Un peu plus tôt que prévu, voici le chapitre trois ! A partir de maintenant, je vais baisser la cadence des posts, tout en gardant des délais raisonnables (max tous les 10 jours, un peu plus si nécessaire).

Je souhaite remercier Aldaria, Sandrine, Lilou0803 et missfatima pour leur gentilles reviews, ainsi qu'ugo23 pour m'avoir ajouté à ses fics suivies. J'espère que ce chapitre vous plaira !


Chapitre Trois

La confrontation avec Mary, qui survint le lendemain de la rentrée, se passa bien mieux que ce que Lily aurait pu imaginer. Mary expliqua qu'elle avait agi sans réfléchir, que n'arrivant pas à dormir, elle avait transplané jusque chez les Potter, et que là-bas, l'ambiance aidant, James et elle s'était rapproché. Cela n'avait été ni prémédité, ni fait dans le but de blesser Lily. Le mensonge s'était imposé quand Mary s'était rendue compte qu'elle s'imaginait bien passer plus de temps avec James. En espérant ne pas avoir à faire de choix, elle en avait néanmoins fait un. Irrémédiable, selon Lily. Elles ne s'adressèrent pas plus la parole les jours qui suivirent. Mary, qui essaya une fois, puis deux, pour enfin réaliser qu'il était temps qu'elle abandonne, se retrouva à passer tout son temps avec les Maraudeurs, le nom ridicule que le quatuor formé par James, Sirius, Remus et Peter s'était donné. Lily, elle, se tourna vers Maddie et Marlene. Si elle n'était pas encore parfaitement à l'aise avec elles, qui avaient eu le temps en six ans de se créer une histoire et un passif, elle passait toutefois des moments agréables, et cela lui suffisait. Elle avait eu son lot d'épisodes dramatiques ces derniers jours.

Dès les premières classes, il fut de toute façon clair qu'elle n'aurait pas le temps pour plus de drames. Les professeurs semblaient s'être donné le mot pour faire de la vie de tous les septième année un véritable enfer. La palme revint cependant au cours de Défense contre les Forces du Mal. Le nouveau professeur, Sir Butterhill (et il insista bien sur le Sir, vestige ancien d'un quelconque service rendu à la couronne), qui avait l'air d'être aussi vieux, sinon plus, que Dumbledore, assigna à tous les élèves un travail de groupe à faire durant le trimestre. Lily se retrouva de pair avec un Serdaigle qu'elle ne connaissait que très peu, Alexander Stevanovic. C'était un grand garçon brun aux épaules larges et à la mâchoire carrée. Ils avaient tous les deux pour tâche de rendre un dossier complet sur le sujet de leur choix, pour autant qu'il rende compte d'une pratique, d'une créature ou de quoi que ce soit en rapport avec les forces du mal et comment s'en protéger. Stevanovic proposa le sortilège d'Imperium :

- C'est d'actualité, expliqua-t-il. On lit partout qu'untel s'est retrouvé sous l'emprise d'un autre. On pourrait axer notre étude sur son histoire, ses effets, et les moyens possibles d'y résister. Si tant est qu'on puisse y résister… Je pense que c'est le genre de sujet qui peut servir à tous, avec les temps qui courent.

Lily ne put qu'être d'accord. Les nouvelles dans les journaux étaient de moins en moins réjouissantes.

- On pourrait commencer, disons, dans deux semaines ? suggéra-t-elle. En attendant, chacun cherche des informations de son côté, qu'on mettra en commun le moment venu.

Stevanovic acquiesça.


Lorsqu'arriva enfin le samedi, Lily avait une moyenne de trois parchemins à rendre dans chacune de ses matières. A moins qu'elle trouve le moyen de rallonger les journées, elle n'aurait jamais le temps de tout faire en temps et en heure : elle devait rencontrer James dans le salon des préfets le samedi après-midi, et accessoirement dormir le samedi soir.

C'est au petit-déjeuner qu'elle reçut enfin des nouvelles de Rob. Un petit hibou gris qu'elle n'avait jamais vu déposa devant elle une lettre cachetée, qu'elle ouvrit aussitôt.

« Chère Lily,

Avant toute chose, je suis désolé d'avoir été si lent à te répondre. Le temps s'est accéléré ces dernières semaines : j'ai commencé mon nouveau job au Parchemin Vert, j'ai déménagé de chez mes parents pour un petit appartement à Londres. Enfin, ça n'excuse qu'à moitié mon silence. Je t'avoue avoir pris le temps de beaucoup réfléchir après cette soirée chez Potter.

J'ai été heureux de recevoir une lettre de toi. Je t'avoue que j'ai beaucoup remis mes performances en doute quand je t'ai vu partir l'autre soir sans rien dire. Mais puisque tu m'assures que je n'y suis pour rien... Pour être tout à fait honnête, j'aurais beaucoup aimé te voir plus longtemps. Les choses sont allées tellement loin, et si vite, que j'ai encore du mal à comprendre ce qui s'est passé. Non pas que j'en sois déçu ! Bien au contraire.

Que dirais-tu de se rencontrer ? Si tu es d'accord, préviens-moi de la première sortie à Pré-au-Lard, je t'y rejoindrai.

Il me tarde d'avoir de tes nouvelles,

Robert. »

Au fil de sa lecture, Lily était passée du ravissement à la déception. La prochaine sortie à Pré-au-Lard était dans une éternité Rob n'attendrait pas jusque-là. Elle mourrait d'envie de le voir, d'apprendre à le connaître enfin, de revivre leur expérience de l'autre nuit. Comment cela arriverait-il, si elle ne pouvait même pas mettre les pieds hors du château ?

- Un problème, Lily ? demanda Maddie, la bouche pleine d'œufs brouillés.

- Juste ma vie pourrie.

L'adolescente aux traits asiatiques hocha la tête.

- Ça vous dit de bosser à la bibliothèque, après ? demanda Lily.

Elle avait besoin de crouler sous le travail pour oublier sa misère.

- Non, mais il le faut.

Elle laissa errer son regard sur la table des Gryffondor. A quelques mètres, les Maraudeurs discutaient vivement. Mary était encore collée à James. Ne voyait-elle pas qu'elle se rendait ridicule ? Toute l'école savait que James avait toujours été obsédé par Lily. Il lui avait envoyé des cartes et des chocolats à chaque Saint Valentin, pour son anniversaire (il s'était arrêté en cinquième année, quand Lily avait menacé de mettre le feu à son hibou si elle le voyait s'approcher), il l'avait invitée à sortir, en pleine foule bien entendu, un nombre incalculable de fois. Elle n'avait jamais vu ces manifestations d'affection publiques comme de l'amour. L'amour, pour elle, c'était quelque chose de discret, quelque chose que l'on vivait à deux loin des autres. Elle n'avait aucune expérience en la matière, mais elle était persuadée qu'une déclaration d'amour n'en était une que si elle ne visait qu'une personne, et non toute l'école. Lily avait entendu les filles de Poudlard discuter dans les toilettes, commenter ce nouveau couple, et beaucoup s'accordaient pour dire que Mary n'était qu'un lot de compensation. Lily en avait presque eu de la peine pour elle.

- Elle te manque ?

Lily, surprise, se tourna vers Maddie. Celle-ci la regardait en souriant. Avec ses cheveux d'un noir de jais et sa peau pâle, elle avait l'air d'une photo en noir et blanc.

- Mary, tu veux dire ? demanda Lily, bien qu'elle sut déjà la réponse.

Maddie acquiesça.

- Je ne sais pas. Quand je pense à elle, un peu. Mais quand je la regarde, je la reconnais tellement peu que c'est comme si c'était une autre personne… C'est si bizarre, ce qu'elle fait.

- Je l'ai jamais cernée, avoua Maddie. Après, j'ai toujours eu du mal avec les gens populaires. Je veux dire, quand une personne est appréciée de tout le monde, ça cache quelque chose, non ? Personne ne peut être suffisamment bien pour tout le monde, tu vois ?

- Oui, je vois.

- C'est ça que j'aime bien chez toi. Tu as des défauts, un petit côté exaspérant, j'aime bien.

Lily éclata franchement de rire.

- C'est sûrement la chose la plus sympa qu'on m'ait jamais dite !

- Je sais, je sais. J'suis une fille comme ça, moi. Bon, allez, ajouta-t-elle en se levant. Y a du boulot qui nous attend. Direction : la bibliothèque !


A quinze heures, Lily était installée à la table de la salle des préfets. Comme elle était persuadée que Potter arriverait de toute façon en retard, elle avait commencé l'essai demandé par le professeur Flitwick. En vous basant sur le sortilège du Parnasse, caractérisez le couple mouvement/incantation en un développement argumenté. Vous utiliserez pour cela les renseignements apportés par la leçon ainsi que vos déductions personnelles. Avec le cours de Potions, celui de Sortilèges était le point fort de Lily. Les deux professeurs, Slughorn comme Flitwick, l'adoraient. Elle avait écrit deux paragraphes quand James, à trois heures dix, daigna la rejoindre.

- Salut, Evans, dit-il en s'asseyant à deux chaises d'elle. Ça t'embête si on fait ça vite ? J'ai un truc de prévu après.

- Au contraire, ça m'arrange.

Elle ne le regarda pas en répondant.

- J'ai déjà bossé dessus hier, ajouta-t-elle en sortant un parchemin de son sac. C'est encore un peu simpliste, mais pour le début ça peut marcher. Je pense qu'on s'épargnera à tous les deux beaucoup de soucis si on fait en sorte de ne pas patrouiller ensemble. Je t'ai mis avec Remus un soir, Donovan un autre. Moi, je suis avec Higgins puis Parker. On échangera plus tard, parce qu'il n'est pas question que je me tape tout le trimestre avec Parker. Je l'aurais bien mis avec un autre préfet, mais je pense qu'il faut garder un œil sur lui. Les autres soirs, j'ai fait ça comme ça, regarde.

Elle tendit son parchemin à James. Elle y avait griffonné un emploi du temps des rondes des préfets, en incluant le nombre d'heures allouées à chacun dans un souci d'équité.

- Tu fais plus d'heures, toi, commenta-t-il simplement.

- Il faut bien que quelqu'un en fasse.

- Je peux les faire, si tu veux.

Elle haussa un sourcil, le regardant pour la première fois. Elle n'avait même pas remarqué qu'il avait les joues rougies d'avoir couru.

- Tes lunettes sont de travers, dit-elle.

Qu'est-ce qui lui prenait ?

James un eut petit sourire gêné et repositionna les lunettes sur son nez.

- Et depuis quand tu fais du travail en plus ? demanda Lily, souhaitant rompre le malaise.

- Je peux le faire, c'est tout. Si ça t'arrange.

- Non, c'est bon. Je le ferai. On pourra changer plus tard, comme j'ai dit.

- Bon, comme tu veux.

Il y eut un silence. James l'interrompit :

- Hum. MacGonagall m'a suggéré dans la semaine d'aller voir Dumbledore. Tu sais, pour les Aurors, tout ça. Elle dit qu'il serait peut-être intéressant qu'on discute avec lui du sujet, ne serait-ce que pour connaître comment ça se passera quand ils seront là.

- Pourquoi elle t'en a parlé à toi ? Pourquoi pas à moi ?

- Parce qu'elle m'adore, tout simplement.

Lily leva les yeux au ciel. Comme il était exaspérant ! Elle acquiesça, et ils travaillèrent dans le calme pendant trente minutes. Lily, malgré tous les ressentiments qu'elle éprouvait à son égard, parvint même à être cordiale. Au fil de leur réflexion commune, le brouillon devint un emploi du temps définitif, prenant en compte les entraînements de Quidditch pour certains, comme James, les problèmes de santé pour d'autres, comme Remus (quoi que Lily eut bien compris que la santé n'avait rien à voir là-dedans), ou tout simplement le manque total d'efficacité pour des cas comme Parker. Lily s'était toujours demandé pourquoi on l'avait élu préfet. Quoi que de la part de ceux qui avaient choisi James Potter comme Préfet-en-Chef, ce n'était rien de vraiment étonnant.

- On a fini ? demanda James.

- Oui, Potter, on a fini. Va rejoindre ta chérie.

Ces mots sonnaient beaucoup plus amers que dans sa tête.

- Ç'aurait pu être toi, tu sais.

- Je ne suis pas sûre de te l'avoir déjà dit, mais tu es d'une arrogance exquise, Potter.

Il sourit comme si Lily l'avait complimenté.

- Ce n'est pas Mary que je vais voir, mais l'équipe. Réunion clandestine pour parler des essais de la semaine prochaine.

- J'en suis ravie.

- D'ailleurs, en parlant de Mary, tu devrais peut-être songer à la pardonner, non ? Si j'ai bien compris, elle n'est pas sortie avec le mec de tes rêves, donc je vois pas où est le problème.

- Tout ne tourne pas autour de toi, Potter. Ça ne m'étonne pas de voir que la psychologie féminine te dépasse complètement. Et puis de toute façon, ça ne te regarde pas, rétorqua Lily.

Étrangement, elle n'éprouvait aucune colère.

- Je sais qu'à tes yeux je suis un crétin fini, j'ai compris. Mais j'ai un QI relativement correct, et je me dis que quand tu fais la tête à ta meilleure amie parce qu'elle sort avec un mec, alors l'histoire tourne forcément autour du dit-mec, non ?

- Je ne fais pas la tête à Mary parce qu'elle sort avec toi !

Au temps pour la colère. James la regarda fixement. Elle devait être en train de rougir, et son regard la mettait mal à l'aise. Elle avait consciemment décidé d'oublier que sa première réaction, lorsqu'elle avait appris que Mary était retournée à sa soirée, avait été pour James.

- Alors pourquoi tu lui fais la tête ?

- Je te l'ai déjà dit, ça ne te regarde pas.

Et en plus, je n'en suis même pas sûre, rajouta une petite voix perfide au fond de son cerveau.

- Moi, je pense que c'est parce que pour une fois, elle n'est pas restée dans ton ombre.

La phrase de James fit l'effet d'un poignard planté en plein ventre. Lily en eut le souffle coupé elle écarquilla les yeux devant lui. Il ramassa ses affaires, quitta la pièce, et à aucun moment elle ne trouva la force de riposter par une autre remarque.

Elle revint à la bibliothèque, où Maddie et Marlene travaillaient toujours, d'un air renfrogné qui ne passa pas inaperçu.

- Potter a encore fait des siennes ? demanda aussitôt Marlene.

- On peut dire ça, répondit Lily en s'asseyant.

Puis, mue par une idée soudaine :

- Maddie, tout à l'heure, quand tu disais que j'avais un côté exaspérant, est-ce que tu voulais dire, je sais pas… tyrannique ?

- Tyrannique ? Non, quand même pas. Pourquoi, Potter t'a traitée de tyran ?

- Oui. Enfin, non. Pour être honnête, je ne sais même pas. Il a dit que j'étais fâchée contre Mary parce qu'elle n'était pas restée dans mon ombre. Ça veut dire quoi, ça, au juste ?

Maddie et Marlene échangèrent un regard qui ne plut pas à Lily.

- Quoi ? dit-elle. C'est vrai ? J'aurais tendance à… oppresser Mary ?

- Non, pas oppresser, la rassura Marlene. Tu as une personnalité assez imposante, c'est tout.

- Parce que Mary non ?

- Si, mais c'est différent. Elle est moins bonne que toi en cours, les professeurs t'adorent, tu étais préfète, maintenant préfète-en-chef, et Mary, eh bien… elle est un peu derrière.

- Mais tous les garçons ne rêvent que d'être avec elle ! riposta Lily.

- Oui, parce qu'elle est jolie, et qu'elle rit à leurs blagues. Mais ils ne l'admirent pas, tu comprends ? Toi, les gens t'admirent, les élèves comme les professeurs. T'es un peu la girl next door idéale, tu vois ?

- La quoi ?

- La girl next door. La fille d'à côté un peu inaccessible, chez qui on a envie de venir frapper juste parce qu'elle a l'air trop cool.

- C'est ça que les gens pensent de moi ?

- Certains, répondit Marlene. Mais d'autres trouvent juste que t'es exaspérante.

Elles éclatèrent de rire. Lily sentait son moral revenir. Pour la première fois depuis la rentrée, elle se dit que peut-être elle accepterait de discuter à cœur ouvert avec Mary. Cela ne réparerait sûrement pas les dégâts causés par les mensonges et la déception, mais l'honnêteté a ses raisons d'être qui se confirment toujours sur le long terme.

- Qu'est-ce que vous diriez d'une pause ? intervint Maddie.

- Mais, je viens juste de revenir… dit Lily.

- Oui, mais on avait un petit projet avec Marlene, et je suis sûre que tu pourrais nous être très utile. Marlene, qu'est-ce que tu en penses ?

A la grande gêne de Lily, l'interrogée ne répondit pas. En effet, elle s'appuya plutôt sur le dossier de sa chaise pour observer la jolie rousse d'un air concentré. Lily vit ses yeux bleus s'arrêter sur différentes parties de son visage, sur ses épaules, et même sur sa poitrine, pour enfin revenir à Maddie.

- Hum… Tu penses que les serres sont libres ? demanda alors cette dernière.

- Peut-être pas la principale, mais la serre tropicale, peut-être, répondit Marlene, toujours aussi songeuse. Avec quelques accessoires, il y a moyen de faire quelque chose de bien.

- C'est la préfète-en-chef, quand même…

- Je suis sûre que ça ne posera pas de problème.

Et soudain, le visage de Marlene s'illumina.

- Oh ! Mais oui ! Avec quelques peintures, on peut même jouer ça en mode sauvageonnes ! Au milieu des arbres tropicaux, on rajoute un sort de pluie mobile, ça peut faire des rescapées d'un naufrage… Oh, ça va être génial ! Allez, on y va ! Qu'est-ce que vous attendez ?

Lily ne comprenait pas, mais elle se laissa contaminer par l'enthousiasme croissant de Marlene. Elle attrapa son sac qu'elle n'avait même pas pris le temps d'ouvrir. Maddie rangea ses plumes et parchemins et lui emboîta le pas. Au croisement de deux escaliers Marlene annonça qu'elle montait au dortoir chercher son « matériel ». Lily et Maddie devaient se rendre à la serre tropicale et l'y attendre.

L'endroit était impressionnant, et bien plus grand que son apparence extérieure le pouvait laisser deviner : sitôt passée la porte d'entrée, on se retrouvait sur un long chemin de terre qui, au fond de la serre, tournait à droite dans la végétation. Des arbres immenses s'élevaient jusqu'à atteindre le plafond de la serre, et des fleurs rouges, oranges, violettes, parfois de la taille d'un souaffle, formaient des buissons parfumés. Les arbres eux-mêmes étaient envahis de plantes grimpantes qui se laissaient paresseusement tomber depuis les branches. Certaines se balançaient, comme bercées par la brise. Lily avait le sentiment que tout l'endroit respirait, vivait, dans une chaleur étouffante aux odeurs variées. Elle pouvait entendre le murmure d'un cours d'eau, ou d'une cascade, elle n'aurait su trancher, provenant à coup sûr du fond de la serre, là où le chemin de pierre disparaissait. Quelques papillons virevoltaient autour des lianes tombantes. Elles étaient de toutes tailles, simples ou multiples, et Lily en vit même une se redresser comme un serpent pour se poser sur une branche.

La serre tropicale n'était utilisée que par les septièmes années, mais Lily comprit bien vite que ses deux nouvelles amies ne s'y rendaient pas pour la première fois.

- C'est incroyable, chuchota-t-elle à Maddie.

- N'est-ce pas ? Mais fais attention, certaines plantes ont mauvais caractère. Surtout les grosses fleurs violettes là-bas. Je ne suis pas sûre que le professeur les nourrisse assez.

Lorsque Marlene arriva, les trois adolescentes suivirent le chemin de terre, s'enfonçant alors dans la jungle artificielle. Lily ne s'était pas trompée : après le virage que faisait le sentier vers la droite, apparut un petit lac entouré de rochers et de végétation. Une cascade d'eau se déversait directement dedans. On pouvait deviner une grotte derrière son rideau argenté. Marlene s'arrêta au bord du lac.

- Est-ce que je peux savoir ce qu'on fait ici, maintenant ? demanda Lily sans cesser d'admirer les lieux.

- Nous allons faire des photos ! chantonna Marlene.

Elle sortit de la grosse sacoche qu'elle avait récupérée dans le dortoir un appareil photo moldu argenté, à peu près le genre de celui que Mrs Evans utilisait pour immortaliser les vacances en famille, mais visiblement plus perfectionné.

- Ce petit bijou est une vraie merveille, annonça Marlene. C'est mon père qui l'a créé, à partir d'un appareil moldu. Les machines sorcières sont tellement moches dans ce domaine. Il a jeté suffisamment de sortilèges dessus pour que le peu de talent que j'ai en tant que photographe suffise, c'est génial, non ?

Lily acquiesça en admirant l'appareil.

- Regarde dans l'objectif, dit Marlene en lui tendant.

Lily mit son œil contre la minuscule fenêtre de l'appareil, et ce qu'elle vit ne manqua pas de l'époustoufler : si déjà les lieux avaient été magnifiques, une fois passés sous le crible de ce que Marlene nommait son « petit bijou », ils n'en étaient que plus merveilleux. Magiques, même, si cela n'avait pas été un bel euphémisme. La moindre goutte d'eau posée sur une feuille brillait de milles couleurs, projetant son halo tout autour d'elle, et Lily avait même l'impression de l'entendre scintiller. Les arbres paraissaient plus verts, l'eau plus bleue, et Maddie elle-même, qui tira la langue quand l'appareil se tourna vers elle, avait l'air d'une pin-up des magazines.

- C'est vrai, c'est génial, accorda Lily en rendant son trésor à Marlene.

- Et encore, t'as pas tout vu. C'est moi qui l'ai réglé comme ça, mais en faisant tourner l'objectif, je peux changer de mode et l'ambiance change aussi.

- Mais tu fais comment pour zoomer alors ? demanda Lily.

- J'ai juste à le demander. Il réagit à ma voix. Au début, ça ne marchait pas très bien, mais maintenant il m'écoute. Les premières séances avec Maddie étaient catastrophiques, l'appareil refusait de faire quoi que ce soit.

Marlene se tut et entreprit de vider entièrement sa sacoche.

- Je n'ai pas amené grand-chose, dit-elle en dépliant de larges tissus, juste des étoffes qu'on pourrait déchirer et porter comme vêtements. On n'a qu'à imaginer qu'on vient de survivre à un naufrage, et qu'on se retrouve sur une île déserte. Qu'est-ce que tu en dis, Maddie ?

- Ça me va. Tant que tu ne me fais pas poser nue, encore.

- J'en entendrai parler jusqu'à la fin de mes jours, je crois… maugréa Marlene. Et toi, Lily, tu en penses quoi ?

- Eh bien, pour tout te dire, je n'ai jamais posé pour qui que ce soit… Et je suis toujours horrible sur les photos de famille.

- Tout le monde est toujours horrible sur les photos de famille. C'est le principe : c'est fait pour être humiliant, commenta Maddie. Je suis sûre que tu seras parfaite.

Lily sourit, et s'empara d'une des étoffes.

- Bon, comment on met ça ?


Si Marlene ne les fit pas poser nues, les deux modèles amateurs y échappèrent toutefois de peu. Les étoffes devaient s'enrouler autour du corps par morceaux déchirés, comme si les deux jeunes naufragées n'avaient porté que cela pendant des mois. Le costume était complété par un maquillage exagéré : deux yeux charbonneux et des traits noirs sur les pommettes. Bien sûr, il ne fut pas question de garder l'uniforme sous les guenilles : Lily crut s'étouffer quand Marlene exigea qu'elle se mette en sous-vêtements. Après la promesse solennelle que personne ne verrait jamais les photos, Lily se laissa prendre au jeu, et pendant plus d'une heure, elle et Maddie devinrent de nouvelles Jane perdues dans la jungle. Marlene indiqua les arbres qui ne craignaient rien (certains étaient venimeux, un simple toucher suffisait à être paralysé), et Lily s'appuya dessus d'un air revêche, ou s'agrippa à une des branches tandis que Maddie imitait le cri tonitruant des singes hurleurs. Il y eut de nombreuses crises de rire, où parfois aucune des trois ne parvenait plus à accomplir quoi que ce soit. Lily eut l'impression d'avoir huit ans.

Lorsqu'elles eurent fini et rangé tout leur attirail, il commençait déjà à faire nuit sur le parc.

- On va être en retard pour le repas, constata Marlene.

- Dépêchons-nous, alors, répondit Maddie. Je meurs de faim.

Marlene maugréa quelque chose comme Tu as tout le temps faim, et les trois jeunes filles hâtèrent le pas jusqu'au château.

Lily, bien plus affamée que ce qu'elle pensait, mangea avec bonheur, rêvant d'avance à son lit douillet. La discussion avec Marlene et Maddie fut calme, comme si elles aussi ressentaient la fatigue de la séance photo. Certes, on était samedi soir, mais avec la semaine qu'elle venait de subir, Lily se dit qu'une longue nuit ne serait pas de trop. Comme elle s'apprêtait à se retirer, et à sa grande surprise, Mary s'avança vers elle.

- Salut, Lily, est-ce qu'on peut parler ?

L'intéressée, fatiguée, et ayant oublié ses bonnes résolutions du début d'après-midi concernant une possible conversation à cœur ouvert avec Mary, n'eut pas la patience d'être aimable.

- Je suis fatiguée, Mary, je vais me coucher.

Mary ne répondit pas. Elle eut juste un petit sourire contrit, puis elle laissa Lily tranquille en retournant s'asseoir à quelques places de là. Lily éprouva une pointe de remords. Ce n'était pas le genre de Mary de baisser les bras si facilement. Malgré tout, elle quitta quand même la grande salle, non sans avoir souhaité une bonne soirée à ses deux amies toujours attablées.

Elle venait de commencer à monter les escaliers quand elle entendit quelqu'un crier son nom :

- Evans ! Attends !

C'était Potter.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu me veux ? dit-elle d'un ton excédé.

- Mary vient d'essayer de discuter avec toi. Encore.

- Oui. Et… ?

- Tu l'as remballée.

Lily attendit la suite. Elle ne vint pas.

- C'est tout ce que tu avais à me dire ?

- Tu pourrais au moins essayer de l'écouter. Que tu me détestes moi, c'est un fait, mais elle, c'est ton amie. Elle est malheureuse. Discute vraiment avec elle, pas comme la dernière fois où tu n'as fait que lui balancer encore ses erreurs au visage.

- Si tu n'as que des reproches à me faire, ça ira pour moi.

Et Lily tourna les talons pour continuer à monter les marches de l'escalier.

- Attends !

Potter avait saisi sa main pour l'empêcher d'aller plus loin. Lily la retira d'un geste brusque, le feu aux joues.

- Dis-moi ce que tu veux en échange, dit le jeune homme aux cheveux ébouriffés. N'importe quoi.

Lily haussa un sourcil.

- Tu tiens vraiment à ce que je discute avec Mary ? demanda-t-elle dans un souffle.

- Oui. J'ai envie que les choses… marchent… avec elle, hésita-t-il. Je sais que tu auras du mal à me prendre au sérieux, mais fais-le pour elle. Il faut que tu lui pardonnes, ou au moins que tu la laisses faire son deuil de toi.

Lily considéra la chose. Potter avait l'air sincère, et elle avait tout à gagner à ce que lui et Mary entretiennent une relation sérieuse : il lui ficherait la paix pour de bon. C'était tout de même aux antipodes de ses principes que d'échanger une conversation avec celle qui était supposée être sa meilleure amie contre un quelconque service. Mais une idée se mit à germer dans sa tête, et elle ne prit même pas le temps d'en avoir honte :

- Est-ce que tu sais te rendre à Pré-au-Lard ? demanda-t-elle à voix basse.

James eut l'air surpris.

- Bien sûr, comme tout le monde.

- Mais non, soupira Lily, est-ce que tu sais y aller en dehors des sorties planifiées ?

Un air de compréhension passa sur le visage de l'adolescent, puis il sourit franchement.

- Toi, Lily Evans, préfète-en-chef, tu me demandes de t'expliquer comment sortir de l'enceinte de Poudlard sans autorisation ?

- Parles moins fort ! Bon, tu peux, ou pas ? Parce que si tu peux pas, j'irai voir quelqu'un d'autre.

- Est-ce que tu sais au moins à qui tu parles, Evans ? Je suis James Potter, Maraudeur, bien sûr que je peux. Je connais Poudlard et ses extérieurs comme ma poche. Cite-moi un seul endroit, et je t'y amène.

- Pré-au-Lard suffira. Et pas besoin que tu m'y amènes, je veux juste les explications.

- Est-ce que je peux savoir pourquoi tu veux y aller ?

- Ca ne te regarde pas, répondit Lily en fronçant les sourcils, le souvenir douloureux de son altercation avec James à sa soirée refaisant surface.

Une fois encore, l'adolescent sembla comprendre. Il se passa la main dans les cheveux, et soupira.

- Bon, dit-il. Je te dirai, mais tu parles à Mary avant.

Et il la laissa en plan ici, sur les marches d'escalier. Lily ne sut pas trop ce qu'il venait exactement de se passer, mais elle ne s'en préoccupa pas vraiment : elle allait pouvoir voir Rob à Pré-au-Lard. Les remords, les scrupules, n'avaient aucune importance. Sa fatigue envolée, elle courut presque jusqu'à la volière pour répondre à la lettre du garçon de ses rêves, et elle s'appliqua bien à lui écrire que pour leur rencontre, n'importe quel week-end ferait l'affaire.


La suite bientôt :)