Trop d'Amour Te Tuera
3 – Retour à Poudlard
Oui, il se souvenait chaque seconde de ce moment. Il l'avait même chéri car ses bras, ses mains, tout son corps, se rappelaient de celui de la jeune fille tout contre le sien, sa douce odeur, ses longs cheveux, sa chaleur. Il se souvenait aussi de la détresse dans les yeux de la jeune fille. Ses yeux gris pâle, qui lui conféraient un air encore plus mystérieux.
Et voilà que maintenant, elle revenait dans sa vie. Severus soupira. Il n'y avait pas eu plus de femme dans sa vie depuis ce moment, qu'il y en avait eu avant. Curieusement, la seule chose dont il semblait se rappeler avec précision, c'était cette sensation particulière, ce corps à corps. Une sensation qui suscitait une faim en lui.
Son esprit avait besoin d'une distraction, sinon son corps pourrait échapper à son contrôle. Une visite à l'Allée des Embrumes n'était pas au programme…
Severus alla à son bureau et ouvrit un tiroir. Là, se trouvait une baguette, délicatement emballée dans du papier. Il ouvrit l'emballage de papier et trouva le message envoyé par hibou qu'il avait enroulé autour de la baguette. Un message qu'il avait reçu il y a des années de cela. Il le déroula et le relut :
Cher Professeur Rogue,
Vous m'aviez demandé de vous faire part de l'identité de la personne qui achèterait la même baguette que la vôtre. J'ai plaisir à vous informer qu'une jeune étudiante de Poudlard vient tout juste d'acquérir l'autre baguette jumelle, ce jour même. Son nom est Mlle Lorena Nottingham. Elle devrait intégrer Poudlard en Septembre prochain.
En espérant que vous trouverez l'information ci-dessus utile,
Je demeure votre bien dévoué
Ollivander
Severus, en tant qu'agent double, avait estimé capital de connaître l'identité du propriétaire de la baguette jumelle de la sienne. Il voulait savoir si cette personne pourrait constituer une menace pour lui un jour, au cas où il aurait à engager le combat avec elle – contre sa propre baguette en quelque sorte. Ollivander l'avait bien compris et il avait tenu sa promesse de lui envoyer cette information dont Severus avait besoin.
Sa baguette. Elle était assez similaire à la sienne. Noire, avec une poignée ornée. Ebène avec le coeur en serre de phénix. Des baguettes très puissantes. Bien que chaque baguette fût unique, celle-ci était la jumelle de la sienne, à la fois en apparence et en texture – et très certainement en pouvoir aussi. Il se demanda alors pourquoi l'étudiante avait choisi une telle baguette. Cependant… certaines choses demeuraient un mystère, même pour le Professeur Rogue. La science des baguettes figurait parmi ces mystères. On disait que les baguettes choisissaient leurs propriétaires, donc celle-ci avait très certainement choisi comme propriétaire la jeune fille désormais aveugle.
La seule différence avec la baguette appartenant à Severus, était que celle de Lorena Nottingham était plus courte d'environ 5 centimètres, environ 35 cm pour celle de Severus, contre 30 cm pour celle de la jeune fille. Sinon, la poignée comportait les mêmes gravures et elle était faite d'un bois et d'un cœur identique.
Maintenant était venu le moment de la rendre à son propriétaire légitime. Severus soupira encore, la baguette de la jeune fille dans ses mains. Même dans ses mains, elle répondait agréablement. Il essaya quelques sorts inoffensifs et elle lui obéissait de manière efficace. Il l'utilisa pour les gardes et un peu de métamorphose. La baguette canalisa sa magie avec rapidité et puissance. Il se demanda si elle ressentirait la même chose avec sa propre baguette dans sa main. Il essaya encore, cette fois-ci avec sa main gauche – la baguette répondit encore mieux – bien qu'il fût droitier. Il se souvint que la jeune fille était gauchère à la fois pour écrire et utiliser sa baguette. Il était perplexe. Peut-être que Dumbledore a une explication.
Il soupira. Vu ses aptitudes, il se pourrait qu'elle n'ait plus besoin d'une baguette. Tout de même. Une sorcière ou un sorcier sans baguette… c'était bizarre. Jeter des sorts sans baguette, silencieusement, était certes un talent bien utile, mais tout de même.
Soudain, il eut une idée. Elle aurait besoin d'aide pour lire les livres ou les instructions ou quoi que ce soit exigé durant sa scolarité. Il sut alors comment il pourrait l'aider. Il avait toujours été doué pour inventer des nouveaux sorts, charmes et autres maléfices. Il était certain que celui qu'il avait en tête serait des plus utiles à la jeune fille. A y penser, il commença à réfléchir à un moyen de rendre cette baguette encore plus particulière pour son véritable maître.
Lorena Nottingham était arrivée à Poudlard quelques jours après la fin de l'année académique. Tous les étudiants avaient alors quitté le château. Albus Dumbledore, dans sa grande sagesse, avait fait une exception pour elle. Il avait estimé qu'elle devrait passer l'essentiel de l'été ici, à Poudlard, afin qu'elle puisse se familiariser de nouveau avec l'endroit. Il était confiant qu'elle se souvenait très bien des lieux et qu'ainsi, elle se sentirait à l'aise quand arriverait le 1er Septembre. La jeune fille avait accepté et elle était très enthousiaste à l'idée de revenir au château.
Albus Dumbledore avait Transplané vers l'institution pour aveugles où elle avait vécu et avait été formée pendant près d'un an. Il était revenu avec elle à son bras. Puis ils avaient fait le chemin de retour vers Poudlard, bavardant ensemble, lui la guidant et lui expliquant qu'elle s'y retrouverait sous la protection étroite de l'un de ses enseignants. Là, elle serait en sûreté. Sa sécurité constituait son principal souci.
Elle était en grande forme et manifestement heureuse de revenir à Poudlard. Ce qui signifiait revenir à une vie normale et probablement être capable de terminer ses études et devenir une médicomage, comme le souhaitait. Passer un an dans deux institutions médicales avait renforcé sa détermination à cet égard.
Lorena n'avait jamais été informée de la véritable raison pour laquelle elle était devenue aveugle, bien qu'elle soupçonnât fortement une raison magique. Les gens de Ste. Mangouste et de l'institution pour aveugles partageaient sa conviction sur ce point. Etrangement cependant, personne ne lui avait rien dit et elle avait été trop occupée à s'adapter et apprendre comment vivre avec son nouvel handicap, pour se soucier de connaître la vérité. Quelque part, elle savait qu'un jour, on le lui dirait. Revenir à Poudlard pouvait aussi vouloir dire qu'elle apprendrait tout de cette histoire. Elle avait beaucoup de questions en tête et si peu de réponses. Maintenant était venu le moment d'obtenir ces réponses.
Dumbledore la guida dans son bureau et lui proposa une tasse de thé. Il voulait l'observer. A la différence de la plupart des aveugles, elle ne portait pas de lunettes noires. Ses yeux avaient toujours cette couleur gris pale qui pouvait être à la fois fascinante et effrayante. Elle portait aussi une robe longue de velours vert foncé, coupée à la mode médiévale, qui allait si bien à ses formes, avec une longue chemise blanche et un léger manteau vert clair par-dessus ses épaules.
Elle enleva son manteau sans aucune aide, et en fait, à part ses yeux immobiles, personne n'aurait pu se douter à première vue qu'elle était aveugle. Elle prit une gorgée de sa tasse de thé de façon très naturelle – ce qui ne manqua pas d'impressionner Dumbledore.
Lorena était devenu une belle femme. Elle avait 17 ans, légalement une adulte dans le monde magique. Elle fêterait son 18ème anniversaire début Septembre prochain. Elle n'était plus une enfant, ni même une adolescente. Son visage arborait une certaine maturité. Quiconque aurait dit qu'elle devait avoir dans les vingt ans, pas moins.
"Alors, Professeur Dumbledore, qui doit me protéger ?"
"Je lui ai demandé de venir ici."
"Lui ?"
"Oui." Lorsque Dumbledore ne souhaitait pas s'étendre, il savait comment s'assurer que ses interlocuteurs le comprennent. Lorena le savait et elle n'insista pas. Bientôt, son sens de l'ouïe aiguisé entendit des pas dans l'escalier menant au bureau du Directeur. La porte s'ouvrit et elle sut que son "protecteur" venait d'arriver.
"Ah, entrez, mon ami," s'exclama Dumbledore. "Venez, prenez une tasse de thé avec nous !"
A entendre l'invitation, l'étudiante de Serpentard se leva en signe de politesse. Elle avait tourné la tête vers le visiteur qui venait tout juste d'entrer dans le bureau.
Severus regarda la jeune fille – non, la jeune femme – assise dans la même pièce. Il en resta légèrement bouche bée. Il reconnaissait à peine la jeune fille qu'il avait tenue dans ses bras il y avait environ un an de cela. Un vieux souvenir lui revint en mémoire, lorsqu'il l'avait tenue étroitement contre lui, lorsqu'il l'avait rassurée après son accès de panique, lorsqu'il avait séché ses larmes. Aujourd'hui, ces mêmes yeux gris pale regardaient vers lui. Enchanteurs et ensorceleurs.
"Mlle Nottingham…" fit-il en la saluant.
Un sourire apparut sur les lèvres de la jeune fille lorsqu'elle entendit une voix profonde, riche et soyeuse qu'elle avait associée pour toujours au réconfort. "Professeur Rogue !"
Il fut surpris d'entendre qu'elle l'avait reconnu. Elle avait dû percevoir sa présence d'une manière ou d'une autre. "J'ai reconnu votre voix," déclara-t-elle dans un sourire, comme si elle avait lu sa question dans sa tête.
Sa propre voix avait dû la trahir car elle semblait ravie de le revoir. Elle l'était en effet. Elle n'avait pas oublié ce matin fatal quand il l'avait réconfortée. Elle s'était sentie bien dans ses bras alors. Il était si différent de lorsqu'il était en classe ! Le souvenir qu'elle conservait de lui, tel qu'il s'était montré ce matin-là, était toujours vif dans son esprit. Elle savait qu'il la protègerait, non seulement parce qu'il était un grand sorcier, mais parce qu'il avait été là pour elle à ce moment précis et qu'il était parvenu à la soulager de son angoisse.
"Lorena, le Professeur Rogue sera votre guide et protéger ici, en sa qualité de Directeur de votre Maison. Il s'assurera que vous puissiez vous sentir bien ici à nouveau. Autre chose, je lui ai demandé de vérifier si vous seriez apte à suivre les cours. Je crois que oui mais nous avons besoin de savoir au cas où votre état nécessiterait quelques ajustements de notre part pour votre scolarité. Vous n'êtes pas la première aveugle à étudier à Poudlard mais nous avons besoin de savoir dans quelle mesure vous auriez besoin d'aide. Il vous aidera à sélectionner les diverses matières pour vos ASPICs, les plus compatibles pour correspondre à vos voeux de carrière et votre handicap."
"Oui, monsieur," répondit-elle. "Je comprends. Merci."
Elle perçut autre chose aussi. Elle admettait que le vieux Directeur avait raison. Elle avait besoin de temps avant de reprendre le chemin des cours, pour s'assurer qu'elle serait capable de suivre. Mais elle sentait bien qu'il y avait autre chose.
"Très bien, si tout est en ordre, vous pouvez disposer. Le Professeur Rogue vous guidera dans le château."
"Pardonnez-moi, Professeur Dumbledore, mais il y a quelque chose que j'ai besoin de savoir," fit la jeune fille. "Quelque chose que l'on ne m'a jamais dit."
Severus et Albus échangèrent un regard furtif. Ils savaient tous les deux qu'ils n'y couperaient pas et qu'un jour, ils auraient à dire la vérité au sujet de sa situation difficile.
"Allez-y, Lorena."
"Pourquoi… pourquoi suis-je devenue… aveugle ?" Elle avala sa salive, sous le coup de l'émotion. "J'ai attendu ce moment, d'être en face de vous, Professeur Dumbledore, pour obtenir la vérité, parce que je sais que vous la connaissez."
Le vieux Directeur échangea un autre regard avec son Maître des Potions. Severus fit légèrement oui de la tête.
"Asseyez-vous, mon enfant," fit Albus. "Votre cécité n'est pas survenue par hasard. Un être malfaisant vous a jeté un sort, dans un but maléfique."
Les traits de Lorena se durcirent. "Comment ça, un but maléfique ? Quel but ? Et par qui ?"
Cette fois-ci, c'est Severus qui prit la parole. "Le Seigneur des Ténèbre a jeté ce sort sur vous. Quant au but, nous supposons qu'il a voulu empêcher votre formation ici. L'arrêter en vous causant un handicap était une solution."
Elle prit un air soupçonneux. "Il aurait pu juste me tuer, n'est-ce pas ? Ca aurait réglé le problème."
"Non, Lorena," continua Albus. "Le Seigneur des Ténèbres vous veut vivante. Vos pouvoirs et capacités sont tout ce qui l'intéressent." Ainsi que votre vertu.
"Mes… pouvoirs et capacités ?"
"Oui, mon enfant. Il a cru alors que si vous n'étiez plus à Poudlard, vous pourriez devenir plus sensible à, disons, son… point de vue. Nous avions appris qu'il prévoyait de vous atteindre et de vous enlever de l'institution où vous vous trouviez. Nous n'avions que fort peu de temps devant nous donc nous avons pris action dès que l'opportunité s'est présentée. Vous souhaitiez revenir ici pour finir votre scolarité et vous aviez besoin de protection contre les plans que Voldemort a prévu pour vous. Poudlard peut vous accorder cette protection."
Et ce n'est pas tout mais je ne crois pas que nous ayons intérêt à vous effrayer avec le reste, songea le vieux Directeur. Il avait délibérément omis la partie impliquant le rituel et la virginité de la jeune fille.
"Je vois," répondit-elle pensivement, mesurant toutes les implications.
"Vos pouvoirs sont immenses, jeune dame," déclara Dumbledore. "Ce ne sont pas tous les étudiants qui peuvent faire de la magie sans baguette, sans parler, aussi bien que vous le faites depuis le début, comme lorsque vous êtes arrivée ici. Tous les étudiants ne sont pas des télépathes de contact comme vous l'êtes. Cela signifie que vous des capacités très importantes. Voldemort est après vous dans ce but. Vous êtes une sorcière très puissante." Il s'arrêta. "Le Professeur Rogue s'assurera que vous avez une bonne maîtrise de l'Occlumencie. Cette compétence vous sera des plus utiles. Vous intègrerez la classe de sixième année en Septembre. Il fera en sorte que vous n'avez pas tout oublié durant votre absence non plus. En plus de vous protéger."
C'était dit. Lorena savait qu'elle n'avait pas grand chose à dire après tout cela. La tristesse se peignit sur son visage pendant un court instant. Un sentiment d'impuissance monta en elle mais elle l'étouffa de manière impitoyable, d'une façon tout à fait Serpentarde. "Est-ce que cela signifie que… que le maléfice pourrait un jour être levé ?" Sa voix était assurée cette fois.
"C'est possible en effet, Mlle Nottingham. Nous ne pouvons rien vous promettre à cet égard cependant car cela dépend d'un facteur important."
"La mort de celui qui l'a jeté ?"
"Oui," répondit Severus.
Elle tourna la tête vers lui, pour accepter sa remarque. "Je suis sure que nous trouverons un moyen. Il y a de multiples façons de remporter des victoires," dit-elle avec une pointe froide et déterminée dans la voix – là aussi d'une façon tout à fait typique de Serpentard. Ses yeux étaient toujours immobiles mais il y avait quelque chose de dangereux qui brillait en eux désormais.
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