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La magie était là. Indéniablement. Cela lui coûtait de l'admettre, mais un sourire irrépressible s'affichait sur ses lèvres à chaque fois qu'elle repensait à sa journée d'enquête aux côtés de Castle.

Comment un être aussi immature, aussi original, aussi agaçant et déconnecté de la réalité pouvait-il exercer une telle influence sur elle ? Comment pouvait-elle, elle, Kate Beckett, être à ce point troublée, déstabilisée et charmée par l'exaspérante excentricité de cet écrivain ?

Et pourtant. Encore une fois, aujourd'hui, leur étrange connexion s'était imposée à eux, sans prévenir. L'endroit était incongru : l'appartement d'un illustre inconnu, locataire visiblement agacé par leur spectacle. La situation était cocasse : ils s'étaient retrouvés, sans même s'en rendre compte, l'un avec une poêle, l'autre avec une casserole à la main. Mais cela avait fonctionné. Encore. A peine avait-il entrouvert la porte d'une histoire à reconstituer qu'elle s'y était engouffré, le suivant aveuglément dans ses théories les plus folles, apportant elle aussi sa pierre à l'édifice, comme si leurs esprits s'accordaient soudainement pour ne faire plus qu'un seul et même raisonnement, se complétant, se stimulant, s'enivrant de leur alchimie mutuelle.

Elle était friande de ces situations impromptues. Elle y perdait délicieusement la raison, et cela l'effrayait aussi. Pourquoi fallait-il que cela se produisît avec Richard Castle ?

Hier, en sonnant chez lui, elle s'attendait à ce qu'il l'accueille avec une remarque aguicheuse et provocante. Elle avait mentalement préparé quelques répliques cinglantes, qui auraient tôt fait de mater sa fierté mal placée.

Mais c'est en tenue de laser-game qu'il lui avait ouvert. Il n'avait rien articulé. Elle non plus. Elle ne saurait dire lequel des deux avait été le plus surpris. Elle avait brutalement eu le sentiment de s'immiscer dans un pan de sa vie qu'elle n'avait pas le droit de découvrir. En d'autres occasions, elle aurait volontiers qualifié de puéril ce loisir auquel il s'adonnait avec sa fille au moment d'ouvrir la porte. Mais cette situation insolite avait décidément quelque chose de touchant, de tendre, de charmant, qui fendillait l'armure méfiante qu'elle s'était forgée en redoutant cette rencontre.

Il l'avait finalement laissé pénétrer dans son antre. C'était donc là. Là qu'il élaborait ses histoires. Là qu'il laissait dériver son imaginaire, qu'il travaillait les mots pour donner vie à ses personnages. Elle fut immédiatement saisie, et séduite, par la chaleur évidente de son bureau. Et c'est là, dans le secret de sa retraite, réfugiés dans l'espace intime, solitaire, sur le seuil duquel il délaissait tous les oripeaux du personnage public qu'elle connaissait, qu'ils essayèrent, ensemble, de percer le mystère de l'enquête.

Kate Beckett savait qu'elle ne résisterait pas à cet homme s'il tentait de forcer ses barrières. Elle ne le pourrait pas. Et elle n'en avait pas envie. Elle savait même qu'elle ne tarderait pas à lui laisser entrevoir un pan de son passé. La montre. La bague. Elle sentait qu'elle désirait le lui révéler. Qu'elle le devait. Et peut-être que cette force irrésistible qui la poussait à s'ouvrir à lui finirait par lui apporter l'apaisement dont elle avait tant besoin.