Info' du chapitre :
- Rating : T
- Correction : AudeSnape
Note de l'auteur : Le 3ème chapitre est enfin là !
Je m'y suis remise & les remerciements vont tout droit à AudeSnape qui m'a fait basculer comme il se doit dans les profondeurs de l'écriture ! Merci à elle pour son aide très précieuse !
Et un grand merci à ceux qui continuent de me lire ! :D
Bonne lecture à tous... :)
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Chapitre 3:
Chamboulements
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Dimanche 5 août
Dans un appartement, 8h46.
En ce dimanche matin ensoleillé où les oiseaux chantaient de bonheur pour cette belle journée qui s'annonçait, un homme en les entendant, ne pensait pas la même chose. Cela faisait un peu trop longtemps qu'il était éveillé pour apprécier à sa juste valeur ces petites choses agréables du matin.
Blaise en était à sa quatrième tasse de café. Il commençait à sentir la caféine faire son effet. Son humeur très charmante en était la preuve.
Le café n'était pas la cause directe de son état. La veille, après sa longue promenade et les réflexions qui en découlèrent, il était retourné au calme de son appartement pour y passer une nuit reposante. Seulement voilà, il n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Il pensait réellement bien dormir étant donné qu'il savait quoi faire concernant Ron. Mais non, son cerveau en avait décidé autrement et s'était amusé à le torturer avec des images sans fin. Il avait eu beau énoncer tout un programme de choses à faire pour apaiser son esprit, rien n'avait fonctionné. C'était toujours Ron qui revenait, inlassablement planté dans ses rêves. Même s'il reconnaissait que certains furent agréables.
Immédiatement, un sourire vint éclairer son visage fatigué.
« Oh oui, j'aurais aimé que ça ne soit pas qu'un rêve ! Sentir son corps contre le mien...»
Il soupira face à ses pensées qui s'égaraient. Il fallait qu'il se reprenne. Ce qu'il allait entreprendre n'était pas simple et les images perverses qui traversaient son esprit n'étaient vraiment pas adaptées aux circonstances.
Il avait fini par se rendre compte combien Ron était quelqu'un d'important à ses yeux. Il comptait lui rendre son journal et lui avouer qu'il l'appréciait plus qu'en amitié. Pour résumer, c'était ça.
Cela avait l'air simple dit de cette façon, mais il allait devoir opérer de différentes manières. Sans faire aucun faux pas déjà. Et pour être sûr d'y parvenir, une seule personne pouvait l'aider pour ça : Drago.
Il était avec Harry, qui connaissait mieux que personne Ron. Forcément, dans un couple, on parle de tout et surtout de ses amis réciproques. Le Blondinet savait donc des choses qui pourraient l'aider. En étant venu à cette conclusion, Blaise pensait donc que Drago saurait lui donner des conseils judicieux. Mais avant tout, il souhaitait lui parler de tout ceci. Cette histoire de journal intime qu'il avait lu et ses réflexions là-dessus. Il avait besoin de se confier. De s'abandonner totalement. Se vider la tête. Il avait besoin d'une oreille attentive et compréhensive, qui saurait lui donner la force d'aller jusqu'au bout. Car plus que tout, il ne s'en croyait pas capable.
Il se dirigea donc vers sa salle de bain pour y prendre une bonne douche, qui lui remettrait les idées en place.
Vingt minutes plus tard, il en sortit frais, propre et revigoré. Prêt à aller voir son cher et vieil ami de toujours, Drago.
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Même jour.
Appartement de Drago et Harry, 10h08.
Tranquillement installé à sa table de cuisine, Drago savourait son premier café de la journée tout en lisant la Gazette. Le week-end était le seul moment où il pouvait prendre le temps de faire les choses comme il l'entendait. Le train train de la semaine ne lui permettait pas de traînasser à son bon vouloir, son devoir de Malefoy oblige. A la mort de ses parents pendant la guerre, il avait découvert que son père avait fait bien plus que travailler au Ministère et pour Face de Serpent. Il avait fait preuve d'intelligence et placé de l'argent sur des sociétés – sorcières – expatriées aux États-Unis, où il était le majoritaire actionnaire, le rendant propriétaire à différents degrés. Drago n'avait découvert ceci qu'à la lecture du testament familial, où il avait repris ce que son père avait démarré. Il passait donc son temps à transplaner de bureau en bureau pour y traiter les dossiers en attente et participer aux réunions.
Du coup, il prenait un grand plaisir le week-end à lever le pied. Voire même à ne rien faire. Mais ça, c'était sans compter son meilleur ami qui vint frapper à sa porte.
Tout en pestant sur celui qui osait venir l'embêter un samedi matin, Drago alla ouvrir. Il ne cacha pas son étonnement en y découvrant Blaise.
- Eh bien... Que me vaut ta visite d'aussi bon matin ?
Tout en observant son meilleur ami habillé d'un peignoir d'une blancheur immaculée, Blaise eut un moment de doute.
- Je dérange peut-être ? Si ça ne convient pas, je repasserai, s'exclama-t-il en reculant, prêt à partir.
- Non, seulement la dégustation matinale du café. En d'autre terme, je ne faisais rien d'exceptionnel qui mérite que mon meilleur ami s'en aille. Entre ! lui dit le blond en s'écartant de la porte.
Blaise s'installa en face de son ami, qui avait déjà déposé une tasse du breuvage noir devant lui.
- Je ne devrais pas en boire... Avec ce que j'ai déjà ingurgité, je vais tenir éveillé au moins pendant trois jours.
- Tant que ça, rigola Drago.
- Oh oui, lâcha Blaise. Je suis débout depuis pas mal d'heures, contrairement à toi. Fainéant !
- Erreur, cher ami ! Je me relaxe ! Et vu ta tête, tu devrais en faire de même ! Tu fais peur !
Blaise accepta d'un signe de tête la boutade. Drago avait le chic pour remarquer la moindre marque inhabituelle sur le visage des autres. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir utilisé un sort revigorant sur sa peau, pour tenter de masquer ses traits tirés dû au manque de sommeil.
- Je n'ai pas eu une nuit reposante, lâcha-t-il.
Drago eut un petit sourire.
- Oh' ! Monsieur a fait des folies de son corps ! Il était temps que tu t'y remettes ! Bientôt, tu seras rouillé dans ce domaine ! De ce côté, fort heureusement, je n'ai pas à me plaindre ! Harry est aussi accro à moi, que moi de lui !
Blaise lui décocha un regard bien Malfoyen.
- Je suis vraiment ravi d'apprendre que ta vie sexuelle est si épanouie. Et non, je n'ai rien fait de tel. Je ne suis pas aussi dépravé que toi ! D'ailleurs, où est ta moitié perverse ?
Le brun avait fait exprès de poser la question. Il ne voyait pas Harry dans les environs et espérait qu'il ne soit pas là. Discuter de sexe avec Drago n'était pas dans son programme des sujets à aborder.
Ce dernier ne retint que la question, au plus grand soulagement de Blaise.
- Harry devait faire des achats. Enfin, les courses pour être précis. Je n'aime pas trop cette corvée des magasins alimentaires ! Surtout quand il y a du monde ! Du coup, comme il aime les bains de foule, c'est lui qui s'y colle !
- Charmant !
- Quoi ? Tu crois que ça m'enchante qu'il soit coincé là-bas pendant des heures, sans moi ? On ne sait jamais, il pourrait se faire agresser...
Le brun explosa de rire, c'en était trop pour ses oreilles. Finalement, cette matinée s'annonçait riche en émotion.
- Tu n'es pas sérieux Drago ?! C'est vrai qu'Harry ne saurait absolument pas se défendre, c'est un pauvre petit garçon, qui a même peur du noir... Il a seulement exterminé le sorcier le plus démoniaque au monde. Pas grand chose. C'est à la portée de tous.
- Je n'ai pas dit ça, claqua le blond. Je ne supporte pas l'idée qu'il se fasse draguer. Quand on est ensemble, ça n'arrive jamais. Mais dès qu'il se retrouve seul, ça grouille de partout comme des animaux en manque !
Blaise secoua la tête, très peu étonné du côté possessif et jaloux de son meilleur ami. Il était normal qu'avec lui, Harry ne risquait rien. Drago devait lancer des regards meurtriers à tout ceux qui ne se tenaient pas assez loin de son brun. Il le comprenait quelque part. Il n'apprécierait pas non plus qu'on tourne autour de sa moitié. En parlant de ça, il embraya sur ce terrain. Il fallait bien se lancer.
- Drago, j'aimerais te parler d'une chose importante.
Immédiatement, le blond sentit le changement dans la voix de son ami. Cette intonation ne lui disait rien de réjouissant, ce qui renforça son doute. Il l'invita à se lancer.
- Tu sais que je suis là en cas de besoin. On a du temps, Harry n'est pas prêt de rentrer, lui sourit-il.
Il n'en fallut pas plus pour que Blaise lâche l'essentiel.
- Hier, j'ai fait une découverte pour le moins inattendue sur le chemin de traverse. Un livre. Du moins, c'est ce que je pensais en l'emportant chez moi. Il s'est avéré que c'était un journal intime. Et je l'ai lu.
- Pardon ?
- Je sais que c'est mal et que ça ne se fait pas. Je me suis renseigné dans la boutique quant à savoir s'il appartenait a quelqu'un. Une fois à la maison, je l'ai observé sous tous les coins et il s'est ouvert, sans que je fasse quoi que ce soit... La curiosité l'a emporté sur le reste...
Drago était dubitatif. Autant qu'un Malefoy puisse l'être bien sûr. Il observait son ami, ne sachant par où commencer. Les questions se bousculaient dans sa tête. Il posa la plus essentielle.
- À qui est-il ?
- Ron...
- Et merde ! lâcha le blond en se levant et tournant le dos à Blaise. Ce journal a sacrément bien choisi son destinataire.
- Oui, c'est certain.Y découvrir que l'on est le grand amour de l'auteur depuis près de cinq ans et que ses amis les plus proches sont au courant, ça fout un coup. Une grande claque dans la gueule que je ne pensais pas me prendre et dont je me serais fort bien passé.
- Blaise, écoute...
- Non ! À toi de m'écouter !
Sous l'emprise de cette colère qui éclatait dans tout son corps, Blaise s'était levé.
- Ron Weasley est amoureux de moi depuis des années. Je le côtoie quotidiennement. Je n'ai rien vu. Rien du tout. Et vous, mes plus fidèles amis... Il n'y en a pas un qui a été capable de me faire ouvrir les yeux sur ce qui se passait. Pour qui vous prenez-vous, pour avoir fait ça ? Comment avez-vous osé ?! Comment pouvez-vous le laisser souffrir ? Il ne vous serait pas venu à l'esprit que si j'étais mis au parfum, je pourrais y faire quelque chose... Non bien sûr, ne rien dire, c'était mieux...
- Ron nous avait fait promettre de nous taire. On avait les mains liées !
- Et ? Que vaut une promesse quand le bonheur est au bout ? Tu n'as même pas cherché à savoir si je pouvais être intéressé par lui. Ce n'est un secret pour personne que je suis gay ET célibataire.
- Attends, qu'essaies-tu de me faire comprendre ? Que Ron te plaît ?
Drago avait les yeux rivés à ceux de Blaise, attendant une réponse qui tardait. Il voyait le combat mental qui s'opérait.
- Je n'en ai pris conscience qu'en lisant son journal, mais... Oui, il me plaît. Et plus j'y pense, plus je suis convaincu qu'il possède toutes les qualités que je souhaite chez un homme.
- Je ne m'attendais pas à ce que les choses tournent ainsi. J'en suis le premier surpris.
- Moi non plus. Je suis tout de même consterné de prendre conscience très tard de la situation. Une belle perte de temps.
Le reproche était là. Implacable. Drago le sentait à travers ses mots.
- Je suis désolé. Je ne voulais pas agir ainsi, mais Weasley ne nous a pas laissé le choix. Crois-moi.
- Peut-être. Mais je me retrouve dans une belle merde...
Il s'était levé et commençait à faire les cent pas dans la cuisine. Blaise avait conscience qu'il était dans une situation compliquée. Il savait que le rouquin l'aimait, et avait en sa possession son journal, qu'il allait falloir lui restituer. Il ne savait comment se tirer de tout ça, sans qu'il ne l'effraie.
Drago l'observa s'agiter. Une interrogation était là et il lui en fit part.
- Tu dis que le journal s'est ouvert seul. Tu n'as utilisé aucun sort ?
- Aucun. Pourquoi ?
- C'est bizarre. Weasley nous a assuré qu'il avait utilisé plusieurs sorts de protection.
- Je t'assure qu'il n'y avait rien. On aurait dit un livre tout ce qu'il y a de plus classique.
Perdus dans leurs pensées, aucun des deux ne comprenait pourquoi les sorts n'avaient pas fonctionné. Ils s'accordaient sur un point, Ron était loin d'être un piètre sorcier. Il savait utiliser sa baguette et sa magie. Jamais il ne se serait risqué à des incantations qu'il ne maîtrisait pas.
Une idée vint à Blaise. Était-il possible qu'il ait raison ? Il avait déjà eu vent d'histoires de journaux imprégnés de leurs auteurs. Ces objets, en emmagasinant les secrets et les sentiments, se transformaient en de réelles éponges vivantes. Le journal de Jédusor était un exemple. Il en fit part à Drago.
- Par là même, il serait possible que le journal ait décidé tout naturellement de s'ouvrir à moi dû au fait que Ron ait tant parlé de moi...
- C'est tout à fait probable, admit le blond.
Pour quelqu'un de stressé, Drago se rendait à l'évidence que son ami était loin d'avoir perdu son habileté à réfléchir.
Il comprenait ce qui arrivait à Blaise, plus que quiconque. Il venait de faire des découvertes à tous les registres, et ses émotions étaient instables. Ça faisait beaucoup en très peu de temps.
Il restait encore un point à éclaircir, et il était quelque peu curieux de savoir comment son ami de toujours aller s'y prendre. C'est avec précaution qu'il continua.
- Tu es conscient qu'il va falloir que tu le lui rendes, lui dit-il doucement.
Le brun déposa ses yeux sur lui.
- Je sais. Et le plus tôt sera le mieux. Il doit être terrorisé.
Drago lui relata ce qui s'était produit la veille pour appuyer ses dires.
- Je ne l'avais jamais vu dans un tel état. Pas qu'il soit très fermé en général, ironisa-t-il. Mais ça m'a fait mal pour lui.
Blaise était toujours étonné de voir son meilleur ami ressentir de bons sentiments à l'égard des autres. Harry avait fait des miracles avec le grand Drago Malefoy.
Ça n'enlevait rien au fait qu'il leur en voulait à tous : Harry, Drago et Pansy. Ils lui avaient menti, lui cachant l'amour du rouquin. Et il ne pouvait décemment pas faire l'impasse. Pour lui, s'il s'était retrouvé dans une telle situation, il n'aurait pas pu garder un tel secret. Quitte à subir quelques représailles, il aurait fait son possible pour que l'amour en sorte gagnant. Parfois, il se demandait pourquoi le choixpeau l'avait envoyé chez les vert et argent. De telles qualités étaient typiquement gryffondoriennes.
Quant à Ron, il fallait que l'ancien serpentard agisse. Il ne voulait pas laisser les choses au point mort maintenant qu'il avait pleine connaissance de la situation. Il fallait qu'il réfléchisse à la manière dont il pourrait amener les faits, sans le brusquer. Du moins, un minimum.
Il se leva et décida de laisser le blond à sa journée de détente. Arrivé près de la porte d'entrée, il ne put se résoudre à le quitter sans avoir obtenu une affirmation sur son silence.
- Promets-moi de ne rien dire à personne de cette discussion que nous avons eue, Drago. Je ne veux pas que Ron en entende parler. Et insiste auprès d'Harry pour le tenir au silence. Je sais que tu ne pourras résister à l'envie de le lui parler, je ne suis pas dupe au point de croire qu'il sera gardé dans l'ignorance. Mais par pitié, taisez-vous et laissez-moi régler tout ça. Seul.
Après avoir reçu la confirmation qu'il attendait, Blaise le quitta sans un autre regard. Il souhaitait un peu de solitude pour réfléchir à un plan. Un plan correct, qui l'amènerait à Ron, sans semer plus de problèmes. Il restait un serpentard et avait toujours ce besoin de projeter, pour savoir où il mettait les pieds. Nager en eaux troubles, sans savoir si la direction que l'on prenait, était la bonne, le rendait très nerveux. Il n'était pas un gryffondor, attaquant de front et réfléchissant après. Il avait besoin d'étapes bien concrètes, de paliers pré-définis, pour avancer de face.
Il avait espéré que Drago l'aiderait dans sa démarche, mais c'était avant de découvrir son implication directe. Au lieu des conseils qu'il était venu chercher, il avait eu droit à des révélations dont il se serait bien passé. Il lui fallait le temps de digérer la trahison et ferait cavalier seul, en attendant.
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Mercredi 15 août
Bureau de la direction des Aurors (Ministère), 08h16
En arrivant au travail, Ron découvrit avec surprise un certain nombre de rapports qui avaient atterri sur son bureau entre son départ au soir la veille et son arrivée ce matin. Il supposa prestement que quelques-uns de ses Aurors avaient rendu leurs rapports de mission en retard, et ce pour éviter toute confrontation directe, les lui avaient déposés en son absence. De vrais héros sans peur... Ou pas.
Heureusement pour lui, il avait déjà pris son café en chemin et ne prit pas plus de quelques minutes avant de s'atteler à la tâche de valider tous ces retours de missions et d'infractions relevées.
La réunion mensuelle était prévue pour dix heures où les différents directeurs de sections [Aurors, Langues-de-plomb, Environnement Carcéral, Forces Internationales Spéciales – F.I.S., Gardes de la jeunesse] qui composaient toutes les forces de l'ordre du Ministère de la Magie, se retrouvaient pour aborder des grands points. Cela englobait majoritairement tous les gros dossiers en cours, les missions spéciales prévues, l'efficacité des agents sur le terrain, les transferts et ou associations entre services, sans oublier toute une série de statistiques qui étaient décortiquées pour définir des baisses ou hausses de la criminalité tout secteur confondu. L'éclatement des forces de l'ordre en plusieurs secteurs était le résultat de l'après-guerre. Le ministre s'était rendu compte qu'une meilleure gestion en services spécifiques permettait un encadrement plus direct et plus proche des sorciers. Et Ron était en tout point d'accord avec cette petite révolution ministérielle qui avait eu lieu.
Il aimait son métier au-delà des mots. Il était fait pour ça. Même s'il n'aurait jamais imaginé en être à la direction. Harry avait plus de potentiel que lui, et il avait toujours été persuadé que ce serait le brun qui serait la tête d'une section. Et non l'inverse. Après la guerre, Harry avait rejoint lui aussi les rangs des Aurors après ses deux années d'études. Et aujourd'hui, il faisait partie des F.I.S., une équipe d'actions hors frontières anglo-saxones.
Tout à la lecture d'un rapport de deux de ses Aurors, Ron ne vit pas l'une des nombreuses notes internes que s'échangeaient les employés du Ministère, et c'est en percutant sa tête de plein fouet qu'il la remarqua.
Ron,
Je viens d'apprendre que la réunion a été déplacée.
Nous sommes attendus à 9h dans la salle de conférence B4 du niveau 3, secteur des Langues de Plombs.
Et avant que tu ne le demandes, je n'ai aucune idée de la raison de ce changement soudain.
Kingsley Shacklebolt.
- Et merde ! Jura-t-il en remarquant qu'il était presque l'heure.
Il se dépêcha de réunir tous les dossiers requis et sortit en trombe de son bureau. Ces changements de dernière minute avaient le don de l'agacer au plus haut point. Non seulement cela rajoutait un stress dont il se serait bien passé, et surtout, ces imprévus n'étaient pas toujours justifiés par ceux qui les imposaient, à savoir l'un des directeurs de section. Il pensait que l'intention première était de faire chier les autres. Tout bonnement.
Pour couronner le tout, la salle de conférence en question se trouvait à l'opposé exact de son secteur et deux niveaux plus bas.
Quand il arriva à destination, il constata qu'il était le dernier et que ses quatre autres collègues étaient déjà installés à la table centrale. En bon chef d'audience, Blaise Zabini, responsable des Langues-de-plomb, l'accueillit à sa manière.
- Ma note d'information se serait-elle perdue en chemin, cher collègue, pour que vous arriviez en retard… lui dit-il taquin, un sourire épinglé à ses lèvres.
Ron était partagé entre adoration profonde et exaspération en voyant son expression. Il ne put se retenir de lâcher une pique.
- Elle devait être invisible car la seule reçue fût celle de Kingsley il n'y a même pas dix minutes. Sans oublier qu'il en faut tout autant pour parvenir jusqu'ici. Et que donc, je ne me considère pas comme retardataire. Déclara-t-il en allant s'installer à la dernière place au bout de la table.
- Bien ! Maintenant que nous sommes au grand complet, nous allons pouvoir démarrer. Déclara le brun, avec son petit sourire toujours accroché. Il semblerait que mes agents aient enfin réussi à localiser les derniers Mangemorts en cavale.
Il laissa la nouvelle parcourir ses collègues, en les observant un à un.
- Es-tu absolument sûr de ce que tu avances Blaise ? demanda le chef des F.I.S.
- Certain, Kinglsey. Mes hommes passent leur temps à tromper la vigilance des autres. La discrétion avec laquelle ils évoluent n'est plus à prouver. Vous le savez tous. Depuis la fin de la guerre, ils sont à la recherche de la moindre piste. Et cela a fini par payer.
- Qui ont-ils retrouvé ? lança rapidement Ron, établissant déjà un plan de missions dans sa tête.
Blaise prit le temps de l'observer. Le roux venait de basculer en mode attaque. Il adorait quand il agissait ainsi. Il avait l'impression de le retrouver un peu. Depuis qu'il avait perdu son journal, il avait vu Ron dépérir un peu, n'agissant que par automatisme dans son travail, le rendant plein de remords en sachant que ce petit carnet était sagement rangé dans son appartement. Il avait eu envie de lui dire un certain de nombre de fois que c'était lui, qui l'avait trouvé. Mais il savait que le moment n'était pas le bon. Bientôt, il le ferait.
Se concentrant sur le moment, il répondit :
- Bellatrix et Rodolphus Lestrange, ainsi que ce bon vieux Greyback. Il semblerait que le couple ait décidé de se terrer dans le monde moldu non loin de New Castle, pour tenter de se faire oublier. Quant au loup-garou, il a été identifié dans les forêts du Nord de l'Ecosse.
- Comment ont-ils fait pour les retrouver ? Lança le directeur de l'environnement carcéral, Eddie Carmichael, ancien serdaigle camarade de Poudlard.
- Depuis tout ce temps, c'était peine perdue de les voir un jour croupir à Azkaban, lança Amélia Bones, représentante des Gardes de la jeunesse et du Magenmagot.
- Après beaucoup de patience et de discrétion... éluda Blaise. Ils ont eu vent de rumeurs et sont remontés jusqu'à un bar miteux, lieu de prédilection des petites frappes que compte les alentours de New Castle. Il leur a fallu se joindre à la masse, déguisés sous polynectar, pour y voir Rodolphus fanfaronner devant un groupe. Après ça, une bonne et discrète filature jusqu'à leur lieu de résidence.
- Et Greyback ? Demanda Kinglsey.
- Ce sombre idiot ne peut pas se retenir quand il est question d'enfants, pire encore en pleine lune... Cela a fini par lui jouer des tours. Il a eu le malheur de s'en prendre à une colonie qui avait établi leur campement en forêt. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que certains encadrants étaient de très bons chasseurs. Ils lui ont tiré dessus, mais malgré ça, il a tout de même réussi à prendre la fuite. L'un de mes agents, Théodore Nott, était basé non loin de là et a eu vent de ce qu'il s'était passé par les journaux locaux, qui faisait état d'une attaque sur une colonie d'enfants par un spécimen canin s'apparentant à une espèce de loup inconnu. Il n'en a pas fallu plus pour qu'il comprenne. Ce n'est donc plus qu'une question de temps avant de leur tomber dessus.
Par la suite, ils discutèrent de la mise en place des missions pour attraper les Mangemorts. Leurs arrestations futures étaient la fin d'une époque, réelle, qui prenait enfin tout son sens pour Ron et tous ceux qui avaient été au front, en première ligne. Encore plus que pour tout le monde sorcier.
Il en oublia complètement son journal. Après sa perte, il s'en était rendu malade et n'avait cessé de le chercher un peu partout, avec cette peur qu'on y découvre toute sa vie. Harry, Drago et Hermione avaient eu beau le rassurer qu'il était inviolable dû aux sorts utilisés, le rendant parfaitement inutile en cas de trouvaille de la part de quelqu'un, Ron n'avait pu passer outre. Il était tantôt effrayé, torturé, angoissé. Il lui avait fallu quelques jours avant de se calmer. Mais aujourd'hui, c'était fini. Dans sa tête, il avait atteint un point de non retour. L'adrénaline était en train de transparaître dans tout son corps. Il se rendit compte que la capture des ces derniers déchets de l'humanité allait lui permettre de tirer un trait sur ses démons.
Pas pour son amour à sens unique, mais il ferait avec. Et il avait la conviction que son quotidien serait moins dur et un peu plus insouciant. Il se consolait en pensant à son amitié avec Blaise, qui était une très belle chose.
Quelques heures plus tard, c'était accompagné de Kingsley qu'il remontait les couloirs du ministère pour aller déjeuner. La réunion avait duré plus longtemps que toutes les autres au vu de la préparation que cela incluait.
- Tu crois que c'est une bonne idée de mettre Granger et Parkinson en tandem pour cette mission ? demanda Kinglsey.
- Je ne vois pas pourquoi ça ne le serait pas. Elles sont toutes les deux très compétentes en tant qu'Aurors. Et elles ne seront pas seules. Tonks les dirigera au mieux.
- Je l'espère. Ce ne sera pas le moment de se crêper le chignon. Il faut qu'elles soient concentrées pour l'arrestation des Lestrange.
- Tu t'en fais trop... ! Je suis persuadé que ça se passera très bien.
Il est vrai que quand la question des agents avaient été mise sur table, Ron s'était empressé de mettre ses deux amies sur le coup. Hermione était une incroyable Auror. Et il la connaissait par cœur. Ses compétences n'étaient plus à démontrer. Quant à Pansy, cela ne faisait pas très longtemps qu'elle était dans son équipe, mais son travail était très satisfaisant. Et elle savait se montrer redoutable sur les missions pour les mener à leur terme, avec l'issue attendue. Quant à leur association ensemble, il était convaincu que tout se passerait bien. Elles ne s'étaient pas beaucoup vues depuis Poudlard, mais aux occasions présentes, elles avaient su être cordiales l'une envers l'autre. La même vocation aidait sûrement. Et de voir leurs amis respectifs ensemble, aidait encore plus.
- Si l'on va par là, tu n'as pas hésité le moins du monde à mettre Harry en première ligne.
Un rire lui répondit.
- En effet, mais en aurais-tu douté ? Je ne pouvais pas ne pas mettre le Sauveur sur cette affaire. Il est tout à fait...
- Ron ! Kingskey ! Attendez-moi !
Ils se retournèrent d'un bel ensemble pour voir arriver Blaise, légèrement essoufflé.
- Vous avez fait vite à quitter la réunion. Vous ne m'avez même pas attendu ! s'exclama l'ancien serpentard.
- En même temps, tu ne nous l'as pas demandé... rigola Ron.
- C'est pas faux... Mais quand bien même ! Les bonnes manières se perdent cher collègue !
Ron ne put s'empêcher de sourire encore plus. Il adorait vraiment tout chez ce type, même ses petites piques ne le dérangeaient pas. Elles faisaient partie de lui.
- Eh bien maintenant que tu nous as rattrapés, est-ce que tu souhaites te joindre à nous pour aller déjeuner ? proposa le chef des Aurors.
Un sourire encore plus grand prit place sur le visage du brun. Il ne s'attendait pas à une invitation de sa part, mais il n'allait pas refuser. Même si ce n'était pas à proprement parlé un rendez-vous galant, avec la présence de Kingsley. Il n'allait pas se faire prier pour passer un nouveau moment avec son rouquin.
- J'accepte avec plaisir.
Au fond de lui, Ron jubilait de bonheur. Il avait eu le cran de l'inviter, sans même avoir besoin de réfléchir. Le plus naturellement du monde. Et il en était fier. Il prenait le dessus et ne se laissait pas démonter par son amour trop grand.
Ils commencèrent donc à prendre la direction du grand hall, pour sortir en ville se restaurer.
- J'aurais dû me douter que vous étiez pressés de partir pour aller manger...
- Pour ma défense, c'est Ron. Il n'a pas cessé de me parler de son estomac qui grondait durant les dix dernières minutes de la réunion... accusa Kingsley.
- Ehhh... s'insurgea le rouquin, ne trouvant rien de mieux à dire.
- Je te crois sans aucun doute possible, Kinglsey. Ron est connu comme le grand loup blanc en quête de nourriture constante, et ce, dans tout le ministère, taquina Blaise.
Il esquiva de justesse une claque derrière la tête venant du dît loup blanc. Ce qui les fit rire tous les trois à l'unisson. Et ce fût dans cette bonne ambiance qu'ils se dirigèrent vers le restaurant, que Ron, avait décidé de dévaliser. Aucune négociation possible pour changer d'établissement. Leur punition pour l'avoir un peu trop bousculé.
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Samedi 25 août
Bar ''La Coqueluche'', 22h35.
Durant la semaine qui suivit, Ron et Blaise avaient franchi des étapes dans leur relation, sans s'en rendre compte. Pour leur plus grand plaisir, leurs amis respectifs, eux, n'étaient pas passés à côté.
De par leur passé commun au sein de l'Ordre, ils avaient construit une amitié, proche mais sans trop l'être. En travaillant au sein du ministère, ils avaient partagé beaucoup de part leurs fonctions en se côtoyant chaque jour et un peu moins dans la sphère privée. Mais depuis que Blaise avait trouvé son journal quelques semaines auparavant et l'avait lu, prenant conscience de ses sentiments pour lui, il s'était mis en tête de se rapprocher, sautant sur toutes les occasions, les plus anodines soient-elles. Cela allait des pauses déjeuner qu'ils partageaient, à des salutations dans les couloirs pour discuter quelques minutes, en passant par les missives sans importance qu'il lui envoyait pour le distraire et lui arracher un sourire. Tous les moyens étaient bons pour apporter du baume au cœur à son petit gryffondor.
Par moment, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il virait poufsouffle. L'amour rendait mielleux de bons sentiments. Et pour cause, chaque action qu'il entreprenait envers Ron et qui amenait une expression de bonheur sur son visage, ne le rendait que plus heureux lui-même.
Tous ses efforts valaient la peine d'être faits. Le résultat tant attendu n'était plus qu'à une poignée de main. Surtout qu'il s'attendait à tout instant à perdre des gallons. Le jour où Ron découvrirait qu'il était le détenteur du journal... il en frémissait d'horreur. Il redoutait ses réactions. Il espérait qu'elles seraient mesurées, mais il n'y croyait guère et était plutôt pessimiste.
C'est donc dans cet état d'esprit plutôt maussade qu'il arriva au bar ''La Coqueluche''. Comme très souvent le samedi, il en profitait pour sortir et rejoindre ses amis. Ne sachant pas s'ils étaient arrivés, il préféra entrer pour voir de lui-même. N'ayant repéré personne, il alla s'installer dans les alcôves sur la gauche de la piste de danse où des coins cosy trônaient. On y découvrait d'agréables canapés en cuir noir, ainsi que coussins rouges et des tables basses dans les mêmes tons sombres.
Il s'y installa et n'eut pas besoin d'attendre longtemps, que déjà, il avait repéré Pansy, accompagnée de Drago et Harry. Il leur fit un signe pour attirer leur attention, auquel ils répondirent.
- Mon petit Blaise adoré !
Merlin tout puissant, qu'il détestait quand elle l'accueillait ainsi. Il n'eut le temps de lever les yeux ciel, que déjà, elle se jetait dans ses bras. Au moins, il était convaincu qu'elle n'était pas rancunière de leur dernière sortie où il l'avait pas mal chargé de reproches. Et du manque volontaire de nouvelles qui avait suivi.
- Est-ce que tu pourrais me lâcher s'il te plaît ? Je ne suis pas loin de manquer d'air Pansy... lui dit-il d'une voix rauque.
- Oh ! Pardon ! S'excusa-t-elle en relâchant sa prise. Mais tu m'as trop manqué !
En retrait, Harry et Drago éclatèrent de rire. Ils comptaient éviter les trop grandes marques d'affections de la brune. Et si ça tombait sur Blaise, tant mieux pour eux.
Ils prirent place dans les canapés en entamant une conversation, Pansy et Blaise dans celui du milieu et Drago et Harry dans celui de gauche. Ils ne leur restaient plus qu'à attendre les autres.
Après en avoir discuté lors d'une de leur pause déjeuner, Ron et Blaise s'étaient accordés sur le fait qu'il serait agréable de faire une soirée avec tous les autres. Ils se voyaient, mais toujours en petit comité. Et pour une fois, tout le monde était disponible au même moment.
Très rapidement, le reste du groupe arriva. Hermione accompagnée de Viktor, ainsi que Ron fermant la marche avec Seamus et Dean, déjà en très grande conversation.
- Il semblerait que vous soyez cernés mes petits serpents... susurra Harry, absolument ravi de voir tous ses amis gryffondors, et ne pouvant résister à l'envie de taquiner les anciens serpentards.
- Nous sommes perdus... dramatisa Pansy. Finnigan et Thomas étaient prévus ?
- Ce n'était pas sûr, répondit Blaise. Ron m'avait dit qu'ils étaient pas mal occupés ces derniers temps, mais il semblerait qu'ils aient pu se libérer.
Ils se levèrent et se saluèrent tous avec entrain, balayant les vieilles rancœurs écolières bien loin derrière eux. Seamus, Hermione et Viktor prirent place dans le dernier canapé de libre, tandis que Dean se vautrait rapidement aux côtés d' Harry et Drago. Ron, n'ayant pu esquisser le moindre mouvement vint s'asseoir avec Blaise et Pansy, laquelle avait délibérément collé le bout du canapé, laissant la seule place libre à côté de Blaise.
Ce dernier en profita pour fusiller du regard la brune avant d'afficher un large sourire à Ron.
Avant d'avoir pu entamer la moindre discussion, un serveur arriva pour prendre leurs commandes. Pansy en profita pour leur suggérer les cocktails, qui étaient de purs délices. Hermione se laissa tenter par une Piña Colada, ainsi que Dean et Pansy. Harry, Drago et Blaise se décidèrent pour un bon whisky pur feu vieilli de dix ans. Quand arriva le tour de Ron, Blaise remarqua l'intérêt soudain que le serveur lui porta.
- Et monsieur se laissera tenter par un mojito, excellent choix. Un cocktail très rafraîchissant, ce qui évitera d'avoir trop chaud. La température finit toujours par augmenter en soirée... lâcha-t-il d'une voix douce et grave, en le fixant de ses yeux bleus.
Blaise ressentit aussitôt une vive colère qui le transperçait. Pour qui se prenait ce type ? Il venait, ni plus, ni moins, de faire du rentre-dedans à Ron, de manière totalement déplacée et vulgaire. À son Ron à lui. Officiellement, il ne l'était pas encore. Mais officieusement, pour lui, c'était déjà le cas.
- On dirait que le serveur a le béguin pour toi directeur Weasley, taquina Seamus en le envoyant une boutade dans l'épaule.
- Arrête de te faire des films Seamus, répondit Ron en rougissant légèrement. Tu devrais arrêter de fantasmer sur tout ce qui porte un service trois pièces ou pas, et de voir du sexe partout. Ça fausse ton jugement.
- Ouh ! Ça fait mal ça ! Bien envoyé Ron ! déclara son ancien camarade de dortoir Dean, tout sourire.
Le groupe se mit à rire, chargeant leur ami irlandais de plus belle. Surtout ses anciens camarades de dortoirs qui le rappelaient à son bon souvenir de charmeur officiel de Poudlard de la gente masculine et féminine, tous confondus.
- N'empêche que je n'ai pas rêvé, ce mec t'a dragué, reprit Seamus, sûr de lui.
Blaise eut une moue dédaigneuse.
- Il faudrait que tu prennes des cours Finnigan. C'était tout, sauf de la drague. Tellement empreint de vulgaire que c'en est désolant pour lui. À sa place, j'aurais honte d'avoir laissé ces mots franchir ma bouche, déclara froidement l'ancien serpentard, s'attirant les regards du groupe sur lui.
Ron avait les yeux rivés sur son ami et collègue. Il était stupéfait par tant de hargne. Il ne l'avait plus entendu s'exprimer ainsi depuis très longtemps. Depuis ses années à Poudlard très précisément. Que lui arrivait-il tout à coup ? Était-ce de la jalousie qu'il avait senti pointer à l'encontre du serveur ? Il n'osait l'espérer, mais il avait la nette impression que ça y ressemblait.
Avant même qu'il puisse s'y pencher un peu plus, leurs commandes arrivèrent, portées par le même garçon. Ron l'observa à la dérobée pendant qu'il déposait les verres. Il était grand, élancé tout en finesse. Le pantalon et le polo très près du corps dont il était habillé, ne laissait aucun doute. Son visage possédait des traits fins, sans le rendre androgyne pour autant. Des lèvres légèrement charnues, un nez léger et droit, des yeux d'un bleu très clair, et des cheveux bruns frisés et mi-longs retenus en arrière par un catogan. Il ne pouvait nier que cet homme était beau.
Quand il déposa le dernier verre, devant lui, il accrocha son regard et profita pour lui glisser un clin d'œil et un léger sourire en coin. Cette scène ne sembla pas échapper aux autres non plus, qui s'abstinrent de tout commentaire de peur de voir Blaise cracher du feu. Car ce dernier n'était pas loin de le faire. Ses yeux étaient fixés sur le dos du serveur, déterminant mentalement toute une série de sorts douloureux qu'il pourrait lui lancer. Il ne remarquait même pas que Ron avait la tête tournée vers lui et l'observait.
Pour dissiper la tension qui régnait, Drago rappela son vieil ami à leur compagnie.
- Au fait, j'ai eu vent de faits très intéressants, il paraît que de nouvelles missions vont avoir lieu en collaboration avec plusieurs services.
Blaise reprit le cours des choses, délaissant ses envies de tortures. Pourquoi Drago parlait-il travail ? Et surtout maintenant ? Et pire encore, du sujet des mangemorts en cavale ? Il comprit très vite. Il avait choisi un sujet totalement décalé pour éviter qu'il ne se dévoile de trop devant Ron. Il avait senti son regard sur lui.
- À se demander qui sont tes sources... ironisa-t-il, en regardant Harry et Pansy.
Cette dernière, se sentant visée, répliqua de façon instantanée.
- Mon petit Blaise, sache que ce n'est pas moi qui ai vendu la mèche. Même si ton regard insiste lourdement en ce sens. La balance se trouve à côté même de Drago.
Le brun trouva très mature de lui tirer la langue, faisant rire le groupe et soupirer Drago face à l'immaturité de son compagnon.
- Nous ne sommes pas habilités à en parler et vous le savez tous, répliqua Blaise en fixant tour à tour Pansy, Hermione, Harry et Ron.
- Cela relève du secret professionnel et vous y êtes tous soumis, enchaîna Ron, sérieux, tout en fixant Harry. En parler devient une faute.
- Ça va, je n'ai rien dit de plus que les grandes lignes, se défendit Harry. Les missions auront bientôt lieu et je ne vais pas laisser Drago dans l'ignorance sur mon absence.
- Pourtant, tu devrais Harry, intervint Hermione. Nos compagnons savent pertinemment que nos métiers nous engagent à ne rien dévoiler pour ne pas mettre en péril nos interventions. Viktor sait l'essentiel, à savoir que je vais devoir m'absenter pour le besoin du travail. C'est tout.
- Herrrrmi a raison, c'est frrrrustrrrant et strrrréssant de ne pas toujourrrs savoirrrr où elle est, ce qu'elle fait, mais c'est comme ça. Du moment qu'elle ne prrrend pas trrrop de rrrisques, et qu'elle fait attention à elle. Ça me va. Et j'essaie de ne pas trrrop m'en fairrre, déclara Viktor, tout en lui prenant la main et lui adressant un doux sourire.
Pansy poussa une exclamation rêveuse en les regardant, où elle ne put qu'envier l'amour de ces deux-là. Un couple aussi improbable qu'irréalisable au vu de leurs différences de carrières. Tandis qu'en face, Harry s'était renfrogné légèrement sous les accusations. C'était sans compter Drago qui lui caressait tendrement la cuisse, dans un doux soutien.
- Si j'ai bien compris, Viktor, Seamus et moi-même ne saurons rien de cette escapade professionnelle que vous vous réservez ? demanda Dean, qui n'avait rien compris de la discussion.
- C'est exact. Vous finirez par savoir, quand tout sera réglé, confirma Ron, clôturant le sujet.
Suite à ce petit intermède tendu, ils finirent tous par se détendre. La musique, l'ambiance festive et l'alcool aidant à assainir les relations et désinhiber chaque ami. Chacun en allait de sa petite histoire, parlant des nouvelles étapes de leur vie comme c'était le cas pour Pansy, Viktor et Hermione qui songeait se lancer dans la recherche d'une maison, qui les éloignerait un peu de la célébrité de l'attrapeur bulgare. Ou encore Harry, Seamus et Dean qui débattaient joyeusement de la saison de Quidditch en cours, pariant sur leurs équipes favorites pour la grande finale. Ron se contentait de les laisser faire, suivant et apportant quelques critiques au bon moment, étant certain que les Canons de Chudley les massacrerait tous.
Pour être au plus près de ce débat, il avait échangé sa place avec Drago, qui de son côté, observait attentivement son meilleur ami. Blaise lançait de temps à autre, quelques regards discrets en direction de Ron. Il avait l'air de passer une bonne soirée. Il était souriant, mettait beaucoup d'entrain à bavarder avec tout le monde. Et au fond de lui, Blaise adorait le voir ainsi. Pour rien au monde, il n'aurait souhaité lui enlever cette joie de vivre.
- Fais attention, tu vas bientôt baver... susurra Drago à son oreille, qu'il n'avait pas vu approcher, le faisant sursauter.
- Tu ne peux pas t'empêcher de faire ça ! Répliqua Blaise, exaspéré d'être au centre de l'attention du blond.
Il ne pouvait donc pas mater tranquille son fantasme roux. Il fallait toujours qu'il ait quelqu'un pour le sortir de sa contemplation. Que c'était agaçant et frustrant.
- Je t'évite simplement une humiliation en public, tu devrais plutôt me remercier, lui dit le blond adoptant une attitude bon prince.
Blaise grogna quelque chose que Drago ne comprit pas. Sautant sur l'occasion, il se lança dans la conversation Quidditch avec les autres garçons, évitant de son mieux son meilleur ami qui aurait voulu continuer son analyse sur son comportement envers Ron.
Ils renouvelèrent leurs consommations tout en bavardant de choses et d'autres. Puis décidèrent d'aller se trémousser sur la piste de danse. Dean, Harry et Viktor se déhanchaient à leur bon vouloir, ne connaissant rien des rythmes de musique et s'en moquant royalement. Ils riaient aux éclats et s'amusaient comme des fous, faisant rire encore plus les autres de leur insouciance à paraître ridicule. Drago, Blaise et Seamus, eux étaient forts à l'aise. L'irlandais avait ça dans le sang, ses gènes aidant. Quant à Drago et Blaise, Ils avaient toujours apprécié danser et en avaient fait une réelle rébellion plus jeune face à leurs familles qui n'avaient jamais supporté ces danses dégradantes à souhait, selon eux. Pansy et Hermione se contentaient de suivre tranquillement les rythmes, tout en continuant de discuter. Et Ron n'était pas resté longtemps auprès d'eux. La danse n'avait jamais été son fort. Après deux morceaux, il était retourné s'asseoir dans les canapés, les regardant avec un léger sourire aux lèvres, en sirotant son mojito. De temps à autre, l'un de ses amis l'interpellait et tentait même de le traîner sur la piste, sans y parvenir.
De temps à autre, Blaise lui lançait quelques œillades discrètes et même de grands sourires quand les yeux bleus s'accrochaient aux siens. Il essayait de l'intriguer, il voulait que Ron commence à comprendre qu'il était attiré. Alors, l'ancien serpentard usait délicatement et sans se presser de son charme. Il ne voulait pas l'effrayer, mais mettre en place un climat détendu pour avancer doucement vers le rouquin. Tout se passait bien jusqu'au moment où Drago lui mit un coup de coude pour lui montrer l'espace cosy.
Instantanément, Blaise se crispa. Un homme s'était installé aux côtés de Ron, dans le canapé. Il l'identifia comme étant le serveur brun qui avait osé le draguer plus tôt. Apparemment, il avait profité que tout le monde se soit éclipsé pour tenter une approche. Et ce que Blaise voyait ne lui plaisait pas. Ils étaient bien trop près l'un de l'autre, leurs cuisses se touchaient et le bras du serveur était posé au-dessus de l'accoudoir, enserrant Ron dans une bulle. Ils discutaient et ne cessaient de sourire. Ne supportant pas de voir ça, il se dirigea droit sur eux, une colère noire lui vrillant tout le corps. Il repoussa le bras de Drago au passage, qui avait tenté de l'arrêter.
En arrivant, il entendit les propos du serveur :
- Ce serait merveilleux si je pouvais t'inviter à dîner quelque part. Je suis libre le week-end prochain.
Non mais ce type rêvait... Ron n'allait pas accepter ça quand même. Il ne le connaissait pas. D'un autre côté, Blaise avait peur. Qu'est-ce qu'il savait des réelles envies de Ron ? Peut-être que ce mec était son genre. Et il eut peur.
Il ne demanda rien et vint s'installer autoritairement du côté libre de Ron, cassant le moment et la proposition qui avait été faite.
- Il suffit que l'on te laisse seul dans ton coin quelques instants pour que n'importe qui vienne te draguer. C'est fou... lança froidement Blaise, en dardant son regard sur son rival.
- Mais non... répondit Ron, très gêné du ton de Blaise. Ce n'est pas ce que tu crois, on ne faisait que discuter Liam et moi.
- Liam... Vous avez eu le temps de faire connaissance à ce que je vois, susurra-t-il, implacable.
Il perdait pied. Sa colère augmentait dangereusement. Et Ron le remarquait. Il ne comprenait pas ce qui se passait dans la tête de Blaise. Il ouvrit la bouche pour le lui demander mais n'eut pas l'occasion d'aller plus loin. Liam le devança :
- Je ne vois pas en quoi ça te regarde. Tu n'as aucun droit sur lui. Tu n'es pas son petit ami que je sache alors il est libre de discuter et de sortir avec qui il l'entend.
Blaise se mit à rire, contre toute attente, s'attirant les foudres du brun.
- C'est ce que tu crois ? Pauvre idiot ! rétorqua-t-il froidement. De toute façon, le problème est réglé. Ron n'est pas libre le week-end prochain. Nous allons dîner. J'ai prévu de lui faire découvrir un endroit tout à fait exquis, dans lequel tu ne pourrais assurément pas y mettre les pieds.
Ron était choqué. Il ne savait plus quoi dire. Blaise venait-il de réellement l'inviter, enfin de le forcer à sortir plutôt, mais c'était une invitation ? Ou était-ce pour empêcher son rendez-vous avec Liam ? D'un côté, il voulait y croire, étant amoureux de Blaise depuis si longtemps. Et de l'autre, il venait de rencontrer cet homme très charmant, qui ne demandait qu'à le connaître.
Liam lui demanda de confirmer si les dires de Blaise étaient justes. Contre toute attente, Ron acquiesça. Son choix était fait. À la surprise même de Blaise, qui ne laissa rien paraître de son étonnement. La seule chose qu'il se permit fût un sourire en coin diablement sexy.
- Très bien, le sujet est donc clos, dit-il en se levant. Maintenant, nous allons danser. Bonne soirée Liam, lança-t-il en entraînant Ron sur la piste de danse, qui se laissa faire.
Ron n'avait rien compris à ce qu'il venait de se passer. Tout s'était enchaîné si vite. La seule chose qu'il assimilait facilement était son corps contre celui de Blaise, qui le guidait dans la danse. Et pour la première fois depuis trop longtemps, il se laissa aller à profiter du moment présent. À quoi bon s'en priver ? Ce serait bête alors que le brun avait décidé pour lui.
Le reste de la soirée se passa ainsi, entre danses, sourires, regards. Pour ne pas attirer plus la curiosité des autres, ils se mélangèrent au groupe et oublièrent tout ce qui ne concernait pas l'autre. Ils faisaient bonne figure. Mais au fond d'eux, ils étaient déboussolés de ce que la suite réservait. Blaise avait peur d'être allé trop loin, d'en avoir trop fait et dit. Mais il n'avait pas pu faire autrement. Il était devenu fou de jalousie en voyant l'autre si près de Ron, et avait fait naître un courage en lui qu'il ne pensait pas avoir.
Quant à Ron, il ne réalisait pas encore totalement. Blaise avait pris parti pour lui, s'était porté garant d'un rendez-vous pour empêcher sa nouvelle rencontre. Il aurait dû lui en vouloir d'avoir agi de cette manière, mais son amour lui dictait autre chose. Son cœur sautait de joie à l'idée de ce rendez-vous futur. Il espérait simplement que ça n'était pas une mauvaise blague.
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Samedi 1er septembre
Appartement de Blaise, 18h43
Depuis l'éclat de l'ancien serpentard dans le bar la semaine passée, les événements s'étaient encore bousculés. La fin de soirée n'avait permis à aucun des deux de pouvoir discuter ensemble de ce qui s'était produit. Mais dès le début de semaine, l'occasion s'était présentée assez rapidement, lors d'une pause déjeuner. Ron n'avait pas perdu de temps à lui demander des explications sur son comportement. Blaise n'avait pas imaginé qu'il entrerait aussi vite dans le vif du sujet. Il était donc resté un peu évasif sur ses réelles raisons. Il avait donc prétexté que ce Liam ne lui avait inspiré aucune confiance et qu'il avait réagi instinctivement pour le sortir au plus vite de là. Lui expliquant qu'il méritait mieux comme petit ami qu'un serveur qui draguait tout ce qui bougeait. N'omettant pas de mettre en avant le fait qu'il voulait réellement aller dîner avec lui et que ce n'était donc pas qu'un prétexte, mais une réelle invitation. Blaise avait senti un certain soulagement chez le gryffondor après ses explications. Ce dont il se réjouissait.
La semaine avait donc défilé, bien trop lentement à son avis, pour arriver à ce moment tant attendu. Ce soir, il allait tout avouer. Il était terrifié, mais il fallait mettre un terme à cette situation. Il ne pouvait pas mentir à celui qu'il convoitait.
Il terminait de se préparer et s'observa en faisant son nœud de cravate. Il avait revêtit un costume gris anthracite, sur une chemise légèrement bleue ainsi qu'une cravate vert foncé. Il grimaça en se rendant compte qu'il arborait les couleurs de son ancienne maison. Il n'avait pas fait attention. Et en avisant l'heure, il n'avait plus le temps d'en changer. Tant pis, il ferait avec.
Il avisa le journal de Ron, posé sur sur bureau et le mit dans la poche, après l'avoir réduit d'un sort. Ce soir, il n'avait pas le droit à l'erreur et il le savait. Il s'était répété un certain nombre de fois la manière dont il allait tout dire à Ron. Mais même ainsi, il n'était pas sûr que le rouquin le prenne bien.
Il souffla un bon coup, essayant de sortir la tension qui l'animait, et sortit de son appartement. Il se dirigea vers l'arrière du bâtiment pour transplaner tranquillement, à l'abri des regards.
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Samedi 1er Septembre,
Restaurant Le Perroquet, 18h54
En arrivant dans le restaurant, Ron s'était présenté et avait découvert qu'il était le premier arrivé. On l'avait installé à une table du fond, dans un coin très tranquille à l'abri de tous les regards, séparé de quelques mètres par rapport aux autres tables, le tout coupé par des rideaux de perles ci et là. Une parfaite harmonie de couleurs rouge, beige et blanche donnait à l'endroit une chaleur et une ambiance très intimiste, par dessus s'ajoutait un éclairage très discret.
Il était stupéfait du choix de Blaise pour cet endroit. À ne pas s'y tromper, c'était un restaurant chic. Mais l'ambiance était telle que c'était l'environnement rêvé pour les couples. Il grimaça à cette pensée. Ils étaient loin d'en être, mais pourtant, en voyant cet endroit, il ne pouvait s'empêcher d'espérer. Blaise ne l'avait pas invité sans raison ici. Il avait du mal à y croire.
Tout en regardant autour de lui, il vit une jolie serveuse brune se diriger vers lui, accompagnée de Blaise. Il afficha un sourire narquois sur ses lèvres et se leva pour le saluer. En s'asseyant, il ne s'était toujours pas départi de son sourire.
- Je suis très étonné d'être arrivé le premier. Ce n'est pourtant pas dans tes habitudes d'être en retard. Toujours si à cheval sur la ponctualité monsieur Zabini...
- Pour une fois que tu es en avance ! Je te laisse le loisir de t'en vanter !
Ils s'esclaffèrent, se permettant de se détendre un peu, rendant l'atmosphère plus légère. Ils commandèrent un apéro, détaillant la carte tout en discutant. Les sujets abordés étaient légers, parlant du travail tout d'abord, sur la grande mission d'envergure qu'ils avaient mis sur pieds pour arrêter les derniers Mangemorts, sans en parler plus profondément pour éviter toute oreille indiscrète. Chacun avait rendu son rapport sur les agents qu'ils avaient dépêchés pour faire équipe ensemble dans la semaine et c'est sur ces faits qu'ils continuèrent.
- Tu as vraiment du courage de mettre Pansy et Hermione sur le coup, dit Blaise, qui avait appris la composition de l'équipe finale dans le rapport transmis en fin de semaine. Je n'aurais pas osé le faire si rapidement.
- Mais qu'est-ce que vous avez tous avec ça ? Ce n'est pas une surprise. Elles sont parfaites pour cette mission. Redoutables et impitoyables quand elles sont en traque.
- Justement ! Mais de là à les mettre en tandem ! Elles risquent de se gêner à cause de leurs caractères trop forts. Tu aurais dû en mettre une en avant, plus que l'autre, pour respecter une cohésion parfaite... expliqua Blaise.
- Je ne crois pas. Elles sauront communiquer. Je les connais bien. Tu risques d'être surpris, lui dit Ron, fier de ses agents.
L'ancien serpentard ne put résister face à ce regain de fierté de la part de Ron. Il n'était pas arrivé par hasard dans les hautes sphères du Ministère, quoi que certains aient à dire. Il savait qu'il avait été un redoutable Auror, pour l'avoir vu à l'œuvre après la guerre et en tant que superviseur, il savait faire les bons choix. Il n'avait aucune faute professionnelle à son actif.
- Enfin, c'est plutôt d'Harry qu'il va falloir se méfier. Quelqu'un devra l'avoir à l'œil. Il a toujours tendance à...
- … être excessif et sans limites ? termina Blaise, narquois.
- C'est ça ! ria Ron.
- Comme tout ce qu'il fait ! Il faut qu'il se mêle de choses qui ne l'atteignent pas directement. Quoi que Drago n'est pas en reste dans ce domaine ! Ils se sont bien trouvés tous les deux !
- Je suis d'accord.
- Tu sais, la semaine passée, quand nous étions dans le bar, il a tenté de m'arrêter... avoua Blaise.
La serveuse vint troubler cette confession, le temps de prendre la commande. Ce qui agaça un peu Blaise. Il avait jugé le moment opportun pour faire avancer la conversation sur ses sentiments. C'était une entrée en matière qui était propice à la suite et la serveuse venait tout gâcher. Ron allait sûrement changer de sujet après ça. S'ouvrir sur ses sentiments n'était pas facile pour lui. Il avait déjà tenté des allusions dans la semaine et souvent, il avait rebondi sur d'autres choses, plus légères. Une fois les commandes prises, un petit silence s'installa.
Ron n'osait le troubler. Il avait envie d'entendre la suite, mais la redoutait aussi. Il ne savait pas si ce qui allait suivre lui plairait ou non. Et égoïstement, il voulait prolonger cette légère proximité qui s'était installée, dû au confort de l'endroit.
Ne voyant aucune réaction de fuite, Blaise en profita pour continuer.
- Quand j'ai vu que tu discutais avec ce Liam. Drago a voulu m'empêcher de venir vous interrompre. Mais il était hors de question que je laisse cette discussion aboutir, même si j'en ignorais le contenu sur l'instant. Ça a été plus fort que moi.
- Pourquoi ? murmura Ron, le souffle court, redoutant la suite.
Son cœur battait à tout rompre. Et il avait l'impression qu'il allait exploser. Blaise n'était pas mieux. Il retira sa veste et prit le temps de la poser sur le dossier de sa chaise, essayant de reprendre une attitude digne. Et du courage. Oui, il se le devait.
- Parce que je voulais que ce type dégage de là. Parce que ça m'a rendu fou de le voir aussi près de toi. Parce que je refusais qu'il te parle, qu'il te regarde ou qu'il te touche. Je voulais arrêter ces sourires que tu lui faisais, ces mots que tu lui destinais, cette cuisse qui frôlait la sienne. Je voulais tout ceci pour moi. Et rien que pour moi.
À chaque mot qui passait ses lèvres, Blaise se sentait plus sûr de lui. Il avait fini par dire au plus profond de lui ce que lui avait inspiré cette scène qui s'était jouée sous ses yeux.
- Blaise, qu'essaies-tu de me faire comprendre ? Que tu étais jaloux de Liam ?
Ron n'osait demander plus.
- As-tu écouté le sens réel de mes propos Ron ? lui dit-il lentement. Tout ceci va bien au-delà d'une petite crise de jalousie sans importance. J'aimerai que l'on dépasse l'amitié que nous avons. J'aimerai pouvoir goûter tes lèvres, toucher ton corps, te regarder comme personne ne t'a jamais regardé, te faire sourire en continu, te faire vibrer chaque jour rien qu'en étant près de toi.
Pendant tout le temps que Blaise avait parlé, il avait rivé ses yeux aux siens et approché sa main droite de la sienne. Elles se touchaient presque, mais il n'osait pas franchir cette petite ligne invisible qu'il restait. Comme si Ron l'avait senti, il les regardait, en gardant le silence. Il était secoué par les mots de Blaise. Il se mentirait s'il disait qu'il n'avait pas rêvé d'innombrables fois un moment comme celui-ci. Et justement, il avait l'impression d'être déconnecté de la réalité.
Pour toute réponse, il mit sa main sur celle de Blaise. Il ne la bougea pas, s'attendant un moment de recul de sa part. Il finit par sentir bouger des doigts qui s'enroulèrent autour des siens, dans une étreinte légère et ô combien agréable.
- Depuis quand ? questionna Ron, d'une voix rendue rauque par l'émotion.
- J'en ai pris conscience il y a un mois, à peu près.
- Ton comportement s'explique donc...
- C'est-à-dire ? poussa Blaise, curieux d'avoir pu laisser des indices.
- Eh bien... Le fait que tu poussais sans cesse des moments ensemble a été un léger signal, sans oublier tes nombreuses missives qui débarquaient sans raison dans mon bureau et qui troublaient momentanément mon travail et tes quelques petits sursauts d'humeur comme au bar, la semaine passée, expliqua Ron, un léger sourire aux lèvres.
- Je vois... En somme, je me suis comporté comme un petit poufsoufle transis de bons sentiments...
Ron laissa éclater un petit rire.
- Oh non, tu n'as rien d'un poufsoufle. Mais étant si maître de toi, et en toute circonstance, il m'a simplement suffi d'être attentif à ce que tu laissais échapper d'inhabituel.
- Très bonne analyse alors, mon cher Watson ! rétorqua Blaise.
- Tiens donc, des références moldues... ne put s'empêcher de remarquer Ron. Que j'en connaisse, avec Harry et Hermione, c'est normal. Mais venant de toi, ça me surprend.
- Alors j'espère encore te surprendre... susurra le brun, un sourire en coin.
Ils furent coupés par l'arrivée des plats, et commencèrent à déguster leurs assiettes. Le dialogue se fit plus sûr, moins distant, plus emprunt à de petites confidences. Ils tentaient de se découvrir plus profondément, enregistrant chaque réponse qui révélait un peu plus la personnalité de l'autre. De petites révélations qu'ils n'avaient jamais osé demander dans leur amitié, et que leur nouvelle approche pouvait permettre, balayant les restrictions du passé.
Ron découvrit donc que Blaise était homosexuel et ce, depuis Poudlard. Il s'en amusa, le taquinant sur le fait qu'il avait fait beaucoup de mystères pendant très longtemps autour de sa sexualité. Là où Drago n'avait jamais été aussi transparent. Il lui expliqua aussi les raisons qui l'avait amené à quitter l'école, pour rechercher Drago et Severus, à savoir que sa mère et son beau-père avait été du côté de Voldemort, sans y prendre part directement. Mais les idéaux étaient partagés. Et cela avait révolté Blaise qui n'avait jamais compris comment l'on pouvait adhérer à toutes ces conneries de races supérieures et d'exterminations des sangs dits « plus faibles ». Il avait donc prévu de s'enfuir, en ayant mis un minimum d'affaires en place pour vivre au jour le jour jusqu'à retrouver son meilleur ami. Il l'avait toujours cru innocent. Contrairement à lui, Drago n'avait pas eu le temps de faire un choix. Et la suite lui avait appris qu'il avait eu raison. Cette part d'ombre qu'il révélait à Ron lui montrait combien le rouquin s'était interrogé sur lui, bien avant son arrivée au QG de l'Ordre. Et cela lui faisait du bien de se dévoiler face à l'Auror.
Ils ne se lâchèrent la main que le temps de manger, et se la reprirent dès que les plats furent terminés. Chacun en profitait pour savourer la douceur, la délicatesse de la peau de l'autre. De petites caresses délicates et aériennes qui n'en finissaient pas, ravissant leurs hôtes.
Ron continuait de se dire qu'il rêvait. Que toutes ces petites choses n'étaient pas en train de se dérouler. Il vivait ce moment comme étant le plus beau de sa vie. Rien n'aurait pu lui faire plus plaisir en cet instant. Et Blaise n'en pensait pas moins. Jamais il n'avait ressenti autant d'émotions avec l'un de ses anciens petits amis. Il n'avait jamais invité personne dans un endroit comme celui-ci. Et de simples choses comme se tenir la main ou se sourire ne l'avait jamais autant touché. Ron était réellement fait pour lui, sinon son cœur ne s'affolerait pas de cette manière, même s'il ne le crierait pas sur les toits. Il tentait d'emmagasiner le maximum d'informations sur le gryffondor, et sur cette soirée qui avançait.
Il savait que, bientôt, arriverait ce moment où il devrait lui avouer l'histoire du journal. À chaque fois qu'il y pensait, il le rejetait dans un coin de sa tête, repoussant encore le moment fatidique. Après tout le courage qu'il avait mis en œuvre pour avouer ses sentiments, il faisait preuve de lâcheté quant à sa révélation. C'était dur. Il ne voulait pas gâcher cette soirée. Au contraire, il voulait qu'elle continue, encore et encore, sur ces notes si positives et heureuses. Mais à chaque rire, sa conscience lui rappelait l'envers du décor. Le journal.
La serveuse finit par revenir vers eux pour leur proposer la carte des desserts. Tout en la regardant s'éloigner, Blaise avait pris sa décision. C'était maintenant ou jamais. Il ne se sentait pas pour le faire, et s'il continuait de le repousser, il ne le ferait pas. Il était quelqu'un d'intègre et d'honnête. Mentir n'avait jamais fait partie de ses prédispositions. Alors il allait faire face.
Il riva ses yeux à Ron et eut l'impression qu'il allait sauter d'une tour.
- Avant que l'on ne continue cette soirée, qui est au passage parfaite, il faut que je te parle de quelque chose de très important. Je ne peux pas envisager la possibilité d'une relation avec toi sans être l'homme le plus honnête au monde. C'est la base d'un couple.
À l'annonce de Blaise, Ron commença à avoir des doutes. Qu'avait-il à être si sérieux tout à coup ? Qu'allait-il lui annoncer ? Apparemment pas une erreur sur eux, vu qu'il en avait parlé comme d'une relation. Mais alors quoi ?
Il tenta un peu d'humour.
- On dirait que tu t'apprêtes à me dire que nous deux, ça ne sera possible, mais pas tout de suite. Aurais-tu un amant dans le placard Blaise ?
- J'aurais préféré... ! répondit Blaise, très lasse.
La réponse n'était pas celle que le gryffondor attendait. Il ne savait quoi répondre. Il se contenta d'une légère caresse sur la main du serpentard, pour l'encourager.
Face à cette sensation sur sa main, Blaise souffla un bon coup. Le moment était venu. Impossible de faire marche arrière. Il mit donc sa main libre dans la poche de sa veste pour en sortir l'objet honni, auquel il rendit sa forme d'origine tout en le déposant sur la table.
Quand Ron posa le regard sur le journal, il eut la sensation de basculer. De perdre pied. D'être dans un cauchemar. Comment était-ce possible ? Son regard passait de Blaise au journal. Au bout de longues minutes, il secoua la tête, refusant de croire ce que son cerveau lui envoyait comme signal.
- Non... ce n'est pas vrai... Non... murmura Ron.
Blaise ne put tenir plus longtemps face au désarroi de Ron. Il lui attrapa les deux mains et les serra fortement, pour le faire revenir dans la réalité.
- Ron, écoute-moi s'il te plaît !
Ce geste eut plus d'effet que les mots qu'il entendit. Il se recula vivement de Blaise, refusant plus de contact. Il ne vit pas la lueur de tristesse qui traversa le regard du brun, face au rejet.
- Comment as-tu pu oser ? Comment as-tu pu me mentir ? Quel idiot j'ai été ! Tu t'es bien foutu de ma gueule ! cracha-t-il.
- Non, ce n'est pas du tout ce que tu crois... Je ne... tenta de s'expliquer Blaise.
- Tais-toi ! Je ne veux rien entendre de plus ! coupa Ron.
- Laisse-moi au moins t'expliquer comment il s'est trouvé en ma possession...
- Non ! Il n'y a rien à dire ! Tais-toi ! dit Ron d'un ton sans appel.
Il prit le journal sur la table et se leva. Il se sentait trahi au plus profond de lui. Mais la seule façon qu'il avait de l'exprimer était la colère. La tristesse viendrait, mais plus tard. Il regarda Blaise, qui n'avait pas fait un geste.
- J'espère que tu as pris ton pied en lisant mon journal. Je ne sais pas comment tu l'as eu, ni comment tu as fait pour l'ouvrir, mais de toute évidence... tu y es parvenu. Je fais enfin le rapprochement avec tes fameux sentiments pour moi. Laisse-moi deviner... ne serait-ce pas depuis que tu es au courant des miens ? Oh mais oui, sans aucun doute que la date devrait concorder. Tu t'es bien payé ma tête. Sans aucun doute. Au final, j'aurais mieux fait d'écouter mon instinct qui me disait de ne pas y croire. C'était trop beau pour être vrai. Je ne veux plus te voir, te parler, ni même t'entendre, et te croiser le moins possible au travail Blaise. Tu me dégoûtes !
Il lança des gallions sur la table, pour régler son repas et tourna aussitôt les talons. Il avait besoin de quitter cet endroit au plus vite. Il sentait que la colère refluait pour laisser apparaître une autre émotion, plus humiliante : la tristesse. Cette traîtresse qui s'accompagnait par trop souvent de larmes, ce qu'il se refusait d'offrir en spectacle à Blaise. Il transplana dès qu'il le put vers son appartement.
Quand les derniers mots eurent retenti dans la tête de Blaise, il se sentit encore plus mal. Dès qu'il avait sorti le journal, il avait compris que Ron ne laisserait rien passer et qu'il chargerait sans réfléchir. Il ne s'était pas trompé. Il avait l'impression qu'un troupeau d'hippogriffes venait de lui passer dessus. Et encore, il était certain qu'il aurait eu moins mal.
Il n'avait même pas pu tenter une explication. Rien. Ron n'avait rien voulu entendre. Il se sentait trahi et lui avait envoyé beaucoup de mots désagréables.
Et dire qu'une poignée de minutes auparavant, ils avaient été à des années lumières de cette ambiance. Pour autant, il ne regrettait pas de lui avoir révélé la vérité. Il n'aurait pas pu envisager une relation, sans une parfaite honnêteté dans leur couple. Il savait qu'il avait agi de la bonne manière. Il n'avait simplement pas assez anticipé la réaction que Ron aurait.
Il grimaça. Bien sûr que oui, il l'avait parfaitement anticipé. Ron avait simplement déjoué toutes les statistiques en ayant une attitude au-delà de ce que Blaise avait imaginé. Il s'était imaginé qu'il lui aurait au moins laissé le temps de s'expliquer. Et qu'il l'aurait cru.
Ce dernier point était horrible. Il l'avait traité de menteur. Il avait cru qu'il s'était joué de ses sentiments alors que c'était faux. Le journal le lui en avait fait prendre conscience, au contraire.
Il avait fini par oublier qu'il était toujours dans le restaurant. Il reprit pied en entendant la serveuse s'adresser à lui à propos des desserts.
Il lui offrit un sourire sans joie.
- Non, il n'y aura pas de desserts. Ni même de fin de dîner.
Il régla la note, tel un automate. Son cerveau ne cessait de lui renvoyer toute la soirée. Au début, elle fût si agréable. Rien n'aurait pu présager que tout déraperait en moins d'un quart de seconde. Il marchait dans les rues sans se rendre compte où ses pas le portaient. Rien n'avait d'importance que la douleur qui siégeait dans son cœur.
Il avait entrevu le bonheur, pour sombrer si vite dans le noir. Il déambula pendant des heures dans les rues de Londres, essayant de comprendre ce qu'il aurait pu mieux faire. La seule conclusion était simple.
Il n'aurait jamais dû rapporter ce journal chez lui.
Il n'aurait jamais dû l'ouvrir.
Il n'aurait jamais dû le lire.
Tout ça ne serait pas arrivé.
Et puis, il pensa.
« Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais pas compris que je l'aimais »
Et ça, il ne voulait pas l'oublier.
Alors il allait souffrir, mais pas sans se battre.
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À suivre...
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Je vous laisse donc sur ces derniers mots.
Comme toujours, n'hésitez pas à me laisser vos avis en tout genre : appréciations, interrogations, menaces HAHA !
Je reviens vite pour la suite.
À bientôt, Miss Crazy Drake
