Disclaimer : Tous les droits appartiennent respectivement à Atsuko Asano pour No.6 et à usagi-mono pour la présente fanfiction.

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WARNING : Ce texte ci-dessus contient la mention d'une relation sexuelle entre deux hommes. Ce n'est absolument pas (et je tiens à le souligner) une scène gratuite, et je le vois plutôt comme un acte d'amour passionné, désespéré et immensément émouvant. Néanmoins, je peux comprendre que cela vous gêne ou choque, aussi il vous appartient de quitter cette page ou de sauter le passage concerné.

Vous voilà prévenu(e)s.


"Nous sommes 6 milliards d'êtres humains, et pourtant chacun d'entre nous est profondément seul. C'est pourquoi tout le monde cherche désespérément... cette personne qui ne veut pas être distancée."

- Arakawa Under the Bridge.

Dans Hamlet, la raison de toute sa folie, cette folie destructrice qui conduisit à ces si horribles événements, tout était la faute d'un fantôme.

Si cette folie est à l'origine de l'apparition de son fantôme, alors Shion se fera un plaisir de succomber à sa potentielle destruction. Mais en y repensant, et si le véritable coupable était la dépravation ? Affamé d'un amour qui lui a été volé, la mince frontière entre illusion et réalité franchie, les deux fusionnent avec une telle intensité que son cerveau croit être encore endormi. D'un autre côté Nezumi - Nezumi reste une énigme, même après sa mort, un mystère que Shion ne pourra jamais véritablement percer à jour.

C'est le troisième jour depuis que ma folie a commencé, compte Shion.

Nezumi n'est pas venu le rejoindre dans le lit la nuit d'avant, même si il lui avait dit le contraire. Sûrement à cause de la joue blessée de Shion, la douleur qui pulse encore bien après qu'il ait été frappé. A cause de ça, Nezumi a refusé de dormir dans la même pièce que lui. C'est le matin et la coupure s'est quasiment refermée. Il soupire de soulagement lorsqu'il remarque que l'ecchymose a disparu; il a encore quelques courbatures, sa peau un peu rêche, mais rien de bien de grave, rien dont Nezumi doive s'inquiéter. Shion se recoiffe dans le miroir, fait en sorte qu'il n'ait pas l'air aussi malade qu'il ne se sente présentement. Il descend les escaliers et entre dans le salon.

La première chose qu'il remarque, c'est que la fissure sur le mur, celle qu'a faite Nezumi en enfonçant son poing, n'est plus là.

Il l'a réparée ?

Nezumi est absent et un seul regard à la cuisine lui apprend qu'il n'a pas encore mangé. Shion suppose alors que c'est son tour de préparer le petit-déjeuner. Il sort un carton de lait du réfrigérateur et le réchauffe à la casserole. Il est encore trop endormi pour avoir vraiment faim. C'est tout ce qu'il a; que ça plaise ou non à Nezumi.

Shion sursaute presque, quand il aperçoit Nezumi à travers la porte vitrée du balcon, attenante à l'arrière de la cuisine. Il vient seulement de remarquer sa présence, et il trouve ça étrange. Nezumi est dos à lui; il s'appuie sur la rambarde, et paraît si profondément plongé dans ses pensées, qu'il en est presque parfaitement immobile. Seul le léger mouvement de ses épaules alors qu'il respire l'air encore humide vient troubler sa quiétude. Shion s'arrête un instant, se gorge de cette vision, et trouve que les longs cheveux attachés en courte queue de cheval lui manquent. Il y a quelque chose de si sévère, si dur, et si douloureusement mature à cette nouvelle apparence, apparence à laquelle il n'est pas habituée. Il y a déjà tellement de distance entre eux.

Alors qu'il commence à remuer le lait dans la casserole, la porte-fenêtre du balcon s'ouvre.

"Comment va ta blessure ?" c'est la première chose que lui demande Nezumi, alors qu'il entre dans la pièce. "Tu te sens mieux, Shion ?"

Shion est touché par tant d'attention. Il ne pourra jamais aimer quelqu'un plus qu'il ne l'aime lui, ni trouver quelqu'un d'autre à qui il s'abandonnerait totalement, corps et âme.

Quand Nezumi est assez proche, Shion lui prend la main et la presse contre sa joue guérie. La main de Nezumi est froide, froide à cause de la température ambiante, alors qu'elle glisse doucement, caressant gentiment son menton, frottant son pouce contre la peau lisse et tendre. Shion ne pense à rien, et Nezumi se rapproche encore, et il ne résiste pas aux caresses que Nezumi laisse le long de ses bras frissonnants, traçant les contours du serpent sur sa nuque. Il veut rester comme ça, pour toujours. Il veut être touché, aimé, de l'intérieur, de l'extérieur.

Si tout ça n'est qu'un rêve, il va faire en sorte de ne jamais ouvrir les yeux. Du moins, pas tout de suite.

Il sent Nezumi bouger, avant qu'il ne tende sa main en direction de la casserole sur le feu, s'occupant de remuer le lait dont Shion avait oublié l'existence.

"Seulement du lait ?" demande-t-il, perplexe. "Ou tu as juste oublié d'ajouter les œufs et le beurre ?"

"Je n'ai pas faim," rétorque Shion. "C'est tout ce qu'il me reste dans le frigo de toute façon."

L'inquiétude de Nezumi est évidente, mais il ne dit rien. Il transvase le lait chaud dans un bol pour le laisser refroidir, et refuse d'en prendre une seule goutte, même lorsque Shion lui en propose à plusieurs reprises.

"Je ne suis pas pauvre, Nezumi. Prends-en un peu pour te réchauffer au moins."

"Je suppose que je n'ai pas faim non plus," réplique Nezumi évasif.

Il regarde Shion amener avec soin le bol de lait à ses lèvres d'un œil perçant. Ils sont proches l'un de l'autre, assis ensemble à cette petite table à manger, leurs genoux se touchant à travers leurs vêtements. Shion ne peut s'empêcher de rougir, alors que Nezumi mine de rien pose son coude sur la table, laissant sa tête reposer contre la paume de sa main. Il l'engloutit entièrement sous l'intensité brute de son regard. Shion ne manque pas de remarquer la langue qui vient humidifier ces lèvres avides, et déglutit lorsqu'il se demande à quoi peut bien penser Nezumi en ce moment.

Pas faim... hein.

"Je sors aujourd'hui," lui dit Shion, reposant brutalement son bol vide. "Rendez-vous chez le docteur. Tu n'as pas besoin de venir avec moi," ajoute-t-il rapidement.

Nezumi croise les jambes sous la table. "Je ne suis pas ta gardienne. Tu fais comme tu veux."

Pourtant il continue de le fixer d'un regard brûlant qui le cloue sur place. Provoquant fourmillements dans son estomac et cœur battant.

"J'irai faire un tour au marché après," continue Shion, essayant de chasser la rougeur sur ses joues. "Qu'est-ce que tu aimerais manger pour le dîner ?"

"Achète ce que tu veux." Nezumi passe une main dans ses cheveux courts, désintéressé.

En bas de la rue, ils entendent quelqu'un marcher, ses pas crissant sur le pavé gelé. Il fait étonnamment beau, malgré la neige. Il faudra qu'il pense à nettoyer les draps quand il reviendra. Il a besoin de s'occuper, maintenant que Nezumi est à la maison avec lui, le hantant de sa présence avec son aura sombre et ses yeux trop perçants. Ce n'est pas seulement ses cheveux, chaque partie qui le constitue, qu'il croyait pourtant connaître par cœur, tout est différent. Mais il reste d'une certaine manière le Nezumi qu'il a toujours connu : le criminel en fuite qui saigne sur la moquette de sa chambre, le fugitif qui lui sauve la vie, le garçon qu'il lui apprend ce qu'est la peur, ce qu'est la haine et l'amour. Et de ce point de vue, Nezumi n'a quasiment pas changé.

Ses yeux semblent le transpercer, le percer à jour, et Shion a du mal à résister à la chaleur qui l'envahit soudainement.

Tu es le fruit de mon imagination. Je t'interdis de me faire quoi que ce soit.

"Shion." La voix de Nezumi le sort brutalement de ses pensées. "Comment... vas-tu ?" et c'est la première qu'il lui pose cette question depuis qu'il est arrivé sur le pas de sa porte.

Et ça prend Shion par surprise. Nezumi s'y intéresse-t-il vraiment ou est-ce l'inquiétude qui le pousse à poser la question ? "Nezumi... Je-je vais bien. C'est juste que... ces derniers jours ont été un peu fatigants, tu ne trouves pas ?"

"Hmph. Je vois." Nezumi s'avachit sur sa chaise. Le ton de sa voix laisse pourtant à penser qu'il est loin d'être convaincu par son explication. "Tu sais quoi, je crois que je préfère l'ancien Shion. Celui qui était bien meilleur menteur."

"Quoi ?"

Nezumi croise ses bras, comme pour cacher dans son torse le cœur qui y est niché. Il y a beaucoup réfléchi, c'est évident. "Tu ne déblatères plus aucune de tes conneries sentimentales. Tu ne parles plus de tes idéaux naïfs, tu es devenu tellement terre-à-terre. Où sont-elles passées, ces stupides questions que tu affectionnais tant ? C'est louche, de te voir si calme. Attends, je nie pas que tu es plus attirant comme ça. Quelqu'un est enfin venu te voir pour te dire de la fermer ? T'as enfin réalisé le clown casse-pieds que tu étais ? Enfin, j'imagine que c'est normal, t'es un génie après tout, tu l'aurais découvert tôt ou tard."

"Où tu veux en venir, Nezumi ?"

Tu ne penses même pas ce que tu dis.

"...Pourquoi as-tu changé Shion ?"

"Les gens changent," répond-il simplement.

Il fixe du regard le bol cerclé de blanc, là, sur la table du petit-déjeuner, et espère que lorsqu'il relèvera la tête, Nezumi sera parti, ou sera au moins satisfait de sa réponse. L'horloge de la salle à manger fait du bruit, tel un carillon de mauvaise augure. Même avec la présence d'une autre personne dans la pièce, c'est trop silencieux, plus encore que quand il vivait seul. Un calme mortel qui l'effraie au plus haut point. Un silence surnaturel à l'opposé du chaos qui règne sur son cœur.


Ils ne le font jamais très souvent. Ils se sont offert mutuellement leur virginité, mais le sexe n'est jamais habituel, jamais spontané. Pas vraiment. Shion aime le considérer comme un acte sacré, exclusif et décent, et Nezumi respecte cette vision des choses.

Mais il n'y a rien de décent aux gémissements d'approbation de Shion, haletant sur l'oreiller alors que Nezumi lui fait l'amour, rien de décent à la manière dont l'essence de Nezumi macule l'intérieur de ses cuisses frissonnantes.

"Putain, tu es magnifique," lui murmure Nezumi, alors qu'il tremble de plaisir, et que Shion lui lèche avec ferveur la paume de sa main ouverte.

Il force de ses doigts la bouche de Shion, et la langue chaude et docile vient à leur rencontre, et les dents parfaites les égratignent de leur passion.

Nezumi jouit dans un grognement rauque, sauvage. Shion aime ce Nezumi si animal. C'est primitif, plus fort qu'eux, c'est la preuve de la domination dont Nezumi fait preuve à son égard, et pourtant, c'est la matérialisation du lien qui existe entre eux, alors Shion ne peut que crier d'extase pour que le bonheur de Nezumi ne connaisse jamais de fin.


Nezumi n'arrête pas de gigoter sur son siège, comme s'il se sentait mal à l'aise d'être dans la même pièce que lui.

Shion cesse de fixer de manière absente la fissure invisible sur le carrelage et relève la tête.

"J'ai," dit-il, s'efforçant d'ignorer l'éclair de désir qui lui transperce la poitrine, "j'ai quelque chose à faire."

Il s'apprête à se lever, et puis soudain la pièce s'emplit du crissement des pieds de la chaise sur le sol carrelé alors que Nezumi la pousse brutalement hors de son chemin. Shion a à peine le temps de s'en rendre compte que déjà Nezumi est sur lui, raccourcissant la distance entre eux en l'espace de quelques secondes seulement.

Shion laisse échapper un gémissement étranglé alors que des mains puissantes le plaquent contre le comptoir de la cuisine, et il ne peut que trembler violemment alors que des lèvres brûlantes, affamées, commencent à dévorer sa nuque. "Non !" il crie, proteste, s'agrippant aux cheveux de l'autre et le repousse de toutes ses forces. Mais les lèvres passionnées sur sa peau ne le précipitent que davantage dans un désir dangereux, irrépressible et non réciproque. Et Shion s'interdit de s'abandonner à cette sombre attirance. Il crie, de désir inavoué, de frustration parce qu'il est sans défense devant lui, et griffe aveuglément le dos de Nezumi. Il se débat autant qu'il peut, pourtant Nezumi échappe facilement à ses coups pour venir se glisser entre les cuisses de Shion, qui panique aussitôt. Il se demande fébrilement si ça vaut le coup de faire en sorte que Nezumi ne puisse plus bouger correctement, s'il peut se sortir de cette situation indemne.

Nezumi rattrape les années perdues en un temps record. Ses baisers sont désespérés et implacables. Ses mains enserrent le visage de Shion, forçant sa bouche à s'incliner dans sa direction, en accord avec ses pulsions. Shion veut le repousser, l'attirer plus près encore, le frapper droit dans l'entrejambe. Il est faible et fatigué. Il manque de sommeil et il a faim. Et ses mains fébriles s'accrochent et luttent pour ne pas céder à la force inflexible que Nezumi déploie.

Arrête ça ! Tu es dans ma tête ! Alors disparais avant que je ne doive te faire du mal, Nezumi !

C'est sa cuisine, et il sait pertinemment où sont rangés les couteaux.

Nezumi n'a pas besoin que Shion le mette en garde avant de s'immobiliser; la lame qui repose sur sa gorge est assez claire sur ses intentions. Il bat prudemment en retraite. Le visage de Shion est rouge alors qu'il halète à la recherche d'air. Les larmes qui coulent sur ses joues le brûlent, de honte, et du goût amer de la trahison. La main qui tient le couteau tremble comme une feuille et pourtant, elle pointe sans faillir sur sa cible.

"Ne me touche pas," c'est un avertissement et pourtant il sonne comme une supplique à ses oreilles.

Ne me force pas à te regarder mourir une seconde fois, Nezumi.

C'est Nezumi qui lui a appris à se battre, et le désarmer ne demande pas beaucoup d'effort de sa part. Shion est hébété et bien moins agile que Nezumi du fait de son manque d'entraînement. Il lâche involontairement un cri de surprise alors que Nezumi lui attrape brutalement le poignet, et serre, et le couteau échappe à sa prise comme si de rien n'était. Nezumi balance le couteau à travers la pièce mais ne le libère pas pour autant. Shion est muet, sous le choc. Pétrifié de peur. Il a oublié que Nezumi est un combattant bien plus expérimenté que lui, et sa faible tentative pour se protéger lui paraît désormais tellement pathétique.

"Si naïf," gronde Nezumi d'une voix basse. "J'imagine que certaines choses ne changent jamais."

Et il le relâche simplement, abandonnant un Shion humilié au poignet meurtri.

Nezumi s'écarte et appuie son bras contre la porte-fenêtre, regardant au-dehors, contemplant les flocons de neige et les immeubles immaculés. Le sang bat désagréablement aux tempes de Shion, son cœur submergé par tout le stress, les émotions qui s'accumulent depuis l'arrivée de Nezumi. Leur séparation avait été une épreuve, évidemment. Mais cela ne justifie pas pour autant les agissements de Nezumi. Que Nezumi le force. Nezumi n'est pas comme ça. N'était pas comme ça. Mais peut-être que Shion ne connaît pas plus ce Nezumi que ce dernier ne le connaît. Quatre ans pour tester leur confiance. Trop long, peut-être.

Nous ne sommes pas ...

Nezumi soupire, se tenant la tête, comme s'il était en proie à une affreuse migraine. "Shion -"

Mais Shion ne voit pas Nezumi se retourner brusquement vers lui pour lui dire quelque chose, pour la bonne raison qu'il s'est déjà évanoui sur le sol.


Nezumi a ordonné qu'il ne puisse pas le voir partir. Il pense que Shion ne pourra pas retenir ses larmes.

Deux jours depuis le départ de Nezumi. Son nouveau travail l'emmène souvent loin d'ici, mais ces quatre ans seront longs, trop longs pour que Shion laisse sa mère seule pour venir avec lui. Nezumi a quasiment tout emporté avec lui. Y compris les attentions de Shion à son égard. Livres, vêtements, petit-déjeuners au lit, baisers matinaux. La distance est une mise à l'épreuve, dont ils doivent ressortir vainqueurs, se dit-il.

Shion a seulement une écharpe, un élastique pour les cheveux, et une note pour se souvenir de sa présence.

'Retrouvailles garanties sans faute. Je te le promets. Attends-moi.' et ce simple mot remplit d'espoir ses longues journées solitaires.

'Je vais mourir sans toi.' Il envoie ce message à Nezumi un soir. Mièvre, mais pourtant à moitié vrai.

Nezumi prend un jour pour répondre, à cause de la distance. 'Tu vas vivre, idiot. Vivre pour nous deux.'

Ironiquement, la signification de ce message se vérifie peu de temps après. A peine une semaine plus tard, Nezumi plonge dans un profond coma, à l'autre bout de la planète.


La pièce est glaciale, et métallique et grisâtre. Des scanners, graphiques et autres diagrammes sont accrochés au mur, il ne les comprend pas vraiment, mais d'une certaine manière ça le rend encore plus nerveux. L'examen s'est passé rapidement, Dieu merci. Il n'aurait jamais pu en supporter plus. Il s'assoit là où on lui dit de s'asseoir, et attend les résultats, seul. L'angoisse de l'attente lui tord le ventre. Ses hallucinations sont la preuve qu'il va mal. Qu'il y a quelque chose d'anormal qui grouille à l'intérieur de son corps. Il doit s'en sortir. Même si ça veut dire être attaché à une table d'opération et ouvert en deux comme un vulgaire cobaye.

Tout va bien. Je suis prêt. Je suis prêt pour ça. Je dois m'en sortir.

Le docteur entre, et il se retient de jaillir de sa chaise. "Hu-um...". Il ne sait pas quoi dire. Suis-je malade ? Une tumeur à l'intérieur du crâne ? Suis-je fou ? Dois-je m'adresser à une autre département ? Il a peur, peur de demander, et ce qui l'effraie le plus, c'est la réponse, la réponse qu'il obtiendra, qu'importe la gravité de sa situation.

Elle déterminera tout.

Son état mental est dans la balance.

De même que l'existence de Nezumi...

Le médecin le gratifie d'un petit sourire. Il projette les scanners réalisés. C'est un sentiment étrange, comme la porte d'un autre monde, un monde où l'intérieur de son crâne, son cerveau, tout est assombri par un gris monotone. Un amas de veines, d'artères, de vaisseaux sanguins. Chaque détail y est. C'est lui. Il se sent déjà comme une souris de laboratoire.

"Shion."

"Oui ?"

"Je suis heureux que vous soyez venu ce matin." L'homme pointe du doigt l'angiographie, en particulier la grosseur sombre et suspecte située dans le polygone de Willis. Le cœur de Shion se fige dans sa poitrine. Il a déjà vu cette image. Il y a bien longtemps. "Vous voyez cette protubérance ici ? C'est rempli de sang. Un anévrisme précoce, j'en ai peur."

"Je..." Il ne dit rien. Il n'y a plus rien à dire.

Non. C'est ... Nezumi mais...

Si son état de santé ne le tue pas, c'est son cœur défaillant qui s'en chargera.

"Nous savons maintenant la raison de ces hallucinations. Il n'y a rien d'anormal à votre cas, compte tenu de la maladie dont vous avez souffert il y a cinq ans. C'est sûrement à cause de cette dernière que vos vaisseaux sanguins ont été fragilisés. Mais vous n'avez rien à craindre. Vous êtes venus au bon endroit. La procédure peut effrayer, mais c'est beaucoup moins douloureux que ça en a l'air, cela s'est beaucoup amélioré depuis dix ans. Les progrès de la médecine ces dernières années sont prometteurs. Vous pouvez être soigné, Shion. Il n'y a rien à craindre," répète-t-il, pour faire bonne mesure.

Une pression incommensurable entre ses oreilles, des mots bloqués dans sa gorge, et des trous noirs qui brouillent sa vision.

Ne devrais-je pas être soulagé ? Ils ont trouvé la source du problème. Ils ont la solution. Je peux être sauvé.

'Anévrisme. Maladie cérébrovasculaire. Peut conduire à des hémorragies, et dans le pire des cas, la mort.'

Shion extirpe de sa mémoire ce qu'il a appris par cœur, des articles de revues scientifiques quelconques, pour penser à autre chose, noyer les sentiments qui risquent de faire submerger son cœur. Faits, des faits, des faits !

"Merci..." il ne le dit que par habitude, mais ne parvient même pas à finir sa phrase. Parler lui demande tellement d'efforts, alors il prend des respirations tremblantes pour essayer de se calmer, pour éviter de s'évanouir là, maintenant, à cause de la sensation d'étouffement qui lui enserre la gorge. Il le savait. Il y avait forcément une raison médicale. Anévrisme. Maladie cérébrovasculaire. Alors c'était pour ça que Nezumi...

Les larmes se déversent, et il n'arrive pas à les arrêter. Il savait qu'il pleurerait, que ce soit une bonne ou mauvaise nouvelle. Il pleure souvent depuis quelques temps. Mais il se permet cette liberté, il en crèverait sinon.

Trois jours de folie, ce n'est rien comparé à quatre ans de souffrance.

Nezumi... n'est pas ...

Et il est de retour, durant ce jour, ce jour d'il y a quatre ans. Il a les yeux grands ouverts a seize a et n'a jamais tenu une personne agonisante dans ses bras auparavant. Les positions sont inversées aujourd'hui, et le sang qui s'échappe de son corps se déverse sur les draps blancs amidonnés. Il veut que quelqu'un le tienne dans ses bras. Qui le fera quand il va mourir ? Nezumi n'est pas à la maison. Nezumi est mort. Six pieds sous terre. Il le sait bien, c'est lui qui l'a enterré. Il n'aurait jamais pu revenir. Evidemment, tout était faux, depuis le début. Il aurait dû le savoir, aurait dû accepter la réalité, stoïquement. Shion ne peut pas y faire face. Il n'est pas aussi fort que le prétend Nezumi. Alors qu'il sait pertinemment la vérité, il ne peut l'affronter ouvertement. S'ils l'opèrent, Nezumi sera parti pour de bon. Nezumi va l'abandonner à nouveau. Il ne veut pas être soigné. Il préfère mourir. Tous les vaisseaux sanguins peuvent éclater, inonder de sang son cerveau, pour ce qu'il en a à faire. Sa vie n'a aucun sens si Nezumi n'est pas là pour la partager avec lui.

Nezumi... n'est pas réel.

Il gémit comme un enfant, ses mains pressées sur ses yeux, pour stopper le flot de sanglots qui s'échappent malgré lui, mais c'est inutile. Il tremble sur sa chaise. Ses frêles épaules convulsent pour contenir en vain la force de ses larmes. Ses gémissements attirent l'attention des infirmières, qui viennent voir ce qui se passe; curieuses et inquiètes. Il y a des mains réconfortantes sur ses épaules, sur son dos, caressant ses cheveux. Le docteur dit quelque chose, mais tout ce qui est à l'extérieur de sa bulle, sa bulle de mensonges, ne ressemble à rien d'autre qu'un rêve.

Ce n'est pas vrai ! Je vais rentrer, et Nezumi sera là à m'attendre, et tout ira bien. Tout ira bien.

Il s'arrache aux bras des infirmières tel un animal farouche. Ils le rattrapent, le maintiennent au sol, et il ne peut rien contre leur nombre. Mais la seule chose qui lui vient à l'esprit, alors que ses yeux commencent à se fermer, c'est la sensation de la main de Nezumi sur sa joue ce matin, et la chaleur d'un être vivant.


Quand l'avion atterrit, Shion est submergé par les larmes qui lui brouillent la vue. L'équipage est obligé de l'accompagner lorsqu'il pose un pied tremblant sur la terre ferme.

A l'hôpital, il fait presque une scène. Mais la vue de Nezumi, sans vie sur ce lit, le réduit au silence. Il est envahi de machines qui contrôle la régularité de son pouls, le maintenant stable, stable aussi longtemps que son cœur pourra le supporter.

'Stade final d'un anévrisme,' c'est l'explication que lui fournit le médecin. 'Je suis vraiment désolé.' et Shion répète ses mots, dans son cœur, je suis désolé je suis désolé je suis désolé et c'est tout ce à quoi il peut penser pendant plusieurs jours.

Il ne mange pas, ne parle pas, dort à peine, et les infirmières craignent de devoir libérer une chambre pour leur nouveau patient. Il est recroquevillé près de Nezumi, près des draps blancs et fraîchement lavés de l'hôpital, se sentant faible, minuscule et inutile. Ses oreilles sont proches de la poitrine de Nezumi, pour pouvoir entendre le moindre de ses battements de cœur, et il attend que s'élève sa voix, rien qu'un faible murmure lui suffirait. Parfois, il tombe de sommeil sans le vouloir, et il rêve d'une autre vie, qu'ils avaient il y a longtemps, du temps où il tenait la main de Nezumi pour marcher vers un avenir meilleur.


Shion se réveille confus. Il se sent un peu engourdi. Le faible bourdonnement des machines parvient à ses oreilles. Des draps couleur lilas l'entourent. Ce n'est pas sa chambre.

Un lit d'hôpital ?

Il s'assoit lentement, essaye de se souvenir. C'est l'embarras qui arrive en premier. Il a dû paraître instable, pour ne pas dire ridicule. Il devra présenter ses excuses au docteur la prochaine fois. Ce docteur qui va sauver sa vie. Shion se recroqueville dans les draps, plongeant sa tête dans l'oreiller. Nezumi sera-t-il parti ce soir, quand il rentrera à la maison ? Sa santé mentale n'y survivrait probablement pas sinon. Nezumi sera parti, et il continuera de vivre, continuera d'oublier, recommencera du tout début le lent processus de guérison des blessures de son cœur. Il calme sa respiration, et tente d'embrasser cette nouvelle réalité. La seule qui existe véritablement.

C'est si étrange, cette coïncidence, pour eux deux d'avoir la même maladie. Le destin. C'est approprié. Parfait. De ressentir ce que Nezumi a traversé lui aussi.

M'as-tu vu dans tes rêves ? As-tu eu toi aussi ces visions, me voyais-tu comme je te vois aujourd'hui ?

Une large main s'enlace soudain à la sienne. Shion faillit crier sous la surprise.

C'est sans aucun doute sa propre cage thoracique contractée qui fait que son cœur soit si serré dans sa poitrine, alors que Nezumi le contemple de toute sa hauteur. Shion ne retire pas sa main. S'il le fait, l'illusion se dissipera, de ça il en est certain.

Mais comment Nezumi est venu ici ? Ont-ils appelé chez lui et Nezumi a répondu ? Ça doit être ça. L'hôpital a dû l'informer de sa situation.

"Nezumi," soupire-t-il, baisant la main calleuse entremêlée à la sienne. Les doigts sont solides, détenant une force insoupçonnée. Et alors il se rappelle chaque moment, ces fois où Nezumi l'a protégé avec ces mêmes mains. "Est-ce que tu sais, Nezumi... sais-tu combien je t'aime ? Je t'aime tant. Je t'aime tellement."

Nezumi n'est pas rassuré pour autant. Il se penche sur le lit. "Shion. Je suis là maintenant. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?" il répète ses paroles de ce matin. "Qu'est-ce que je dois faire, Shion ?"

"Ne me laisse pas," supplie Shion.

Je suis en train de rêver. Ne me laisse pas me réveiller. Ne les laisse pas m'emporter loin de toi.

"Tout va bien se passer, Shion," déclare Nezumi, caressant sa main. "Tu vas vivre."

Ses yeux brillent comme la promesse d'un jour nouveau. Mais Shion a peur. Il va le perdre. Ils vont emmener Nezumi loin de lui. Le lui enlever. Il a peur de perdre ce souvenir, le seul être qui lui a appris ce que ça voulait dire être humain.

Vivre ou mourir. Etre sauvé, mais être seul. Où est le troisième choix à présent ?

"Shion..."

Il se retourne vivement vers l'origine de cette nouvelle voix, retirant instantanément sa main de l'étreinte de Nezumi. Karan se tient au pied du lit, ayant tiré le rideau. Elle a une main sur la poitrine, le regard profondément troublé, les lèvres tremblantes. Elle est pâle avec ses vêtements mis à la va-vite. Shion a rarement vu sa mère comme ça, et ça lui fend le cœur.

"Maman," il l'appelle, et lui sourit, pour lui montrer que tout va bien. Cela fait longtemps qu'il ne l'a pas vue, et il a honte, honte qu'ils se revoient en de telles circonstances.

Karan ignore complètement Nezumi, et le serre étroitement dans ses bras, assez fort pour l'étouffer. Shion ne proteste pas. Il veut qu'elle voit par elle-même qu'il va bien, qu'il fait de son mieux. Il ne sera plus seul, plus maintenant que Nezumi est avec lui.

Mais...

"L'hôpital a appelé, et j'ai fait aussi vite que j'ai pu," explique-t-elle, lui caressant tendrement les cheveux. "Tu ne m'as même pas dit que tu étais ici, Shion. J'étais si inquiète."

"Je suis désolé. C'était quelque chose que je devais faire moi-même."

Maman, je ne voulais pas que tu saches. Tu n'as pas à t'inquiéter. Pas pour moi.

"Le docteur m'a tout raconté," continue Karan courageusement, et elle ne fond pas en larmes, ne vacille pas. Elle est forte, comme toujours, un pilier inébranlable qui le supporte pour le meilleur comme pour le pire. "Ça va aller, Shion."

Shion se demande un instant s'il paraît si fragile, dans un état si vulnérable, pour que tout le monde se sente le besoin de le rassurer à chaque seconde qui passe. Il n'a pas encore envisagé le suicide à ce qu'il sache. Il regarde ses mains, ses mains si blanches et petites, comme celles d'une poupée; pourra-t-il vraiment surmonter toute cette situation seul ? Pourra-t-il trouver le courage d'affronter ses démons ? Est-ce que celui qui a toujours été choyé depuis sa tendre enfance, pourra-t-il trouver la force de se protéger lui-même ?

"Comment as-tu su ?" demande sa mère.

"Hein ?"

"Est-ce que quelque chose de spécial est arrivé ? Le docteur a dit que tu en étais quasiment convaincu, et que c'est la raison pour laquelle tu es venu te faire examiner."

"Oh." Shion se rappelle alors. "J'a...j'avais des hallucinations. Je pensais que Nezumi ..."

Il s'arrête. Attends. Non. De quoi parle-t-il ? Qu'allait-il dire ?

"Quoi, moi ?" Nezumi est juste là, devant lui. Assis sur la chaise, jambes croisées, posture décontractée. Comme s'il était vivant.

"Maman ?" la voix de Shion se brise.

... qu'est-ce qui se passe ?

"Nezumi est là," dit-il d'une voix calme, trop, presque craintive. Toute cette tension est en train de lentement le dévorer vivant, dérobant son sang-froid, obscurcissant son jugement. "Il est là, assis juste dans cette pièce. Il est revenu depuis trois jours."

Pourquoi elle ne dit rien ? Nezumi est assis juste devant ses yeux !

Karan lance un regard ferme aux alentours, et ses yeux restent fixés un court instant sur Nezumi, puis elle le regarde à nouveau. Ses yeux sont remplis d'inquiétude, mais de prévenance aussi. Ils ne le prennent pas en pitié, ne le jugent pas. Tout ce qu'il perçoit, c'est de la compassion, une immense compassion, alors qu'elle caresse doucement son visage avec tout l'amour du monde.

"Je ne le vois pas, Shion."


"J'imagine qu'on n'y peut rien."

"De quoi ?" Shion penche la tête sur le côté, interrogateur.

"Je vais devoir te protéger toute ma vie, pas vrai ?" Nezumi lui pince le nez, et Shion proteste et gratifie cette main inopportune d'une tape sèche destinée à la faire fuir. "Ne t'inquiète pas, je te trouverai où que tu sois. Tu me rends malade d'inquiétude, des fois."

"Je peux prendre soin de moi. Tu n'as pas à être tout le temps derrière mon dos."

"Comme si t'en étais capable, t'es un danger public. Je dois te protéger. On est quitte, rien de plus rien de moins. Je serai là où tu as besoin de moi, même dans la mort. Et quand le moment viendra, je ne veux pas que tu m'oublies."

La mort. Rien que d'y penser, il se sent mal. "Ne dis pas des choses comme ça, Nezumi ! De toute façon, c'est impossible et tu le sais très bien."

"Je pars le mois prochain, et on devra y faire face un jour."

"Je préfère rester comme ça pour toujours."

"Comme ça ? Qu'est-ce qu'il y a de si bien dans ce qu'on vit maintenant ?" Nezumi parcourt rapidement leur petit repaire du regard, inconfortable, et rempli de livres à n'en plus finir, de livres d'amour et de désespoir.

"Tu es avec moi." et c'est la seule réponse que Shion lui offre, souriant avec toute l'innocence et la bonté que contient son cœur. Si pur.

Ce n'est que dans les rêves les plus fous de Nezumi qu'il atteint ce genre de perfection. Tant que Shion est avec lui, il se doit de protéger cette pureté, peu importe le prix. Et il sourit tristement pour lui-même, mais ça n'en reste pas moins un vrai sourire.


L'une des nombreuses choses que Shion trouve attirante chez Nezumi est sans conteste sa part sombre. Son mépris et sa condescendance que Shion a appris à aimer, toutes les choses qu'il a appris à endurer pour pouvoir survivre. Nezumi a tout détruit d'un revers de main. Leurs mondes sont incompatibles, et une magnifique brèche, une inestimable passerelle a été engendrée lorsqu'ils se sont effrités en morceaux. Nezumi, même encerclé par la normalité, banale normalité de leur train-train quotidien, Nezumi ignore toutes les lois de la nature, oppose une résistance farouche dans son univers parfaitement construit et sans surprise. L'amour que lui porte Shion est fataliste, idiot et pourtant éternel. Ça aurait fait peur à n'importe qui. Mais Nezumi ne connait pas la peur. Il sait exactement quoi faire, à quel moment. Cela fait mal, cette faculté qui lui manque cruellement. Shion peut seulement le vénérer de loin, comme un admirateur d'un jeu sportif particulièrement remarquable. Le rideau va bientôt tomber et Shion refuse d'en tenir compte.

Ils sont de retour, et Shion se jette aussitôt dans les bras de Nezumi. Il n'ose pas s'avouer la vérité. Pas encore.

Je ne tomberai plus jamais amoureux.

Ils restent enlacés un moment, cachés parmi les ombres du salon, respirant profondément l'odeur de l'autre et se remémorant pleinement d'autres moments, d'autres lieux. Les mains de Nezumi se posent sur les reins de Shion, et il écrase leurs corps l'un contre l'autre. Shion réapprend chaque contour, chaque creux, chaque courbe du corps de Nezumi, alors qu'il est serré violemment contre lui. Ses mains s'accrochent aux cheveux coupés courts de Nezumi, n'épargnant aucune mèche. Et quand Nezumi l'embrasse, ses doigts s'égarent sur les délicates pommettes ciselées comme du marbre, parcourant la forte mâchoire et remontant pour effleurer l'arrondi des oreilles. Shion sanglote dans la bouche de Nezumi, son souffle saccadé ne parvenant en rien à épuiser leur passion.

Je ne te verrai plus jamais.

Nezumi enserre tendrement sa tête dans sa large paume, séchant les joues maculées de larmes.

"Hé, ne pleure pas. Ça me blesse, tu sais. C'est comme si tu n'étais pas content de me voir."

"Ce n'est pas vrai," les mots s'échappent de sa bouche presque immédiatement en réponse.

"Alors pourquoi pleures-tu ?"

Shion fait de son mieux pour ravaler la boule qui obstrue sa gorge et sourit, à sa plus grande surprise. Ce n'est pas un sourire douloureux, loin de là. En fait, cela la soulage, tellement, il est sur le point de rire. "Je suis," répond-il joyeusement, "si content de t'avoir rencontré."

Nezumi presse un baiser sur son front. "Tu es heureux, alors ?"

"Oui," dit Shion. "Je suis heureux."

Je peux enfin te faire mes adieux.

"C'est bon de te voir sourire ainsi," les mots de Nezumi le réchauffent, son souffle sur sa tempe, faisant voleter ses cheveux.

Illusion ou pas, Nezumi reste Nezumi. Qu'importe s'il est réel ou s'il appartient au fragment d'un rêve. Il est là, ici, maintenant, avec ses vieilles bottes abîmées et ses cheveux courts, et Shion l'acceptera, pleinement, qu'importe la forme qu'il choisit.

"Merci, Nezumi." Shion contemple les yeux mystérieux, qui brillent d'adoration à son égard. L'expression qu'il arbore est puissante, et les larmes lui montent aux yeux, encore une fois.

Nezumi glousse gaiement. "Qu'est-ce que j'ai fait cette fois ?"

"Tu m'as sauvé."

Encore une fois. Je ne pourrai jamais te rendre la pareille, si ça continue comme ça. Ma dette ne sera jamais remboursée.

Et il sent qu'il peut vivre comme ça, pour toujours, Nezumi à ses côtés. Avec leurs bras qui les maintiennent enlacés l'un à l'autre, Shion sait que plus rien ne saura être comparable à ce sentiment, sans la présence de l'autre.

"Ça peut paraître un peu bizarre, mais, si tu n'étais pas apparu, je n'aurais jamais soupçonné... que j'étais en train de mourir. Anévrisme - qui l'aurait cru ? Je serais juste tombé raide mort, un jour, sans même le savoir. Ou j'aurais sombré dans le coma. Et maintenant, alors que la probabilité de mourir brutalement n'a pas disparu, je n'ai pas peur. Je n'ai jamais été aussi sûr de moi; tu m'as prêté ton courage, tu m'as rassuré. Je ne cesserai jamais de t'être reconnaissant, Nezumi. Je vais faire de mon mieux, et chérirai la vie, cette vie que tu as sauvée encore et encore."

"Tsk." Le souffle chaud de Nezumi dans son oreille le fait frissonner. La respiration de Shion se bloque dans sa gorge. C'était il y a si longtemps; mais il s'en rappelle désormais. Nezumi danse tout contre lui, faisant mouvoir son corps avec l'élégance et l'arrogance d'un véritable acteur. Il est un peu nerveux, et Nezumi ne peut que le remarquer, et il ne le lâche pas, il ne le laissera pas tomber. Et aujourd'hui, cette impression revient, avec plus d'acuité encore.

"Idiot," le réprimande Nezumi sans grand enthousiasme. "Ne te l'ai-je pas déjà dit ? On est quitte. Rien de plus et rien de moins. Je serai là quand tu auras besoin de moi," il effleure les fins cheveux blancs qui recouvrent sa cicatrice. "Même dans la mort."

"Et quand le moment viendra, je ne veux pas que tu m'oublies."

Shion blêmit. Il se hait, quand de nouvelles larmes débordent une nouvelle fois de ses yeux. Son cœur bat si fort dans sa poitrine, ça fait mal. Et si ça continue, son anévrisme va-t-il en être affecté ? Il s'en moque. Il fait son plus brave sourire et récite une nouvelle fois les mots qu'il avait prononcés ce jour-là :

"Je préfère rester comme ça pour toujours."

Nezumi réplique immédiatement. "Comme ça ? Qu'est-ce qu'il y a de si bien dans ce qu'on vit maintenant ?"

Shion expire. Et trouve l'acceptation qui l'attend depuis le tout début.

"Tu es avec moi."


Shion se réveille. Dans son rêve, Nezumi chantait pour lui.

Il hésite à se lever, se demandant si le véritable Nezumi va soudainement se mettre à chanter. Mais tout est calme, et le seul chant qu'il perçoit et qui résonne dans ses oreilles est le bourdonnement lancinant des appareils électriques. Nezumi semble trop fatigué, trop profondément plongé dans le sommeil pour ouvrir les yeux dans un futur proche. Shion fredonne quelques vers qu'il connait par cœur, par habitude, s'interrogeant si Nezumi peut l'entendre. Il n'a jamais osé chanter devant Nezumi. Cette chanson n'appartient qu'à Nezumi. Ce n'est que quand il est seul, qu'il se la chante à lui-même, ayant secrètement mémorisé la mélodie et les paroles. Il adore cette chanson lorsque Nezumi la chante. Nezumi l'aimera-t-il s'il la chante à son tour ?

Le vent emporte l'âme,

L'homme captive le cœur.

Shion se pelotonne contre l'épaule de Nezumi. Il contemple le visage endormi de sa personne la plus chère. Il chante en accord avec les battements sourds du cœur de Nezumi.

Ô Cieux, ô Lumière,

Protégez tout de votre étreinte.

Shion le voit. Ce n'est qu'une esquisse de sourire mais cela éclaircit les traits de son visage, comme le soleil de l'après-midi venu éclairer la pièce de ses rayons. Ba-boum dit son cœur.

C'est ici que nous sommes.

Un appareil bipe une fois, une deuxième, puis tient la note haut, haut, jusqu'à ce que l'électro-cardiogramme ne conserve qu'une ligne, une ligne parfaitement horizontale qui traverse l'écran d'une vitesse égale, constante, indifférente. Il n'y a plus aucun rythme dans la poitrine de Nezumi, mais Shion ne peut en rester là. Il ne peut le supporter. Il continue donc, chantant, doucement, dans l'oreille de Nezumi, pour qu'il n'en perde pas une miette.

Ô Âme, ô Cœur, ô Amour, ô Espoir,

Protégez tout de votre étreinte.


Nezumi est si possessif dans la façon qu'il a de l'enlacer, quelque chose qui l'enserre encore plus étroitement et avec plus d'efficacité que le serpent écarlate qui parcourt son corps. Qui risque de le séduire immédiatement, là, sans plus de résistance. Shion ouvre sa bouche aux baisers, à la langue avide qui cherche sa consœur avec ferveur. Il aurait voulu que Nezumi lui offre plus de ces baisers, plus de ces moments qui n'appartiennent qu'à eux. Il déverse tout, chaque regret, le sentiment de perte qui lui colle à la peau, dans ses caresses désespérées, abandonnant tout contrôle. S'abandonnant à son fantôme. Nezumi agrippe ses épaules, et puis ses mains tracent les contours de sa colonne vertébrale, et viennent masser son dos frissonnant; ses attouchements remplissent Shion de désir, il aime ça, mais il y a la crainte - l'horreur aussi, parce que cela fait quatre ans que Nezumi est mort.

Il pose une main sur la poitrine de Nezumi, le maintenant à distance. Et, de ses doigts tremblants, il défait lentement les boutons de son manteau. Nezumi semble quelque peu déconcerté, mais qui pourrait refuser de telles avances ? Il serre les mains de Shion dans les siennes, gentiment, le délestant de la tension qui l'habite, puis le déshabille lui-même.

Nezumi a toujours été le plus agressif des deux. Il a toujours ressenti le besoin de prendre en charge, de mener, de guider. Shion, d'un autre côté - depuis sa naissance, il a été élevé pour suivre les ordres, les autres, ses supérieurs. Et depuis ses douze ans, il n'y a personne d'autre qu'il suivrait avec plus de passion que l'homme qui touche sa peau nue aujourd'hui, celui qui laisse des traînées de feu le long de son dos, de sa poitrine, le marquant de ses lèvres.

Et, rien qu'un instant, Shion veut penser qu'il a seize ans à nouveau.

Il est submergé par le tourbillon de ses émotions, et est réduit en poussière, en poussière, en poussière, la poussière de laquelle il est né.

Et, rien qu'en cet instant, je ne veux plus réfléchir.

Il s'étend sur le lit et se tortille presque d'inconfort lorsque le poids de Nezumi s'enfonce dans le matelas, l'enjambant. "Tu..." Shion ne peut que le fixer, fasciné, alors que Nezumi retire ses vêtements un par un. "...ne sais pas combien tu comptes pour moi." Nezumi ne fait que l'effleurer, et il est déjà perdu.

On le retourne sur le ventre; Nezumi le surplombe et plante des baisers brûlants sur les bosses que forment sa colonne vertébrale, sur sa nuque, sur ses hanches, sur tous les endroits sensibles dont Shion n'avait jamais soupçonné l'existence. Il broie les épaules de l'autre sous sa poigne et laisse échapper des soupirs tremblants. Les mains de Nezumi ne sont pas en reste; elles sont partout, sur tout son torse, idolâtrant chaque centimètre carré de son corps, pinçant ses tétons jusqu'à les rendre durs, glissant pour taquiner son ventre plat, descendant encore. Et Shion, dans l'élan de son désir, ne peut que soulever ses hanches en réponse, frottant sans le vouloir l'arrière de son corps contre le sexe érigé de Nezumi. Il entend alors la respiration de Nezumi se couper un bref instant, le sent se raidir contre lui, avant qu'il ne soit de nouveau sur le dos, nu face à son regard dévorant.

"Ah...!" C'est bien trop bon, bien trop intense ce bonheur extatique qui l'emporte sans le moindre contrôle.

Nezumi le gratifie encore de baisers langoureux sur le bas de son ventre. Shion se cambre sous ces lèvres, rejetant la tête en arrière de plaisir. Mais cette sensation n'est rien comparé à quand Nezumi le prend en bouche, et les légers cris de plaisir cèdent leur place à des gémissements laborieux et bien plus rauques.

"N-ngh...Ah! Nezumi !"

Shion fait de son mieux pour ne pas agripper la tête de Nezumi, de peur de le contrarier. Il s'accroche aux draps à la place alors qu'il se plie en deux dans un gémissement lascif, et ne peut rien faire d'autre que de s'effondrer sur le matelas une nouvelle fois, son dos délicieusement arqué, les mains dans ses cheveux. "Oh Di-Dieu !" Les dents et la langue lui font ressentir toutes sortes de choses, il ressent des picotements de plaisir du bout des doigts jusqu'à la pointe de ses orteils. De sa langue, Nezumi presse son sexe contre son palais et le suce durement. Shion geignit entre ses mains. C'est trop. Beaucoup trop. Il se force à ouvrir les yeux et se risque à jeter un coup d'œil vers le bas; Nezumi le regarde, scrutant chacune de ses réactions tel un aigle, le dévorant vivant de sa bouche et de ses yeux.

Oh...!

Shion jouit sur-le-champ. Il se mord le poignet dans le vain espoir d'étouffer le cri étranglé qui s'échappe de ses lèvres. A son indolente surprise, Nezumi avale tout ce qu'il lui donne. Il ne l'avait jamais fait. Le peu de fois qu'ils s'étaient essayé à le faire, Nezumi crachait toujours ce qu'il avait dans la bouche. C'est la première fois. La preuve de la ferveur qu'il lui montre par ce geste fait s'étrangler Shion, et il laisse les larmes s'écouler sur ses joues, son visage, sur l'oreiller.

Nezumi ne le laisse pas se reposer très longtemps. Il se tortille alors que des doigts frayent leur chemin dans la partie la plus intime de son corps.

"Shion." La voix de Nezumi est calme et égale. "Veux-tu que je continue ?"

Le garçon haletant sur le lit ne peut que le fixer de ses yeux aux paupières alourdies par le plaisir. "Ne...Nezumi..."

"Veux-tu que je continue, Shion ?" Nezumi implore, déjà à moitié fou de désir, comme en témoigne son regard sombre aux pupilles dilatées par l'envie et son érection fuyante. "Dis-le moi."

Il frotte de son pouce la lèvre inférieure de Shion, et le garçon l'attrape de ses dents. Nezumi ne peut que regarder, fasciné et incroyablement excité, Shion léchant chacun de ses doigts, les humidifiant de sa salive, les emprisonnant dans sa bouche pour les sucer vigoureusement. Les bruits de succion qu'il produit avec sa langue remplissent toute la pièce. Il voit Nezumi pincer l'extrémité de son sexe, comme pour se forcer à ne pas jouir. Il se demande vaguement si c'est efficace.

Nezumi retire brutalement sa main, et agrippe le menton de Shion, le forçant à le regarder dans les yeux.

"Qu'est-ce que tu veux que je fasse, Shion ?"

Encore cette question, pourtant il reste muet. La poigne ferme de Nezumi sur son visage est étrangement excitante. Et il pense alors combien ce serait excitant s'il pouvait guider cette poigne à d'autres endroits de son corps.

"Veux-tu que je te lèche ?"

Shion ronronne rien que d'y penser, et rougit quand il réalise qu'il a émis un bruit si érotique si aisément.

"Veux-tu que je te baise ?"

La vulgarité contenue dans les mots de Nezumi stimule son sexe, et il lève ses hanches dans un consentement silencieux. Il ne veut pas parler. Pas maintenant. Il ne veut pas entendre combien sa voix sera désespérée s'il ouvre la bouche.

Sa respiration est hachée alors que les bras forts de Nezumi soutiennent fermement ses hanches. Shion peut seulement se tordre de délice quand une langue humide s'approche, traçant des cercles de plus en plus rapprochés, avant que la pointe ne le pénètre entièrement. Shion pense vraiment devenir fou. Ses yeux bordés de cils blancs papillonnent furieusement. Il a un bras enroulé autour de l'oreiller alors que son autre main caresse gentiment le visage de Nezumi. Un flot ininterrompu de gémissements timides s'échappe de ses lèvres, accompagnant les bruits humides provenant du bas de son corps.

"Nezumi..."

Ne t'arrête pas. Prends tout ce que tu peux, tout ce que tu veux. Je ne suis qu'à toi.

Shion ouvre grand les yeux lorsqu'il sent des doigts rejoindre la langue habile. Ils l'étirent, le détendent, et il s'abandonne. C'est si étrange et agréable et ça l'envahit tout entier et -

"A-aah... un...!"

Tous les gémissements qui s'échappent de ses lèvres rendraient sûrement morte de honte la plus débauchée des prostituées. Même après tout ce temps, il se sent encore embarrassé; ses cuisses sont trop écartées, ses soupirs trop bruyants, sa peau rougit trop, et la sueur qui perle le long de son torse dans cette pièce froide reflète bien la chaleur qui enflamme ses reins et qui résonne dans tout son être.

Nezumi vient l'embrasser, le laissant goûter au fruit de sa capitulation. Ses mains sont posées de part et d'autre du visage de Shion, le soutenant, s'accrochant aux cheveux humides de sueur, effleurant la jonction de son épaule. Shion a peur de fermer les yeux. Il veut tout voir. Il veut se rappeler de chaque détail, des caresses de Nezumi, de la façon dont les cheveux de Nezumi chatouillent son visage, de la manière qu'a Nezumi de le regarder ici et maintenant. Il veut sceller ces moments au fond de sa mémoire, là où ils seront en sécurité, là où il pourra les revivre chaque fois qu'il le voudra.

Nezumi s'éloigne le premier. Le doux éclat dans ses yeux est rempli d'admiration et d'adoration, contredisant l'envie et le désir inassouvi qu'il doit ressentir.

"J'ai toujours pensé," murmure Nezumi, "que tu étais trop bien pour moi. Trop pur pour le monde dans lequel je t'ai traîné de force. Trop innocent pour toutes les choses que tu as dues faire par ma faute. Tu ne le penses peut être pas, mais, Shion, j'ai toujours cru que tu méritais une vie bien meilleure que celle que je t'ai donnée."

Ses yeux gris se ternissent.

Non... Non, Nezumi, c'est faux ! C'es absolument faux !

"Tu as tort," il souffle en retour, baisant la main qui caresse son visage. "Faux, faux, faux, tu as si faux, Nezumi. Comment peux-tu dire ça ? Tu es parfait, magnifique. Tu m'as appris tant de choses, tu as pris soin de moi, tu m'as protégé, tu m'as donné tout ça et bien plus encore... et moi, je ... " Shion expire, et les larmes coulent sur ses joues sans qu'il puisse les arrêter. Il ne parvient plus à retrouver une respiration normale. "Je n'ai même pas pu te sauver. Je suis inutile. Faible. C'est moi qui ne t'ai jamais mérité, Nezumi."

Je suis mort avec toi ce jour-là.

"Je suis une terrible personne," gémit Shion, protégeant son visage de ses mains pour que Nezumi ne le voit pas pleurer. Il va s'énerver. Et la dernière chose que souhaite Shion est de le décevoir. Il jure de ne plus jamais verser une seule larme.

Ses bras tremblants sont écartés de son visage strié de larmes, et Nezumi trace la courbe délicate de sa tempe jusqu'à son menton. Le bout de ses doigts est brillant des larmes qu'il a recueillies sur son passage. Ses yeux gris teintés d'une obscurité inhabituelle.

"Comment oses-tu parler de cette façon," siffle-t-il, "de la personne qui m'a sauvé."

Shion déglutit, rentrant la tête dans ses épaules.

Nezumi monte brutalement les jambes de son amant sur ses larges épaules, et Shion, hébété, maintient ses pieds en l'air. Avant même qu'il puisse encercler la nuque de Nezumi de ses bras pour se soutenir, ou qu'il n'ait le temps de se préparer mentalement à l'intrusion, l'autre s'immisce déjà dans son étroitesse, et se glisse, profondément, pouce par pouce, dans les recoins les plus reculés de son corps. Shion émet un cri étranglé, ses yeux agrandis sous la surprise, son corps lui fait mal, mal, comme si une épée était enfoncée en lui jusqu'à la garde. Malgré la douleur, il essaye de se détendre, et prend ce que Nezumi lui donne, encore et encore, jusqu'à ce qu'il soit complètement en lui. La sensation qui en résulte lui coupe le souffle. Il croit qu'il va s'évanouir.

Shion ne connaît pas grand chose du sexe. Il n'a jamais laissé personne d'autre le toucher en quatre ans.

Il se sent vierge et farouche à nouveau, alors que Nezumi le surplombe de toute sa hauteur, le dévorant du regard, ses yeux gris brûlant de possessivité. Nezumi patiente, attend le bon moment pour bouger. Il cherche les mains moites de sueur de Shion, qui s'agrippent aux draps sous l'effort, et les entremêle aux siennes. Quand Shion parvient finalement à retrouver sa respiration, il le regarde une nouvelle fois; et tout ce qu'il peut voir dans les yeux de Nezumi, c'est une dévotion à l'état pur, sans limites. Nezumi se retire et le pénètre à nouveau, et cette fois il percute la partie enfouie au fond lui qu'il n'a jamais montrée à personne; le noyau de son âme, le secret de son corps, la boule de nerfs nichée là qui expédie des étincelles de plaisir à travers tout son système nerveux et le laisse criant de toute la force de ses poumons pour plus.

"Shion," grogne Nezumi, alors qu'il les contraint à un rythme lent et régulier.

Même maintenant, tu me montres encore un aperçu de ce que le paradis pourrait être.

Shion fait de son mieux pour suivre l'élan que Nezumi a mis en place. Il est si bruyant, les voisins l'entendent probablement.

"Ne-Nezumi !"

"Shion... S-Shion, idiot," halète Nezumi, dans le creux du cou orné du serpent écarlate. "Tu es adorable, magnifique... la personne la plus douce que j'ai jamais rencontrée... si stupidement a-altruiste... ngh..si... si étroit... Bordel, mais comment tu ne peux pas te rendre compte... de ce que tu me fais... tu es la seule personne qui... ait jamais autant compté pour moi."

Shion tente de se débarrasser du nuage de plaisir qui envahit ses sens et l'empêche de penser correctement. Éperdu, il cligne des yeux violemment, et regarde la personne qui lui fait l'amour. Il regarde droit dans les yeux magnifiques de Nezumi, Nezumi dont le visage est perlé de gouttes de sueur, et quelque chose de merveilleux, presque trop pour qu'il puisse le supporter, fait vibrer toutes les fibres de son cœur, et explose alors tout l'amour et le respect au monde qu'il éprouve pour l'homme enfoui tout au fond de lui.

"Nezumi..." Parler pendant le sexe a toujours relevé de l'exploit pour lui. "Nezu...mi... Ah ! Je ... n'ai jamais douté... de ton amour..."

Il se sent si entier. Chaque coin et recoin de son corps est rempli. Il ne pourra jamais en accepter plus. Ses jambes sont engourdies à force d'être maintenues en l'air depuis trop longtemps. Un ouragan gronde au fond de lui. Lorsqu'il ouvre la bouche pour parler à nouveau, il ne peut qu'hurler Nezumi Nezumi Nezumi et puis il y a une main sur son érection. Il oublie alors rapidement tout ce qu'il allait dire.

Nezumi... Je vais ...!

Tout se finit trop rapidement. Shion jouit dans un dernier cri. Nezumi continue de le marteler sans relâche pendant une minute ou deux, alors que Shion peine à retrouver sa respiration, encore transporté par son orgasme.

Un grondement rauque, emprisonné dans la gorge de Nezumi, signe sa venue; Shion inspire en tremblant, alors que la chaleur soudaine et brûlante de la libération de Nezumi le fait frissonner de tous ses membres, le comblant jusqu'à l'excès.

"Shion...!" Nezumi grogne et le pilonne avec force. Il s'enfonce profondément en Shion avant qu'il n'atteigne l'orgasme à son tour, faisant en sorte de le remplir jusqu'à la dernière goutte, avant que ses coups de rein ne s'arrêtent progressivement. Il soupire de contentement, et prend garde à ne pas s'effondrer sur Shion au-dessous de lui. Il a encore assez d'énergie aussi se tient-il là, ne désirant pas déjà se retirer de la chaleur moite et humide qui l'enserre. Il embrasse Shion au coin de ses lèvres et et sur la clavicule.

Encore hébété par le plaisir, Shion glisse ses mains sur le dos mince et presque maigre de Nezumi, retraçant les contours de ses cicatrices de caresses légères comme des papillons. Puis elles s'emmêlent aux cheveux sombres et moites de sueur de Nezumi, le repoussant juste assez pour qu'ils puissent se regarder.

Je ne trouverai jamais quelqu'un comme toi.

"Nezumi," sa voix est à peine plus forte qu'un murmure. "Je sais ce que je veux maintenant..."

"Hm ? Oui, qu'est-ce que c'est ?" demande patiemment Nezumi, comme s'il avait attendu ces mots depuis son retour.

"Je veux... ton pardon."

Je l'ai dit. Cela me hantait depuis si longtemps. La chose que je n'ai jamais pu obtenir, depuis ce jour où je t'ai perdu.

"Je suis désolé, pour ce qui est arrivé - a-alors," Shion commence à trembler. "Peux-tu me pardonner ?"

"Qu'y a-t-il à pardonner, Shion ?"

"Hein ? Je n'ai pas pu te sauver. Je t'ai laissé mourir. C'est ma faute. A cause de moi, on ne sera plus jamais ensemble."

Je me hais chaque jour de plus en plus fort, chaque moment où tu n'es pas avec moi.

"Ridicule," le réprimande gentiment Nezumi. Il dépose un baiser sur le bout de son nez. "Tu n'as pas pu me sauver ? Quelles conneries. Tu m'as sauvé, idiot. Grâce à toi, je suis vivant. Juste ici, là où je veux rester pour toujours -" Il presse sa main contre le cœur battant férocement de Shion. "Je vis. Et ainsi j'ai triomphé. De tout. Et tu m'as aidé à réussir, Shion. J'ai survécu."

Shion sanglote si fort que le magnifique visage de Nezumi s'est réduit à une tache floue et brillante, alors que ce dernier se penche vers lui pour chasser ses larmes de ses baisers.

"Est-ce que tu sais combien je t'aime ?" Il lui murmure dans l'oreille ses propres mots d'amour. "Je t'aime tant. Je t'aime tellement."

L'étreinte sur sa nuque se raffermit. C'est comme si Shion tentait de faire fusionner leurs corps, afin qu'ils ne soient plus jamais séparés.

"Je l'ai toujours su," dit-il, souriant à travers ses larmes. "Et c'est pourquoi j'ai continué à vivre." L'ombre qui pesait sur son cœur s'est enfin éclaircie. Ses poumons sont enfin capables de respirer librement à nouveau. Il ne sait pas comment arrêter les larmes qui coulent sur ses joues, mais cela importe peu. Durant les mois qu'ils ont vécu ensemble, inséparables, Nezumi a déjà vu chaque facette de sa personnalité; ils ont été solidaires dans la joie, la culpabilité, l'angoisse, la folie, la honte - il n'y a plus rien à cacher. Ce serait inutile. Ils partagent déjà tout.

"Là," Nezumi presse leurs fronts l'un contre l'autre. "Tout va bien maintenant."

Ils se tiennent par la main jusqu'à ce que Shion s'endorme.

'Longue est la nuit qui ne trouve jamais le jour.'

Je n'ai jamais regretté de t'avoir ouvert ma fenêtre ce jour-là.

Shion rêve. Il est de retour dans leur repaire souterrain. Il a les cheveux bruns et est insouciant et il s'est levé du lit avant même que Nezumi n'ouvre la porte.

'Bienvenue,' l'accueille-t-il.

Les cheveux de Nezumi sont noués en queue de cheval, et une écharpe entoure son cou. 'Je suis rentré.' Nezumi sourit, et c'est un vrai sourire.


Il se réveille le matin d'un jour nouveau.

La fenêtre ouverte a permis à la neige d'envahir son bureau et le sol de sa chambre. La température dans la pièce est identique à celle à de l'extérieur, et pourtant il n'a pas froid. Un poids supplémentaire sur son édredon le fait tourner la tête. Il trouve alors la vieille écharpe de Nezumi ayant chuté de ses épaules, et il se rappelle.

Il ne reviendra pas, pense-t-il alors, et se lève de son lit. Seul.

Il ne pleure plus, ne s'énerve plus. Nezumi serait si fier de lui.

Tant que demain sera là, je t'attendrai ici.

A bras et cœur ouverts.

Shion se drape de la longue écharpe avant de se lever du lit. Il jette un coup d'œil par le biais de la fenêtre ouverte. Rien. Seulement le vent le blanc la neige.

Tout va bien, se dit-il, avec un sourire. Tu es revenu. Je n'ai plus besoin d'attendre.

Et il la verrouille fermement.


Il a eu vingt-deux ans aujourd'hui. Il y a un typhon qui sévit au-dehors, et les nouvelles télévisées ont conseillé aux habitants de rester chez eux. C'est l'anniversaire de beaucoup de choses.

Shion va mieux. Il a recommencé les cours, rencontré de nouvelles personnes, appris de nouvelles choses, s'est fait de nouveaux amis. Il rit, comme il riait il y a six ans. Il est plus ouvert à l'amour et n'évite pas les avances qu'il reçoit de temps en temps. Mais certaines choses résistent au temps, certaines choses ne peuvent s'effacer. Et pas un jour ne se passe sans qu'il ne se souvienne.

Sous le sweater bleu dans le tiroir où est rangée l'écharpe, une unique note, écrite à la main.

'Retrouvailles garanties sans faute. Je te le promets. Attends-moi.'

La porte-fenêtre du balcon vibre sous la force du vent. Les gouttes de pluie s'écrasent violemment contre la vitre, et des feuilles arrachées à leurs arbres frappent le verre, s'y collent, avant d'être emportées de nouveau. Un brouillard constitué de pluie et de vent tumultueux assombrit le paysage. Il se rappelle alors la frénésie qui avait envahi tout son être il y a de ça exactement dix ans; l'oppression et le sentiment d'enfermement qui avaient mené à cette action si infantile. Il s'imagine comment serait sa vie, s'il n'avait jamais suivi son imprudence et son instinct, et ouvert cette fenêtre. S'il n'avait jamais vécu ce miracle. S'il n'avait jamais permis à ce miracle de changer sa vie à jamais.

Le même mal le reprend à nouveau, et le besoin de revivre cet instant se fait irrépressible. Qu'importe si quelqu'un le voit, si quelqu'un l'entend. Ses cris, son appel n'est destiné qu'à une seule et unique personne.

Shion ouvre silencieusement la porte-fenêtre, et la rafale de pluie qu'il reçoit le fait presque reculer sous l'impact. Il pleut à verse. Des gouttes de pluie inondent son visage, s'infiltrent sous ses vêtements, trempent ses cheveux blancs. Le mugissement du vent emplit ses oreilles et il n'a qu'une envie : lui répondre.

Il prend une grande inspiration, et crie, hurle, dans le vacarme du typhon.

Et il sait que quelque part, Nezumi l'entend.

Shion sourit. Les gouttes de pluie se mêlent aux larmes.

Retrouvailles garanties sans faute. Je te le promets. Alors attends-moi, Nezumi.

-Fin-

Note de l'auteur : Merci, merci à vous tous, qui ont commenté cette histoire. Je vous aime ! Ma première fanfiction à plusieurs chapitres est enfin terminée ! (: Dites-moi ce que vous en pensez !

Wow, c'est le chapitre le plus long que je n'ai jamais écrit...j'espère que vous vous êtes accrochés jusqu'à la fin. Et je suis désolée pour les erreurs éventuelles, je n'ai pas eu le temps de bien relire. Je le souligne une fois encore, c'est un Univers Alternatif, même si j'ai repris pas mal d'éléments (pour ne pas dire la plupart) de l'histoire originelle. Désolée pour tout le mélodrame, surtout pour ce dernier chapitre. Cela sonnait BEAUCOUP mieux dans ma tête. Je me sens si embarrassée de le relire maintenant. Et j'espère qu'aucun d'entre vous n'est trop confus par la succession de l'action. Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour le manque de connaissances médicales aussi, ahaa ~ J'espère malgré tout ça que vous avez apprécié votre lecture ! Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas lu les tomes jusqu'à la fin, aussi c'est juste ma version bancale de l'histoire. J'ai pourtant toujours pressenti que quelque chose d'immensément triste allait arriver à la fin... Bref, merci merci beaucoup d'avoir lu ! (: Vos reviews pour cette histoire m'ont rendu si heureuse, je ne peux même pas l'expliquer par des mots. Je vais faire de mon mieux, et peut-être que je continuerais à écrire des histoires pour ce fandom dans le futur (:

Note de la traductrice : Merci d'avoir lu la traduction de cette magnifique histoire ! Et un grand merci à Lelo-chan pour la relecture !