Après deux jours de réflexions infructueuses, William se décida à retourner parler au Docteur Francis. Il le lui avait promis après tout…

Il fut tenté d'aller le voir à sa morgue, mais se dit que si il le dérangeait une fois de plus dans son travail, il allait se faire lyncher, et puis, ce n'était pas assez privé…

Non vraiment, ce n'était pas une bonne idée…

Oh et puis flute ! William était trop impatient pour patienter… Et il n'avait absolument aucune idée de pourquoi il s'impatientait autant. L'envie de savoir si il avait vu juste sans doute… Oui, sans doute… William grinça des dents. Il se refusait à chercher plus loin…

Il avertit l'inspecteur Brackenried qu'il se rendait à la morgue, et eut aussitôt son accord. Après tout, le pauvre inspecteur ne savait toujours pas si il devait demander un autre légiste ou non…

Le docteur Francis était en train d'autopsier le cadavre de ce qui semblait être un noyé, à en juger par les boursouflures de la chair, lorsque William arriva. Le légiste releva la tête, et la rabaissa aussitôt en voyant l'inspecteur.

-Seigneur, Murdoch, ne vous avais-je pas dit de ne plus revenir me voir ?

William s'éclairci un peu la gorge.

-Eh bien, à vrai dire, je ne vous ai pas encore convaincu de rester, Docteur Francis, et j'espérais pouvoir vous parler…

-Il me semble que vous connaissez l'heure où je quitte cette morgue, inspecteur, par ailleurs, je vous ai déjà dit de ne pas insister. Ma femme déteste cette ville et ni elle, ni moi n'avons de raison d'y rester.

-Vraiment, Docteur Francis ?

Le légiste releva la tête, intrigué.

-Quel est le sens de votre question, Murdoch ?

Un peu embarrassé, William finit néanmoins par répondre.

-Je vous ai vu hier soir, à ce club, en compagnie de cet homme…

Le docteur Francis pâlit sensiblement, puis, sembla se reprendre.

-Eh bien, et alors ? Je n'ai pas le droit de prendre un verre avec un ami ? Demanda-t-il en se repenchant sur son cadavre.

Murdoch n'avait rien pu voir de répréhensible…

-J'ai eu affaire à cet homme dans une précédente enquête, répondit l'inspecteur en choisissant soigneusement ses mots. Il était membre d'un club homosexuel dans lequel j'ai dû m'infiltrer…

Le légiste releva la tête, les mâchoires serrées par la rage…

-Eh bien, qu'allez-vous faire Murdoch ? Cracha-t-il. Etes-vous venu pour m'arrêter, ou pour me prévenir que vous alliez le faire ? Si c'est le cas, ou sont vos agents préférés, ces deux chiens si fidèles ?

L'inspecteur écarquilla les yeux, surpris.

-Je n'ai nullement l'intention de vous dénoncer, docteur.

C'était vrai. Tout à ses réflexions, il n'y avait jamais pensé.

-Et je pense que Crabtree et Higgins sont simplement particulièrement bien intentionnés…

Le docteur Francis ricana.

-Savez-vous qu'ils sont également membres de ce fameux club, Murdoch ?

William réfléchit un instant. Non, il ne le savait pas, mais ce n'était finalement pas si étonnant si l'on considérait le fait qu'ils étaient toujours fourrés ensemble, sans mauvais jeu de mot… William se demanda vaguement ou ils avaient bien pu trouver les fonds nécessaires pour entrer dans ce genre de club. Peut-être que cela fonctionnait également par système de parrainage, comme souvent dans ces clubs très fermés…

L'inspecteur fut sorti de ses pensées par la voix sèche du Docteur Francis.

-Visiblement non, vous ne le saviez pas. J'ose alors espérer que vous ne leur nuirez pas. Ces pauvres garçons sont un peu niais, mais effectivement bien intentionnés, et puis, ils semblent avoir bien assimilé vos « méthodes de travail », comme vous dites…

Murdoch se récria.

-Encore une fois, docteur Francis, je vous assure que je n'ai aucunement envie de nuire à qui que ce soit ! Bien que je reconnaisse avoir du mal à comprendre ce genre d'orientations sexuelles, mon but n'est pas de faire du tort à qui que ce soit !

William se mordit la langue lorsqu'il se rendit compte qu'il ne croyait qu'à moitié à ce qu'il avait dit. Pas la partie ou il disait qu'il ne voulait nuire à personnes, mais celle où il disait qu'il avait du mal à comprendre… Non, William, tu ne regardes pas différemment le docteur Francis…

-Alors dans ce cas, pourquoi venez-vous une fois de plus me déranger en plein travail, Murdoch…

-Eh bien…

William hésita, puis, il se dit qu'il n'avait pas fait tout ce chemin pour rien, et que si il se défilait, le légiste risquait de le mordre… (Ne pas penser, ne pas penser… Mince, raté…)

-En fait, je me demandais si cela pouvait être la raison de votre agressivité envers moi…

L'homme en face de lui pâlit de nouveau. Il semblait sur le point de faire une attaque d'apoplexie… Cependant, il sembla opter pour l'attaque tout court…

-Si quoi pouvais être la raison de mon agressivité ? Développez !

William prit sans même s'en apercevoir une grande inspiration. Pourquoi est-ce que son cœur battait-il comme ça ?

-Je me demandais si vous pouviez avoir des sentiments pour moi, et si votre agressivité venait du fait que vous ne souhaitiez pas être découvert…

Et la sienne alors ? Est-ce que sa propension à ne pas pouvoir supporter l'homme en face de lui pouvait venir de la ?

Le légiste s'appuya sur sa table d'autopsie. Bordel, Murdoch était bien le meilleur détective du coin…

-Inspecteur, hein ? Ricana-t-il, amer. Et qu'est-ce qui vous fait croire que vous avez raison reprit-il.

Il se fustigea intérieurement. Vu comment il était actuellement, Murdoch allait se foutre de lui…

-Vous croyez sincèrement à la question que vous venez de poser, docteur ?

Et voilà, gagné…

-Cependant, je reconnais que si vos sentiments pour moi sont bien la cause de mon agressivité, il y a certaines choses que je ne comprends pas, repris l'inspecteur. Votre femme…

-A ses amants et j'ai les miens ! L'interrompit sèchement le docteur Francis.

Murdoch écarquilla les yeux.

-Votre femme est au courant de vos… Tendances ? S'exclama-t-il.

Le légiste eu un claquement de langue agacé.

-Bien sûr ! Répondit-il. Elle est ma confidente et ma meilleure amie ! Notre mariage n'était pas un mariage d'amour, vous savez ?

L'inspecteur ne sut que répondre… Finalement, il choisit de partir dans une autre direction.

-Docteur Francis… Que puis-je faire pour que vous me pardonniez ? Demanda-t-il d'une voix douce.

Le légiste ricana.

-Tout dépend de ce que vous êtes prêt à faire, Murdoch…

L'inspecteur déglutit. Il ne savait pas si il allait regretter ce qu'il allait dire ou non…

-Je ferais n'importe quoi…

Le médecin haussa un sourcil.

-Vraiment n'importe quoi ?

William soutint son regard. Un fin sourire se dessina sur les lèvres du docteur.

-Alors retrouvez-moi chez moi ce soir à vingt heures…

Sur ce, il se repencha sur son cadavre. Murdoch le salua, crispé, et s'en alla.

-Docteur ? Appela-t-il avant de partir.

Le légiste se redressa.

-S'il vous plait, ne parlez pas de ça à votre femme…

Le médecin hocha brièvement la tête pendant que Murdoch sortait. Il jubilait intérieurement…

Quant à Murdoch, il était encore perdu. Parce qu'après tout, il savait très bien ce qu'allait lui demander le docteur. Et ce qui le perturbait de plus en plus, c'est qu'il n'avait pas refusé. Pire encore, il s'était engagé à combler ses attentes…

Son éducation papiste semblait s'être fait la malle…

Peut-être était-il temps d'arrêter de se voiler la face…