Le lycée n'avait pas changé. Il avait toujours l'air aussi propre, comme si tout était rangé à sa place. J'avais attendu le début de la première heure pour pénétrer dans ses couloirs d'habitude si bondés et pleins de vie. C'était sûrement pour ça que j'étais habitée par cette sensation bizarre de vide.
Le week-end avait été calme, très calme. Peut-être même trop. Je n'étais pas sortie et j'avais presque passé tout mon temps sur le canapé, plongée dans un livre, Julia à mes côtés qui regardait des dessins-animés ou dessinait. Finalement, j'avais convaincu maman de me déposer à BBHS le lundi matin, pour ne pas rester seule comme le vendredi.
Maman m'avait embrassée plusieurs fois avant d'accepter de me laisser toute seule.
« Je ne suis pas en sucre, » lui avais-je répété inlassablement.
A présent libre, je respirais un peu mieux. J'étais contente de ne pas avoir fait d'entrée fracassante devant la moitié du lycée. Ainsi, j'avais encore l'espoir que mon retour passerait inaperçu. Je voulais vraiment être discrète. Je n'aurais pas pu supporter tous les regards de pitié et de compassion. Je voulais passer à autre chose, être quelqu'un d'autre que la petite sœur de Yann. Et puis j'avais peur que les gens m'évitent. Mais j'avais encore un peu d'espoir. Deux jours plus tôt, j'avais un peu discuté avec Scott et tout s'était plutôt bien passé. Enfin je l'espérais. Je ne pouvais m'empêcher de repasser notre rencontre en boucle dans ma tête et, chaque fois, je me mettais à douter. Et si, en réalité, je l'avais gêné ? Scott était bien trop poli pour me le dire, enfin, c'est ce que je pensais. Je secouai la tête pour chasser cette idée négative et continuai mon chemin.
Quelques minutes plus tôt, j'étais montée au premier étage à la recherche du secrétariat. Je devais leur déposer des papiers et les prévenir de mon retour, bien que maman l'eut déjà fait par téléphone. Il me fallait aussi joindre une demande pour le bus scolaire. Je n'avais toujours pas appris à conduire, le temps m'avait jusqu'alors manqué. Je m'arrêtai dans le couloir vide. Je me trouvais au mauvais endroit, j'en étais certaine.
Ça me revint à ce moment-là. Le secrétariat était au rez-de-chaussée, pas très loin du réfectoire. Je descendis par les premiers escaliers que je trouvai et arrivai dans un couloir ou la couleur vermillon dominait. De part et d'autre du long chemin, s'étalaient des dizaines de casiers d'un rouge vif et brillant.
« McCall ! » hurla une voix.
Je vis Scott sortir en courant d'une salle de classe. Il n'avait vraiment pas l'air bien et cachait son visage de sa main droite. Il était courbé, comme si une migraine lui martelait le crâne. Il laissa tomber son sac devant moi et me bouscula lorsqu'il me dépassa sans un regard. J'hésitai un instant à ramasser son sac et l'attendre mais le voir courir ainsi me fit ressentir le besoin de garder un œil sur lui, de le "protéger" à ma manière.
Je pris la décision de le suivre. Il avait fini par tourner à droite et s'était engouffré dans le vestiaire des joueurs de crosse. En arrivant dans l'embrasure de l'entrée, je ralentis.
« Scott ? l'appelai-je. Scott, tu vas bien ?
- Molly, c'est toi ? »
Ça voix n'était pas normale. Elle était comme brisée, presque comme un grondement. J'avançai dans le vestiaire sans savoir où il était. J'entendis alors un jet d'eau couler et je me dirigeai vers les douches.
« Oui, c'est moi.
- Qu'est-ce que tu fais là ? continua-t-il de l'autre bout de la pièce.
- Je devais aller au secrétariat et… ah, ce que je fais là, répétai-je en insistant sur le dernier mot. Je m'inquiétais, ça va ? »
J'arrivai devant lui. Il était torse nu sous l'eau froide, les deux mains posées sur le carrelage du mur. Son souffle était erratique, comme s'il avait du mal à respirer. L'eau coulait le long de ses cheveux et venait se perdre sur sa nuque. J'eus un frisson, il devait avoir si froid ! Pourtant, il ne tremblait pas et ne semblait même pas remarquer le liquide gelé qui infiltrait son pantalon et glissait le long de son dos.
« Scott… ? Scott tu as mal quelque part ? »
Lentement, il se retourna et s'appuya contre le mur des douches. Il me lança un regard paniqué qui contrastait avec son attitude décidée et sûre de l'autre jour. Il secoua la tête et répondit :
« Non… c'est… j'arrive pas à respirer.
- Scott ? »
Une voix inquiète raisonna dans la pièce et je sursautai lorsque je vis le garçon derrière moi. Son regard croisa le mien et plusieurs questions brillèrent dans ses yeux marron. Qui es-tu ? Que fais-tu ici ? Qu'est-ce qu'il a ? furent les trois premières qui me vinrent à l'esprit. Je me détournai et nous fixâmes Scott pendant quelques secondes avant de se faire face à nouveau.
« Il a du mal à respirer, » expliquai-je très vite.
Je vis à sa façon de grimacer qu'il avait compris lui aussi que c'était une crise de panique. J'en avais déjà vécu et à Eichen j'avais assisté à beaucoup de crises du genre. Je n'avais jamais su quoi faire, comment agir pour aider les autres ou m'aider moi-même. Dès que quelqu'un paniquait, je flanchais. Je ne savais pas comment rassurer les gens.
J'avançai vers Scott et posai mes deux mains contre son dos pour l'obliger à se pencher en avant. J'étais collée à lui, ma blouse s'imprégnant de l'eau qui ruisselait encore sur sa peau.
« Respire, Scott, lui intimai-je maladroitement. Respire, doucement, ça va aller…
- Je crois que je fais de l'asthme, murmura-t-il entre deux bouffées sèches d'air.
- Chut… »
Ma voix était douce et je fis tout pour qu'il se sente un peu mieux. Je voulais qu'il ait confiance en moi. Je décrochai mes yeux de Scott et les tournai vers le garçon, toujours debout devant nous. Je bougeai la tête, ouvrant grand les yeux, pour lui dire de faire quelque chose, de ne pas rester là sans rien faire.
« Mais oui ! L'asthme ! » s'écria-t-il, nous faisant sursauter, Scott et moi.
Je le fusillai du regard sans arrêter de frotter le dos de Scott gentiment. Je lui chuchotai des mots rassurants, en espérant que ça pourrait marcher. Le garçon s'agita alors dans tous les sens et ouvrit frénétiquement la poche avant du sac de Scott. Il en sortit un inhalateur qu'il jeta immédiatement à son ami. Avec une agilité incroyable, il l'attrapa et prit une bouffée.
Je me reculai tandis que Scott se redressait, la crise passée. Il nous dévisagea tour à tour avant de montrer le petit appareil.
« J'étais en train de faire une crise d'asthme, là ? demanda-t-il surpris.
- Non, c'était plutôt une crise de panique, répondit l'autre garçon. Mais le fait de croire que tu faisais une crise d'asthme a fait passer la crise de panique. C'est de la psychologie. »
Scott et moi échangeâmes un regard et il se redressa entièrement. Je fixais le garçon, les yeux écarquillés. Ce mec était un génie, ou alors, il connaissait très bien Scott. Ou peut-être bien les deux.
Je me redressai à mon tour, secouant ma blouse et ma jupe pour essayer d'en faire partir l'eau. Le garçon fit un signe à Scott et celui-ci revint parmi nous, libéré de ses pensées.
« Stiles, je te présente Molly, ma voisine. Molly, Stiles, » bafouilla Scott avant d'écarquiller les yeux et de me dévisager.
Je m'avançai légèrement vers Stiles et lui fit un signe de la main. J'essayai d'être amicale en lui adressant un grand sourire.
« Salut, dis-je. Je suis… »
Je m'arrêtai, surprise par le regard qu'il me jetait. Il semblait se battre pour fixer mon visage, comme s'il y avait autre chose de bien plus tentant à regarder. Je compris alors que la blouse blancge que j'avais mis et qui était à présent trempée, collait à ma peau et était devenue totalement transparente. Je me mis à rougir violemment et croisai mes bras sur ma poitrine pour tenter de la cacher. Stiles bafouilla quelque chose d'incompréhensible avant de reculer et de trébucher. Il se redressa tout aussitôt et attrapa au passage une serviette qui traînait sur un banc et me la jeta.
« Oui, hm… je vais aller… Je crois que je vais aller me sécher, bafouillai-je.
- Attends, me fis Scott, en prenant une serviette lui aussi, je vais te prêter un t-shirt, j'en ai un de rechange. »
Je n'osai pas lui dire qu'il n'était pas obligé. De toute manière, je ne me voyais pas traverser le lycée dans cette tenue et survivre ainsi jusqu'à la fin de la journée. Scott alla jusqu'à son casier, prenant soin de m'éviter du regard, tout comme Stiles qui resta en arrière, les yeux mystérieusement attirés par une tâche inexistante au plafond.
Scott fouilla dans ses vêtements de rechange et sortit un t-shirt bordeaux. Il le sentit et fit une grimace quand l'odeur pénétra dans ses narines.
« Euh… je vais voir si j'en ai pas un autre, dit-il en le reposant.
- C'est bon, j'ai compris, soupira Stiles en levant les yeux au ciel, je vais lui prêter un des miens. »
A son tour, il chercha dans son casier et en sortit un t-shirt presque plié. Sans vérifier son état, il me le tendit, un sourire doux et gêné sur les lèvres. « Tiens, » m'intima-t-il en le secouant légèrement sous mon nez pour que je le prenne. Je l'attrapai, évitant soigneusement de toucher sa main par inadvertance et le remerciai à mi-voix.
Je me cachai derrière d'autres casiers et ôtai mon haut trempé. Je m'essuyai rapidement le ventre et la poitrine et enfilai le t-shirt que le meilleur ami de Scott m'avait prêté. Il était bien trop grand pour moi et j'avais l'impression de nager dedans. Je le coinçai dans ma jupe qui avait échappé en partie à la douche. Ça me donnait une drôle d'allure mais je ne détestais pas ça. En quelque sorte, ça me donnait un certain style. Je refis ma queue de cheval haute à la va-vite et pris une grande inspiration.
Un doute m'envahit alors. Je regardai le soutien-gorge que j'avais mis ce matin. Le rouge me monta aux joues quand je vis que de tous ceux que je possédais, j'avais pris le plus honteux. Il était rose, presque fluo, avec des petites têtes de chatons. Il était immonde. C'était ma mère qui me l'avait acheté en solde au super marché et vu que j'avais perdu de la poitrine depuis la fin de l'été, c'était le seul qui m'allait encore.
Je sentis mon cœur s'accélérer. J'avais honte. Je venais sûrement de vivre le jour le plus gênant de toute mon existence. Cette situation était ridicule. Tout à coup, je me demandai ce que je faisais ici, pourquoi j'avais tant voulu retourner au lycée. C'était idiot, c'était trop bête.
« Molly, ça va ? »
La voix de Scott s'éleva dans les vestiaires et je m'empressai de plier et de ranger ma blouse humide dans mon sac. J'allais les rejoindre quand je le rassurai.
« Oui, oui ça va. Je suis juste très gênée, et je vais sûrement finir ma vie dans un trou en Australie mais sinon, ça va. »
Bien malgré moi, mes mots détendirent l'atmosphère et les deux garçons se mirent à rire. Nerveusement, je me joignis à eux, comme pour évacuer ce coup de stress qui m'avait envahie quelques secondes plus tôt.
« Tu sais, me dit alors Stiles, Scott a fait bien pire dans le registre "la honte de ma vie". Crois-moi, tu ne lui arrives même pas à la cheville.
- Eh ! C'est qui qui était tellement saoul hier qui racontait n'importe quoi ? Ses beaux cheveux roux, ses grands yeux verts, son mètre soixante-deux… l'imita Scott en papillonnant des cils.
- Déjà, ses cheveux ne sont pas roux mais blonds-vénitiens. Et deuxièmement, on a dit qu'on ne parlerait plus jamais de cette soirée ! »
J'étais complètement en dehors de leur conversation et, bien qu'elle m'amusait franchement, ça me gênait de rester à les écouter. Ils s'entendaient si bien qu'il semblait impensable de pouvoir s'immiscer entre les deux. On aurait dit des frères, à se chamailler ainsi.
Je me raclai la gorge pour leur rappeler que j'étais toujours là et leur adressai le plus grand sourire dont j'étais capable.
« Je crois que je devrais y aller, leur dis-je. Il faut encore que je trouve le secrétariat et ça risque d'être assez long.
- Laisse-moi t'accompagner, me proposa Scott en riant. Il ne faudrait pas que tu te perdes… »
J'allai accepter mais, à les regarder tous les deux, je compris qu'ils avaient besoin de parler, surtout Scott à vrai dire. Je secouai la tête, reculant légèrement.
« Non, c'est bon, le rassurai-je. Je devrais trouver toute seule.
- Tu es sûre ? demanda Scott en s'avançant vers moi.
- Sûre et certaine ! Désolée de m'être invitée, continuai-je avant de me mordre la langue, certaine que l'expression était inappropriée. Enfin, ce n'est pas ce que je veux dire… Je…
- Merci, dit-il alors sincèrement.
- Oh, je n'ai pas été d'une très grande aide…
- Non, merci, vraiment. Si Stiles avait été tout seul, je serais sûrement mort à l'heure qu'il est, plaisanta-t-il.
- Hey ! »
Stiles protesta et frappa son ami à l'épaule. Il fit mine d'être offusqué, ouvrant grand les yeux comme s'il était choqué. Je souris à nouveau et leur fis un signe de la main.
« Bye, dis-je alors avant de me retourner. Et… hm… tu devrais mettre un t-shirt avant d'attraper froid, Scott. »
Je les laissai ainsi sans un mot de plus. Dire que je m'enfuyais était peut-être plus adapté à la situation. Je partis à grandes enjambées, m'éloignant au plus vite des deux amis. Ils étaient tous deux vraiment gentils et leur sourire donnaient envie de dire des idioties, juste pour qu'ils ne s'effacent pas de leur visage. Mais ils étaient aussi étranges, bizarres. Comme s'ils devaient parfois se dire des choses que personne d'autre ne devait entendre, comme s'ils vivaient dans un secret constant.
J'haussai les épaules, tout le monde avait des secrets. Je tournai sur ma gauche et arrivai dans le couloir où j'avais croisé Scott. Curieuse, je regardai à travers l'embrasure de la porte qui ouvrait sur la salle de classe dont il était parti quelques minutes plus tôt. Les élèves étaient en devoir et ils semblaient tous très concentrés. Je croisai alors le regard de monsieur Harris, mon professeur de Physique-Chimie et celui de Stiles et Scott apparemment. Je me détournai et continuai mon chemin mais après quelques pas, il m'interpella. Obligée de m'arrêter, je lui fis face et lui lança un regard curieux.
« Miss Thompson ? Que faites-vous dans les couloirs ?
- Je vais au secrétariat, dis-je pour la énième fois de la matinée.
- Bien ! Bien… (Il jeta un regard derrière moi, un air absent sur le visage avant de se frotter les mains et de reprendre.) Vous n'auriez pas vu Scott McCall et Stiles Stilinski ?
- Oui, je les ai croisés à l'instant, indiquai-je sans préciser que j'étais restée avec eux plus longtemps que quelques secondes. Scott se sentait mal, son ami…
- Stiles, précisa le professeur.
- Stiles, est allé voir ce qu'il avait. »
Le regard de monsieur Harris s'attarda sur l'immense t-shirt que l'ami de Scott m'avait prêté et leva un sourcil. Il me toisa ainsi quelques secondes avant de reprendre.
« Eh bien, j'espère que vous trouverez le secrétariat sans autre détour, miss Thompson. »
J'allai partir lorsqu'il ajouta :
« Je suis désolé pour ce qui est arrivé à votre frère. Il était le meilleur élève de ma classe de terminale. Un accident, c'est si vite arrivé… Vous savez ce qu'il s'est passé ? La voiture a eu un problème ou…
- Je ne sais pas, le coupai-je sèchement. Je suis désolée, je dois y aller. »
Je partis sans me retourner. Avant de rejoindre le secrétariat, je fis un détour par les toilettes où je restai bien une vingtaine de minutes pour tenter de me calmer. Pourquoi monsieur Harris m'avait reparlé de l'accident ? C'était quoi toutes ces questions ? Sans réfléchir, je fis couler de l'eau brûlante dans le lavabo et me frottai les mains jusqu'à ce qu'elles deviennent écarlates. Lorsque j'arrêtai, elles me faisaient vraiment mal mais c'était le seul moyen pour me sentir mieux.
Finalement, vers neuf heures quarante, j'arrivai dans la vaste pièce remplie de bancs, de bureaux, d'ordinateurs et d'agrafeuses. La secrétaire fut plus gentille que nécessaire. Elle me proposa de m'asseoir, à boire et elle me demanda même si je voulais goûter un des cookies qu'elle avait fait la veille. Au final, elle réussit à m'en faire avaler deux et insista pour réimprimer mon emploi du temps. Elle me reconduisit aussi à mon casier et vérifia que je connaissais toujours le code pour l'ouvrir. Après cela, elle me dit qu'il valait mieux que j'attende les cours de l'après-midi pour recommencer doucement et s'en alla.
Elle me laissa seule dans le couloir, face à mon casier encore plein de livres, de cahiers et de petits mots d'Hannah. Il y avait toujours le CD qu'Alejandro m'avait prêté à la rentrée ainsi qu'une courte lettre de sa part. Je l'avais presque oublié et je souris en repensant à notre – très court – flirt qui avait duré quelques semaines à peine. Alejandro était vraiment mignon avec ses grands yeux clairs et sa peau foncée. Il avait tout du beau garçon dont toutes les filles tombaient amoureuses et parmi toutes celles de sa promo, il m'avait choisie. Ça m'avait toujours surprise, d'ailleurs.
Je pris mon livre d'Espagnol et celui d'Algèbre avant de claquer la porte de mon casier. Je les rangeai dans mon sac, à côté du sandwich que maman m'avait préparé ce matin. J'allai me cacher dehors, derrière le lycée. Assise dans l'herbe, je frémis lorsque mon postérieur entra en contact de la terre gelée. Je me perdis alors dans mes livres de cours, oubliant que le monde continuait à tourner autour de moi.
Je marchai sur le bord de la route, les mains dans les poches de ma veste trop légère pour le froid de ce début de soirée. J'avais défait mes cheveux qui flottaient à présent autour de mon visage. Même s'ils s'emmêlaient à cause du vent qui s'était mis à souffler, ils réchauffaient ma nuque et mes oreilles et je me sentais bien mieux ainsi.
La journée avait été d'une lenteur affreuse. J'avais passé le lunch tranquille, à l'ombre de l'arbre, mais le retour en classe avait été nettement plus redoutable. Je me souvenais encore de tous ces regards figés sur moi, des sourires qui s'effaçaient très vite et des phrases polies. Hannah m'avait à peine adressé un regard. Elle avait souri, m'avait faussement pris dans ses bras et avait par la suite, maintenu une sorte de périmètre de sécurité. Elle était restée à plus d'un mètre de moi le reste de la journée. En classe, elle ne me proposa pas de m'asseoir à côté d'elle ni de m'aider quand le professeur d'Algèbre parla d'une formule dont le nom m'échappait encore.
J'avais été seule, bien plus d'une fois dans ma vie, surtout à Eichen ces derniers mois. Mais cette journée avait été mon enfer personnel. Les gens me souriaient, me demandaient si j'allais mieux, et dès que je tournais le dos, j'entendais des paroles blessantes, des moqueries, et je sentais les regards en coin qui me transperçaient comme des lames de couteaux.
Heureusement, tout le monde ne se comportaient pas de la sorte. Beaucoup m'ignoraient et quelques-uns ne semblaient pas gêné par mon côté "démentiel" qui avait déjà fait le tour du lycée. Brittany, une fille discrète de mon cours d'Espagnol, s'était installée à côté de moi et m'avait expliqué certains points de grammaire qui m'échappaient. Elle était douce et gentille, avec ses jolies boucles qui lui tombaient sur le front et ses grands yeux verts curieux.
Un coup de vent balaya le chemin désert et les branches des pins s'agitèrent dans un bruissement déchaîné. J'aimais bien prendre cette route, même si elle semblait être hors du temps.
Maman n'était pas venue me chercher. Elle devait rester plus longtemps parce qu'un élève avait cassé une vitre après un accès de colère. Vu que je n'avais toujours pas de téléphone, elle avait appelé la secrétaire du lycée qui était venue en personne m'en informer. Après vingt minutes à attendre devant le lycée, à regarder tous les élèves s'en aller, rire et s'embrasser, j'étais enfin partie. La route était longue jusqu'à l'extrémité Est de la ville, là où se trouvait la maison.
Je ruminais des idées noires. Je n'avais qu'une seule envie, dévorer un pot de glace aux cookies et lire mes partitions tranquillement dans ma chambre. Demain, j'allai devoir me lever une fois encore, retourner en cours et dire que tout allait bien. Sauf que je n'étais plus sûre de ce que je disais. Je ne savais pas si dire que tout allait bien était un mensonge ou si c'était la vérité. Je ne savais plus grand-chose de toute manière.
Un grincement retentit à ma gauche et je vis une voiture ralentir pour rouler à mon niveau. Je continuai à marcher en adressant un regard méfiant au nouvel arrivé. C'était une grosse jeep bleue sale et rayée sur les portières. Le conducteur baissa la vitre de la portière droite et, jonglant entre la route et mes yeux, il m'adressa un grand sourire.
« Stiles ? » je demandai en m'arrêtant d'un coup.
Je levai un sourcil lorsqu'il freina d'un coup sec pour arrêter la Jeep. Je trottinai jusqu'à la porte avant et me mis sur la pointe des pieds pour pouvoir regarder à l'intérieur. C'était – à ma grande surprise – assez bien rangé et il y avait un sac noir sur le siège passager.
« Molly ! fit Stiles en tapotant le volant de ses mains. Quelle surprise ! »
Je me retournai et regardai la longue route en ligne droite qui s'étalait derrière moi. Il m'avait forcément vue depuis longtemps. Je souris, sa maladresse était adorable. Je le toisai, une moue amusée et dubitative sur le visage. Il comprit que je ne goberai pas son innocence feintée.
« Bon, d'accord… pas si surprenant que ça… bougonna-t-il en souriant, gêné.
- Est-ce que vous pourriez me prendre en stop, monsieur ? demandai-je alors en levant le pouce. Il commence à faire froid et la nuit tombe. »
Nous sourîmes tous les deux et il jeta sans ménagement son sac sur la banquette arrière. Sous le choc, un bruit métallique raisonna dans la voiture et je me figeai légèrement. On aurait dit des chaînes. Stiles suivit mon regard et, après avoir ouvert la porte pour que je monte, se redressa et leva les mains comme pour signifier son innocence.
« C'est juste quelques trucs pour mon père, expliqua-t-il, je ne suis pas un tueur psychopathe. »
Je m'installai sur le siège et m'attachai sous le regard sérieux de Stiles. Je fermai la porte et elle claqua à cause du vent. J'adressai au garçon un regard d'excuse et il sourit en retour. Il remit le contact et démarra la voiture. J'allai enfin pouvoir rentrer chez moi.
Bonjour tout le monde ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! J'intègre Molly tout doucement à l'histoire de Teen Wolf :)
Merci beaucoup à loathing pour se review merveilleuse ! Merci ! Et n'hésitez pas à commenter, je prends tous les avis :) Au prochain chapitre !
