"Je ne puis m'empêcher de me regarder dans le miroir de Risèd quelques minutes avant qu'un félin gris se déplace à mes côtés. Minerva, encore une fois. Elle m'a regardé longuement avant de me sermonner sur ma capacité à donner des ordres que je ne respectais pas moi-même. J'ai hoché la tête, tristement convaincu que jamais je ne pourrais oublier ce miroir. Elle me demanda à son tour ce que je voyais vraiment. Vraiment. J'aurais voulu lui mentir à elle aussi, mais son regard inquiet m'a résolu à ne pas le faire. Je ne pouvais pas lui dire la vérité non plus. Mes mots ont donc modélisé ma pensée :

- Ce serait bien trop long et trop douloureux Minerva.

- Même pour une Pensine ?

- Surtout pour une Pensine.

Ses yeux tournés vers moi, elle soupira, ne sachant pas quoi me répondre. Je n'attendais qu'une chose : me retrouver seul avec mes souvenirs. Mais au contraire, elle se rapprocha de moi, le chapeau à plumes penché, les yeux ridés par le temps et au nom de notre longue amitié elle me supplia :

- Laissez-moi vous conseiller un vieux truc moldu, Albus, il ne faut pas vivre avec ses souvenirs.

- Je verrai.

Malgré ma réticence première, j'avoue, et bien difficilement, que ce carnet n'est pas une mauvaise idée. Je ne peux m'empêcher de retarder cette échéance qu'est le commencement de ma vie et pourtant en voici le premier extrait.

Tout a commencé à l'âge de vingt ans, bien avant Grindelwald, bien avant la découverte des propriétés du sang de dragon, bien avant ma rencontre avec Flamel. Essentiellement autodidacte, je passai mes premières années post-Poudlard à pratiquer la métamorphose et les sortilèges, seul dans un appartement de Pré-au-Lard. Je m'étonnais du plaisir que je prenais à lire et à toujours trouver de nouveaux sortilèges et de nouveaux objets utiles pour le monde sorcier.

Je marchais dans la rue, d'un pas clair et mesuré. J'avais les mêmes yeux cristallins mais sans mes sages rides. Je possédais la force de l'âge, l'assurance du débutant, autant que sa naïveté. Mais j'étais fier, chaque jour, de me lever à l'aube pour mes convictions."

Rose inspira, la gorge en feu à force de lire. Solis, compréhensive, prit le relais avec sa petite voix fluette :

"Et je lui rentrai dedans. Une jeune femme, très belle. Un regard vert émeraude. Elle pesta à voix haute ; me demandant de regarder où j'allais. Bêtement j'acquiesçai alors qu'elle avait changé de route au dernier moment provoquant notre collision.

Elle possédait un je ne sais quoi d'attirant. Sa robe de sorcière miteuse épousait son corps frêle. Ses yeux m'intriguèrent comme un sort incomplet. Je ne pouvais la quitter des yeux, et lorsqu'elle me quitta, mon seul désir fut de la suivre et j'écoutai ce besoin avec attention, l'espionnant pour voir où elle allait.

Je n'ai rien oublié de notre histoire, même pas ce moment où elle remarqua ma présence derrière elle et où je me justifiai vainement disant que j'allais dans la même librairie. J'achetai le livre d'une sorcière renommée, qui avait trouvé de nombreux secrets sur la cape d'invisibilité. Je me faisais en règle d'acheter tous les deux jours un nouveau livre de magie. Malgré l'énervement qu'elle ressentait contre moi, elle fut intriguée par ma lecture et m'invita à boire un verre avec l'excuse de s'être mal conduit envers ma personne.

Je réglai mes achats et elle les siens. J'en profitai pour voir qu'elle avait pris deux livres de bonne taille, le premier plus fin que le deuxième. Un traitant des Reliques de la Mort, l'autre de l'invisibilité. La coïncidence avait fait ma chance, et je remerciai le ciel pour ça pendant un mois après notre rencontre."

Solis toussa, et referma le livre sur ses genoux. Rose paniqua :

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- C'est bientôt le couvre-feu, comprit Lucem, liée aux pensées de sa jumelle par on ne savait quoi.

- Je crois que l'on reprendra demain, appuya Ted.

Ted lança le sort Reducto. Rose ne comprenait pas pourquoi ses amis étaient si pressés d'en finir. Face à son incrédulité, Solis expliqua :

- Rappelle-toi la nouvelle règle de cette année. 50 points en moins par personne en dehors de son dortoir après le couvre-feu. Nous ne tenons pas vraiment à expliquer demain aux Gryffondor, la raison de la perte de 250 points.

- Tu ne comprends pas très vite pour une Granger, s'amusa son cousin sous le regard incendiaire de celle-ci.

- Potter ! s'étrangla sa cousine.

James rit fort, puis comme les autres quitta la Salle sur Demande sans prendre la peine de s'excuser. Ted passa à côté de Rose lui glissant à l'oreille :

- Vu la tête qu'il tirait tout à l'heure, il a compris en même temps que toi.

Rose le remercia d'un regard pour être toujours là pour la rassurer et même la consoler. Elle sortit de la pièce la tête pleine de questions face à la lecture. Discrètement, les cinq amis marchèrent jusqu'à leur salle commune, se séparant aux pieds des escaliers. Rose voulut ouvrir le livre sous sa couette mais sa conscience l'en empêcha. Elle referma alors l'objet de sa convoitise et sombra dans un sommeil sans rêve.

Dès le lendemain, les cinq amis se rejoignirent dans la Salle sur Demande. Ils se mirent dans la même position, tous concentrés sur Lucem qui, la suivante dans la ronde, entreprit d'ouvrir le livre. Elle se racla doucement la gorge, essayant d'attirer une attention qui lui était déjà acquise. Elle plongea dans la suite de l'histoire, d'une voix semblable à celle de sa sœur :

"Notre discussion au café eut le pouvoir d'attirer mon attention. Cette femme, Elise McMarshall, me passionna sur sa recherche des Reliques de la Morts, les trois objets offerts par la Mort aux frères Peverell :

- La Pierre de Résurrection,

- La Baguette de Sureau,

- La Cape d'invisibilité.

Je fus subjugué par cette histoire sortie d'un conte pour enfant. Tous la trouvaient absurde, mais Elise me convainquit à une vitesse incroyable. Et après deux bonnes heures dans ce pub où nous ne touchâmes presque pas à nos boissons, je la raccompagnai chez elle en lui promettant de lire mon achat au plus vite pour le lui passer. Elle me jura la même chose, me remerciant pour ce délicieux moment. Je ne le savais pas encore mais elle m'avait charmé en deux heures.

Ah comme je me sens adolescent à écrire ces pauvres mots sur un papier blanc. Comment pourrais-je continuer à écrire cette histoire qui finira mal, comme à chaque fois que je me la rappelle ? "

Un long silence s'installa. Rose regarda James, puis les jumelles et enfin Ted. Elle prit la parole, voyant que personne ne s'y décidait :

- Dumbledore est tombé amoureux.

La Weasley était incrédule, et le regard bohème, elle attendait en vain que quelqu'un d'autre réagisse à sa place. Ted décroisa les bras, il ouvrit la bouche avec comme l'envie de s'exprimer mais la referma aussi sec. James attrapa le regard de Rose et la fixa sans fin. Lucem plongea son regard dans le carnet puis parla enfin, la voix tremblotante. Rose n'aurait su dire si elle était choquée ou bien excitée :

"Pour lire, il faut trouver le premier contenant, et l'écrire."

À la fin de la phrase, Rose devina sans problème : Lucem tremblait d'excitation. James lança :

- Des idées ? On ne peut pas rester sur notre faim comme ça !

- Le premier contenant, non, rien ne me vient à l'esprit, dit Solis, les sourcils froncés sous la concentration.

- Trouvons d'abord les définitions des mots, proposa Rose.

Ses amis hochèrent la tête, il n'y avait rien n'a perdre. Ted essaya avec un demi-sourire :

- Contenant : ce qui contient quelque chose. C'est assez évident, comme pour le "premier" ; pas besoin de faire un dessin.

- Qu'est-ce qui est dit au tout début du livre ? demanda James avec une soudaine et incroyable lumière.

- Voyons, murmura la dernière lectrice en tournant les pages. "Je prends le temps d'écrire cette histoire afin qu'elle ne soit pas oubliée dans mon esprit lors de ma mort. Minerva a raison, même les plus gros secrets et les plus lourds ne doivent pas être gardés. Mais la Pensine m'est trop impersonnelle, alors cette chère professeur et amie m'a offert ce carnet pour que je puisse conter ce roman."

- Essaye "Pensine", suggéra Lucem à sa jumelle en lui tenant un plume qu'elle avait dégottée dans son sac de cours.

Solis obéit. Le mot écrit disparut dès que la plume se releva du papier blanc. Une autre écriture en prit la place pour se moquer gentiment :

"Tout n'est pas aussi facile. Je n'ai pas vraiment visé haut pourtant."

Solis grimaça avant de répéter à voix haute. James éclata de rire sous le regard blasé des autres.

- Allez, décoincez-vous ! Je viens juste d'imaginer la tête de tata Hermy en apprenant que son cher directeur n'était pas si parfait.

Rose sourit malgré tout à cette image. Sa mère idolâtrait l'ancien directeur et elle ferait assurément une mini crise cardiaque en lisant toutes ses confidences montrant que le sorcier s'apparentait seulement à la race humaine.

Un gloussement attira le regard de Rose vers Ted avant que celui-ci ne rie à son tour. Rose entra dans ce drôle de rire, autant provoquer par sa mère que par les révélations incongrues de Dumbledore. Les Lovegood se laissèrent emporter par l'hilarité générale créant une situation vraiment étrange, sachant que personne ne rigolait pour quelque chose de vraiment drôle.

Quand enfin ils se calmèrent, Ted lâcha qu'ils devraient attendre pour savoir la suite. L'orphelin quitta son pouf avec souplesse, les jumelles suivirent et les deux cousins, encore tout souriant, fermèrent la marche.