Et voilà la suite ! Avec un peu de retard, certes, mais j'étais partie en vacances et j'avais pas internet... ni ma clé USB !
Cette deuxième partie de mon two-shot est très différente de ce que je fais habituellement... J'ai l'impression que je change de style, j'espère que ça vous plaira quand même toujours ! N'hésitez pas à me donner un avis -positif ou négatif- quand à cette histoire.
Prêtresse
-Ou comment l'amour peut tout consumer-
Il ralentit le pas mais continua tout de même à avancer, faisant redoubler sa fureur. Il ne comprenait pas pourquoi cette colère et, pourtant, il avait l'impression d'avoir déjà vécu ce genre de scène. Il avança doucement, comme on s'approche d'un animal blessé, et il lui sembla qu'elle baissait un peu sa garde. Au final, elle semblait déboussolée. Elle laissa tomber ses armes et son aura retomba d'un coup alors qu'elle demandait, l'air un peu misérable :
« - Alors tu ne te souviens vraiment de rien ? »
L'incompréhension totale qu'afficha Kyo finit de faire retomber la fureur de sa compagne. Ses yeux s'embuèrent de larmes alors qu'elle posait son front sur son torse. Elle murmura, plus pour elle-même que pour réellement lui faire comprendre :
« - Tu as tout de même fini par me retrouver... »
Se redressant, elle sécha ses larmes avant de demander, d'une voix plus forte et plus assurée :
« - Tu veux toujours la technique Kyo ? Tu n'arriveras pas à me battre. Tu n'y es jamais arrivée. »
Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il ne l'avait jamais combattu. Il s'en serait souvenu. Et surtout, il l'aurait battu. Kyo était le plus fort, s'il avait déjà obtenu la technique, il l'aurait gardé. Pourquoi ces phrases si mystérieuses ? Il n'osait pas répondre à sa question, peu sûr de sa réponse. Toutefois, ils n'engagèrent pas le combat car Muramasa venait d'arriver. Il les invita à rentrer et ils s'assirent tous trois autour d'une table. Yuya attaqua aussitôt le sujet, bien plus à l'aise qu'à son arrivée et regardant son aîné droit dans les yeux.
« - Il ne doit pas se souvenir. »
Son ton était catégorique pourtant son interlocuteur remit son ordre en question :
« - Ce serait invivable pour toi. Tu ne pourrais pas vivre avec lui tout en partageant des souvenirs qu'il n'a pas. Ce serait douloureux et je ne suis pas sur que ce soit ce dont tu as besoin.
- Je ne te demande pas ton avis. Je ne veux pas revivre ça. On peut très bien y arriver comme ça. Tu imagines s'il fallait lui refaire face ?
- Il faut essayer. Le problème se posera de toute façon dans quelques années. Autant le faire avant que vous ne commenciez une nouvelle vie tu ne crois pas ?
- Je refuse ! Ce n'est pas toi qui ait tout perdu. Qui ait du te battre, souffrir et devoir se cacher pendant tant de temps pour une folie. Pourquoi je n'aurais pas le droit d'avoir moi aussi ma part de bonheur ? »
Ils se jaugèrent tout deux du regard avant que Kyo, ne grogne :
« - Planche à pain. Il se passe quoi exactement ? »
L'intéressée eut l'air d'hésiter, ne sachant pas vraiment si elle devait lui répondre ou non. Finalement, ses prunelles intenses et le poids du regard de Muramasa la firent céder. Soupirant, elle commença à raconter :
« - Tu es devenu fou. Enfin... pfff. On se connaissait déjà avant. Tu n'avais pas réussi à me battre mais on s'était plu et on ne s'est pas lâché. Je t'ai suivi pendant ton voyage pour obtenir les autres techniques, on s'est entraîné ensemble. Je t'ai vu descendre doucement les profondeurs de la folie. Ta soif de pouvoir t'as rendu complètement fou. Le dieu démoniaque en toi a pris le dessus. »
Kyo comprenait maintenant l'aura combative de Yuya mais... pourquoi avait-elle été aussi virulente ? L'avait-il blessé ? Ou pire ? Qu'avait-il fait ? Il regarda sa compagne plus intensément mais il savait qu'elle ne répondrait pas. Il se tourna alors vers son mentor, lui demandant implicitement ce qu'il s'était passé. Yuya se tendit, sachant fort bien que Muramasa allait répondre à sa place. Ses jointures se blanchirent, ses mains se crispèrent tandis que le moindre de ses nerfs se tendaient sous sa peau fine. Elle ne voulait pas se souvenir. Elle avait tout fait pour oublier. Tout. Et il allait maintenant dévoiler ce qu'elle avait mis tant de mal à cacher...
« - Tu as tué son frère. »
Le démon crut d'abord n'avoir pas entendu ce que son mentor venait de dire. Mais au vu de la posture plus que stricte de sa compagne, il ne put que se rendre compte de l'évidence de ses paroles. Il essaya de se souvenir mais il ne se remémora que quelques flashs. Il ne put qu'être horrifié par le peu de choses qu'il arrivait à se remémorer. Yuya pleurant. Un inconnu au sol, à ses côtés. Une fureur sans nom sur ses traits. Ses iris prenant toute la place dans son œil. Une croix imaginaire et brûlante dans son dos. Il avait l'impression d'en sentir encore la chaleur...
Un raclement de chaise vint briser le flot de ses pensées. Muramasa avait dégainé son katana tandis que les shakrams de Yuya retrouvaient leur place dans les mains de leur propriétaire. Que leur arrivaient-ils ? Et pourquoi avait-il l'impression qu'un tison brûlant s'enfonçait entre ses omoplates tandis que ses pensées se faisaient de moins en moins cohérentes. La douleur l'aveuglait entièrement et alors que sa raison semblait vaciller, ses iris devinrent vermeilles. Yuya n'eut que le temps de prononcer une phrase à destination de Muramasa avant d'attaquer :
« - Va chercher Tokito. Il faut absolument qu'on efface à nouveau sa mémoire avant qu'il ne devienne complètement incontrôlable ! Je le retiens, fais vite. »
Muramasa partit aussitôt, laissant Yuya enchaîner les attaques que Kyo para aussitôt. Il n'était pas encore totalement sous la domination de sa part démoniaque mais ses instincts de guerrier le rendaient difficilement attaquable. De plus, la grandeur de son katana rendait plus grand encore son périmètre de sécurité. Heureusement pour Yuya, le démon n'étant pas encore totalement sous l'emprise de son mal, elle n'avait eu à subir aucune blessure pour le moment. Toutefois, ayant déjà eu à endurer cette folie, la jeune femme savait qu'il ne lui restait que quelques minutes avant qu'il ne l'attaque avec toute sa pleine puissance.
La jeune femme prit ses distances pour concentrer toute son énergie dans une attaque fulgurante. Elle espérait pouvoir le déstabiliser suffisamment longtemps pour que Muramasa revienne avec Tokito. A trois, ils avaient une chance plus grande de pouvoir le vaincre. Cette fois-ci, la jeune femme ne se sentait pas de le vaincre : elle ne s'était pas entraînée depuis longtemps et se sentait un peu rouillée. Pourtant, aucune erreur ne pouvait lui être accordée. Le moindre faux pas pourrait entraîner sa perte, tout comme pour Nozomu, son défunt frère.
Cette pensée la déstabilisa, et elle reçut une profonde blessure à l'abdomen. Elle n'eut pas le temps de souffler et cautérisa du mieux qu'elle put son entaille grâce à son feu. Elle ne devait pas perdre ni s'avouer vaincue ou Kyo obtiendrait toutes les techniques du vent divin obscur. Qu'adviendrait-il d'eux alors ? Il deviendrait plus fort encore et sans aucune pitié. Déjà que le battre avec trois techniques relevaient presque de l'impossible... Heureusement pour elle, elle possédait la technique la plus forte malgré ses capacités diminuées.
Kyo concentrait sa puissance pour lancer un Byakko que le Suzaku de Yuya para aisément. Le phœnix qu'elle venait de former avait le pouvoir de ressusciter de ses cendres pour attaquer une nouvelle fois et elle put porter un coup, bien faible en comparaison de ce qu'elle voulait réellement. Il fallait qu'elle dévoile toute sa puissance bien qu'elle n'aimait pas cela. Elle ne contrôlait pas toujours sa force et pouvait faire des ravages des kilomètres à la ronde. Néanmoins, elle n'avait pas le choix. Les yeux de Kyo ne reflétaient plus aucune humanité.
Se concentrant, elle déploya sa magie, rendant sa peau incandescente. Ses cheveux ne devinrent plus que flammes tandis que ses yeux rougeoyaient faiblement. A ce moment, Yuya retrouva une grande partie de sa puissance et put combattre Kyo d'égal à égale. Elle était peut-être même plus forte que lui, comme la dernière fois où ils s'étaient battus.
Cependant, la dernière fois, la mort de son frère sous ses yeux l'avait grandement galvanisé. Le combat n'avait pas été simple, loin de là mais elle s'était relevée inlassablement tandis que le démon essayait de la tuer. Elle avait concentré son pouvoir comme maintenant avant de terrasser son amant. Ce n'était depuis longtemps plus un simple combat mais une véritable mise à mort. Chacun cherchait la moindre faille, la plus petite faiblesse pour pouvoir s'imposer à son adversaire et l'abattre.
Kyo se défendait bien en invoquant le Genbû à tout bout de champ, lui permettant de s'abriter derrière une barrière aussi solide qu'une carapace. Yuya avait un avantage de choix car le vent créé par le Seiryu attisait les flammes de son Suzaku, rendant cette attaque complètement caduque. Le Byakko était difficile à esquiver de par sa taille et sa puissance et la jeune femme récoltait souvent de nombreuses blessures suite à cette technique. Heureusement pour elle, il ne pouvait pas invoquer le dragon d'or, le Suzaku lui appartenant toujours.
La jeune femme avait délibérément restreint une partie de sa puissance, faisant en sorte que le feu ne prenne pas totalement le contrôle sur ses pensées. Elle n'aurait pas la « chance » de tomber sur le corps de son frère mort, comme la dernière fois pour la ramener à la raison. Elle ne pouvait pas se donner à fond. D'ordinaire, lorsqu'elle utilisait cette technique, ses iris prenaient la couleur du sang, rivalisant avec ceux de son amant. Toutefois, qui aurait pu l'arrêter dorénavant ? Si elle se transformait complètement, elle était quasi sûre de gagner mais ne pourrait reprendre le pas sur son corps. Choisir entre la peste et le choléra. Cette pensée suscita un bref sourire de la part de la jeune femme.
Il fallait absolument qu'elle réussisse à immobiliser Kyo ou tout du moins à l'affaiblir suffisamment pour laisser une chance à Tokito. Cette dernière pouvant influencer les pensées, elle avait modifié les souvenirs du démon et lui avait retiré ses techniques. Ces dernières avaient été rendues à leur propriétaire qui avait été fort étonnés. Kyo serait-il mort ? Que c'était-il passé ? Ils avaient bien cherché à contacter la dernière détentrice de la technique mais celle-ci n'avait plus donné signe de vie. Folle de chagrin et de douleur d'avoir vu son amant tuer ainsi un membre de son sang, elle avait demandé à ce que ses pouvoirs et sa mémoire soit scellés. Ainsi, elle avait pu vivre une vie plus ou moins heureuse de fille normale rongée par un vide dont elle n'avait pas conscience. Sa profondeur et sa grandeur ne lui étaient apparues seulement lorsque Kyo avait comblé ce vide.
Et voilà que tout recommençait. Étaient-ils condamnés à s'entre-déchirer pour l'éternité ? Brûlant ensemble dans les limbes, ils ne pouvaient s'aimer. Moments isolés de bonheur dans un océan d'infinie tristesse. Leurs destins étaient intrinsèquement liés pour le meilleur mais surtout pour le pire. Arriveraient-ils à se pardonner un jour de tant de violence ? Pourraient-ils vivre sans se rappeler les coups, trop nombreux pour être oubliés, les cicatrices par centaines parsemant leurs corps respectifs ? La rancune douce-amère et le désespoir poivré ne cessait de pimenter chacune de leurs aventures. Pourtant, malgré tous leurs efforts, malgré les séparations, les combats... ils s'étaient retrouvés.
Envers et contre tout, une force inconnue d'eux et phénoménale semblait vouloir les faire se rejoindre envers et contre tout. Était-ce positif ? Allaient-ils en pâtir de nouveau ? Arriveraient-ils à vivre avec un tel fardeau pour céder aux caprices d'une divinité supérieure qui forçait leurs chemins à se croiser inlassablement ? Leurs chemins respectifs, trop sombres pour être attrayant, ne s'illuminaient qu'au croisement de leurs deux destinées.
Des larmes piquèrent les yeux de la jeune femme mais ne coulèrent jamais, emportées par le brasier que son pouvoir créait. Si seulement ils ne s'étaient jamais aimés, cela aurait été tellement plus simple. La folie n'aurait été qu'un simple obstacle sur sa route qu'elle aurait piétiné avant de continuer son chemin. Oui, mais... ils s'aimaient. D'un amour qui transcendait bien plus que tout ce qu'ils auraient pu imaginer. De combien de vies ensemble avaient-ils pu disposer sans même s'en apercevoir ? Combien de souffrances et de bonheurs avaient-ils vécu tout au long de leur existence ? Bien que la jeune femme sentait ses forces décliner, elle savait que son amour ne s'éloignerait jamais. La mort de son frère avait peut-être amenée une brève parenthèse à leurs existences mais ils s'étaient retrouvés. Ils se retrouvaient toujours. Inlassablement et à jamais.
Genoux à terre, Yuya se demanda qu'est-ce qui poussait autant le démon à chercher les techniques. Pourquoi cette quête du plus fort ? Était-ce un besoin utile ou une futile conquête pour ne pas que l'on décèle l'incroyable fragilité d'un être délaissé toute sa vie ? Dernier de son espèce, il ne pouvait qu'être incompris par ceux qu'il était destiné à achever. Aurait-elle la force de l'abattre pour résoudre cet épineux problème dans une autre vie ? Était-elle seulement sûre qu'ils se reverraient dans leur prochaine vie ? Ce droit leur seraient-ils de nouveau accordé ou faudrait-il implorer la clémence des dieux pour espérer bénéficier d'un peu de liberté ?
Il fallait qu'elle le libère de ses tourments dut-elle en mourir pour cela. Elle savait ce qu'elle risquait et le pari semblait bien mince. Au final, ce qui importerait alors serait de savoir si c'était le démon ou la flamme qui ravagerait l'environnement avant que les guerriers les plus forts défileraient pour se mesurer à ce nouvel ennemi insaisissable. Peut-être que les autres détenteurs des techniques viendraient également pour essayer de l'achever et s'emparer de la technique. Qu'en feraient-ils alors ? Le scellerait-il à jamais pour que personne ne puisse le trouver et être certain que ce désastre ne se reproduirait plus ?
Un baiser ne suffirait pas pour le faire revenir à la raison, elle l'avait cruellement compris lors de leur dernière joute. La candeur n'était plus face à ces deux monstres de puissance. La jeune femme avait changé depuis la Tour Rouge et ne pouvait plus sauver l'homme qu'elle aimait désespérément. Elle rugit de douleur lorsque le katana entama profondément la chair de ses côtes et elle repoussa l'homme de sa paume, imprimant sa marque brûlante sur son torse. Secouant la tête, Yuya réfléchit encore quelques instants. Muramasa ne pouvait l'aider, il n'était pas assez puissant ! C'était devenu un incroyable maître théorique mais ses capacités pratiques en avaient pris un sacré coup. Tokito manipulait admirablement les esprits mais il fallait affaiblir Kyo au maximum pour être sûre d'avoir une emprise minimale sur ses pensées. Les ténèbres de ce dernier étaient trop profondes pour que Tokito puisse n'avoir qu'une infime influence sur lui. Il ne restait alors plus qu'elle et dans son état, elle n'arriverait à rien, elle le savait. Il fallait absolument qu'elle laisse place à sa forme de Suzaku, quoi que cela lui en coûte.
Elle relâcha progressivement l'emprise qu'elle avait sur son corps qui se consuma petit à petit. Tout l'oxygène qu'elle gardait dans ses poumons fut remplacé par un liquide proche de la lave en fusion. Ces muscles ne furent plus que du charbon répondant à leur nouveau maître : le feu. Puis, ce fut au tour de ses pensées et de son cerveau d'être aspiré. Elle se vit elle-même partir loin tandis qu'un brasier ravageait la moindre de ses facultés mentales. Lorsque la jeune femme, qui n'en avait plus que l'apparence, rouvrit les yeux qu'elle ne se souvenait pas avoir fermé, Yuya n'existait plus. C'était dorénavant le combat de la folie contre le feu. Il consumerait tout sur son passage. Ami ou ennemi, il n'y avait aucune différence. Le feu était là au commencement et serait là à la toute fin, sûrement déclencheur du dénouement. Ce serait l'aboutissement de son règne et de toute forme de vie connue.
Le combat, d'ores et déjà violent, redoubla d'intensité. Fini de jouer. Il ne s'agissait plus de gagner ou du temps ou de blesser mais de tout annihiler. Le Genbû, soumis à une température bien supérieure à ce qu'il pouvait supporter se brisa en mille morceaux. Le Byakko ne put que connaître son épilogue face à une telle violence tandis que le Seiryu se soumettait, sachant fort bien qu'il ne faisait pas le poids. Dès lors, la folie se consuma peu à peu, ne pouvant se défendre face à la puissance incommensurable du feu. Il consumait tout. Il était le maître en ce combat.
Ce fut au tour du démon de s'agenouiller, à bout de souffle et sentant sa fin proche. Le corps ardent et innommable du feu avisa alors les deux shakrams qui reposaient non loin. Ils seraient un parfait réceptacle à sa colère et permettrait une mort exemplaire à cet infâme qui avait osé se dresser devant lui et qui n'avait maintenant plus aucune chance de se relever.
Cependant, au moment où ses mains incandescentes rentrèrent en contact avec les deux armes, le feu ne se sentit plus maître du corps de feu qu'il avait possédé plus tôt. Son élément semblait aspirer. Fou de rage, il déchaîna sa puissance contre les artefacts, accélérant l'inévitable.
Yuya ouvrit péniblement ses yeux. Chancelante, elle essaya tant bien que mal de ne pas s'effondrer au sol. Une fois stable, elle analysa son environnement et soupira de soulagement. Son plan avait fonctionné. Elle avait totalement abandonné son corps à son élément, se raccrochant désespérément à ses shakrams, espérant qu'ils seraient assez puissants pour le contenir. Visiblement oui. Toutefois, de nombreuses fêlures apparaissaient et la jeune femme ne put que prier que le feu ne puisse s'échapper.
Lorsqu'elle releva les yeux, elle ne put que constater les ravages que l'élément avait déclenché. Son amant, cloué au sol, ne pouvait esquisser le moindre mouvement. Précautionneusement, elle tenta de s'approcher. Elle savait que ce qu'elle s'apprêtait à faire était fatale et pourrait bien emporter la dernière étincelle de vie qui lui restait mais elle n'avait pas le choix. Il fallait stopper cette incessante mascarade les empêchant de se réunir tous les deux en jouissant du bonheur que la présence de l'autre leur apportait.
Elle se plaça derrière le démon qui avait tenté de se défendre sans réellement y arriver. Son dos nu laissant apercevoir les nombreuses cicatrices de ses précédents combats mais aussi toutes les blessures qu'elle avait pu lui infliger. Par endroit, la peau n'existait plus, remplacée par des chairs brûlées. Faisant venir à elle les ultimes braises de son pouvoir, elle traça dans son dos une croix bien réelle cette fois, semblable au signe céleste que le premier des Mibu lui avait donné dans une de leur vie antérieure. Elle n'eut que le temps de finir son œuvre avant que son feu ne s'éteigne à jamais. Yuya s'effondra au sol avant de prier tous les Dieux de lui venir en aide. Il fallait qu'il retrouve ses esprits.
Ω
Lorsque Muramasa revint, accompagné de Tokito, il ne put que s'attrister devant le spectacle de désolation qui s'offrait à lui. Tout avait été ravagé, il ne restait plus rien du si beau paysage. Kyo et Yuya reposaient au centre de cette désolation, au bord de la mort. Tandis que Tokito s'affairait à soigner les blessures du démon, il s'approcha de la jeune femme qui, sentant une présence même dans l'inconscience, ne put que murmurer :
« - Les shakrams... »
Détournant le regard, il vit ses anciennes créations non loin de là, rougeoyantes. Il ne lui fallut que peu de temps pour comprendre que Yuya avait usé de sa plus grande puissance, destructrice et interdite, pour détruire toutes les techniques du vent divin obscur et avait enfermé le Suzaku dans ses shakrams. Heureusement pour elle, étant le créateur de ces derniers, il pouvait facilement les détruire, ce qu'il fit aussitôt, anéantissant le Suzaku avec lui. Il était sidéré par ce que ces deux personnes avaient vécus ensemble. La voix de Tokito résonna à ses oreilles et ils transportèrent les deux corps agonisants chez lui, essayant au mieux de les soigner.
Ω
Loin, très loin au-dessus d'eux, par delà les cieux, une puissance supérieure dont nul ne connaissait le nom sourit doucement. Décidément, cette jeune femme était incroyable. Par delà les vies, par delà les blessures et les offenses, elle ne cessait de le sauver. Le démon et sa compagne avaient bien mérité une vie de répit et c'est avec une pointe de regret que la démiurge détourna son céleste regard de ce couple divin.
Une review ?
