Disclaimer (inévitable) : Aucun personnage ou lieu ne m'appartient. J'ai bien tenté d'appeler à moi Severus pendant mes séances de spiritisme – l'auteur serait-elle dérangée ? -, mais il n'a jamais daigné se montrer. Apparemment, il préfère rester la propriété de J.K. Rowling.

Petite note avant le début de l'histoire : Merci encore à tous les reviewers, vous êtes formidables ! J'espère que ce troisième chapitre ne vous décevra pas.

Une fois de plus, je le répète : rappelez vous bien du dernier film. Si vous êtes observateurs, vous avez dès à présent les moyens de deviner de quelle manière Severus et Hermione sont liés. ;) Bonne lecture, et comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions et de vos doléances.

Xxx H'ava


Mai 1998

Severus Snape était encore allongé sur son lit, trop faible encore pour pouvoir tenir sur ses jambes. Il regardait par la fenêtre la foule d'élèves et d'adultes s'agiter telles de petites et besogneuses fourmis, parmi les décombres. Aussi désorganisée que cette masse hétéroclite étant pour l'instant, serait elle qui allait reconstruire Poudlard, bastion de la résistance face à Voldemort. Elle allait rebâtir un nouvel ordre du monde, et contre toute attente, lui, l'ignoble monstre des cachots, allait être là pour le voir.

Mais pour le moment, il était cloué à son lit. Ses faibles jambes ne le portaient pas. Ses nerfs et ses muscles, attaqués par le venin de Nagini, mettraient encore du temps à guérir. Il n'avait que le loisir de regarder les autres s'occuper, et, éventuellement, de contempler, avec un mélange d'agacement et de soulagement si l'on s'attardait à étudier les expressions complexes de son visage, les personnes aller et venir dans la salle commune des Gryffondors.

Il s'était réveillé une première fois la veille, dans une pièce remplie de membres du Phénix. Ce matin, lorsqu'il avait ouvert les yeux, il était seul. Il avait jeté un regard vers le lit attribué à Hermione, et avait vu que même elle était, de toute évidence, parvenue à descendre prêter main forte aux maçons ou infirmiers improvisés qui couraient le château. Le portrait de Dumbledore, quant à lui, n'était toujours pas dans son cadre, puisqu'il était occupé à conseiller Minerva, dans le nouveau bureau de celle-ci. Il partageait d'ailleurs momentanément le tableau d'un directeur Serpentard, qui n'était, de toute évidence, absolument pas heureux de cet arrangement précaire, et qui passait son temps à intervenir de façon inutile dans la conversation.

« J'espère que les trois perturbateurs participent, eux aussi, aux travaux ? », s'enquit-il sournoisement.

« Certainement pas », lui répondit McGonagall, agacée, « ils sont encore trop faibles, même s'ils refusent de l'avouer. Cependant – et même si cela me semble un peu hâtif -, M. Potter a tenu à ce qu'une nouvelle réunion de l'Ordre ait lieu prochainement. Je suppose donc qu'il prépare tout cela activement. Miss Granger et M. Weasley, quant à eux, sont occupés à veiller sur les blessés. Je dois reconnaître, d'ailleurs, qu'ils font un travail remarquable ,que renierait pas Poppy en personne ! »

« Miss Granger, en plus d'être brillante, a toujours eu bon cœur », ajouta Dumbledore, quand son regard croisa celui de la nouvelle directrice... qui comprit qu'il sous-entendait quelque chose, mais qui ne parvint pas à deviner de quoi il s'agissait.

« Je disais donc », reprit-elle un peu frustrée de ne saisir, comme d'habitude, que la moitié des propos de son ancien supérieur, « que l'on devrait mettre le groupe d'Abeforth à la reconstruction de la tour Serpentard. Il est plutôt neutre, et assez fort pour se défendre si quelques élèves de cette maison font preuve de mauvaise volonté... Ce ne serait pas étonnant de leur part, d'ailleurs. », ajouta-t-elle en lançant un regard appuyé en faveur du directeur Serpentard qui ronchonnait dans un coin de son tableau.

« Quant à la tour d'astronomie... », commença Dumbledore plus doucement. McGonagall se tourna vivement vers lui, le teint soudainement plus pâle, la bouche légèrement ouverte. « Quant à la tour d'astronomie », reprit-il, « il faudra la remettre en état. Je suppose que l'on devra faire appel aux joueurs de Quidditch, qui n'ont certainement pas le vertige, pour faire ce travail ».

« Cela me semble être un bonne idée.. Pour ce qui des cachots, il serait peut-être bon de les arranger. Les Carrows, n'avait guère de goût, et ils en avaient fait leur quartier général... Peu importe qui est le maître des potions à la prochaine rentrée, on ne peut pas laisser cet endroit du château ainsi...souillé »

« Souillé » était le mot. Les élèves qui avaient dû y passer y avaient été ignoblement torturés, puisque les Carrows, de cette manière, échappaient au regard de Snape. Il y avait, par terre, et sur certains meubles, du sang... entre autres choses.

« Ce qui nous amène à la question : qu'allons-nous faire de Severus ? », demanda Minerva.

« Il n'a qu'à reprendre votre place. Au moins, lui est capable d'avoir de la poigne ! », glissa le portrait de l'ancien directeur, toujours grognon.

« Cela, ma chère Minnie, ce sera à voir avec lui. Il mérite amplement de choisir son propre avenir. », répondit Albus, pensif.


En fin d'après-midi, Harry entra sans faire de bruit dans la salle commune des Gryffondors, mais vit que Snape était réveillé.

Après ce qu'il avait fait pour lui, et pour sa mère, il ne pouvait pas l'ignorer. Il s'approcha donc, un peu hésitant, tout de même, et offrit une main que le professeur finit par saisir et secouer cordialement, au bout de quelques temps, sans desserrer les lèvres.

Le jeune homme avait une multitude de questions à lui poser, notamment sur sa mère : Qui étaient ses amis, en dehors des maraudeurs ? A quels jeux aimait-elle jouer quand elle était petite ? Quel genre d'amie était-elle avec lui ? Était-elle drôle ? Ressemblait-elle à quelqu'un qu'il connaît ?... Tout ce qu'il savait d'elle, c'était qu'elle l'aimait, qu'elle était visiblement heureuse avec son père, et Dumbledore lui avait dit qu'elle était une sorcière brillante, et particulièrement généreuse envers les autres. Mais il savait que c'était très délicat de demander plus de détails à un homme qui avait donné sa vie pour cette femme qui l'avait rejeté.

Il se contenta de lui demander s'il allait mieux (« Oui »), s'il était capable de faire quelques pas dans le château, pour se dégourdir les jambes (« De toute évidence non »), s'il ne s'ennuyait pas trop (« L'ennui est un désagrément relativement tolérable »)... Bref, Severus Snape n'avait pas changé. Il était froid, distant, et terriblement concis. Pourtant, Harry désirait lui tenir compagnie, ne pas le laisser seul, alors qu'il méritait d'être loué, choyé, acclamé, pour son courage et sa loyauté. Hélas, tous ses amis étaient occupés : M. et Mme Weasley, Luna, Neville... Il s'était lui-même trouvé obligé de préparer sa réunion seul, sans l'aide de personne, étant donné que Ron et Hermione s'occupaient de soigner les blessés.

« J'ai demandé à ce que l'on fasse une petite réunion, ce soir, avec les membres de l'Ordre. », commença-t-il, en tentant vainement de paraître détendu, « tous les mangemorts n'ont pas été capturés, et j'ai entendu des bruits étranges, venant de la forêt. C'est l'endroit idéal pour se cacher, mais j'ai peur que l'on ait à craindre des attaques furtives, si des partisans de Voldemort parviennent à s'installer durablement là-bas... »

« Alors, parce que vous avez toujours peur de vous balader seul en forêt, vous allez demander à vos amis de vous accompagner. », conclu sombrement le professeur.

« J'aimerais que l'on organise une battue, oui. Mais en faisant des groupe assez denses, pour ne pas prendre de risques... »

« Partir à la recherche de mangemorts est toujours une entreprise risquée, Potter. », coupa Snape, de sa voix grave et traînante, « Sûrement vous croyez-vous invincible maintenant... Et peut-être même que vous l'êtes, après tout... Mais ce n'est pas le cas des autres membres. »

« Monsieur, nous nous organiserons... »

« Vous comptez l'emmener avec vous ? », demanda son interlocuteur, l'air impatient.

« Qui ? », s'enquit Harry, en écarquillant les yeux – il venait, après tout, de capter définitivement son attention.

« Elle. Miss Granger. Vous comptez l'envoyer là-bas ? »

« Elle voudra y aller... », commença-t-il lentement.

Mais une fois de plus, il n'eût pas l'occasion de poursuivre, car l'espion de Dumbledore s'était relevé brusquement, et le regardait droit dans les yeux, sans que Harry puisse déterminer ce qu'il y avait dans ce regard.

« Évidemment, elle voudra vous protéger ! Mais réfléchissez, Potter... », s'exclama-t-il.

C'est alors qu'entra l'objet de leur discussion.


Harry vit les traits de son ancien professeur se détendre, et une nouvelle forme de lumière habita son regard. Comme le jour précédent, il étendit la main vers Hermione qui, une fois de plus la saisit, et s'asseya à ses côtés. Elle lui sourit gentiment, puis se tourna vers son meilleur ami, qui semblait avoir vu passer un fantôme.

« Je vous dérange ? », demanda-t-elle poliment.

Les deux hommes se regardèrent, puis Snape répondit un assez convaincant « pas du tout », tandis que Harry s'excusa, et partit vers la grande salle commune, où devait encore se trouver Ginny.

Quand il la trouva, il lui rapporta l'étrange conversation qu'il avait eu avec leur ancien professeur, et surtout il décrivit l'arrivée de son amie, et l'arrêt brutal de leur petite dispute. La jolie rousse fit une petite moue, qui indiquait qu'elle réfléchissait, puis lui répondit tranquillement :

« Il doit se sentir redevable envers Hermione. C'est elle qui lui a sauvé la vie. C'est pour ça qu'il s'inquiète pour elle, et qu'il est aussi gentil. »

« Ginny », reprit-il, « j'ai vu ses souvenirs, j'ai vu comment il regardait ma mère : il regardait Hermione de la même façon ! Je.. Je ne sais pas. Il s'est battu pendant 17 ans pour elle, Dumbledore me l'a confirmé, et j'ai vu son patronus il y a peu de temps... Il aime encore ma mère... Tu crois qu'il profiterait de sa liberté et qu'il... se divertirait ? Avec Hermione ? ». Harry s'en voulait d'avoir de telles pensées, mais son esprit vagabondait malgré lui.

« Je suis sûre qu'il ne pourrait pas faire ça. », fit sa petite-amie, confiante, « Et Hermione ne se laisserait pas faire, de toute façon. Elle est folle de Ron, ce n'est pas un vieil homme amer qui pourrait la blesser, ne t'en fais pas », acheva-t-elle avec un sourire.


Janvier 1993

Severus Snape devenait fou. Cette main levée, ces grands yeux qui le fixaient, cette voix haut-perchée, terriblement adorable... Tout cela ne quittait pas son esprit, et chaque leçon faite aux Gryffondors de deuxième année reparaissait devant ses yeux, comme un film qui ne cessait d'être rejoué. Il voulait tout lui dire, tout lui expliquer puis, peut-être, l'enlever, s'enfuir avec elle, loin de l'école, loin de l'Ecosse, dans un endroit où il ne serait qu'à elle, et où elle ne serait qu'à lui.

Mais elle ne faisait pas attention à lui. Elle était toujours avec cet imbécile de Weasley, dont les résultats étaient encore plus catastrophiques cette année, avec sa baguette cassée. Et surtout, elle ne quittait jamais le jeune Potter.

Potter.

Devait-il donc être persécuté par tous les hommes de cette famille ?

En vérité, Potter n'était pas si insupportable que cela. Il n'était pas mauvais en potion, plutôt modeste... Il avait un peu le tempérament de sa mère. Il n'y avait, en réalité, pas de raison pour que Severus le déteste ainsi. Mais ses yeux verts perçaient son âme et son cœur, et à chaque fois qu'il lui adressait la parole, il devait se concentrer pour ne pas voir Lily à la place du jeune garçon. Et puis, Hermione s'intéressait à lui.

Elle l'avait protégé, en première année, et depuis elle n'avait cessé de veiller à sa sécurité. C'était à cause de lui, pour le suivre dans sa folie plutôt que de le laisser se jeter seul dans la gueule du loup, qu'elle avait préparé et bu ce polynectar qui l'avait transformée en monstre.

C'était inéluctable, son instinct la poussait à s'occuper de Harry.

Pendant qu'elle le regardait, avec cette tendresse dans les yeux, elle ne le voyait pas, lui, le vieux, le grand, le terrifiant maître des potions, dont la laideur était légendaire.

Elle n'avait que 12 ans, ses traits étaient fins, ses petites mains étaient adorables, sa peau laiteuse semblait douce... Il avait 33 ans, son visage était cireux, ses dents mal alignées semblaient jaunes tant il était pâle, ses cheveux étaient gras, comme ils l'avaient toujours été depuis son adolescence. Et son nez crochu... Était-il utile de l'évoquer ?

Il pris en main les quelques flacons de potion que ses élèves avaient déposés sur son bureau, à la fin de l'heure précédente, et les envoya rageusement se fracasser contre le mur, avant de s'effondrer lui-même au milieu de la classe vide, seul et malheureux.

Dumbledore n'était qu'un menteur et un homme cruel. Oh oui, il désirait ce « cadeau », plus que tout au monde ! Le problème, c'était que jamais, Jamais, ce cadeau ne voudrait de lui.


Mai 1998

Hermione avait passé le reste de la soirée avec son ancien professeur, et avait même diné avec lui, une Winky en deuil ayant apporté leurs repas.

Il était... affable. Prêt à discuter à propos de n'importe quel sujet, magique ou moldu. Sa voix traînante était chaleureuse, ses manières étaient amicales, et oserait-elle dire, galantes. Elle reconnaissait sans difficulté le Snape qui lui faisait la leçon, mais il était plus humain, plus drôle, plus intéressant, plus tendre, aussi. Elle avait adoré les quelques heures qu'ils avaient passées ensemble, et lui ne semblait pas vouloir non plus qu'elle le quitte.

Ils avaient parlé de la reconstruction du château, de l'avancement des travaux, de la difficulté que McGonagall avait à se faire obéir des Serpentards (ce qui avait fait ricaner le maître des potions)... Elle avait également évoqué son travail à l'infirmerie, des progrès que faisaient quelques blessés, et du chagrin provoqué par la perte de deux de ses patients. Elle lui avait raconté, un peu désabusée, l'aide maladroite que lui apportait Ron, et les dégâts supplémentaires qu'il avait provoqués, en dépit de sa très bonne volonté. Par exemple, ce matin, en reversant accidentellement de la potion de brambille sur un patient brûlé dont la peau avait été enduite dans un baume ultra-réparateur, il avait provoqué une réaction étrange : le patient ne souffrait plus de brûlures, mais en revanche, sa peau était d'un vert criard, et à chaque fois qu'il toussait, un petit oiseau sortait de sa bouche.

En se souvenant de cette bourde, elle finit par rire à s'en tenir les côtes, tandis que Snape riait discrètement, ne pouvant s'empêcher d'imaginer la figure déconfite de son ancien élève lorsqu'il avait découvert l'étendue de ses exploits.

Puis, ils en étaient arrivés à parler des potions qu'elle devait fournir, malgré l'aide apportée par l'hôpital St-Mangouste, et il lui donna quelques conseils, pour qu'elle obtienne un rendement plus efficace, lui promettant de venir l'aider, sitôt qu'il serait sur pieds.

Ils en vinrent à discuter de la potion qui lui avait sauvé la vie, et s'il fut impressionné par l'ingéniosité de la jeune femme, il ne fut pas surpris par sa composition. Hermione comprit qu'il aurait tout aussi bien pu la fabriquer. Quand elle lui demanda pourquoi il n'avait rien préparé de semblable, pour se sauver, il avait esquissé un sourire triste, et il avait murmuré tout bas : « Je vous l'ai dit, je ne voulais pas survivre. »

« Pourquoi ? », avait-elle gémit, presque sans s'en apercevoir.

« Ce regard...Cette haine... Je ne pouvais plus supporter tout ça. Mon... Mon cœur ne pouvait plus... » Il avait serré un peu plus sa main, et l'avait plaqué doucement contre sa poitrine. « Vous ne pouvez pas comprendre, Hermione », avait-il achevé tristement. Elle avait préféré passer à un autre sujet, et maintenant que la nuit était tombée, elle se trouvait à regarder les étoiles dans le ciel, tandis que Snape lui racontait l'histoire des constellations :

« Andromède allait être donnée en sacrifice au monstre de Poséidon quand Persée, chevauchant Pégase, apparut pour combattre le monstre. En le vainquant, il parvint à sauver la princesse et à délivrer sa cité de la malédiction qui avait été lancée par le dieu des mers. Andromède et Persée se marièrent, et Zeus – c'était le père du héros, ne l'oublions pas - récompensa les jeunes époux en les rendant immortels, c'est-à-dire : en faisant d'eux des constellations. »

« Mais, » reprit Hermione, encore charmée par le son de sa voix, « vous avez dit qu'ils ne se connaissaient pas avant. Persée passait par là par hasard. Pourquoi épouser Andromède, et pourquoi vouloir vivre éternellement avec elle, s'il ne l'aimait pas vraiment ? »

Elle entendit un rire. Un rire grave, discret, mais il s'agissait de Son rire.

« Hermione, vous êtes trop rationnelle. Peut-être devriez-vous discuter un peu plus avec Miss Lovegood, elle ajouterait certainement un peu de fantaisie à votre façon de penser ». Elle aurait dû se vexer. Mais le put pas : il avait dit cela d'un ton blagueur, et gentil. Il continua : « C'est toute la beauté des mythes antiques. Les histoires ne se tenaient que très rarement... Les personnages étaient souvent inconsistants, d'ailleurs. Mais quoi qu'ils fassent, ils allaient jusqu'au bout. Leur caractère extrême fait leur panache. »

« Faut-il donc avoir avoir plus de 2000 ans pour trouver grâce à vos yeux ? », demanda-t-elle en plaisantant - à moitié seulement

« Oh, je n'apprécie pas tous les personnages mythiques. Prenez Orphée* : il est certainement le plus célèbre imbécile dont on ait pu conter l'histoire». Hermione se retint de sourire, en songeant qu'en toutes autres circonstances, il eût désigné Harry de la même façon. « Il perd la femme qu'il aime », continua Snape, « il parvient à obtenir une seconde chance, et il la gâche de la manière la plus stupide qui soit ! Par impatience ! Impatience, Hermione ! Il avait une belle et longue vie à ses côtés qui lui était promise, et il a agit comme si le temps lui manquait... ». Sa voix se brisa légèrement.

La jeune fille savait bien qu'il aurait donné n'importe quoi pour retrouver sa Lily, et qu'il aurait pu attendre 100 ans, si cela avait pu la ramener à la vie.

Lily.

Plusieurs fois, au cours de la soirée, il l'avait appelée ainsi. A chaque fois, il s'était excusé assez vite, avait pris sa main, comme pour la retenir, et avec doucement caressé sa paume, comme pour se faire pardonner. Il était encore mal remis de son agression, certainement.

« Vous croyez vraiment que l'on retrouve ceux que l'on aime, après la mort ? ». Elle se mordit la lèvre inférieure : cette question était très indélicate. Il venait à peine de lui ouvrir un peu son cœur, et elle insistait sur ce qui lui faisait mal, sans faire preuve d'aucune subtilité. Il se contenta de tourner son regard vers la fenêtre ouverte, contre laquelle était son lit, puis répondit d'une voix calme :

« Je n'en sais rien, Hermione. Ce dont je suis sûr, ce que je suis heureux d'être vivant, là, maintenant. »

Il se tourna à nouveau vers la jeune femme et, sans l'aide d'aucune baguette et d'aucune sorte d'incantation magique, il fit naître et s'épanouir une petite paquerette blanche dans le creux de sa main.

Hermione ouvrit de grands yeux : « J'adore ces fleurs. Elles sont simples, presque insignifiantes, mais ce sont mes préférées. », murmura-t-elle, émerveillée.

Snape sourit d'un air mystérieux, puis mit la fleur dans les cheveux de sa jeune bienfaitrice, juste au-dessus de son oreille. Il plaça une main étonnamment chaude sur sa joue, et murmura tout aussi doucement : « Pour l'instant, la vie me semble offrir plus de beautés que la mort. »

Ils entendirent soudain des cris. Certains humains, d'autres, terriblement monstrueux. Cela venait de différentes parties du château, et l'effrayant raffut semblait monter les étages. Avant même qu'ils aient pu dire quoi que ce soit, un énorme cerf lumineux pénétra dans la salle, et la voix de Harry se fit entendre : « Nous sommes attaqués, nous ne savons pas par qui. Hermione, reste avec Snape. Gardez vos baguettes en main. »

D'autres cris couvrirent la voix du patronus, et les portes s'ouvrirent avec fracas.


Avril 1993

Il avançait dans le couloir qui conduisait à la bibliothèque, anxieux. Il aurait d'ici peu à préparer une potion à base de mandragores afin de rendre vie à des élèves pétrifiés, mais s'il s'était montré confiant, par égard pour ses collègues, notamment pour le professeur de botanique, qui se donnait beaucoup de mal à faire pousser ses jeunes plans, il craignait de ne pouvoir parvenir à un dosage suffisamment précis pour que les propriétés de la plante s'activent. Les victimes du monstre de Serpentard étaient peut-être condamnées à rester ainsi, ad vitam eternam.

Il était devenu presque paranoïaque, avec ces attaques mystérieuses entre les murs pourtant surveillés de Poudlard, et il avait suivi les faits et geste du trio infernal encore plus attentivement depuis plusieurs semaines. Il comptait profiter justement du fait que tous les élèves soient déjà dans les gradins du terrain de Quidditch pour relâcher un peu son attention, et espérait pouvoir mener, plus tranquillement, des recherches.

Mais il s'arrêta soudain.

A l'angle du couloir, il y avait quelque chose qui gisait. Un corps. Un petit corps allongé par terre, figé. Il ne distingua que quelques éléments disparates du tableau morbide qui s'offrait à ses yeux : des cheveux touffus, sauvagement frisés. Les couleurs de Gryffondor arborées sur ses vêtements.

Il se sentit courir puis tomber à genoux devant Hermione Granger, immobile. Puis il passa une main tremblante sur un de ses bras, puis sur son visage, et il commença à l'appeler, comme à bout de souffle :

« Miss Granger... Hermione...Réponds-moi... », une vague de panique l'envahissait, et sa voix était de plus en plus étranglée, tandis qu'il continuait à l'interpeller « Hermione... Mon Hermione... ». Finalement, oubliant tout, il la prit dans ses bras en implorant d'une voix tremblante : « Je t'en prie, réponds-moi... Ne me laisse pas... Ma fleur, mon trésor... Réponds-moi ! Réveille-toi ! »

Aucune réponse ne sortit des lèvres figées de la jeune fille.

Snape se sentit en cet instant infiniment seul et inutile, et il serra le petit corps rigide contre lui, en pleurant, comme il l'avait fait, près de douze ans auparavant, en serrant contre lui un autre corps sans vie, celui de la femme qu'il adorait.

Le sort pouvait-il être à ce point cruel ?

Il resta dévasté, seul, dans le couloir qui menait à la bibliothèque, pendant des minutes qui lui parurent des heures. Pendant ce temps, la grande majorité des habitants du château était dehors, attendant que le match entre Serdaigle et Gryffondor débute. Ainsi, seuls les fantômes, quelques autres créatures invisibles aux yeux humains, puis plus tard, Albus Dumbledore, entendirent les longs, déchirants hurlements de douleur que poussa le maître des cachots, tandis qu'il berçait désespérément le corps froid et immobile de sa petite élève .


Mai 1998

Hermione n'eût même pas le temps de voir les créatures qui venaient de pénétrer dans la salle commune, car Snape s'était laissé tomber par terre, l'avait entraînée derrière le lit, et coincée contre le mur, faisant rempart de son corps. Tandis qu'il continuait de la serrer contre lui, il parvint à faire venir sa baguette dans sa main, tandis que la jeune fille s'emparait de la sienne, et tous deux immobilisèrent, à grands renforts de petrificus et de stupefix, deux des mystérieux intrus, tandis que les autres s'enfuirent par la fenêtre.

Le maître des potions éclaira la pièce d'un lumos maxima, et put enfin observer leurs assaillants figés :

Il s'agissait, de toute évidence, de créatures humanoïdes, mais dont la peau semblait être recouverte d'écailles rouges et vertes. Les yeux, rouges également, avait quelque chose d'animal, même s'il était difficile, à la lumière du sort lancé par Snape, de déterminer ce qui faisait l'étrangeté de ce regard. La bouche des deux assaillants était grossière, comme faite dans un matériau dur... Comme s'il s'agissait d'un bec ?

A mieux y regarder, ce n'étaient pas des écailles, qui habillaient le corps des deux créatures, mais des plumes.

Deux vélanes. Deux vélanes furieuses, qui s'en sont pris à eux, sans aucune raison apparente.

« Oh mon Dieu non ! »

Hermione tenta de se rapprocher, mais Snape la retint, la plaquant à nouveau contre sa poitrine, dans un geste protecteur. De la main, il désigna les griffes qui se trouvaient au bout de leurs mains et de leurs pieds.

« C'est empoisonné, et je ne sais pas si de simples sort de pétrification peuvent fonctionner aussi longtemps sur des vélanes que sur des sorciers lambdas. », expliqua-t-il.

« Pourquoi elles nous ont attaquées ? Que leur a-t-on fait ? Et d'où viennent-elles ?... Professeur, pourquoi elles n'ont pas repris leur apparence humaine ? »

« Vous êtes toujours prompte à poser un nombre incalculable de questions, dont la plupart resteront, de toute évidence sans réponse. Ou bien avez-vous besoin d'énoncer toutes vos pensées à haute voix ? », répondit le maître des potions, cachant mal son inquiétude par du cynisme. « Elles devraient avoir repris une apparence humaine. Si ce n'est pas le cas, c'est qu'elles sont affectées par quelque chose. Seule une magie très puissante, une magie noire, peut corrompre ce genre de créatures. Vous feriez mieux de ne pas tenter de les approcher, même dans les prochains jours, Miss Granger. »

Hermione releva la tête brusquement. Il redevenait le professeur qu'elle avait toujours connu. Il s'était moqué d'elle, puis il lui avait fait la leçon, et pour finir, il l'avait à nouveau appelée « Miss Granger ». Son cœur se serra, une fois encore, sans qu'elle puisse vraiment dire pourquoi. C'était à prévoir, et elle était tout de même déçue. Mais sa voix grave se fit encore entendre dans la salle maintenant faiblement éclairée :

« Je ne supporterais pas qu'il vous arrive le moindre mal, Hermione. »

Elle ne sut pas quoi répondre, quand elle croisa le regard de son ancien professeur. Il sembla si... tendre ?

Elle était toujours à moitié allongée sur les jambes de Snape, qui étaient étendues sur le sol, et le sorcier la tenait toujours fermement contre lui, en dépit de sa faiblesse générale.

Elle eût envie de le remercier, mais elle n'y parvint pas. Aucun mot de semblait pouvoir sortir de sa bouche.

Finalement, elle posa, lentement, comme s'il risquait de la repousser, une main sur la joue de l'homme qui venait probablement de lui sauver la vie.

Il ne s'énerva pas. Il ne lui rappela pas quelle était sa place. Il ne se moqua pas d'elle.

Il ne dit rien, en fait.

Mais, tandis que sa main gauche serrait contre lui la jeune femme, sa dextre se mit à caresser son visage, et ses cheveux, et il lui adressa, à nouveau, un sourire. Un vrai sourire, auquel Hermione répondit sans s'en rendre compte.


C'est ainsi que Harry et Abeforth Dumbledore les trouvèrent, quelques minutes plus tard, alors qu'ils cherchaient à savoir si les créatures étaient toujours dans le château.

Le survivant ne dit rien, et peut-être n'était-ce que le fruit de son imagination, mais il avait bien cru voir, dans l'obscurité, l'homme en noir enfouir tendrement son visage dans la chevelure de sa meilleure amie, tandis que celle-ci, visiblement soulagée de les voir sains et saufs, faisait signe d'entrer aux deux hommes.

« Pauvre professeur Snape. », soupira doucement Luna, qui était arrivée sans se faire entendre derrière les deux sorciers.

Harry se retourna brusquement vers son amie, l'interrogeant du regard.

« C'est pourtant évident », continua-t-elle calmement, son regard triste toujours fixé sur les deux silhouettes enlacées dans la salle commune, « il est amoureux d'elle ».


* Je ne sais pas si tout le monde connaît bien le mythe d'Orphée, alors voici une petite piqûre de rappel :

Orphée était le fils d'Apollon et d'une des neuf muses. De ses parents, il avait reçu le don du chant, de la musique, et de la composition. - D'aucuns en ont même fait le premier poète de l'histoire de la littérature. - Il parvint à séduire la belle Eurydice, qui était une nymphe. Malheureusement, le jour de son mariage, elle se fit mordre par un aspic, et mourut.

Orphée, fou de douleur, descendit aux Enfers (ils ne sont, dans toute la mythologie greco-latine, que trois à être allés aux Enfers et à en revenir : Enée, Orphée, et Hercule. Ulysse, quant à lui, n'est resté qu'à l'entrée du monde des morts, le petit joueur).

Par ses chants et sa musique, il parvint à émouvoir Charon, le passeur d'âmes, Cerbère, le chien à trois têtes (ce nom a quand même plus de classe que « Touffu »), et le dieu des Enfers en personne, Hadès. Celui-ci accepta de lui rendre Eurydice, qui le suivrait jusqu'au monde des vivants, à condition qu'Orphée ne regarde pas sa femme jusqu'à ce qu'elle ait atteint la lumière du jour.

Ainsi, il retourna vers la surface, sachant que sa bien-aimée le suivait, puis il atteint la lumière du jour, et se retourna... Mais il n'avait pas réfléchi au fait qu'Eurydice, qui le suivait, n'était pas encore arrivée dans cette lumière, et il la perdit définitivement.

Le fin de l'histoire n'est pas très fun : il se lamenta, à en faire se déplacer les arbres (cf : Ovide), il décida, pour être fidèle à son épouse, de ne plus aimer que les jeunes garçons (je n'invente rien, c'est Ovide qui le dit !), et il finit par se faire déchiqueter en plusieurs morceaux par des ménades ou bacchantes furieuses de ne pouvoir, elles aussi, profiter de ses talents...