question lui vint à l'esprit. "Tout le monde s'en est sorti ?"

" Oui, tout le monde va bien. On s'est tous beaucoup inquiété pour toi."

" Comment… Comment va Squall ?"

Quistis pâlit… Elle ne pouvait pas lui dire, pas maintenant.

" Squall va bien, fidèle à lui-même. Il continue à communiquer par "peu importe" et "si tu le dis" ."

Linoa rit doucement, rire rapidement remplacé par le chagrin. Elle ferma les yeux pour chasser les larmes qui menaçaient de tomber.

" Vous m'avez tous tellement manqué."

Quistis lui prit la main et la serra doucement pour la rassurer.

" Tu nous as tous manqué. Terriblement."

Elle avait tant de questions, elle n'arrivait pas à être cohérente.

" Ca fait combien de temps ?"

Quistis respira profondément.

" Un petit moment. "

Linoa rit encore.

" Bizarre, tu as l'air plus vieille qu'un "petit moment". "

La blonde sourit. C'était quelque chose qu'elle ne pourrait décemment pas lui cacher longtemps. Elle prit une profonde respiration et recommença :

" Sept ans. Ca fait sept ans."

" Waouh."

Pas vraiment la réponse qu'elle attendait, mais elle s'attendait à pire, bien pire, elle prit donc cela comme un bon signe. Elle resta calme, laissant Linoa absorber le choc. Il lui fallut quelques minutes avant de reparler.

" Il est là ?"

" Qui ?"

" Squall. "

Quistis détourna les yeux. Elle redoutait cette question encore plus que la précédente. Elle chercha une réponse qui pourrait la satisfaire, au moins pour le moment.

" Euh… non, il n'est pas là. Il est à Trabia, mais, … il va venir. Tu sais, il ne se passe pas un jour sans qu'il ne pense à toi, pas un." Elle regarda Linoa. "Et je suis sûre qu'il viendra dès qu'…"

Linoa avait fermé les yeux, sa respiration était calme et régulière. Elle s'était endormie. Un mélange de soulagement et d'incertitude envahit Quistis et elle soupira en terminant sa phrase.

" … dès qu'il sera au courant."


AN: merci à tous ceux qui lisent cette histoire, j'espère vous revoir sur les chapitres suivants ;) Et n'hésitez pas à laisser une petite review avant de partir !