Quand l'infidélité devient une habitude

Chapitre Troisième

Les mots avaient été dit à l'unisson mais ils claquaient dans l'atmosphère devenue soudainement électrisante comme un coup de fouet. Durent un instant, aucun des deux hommes n'osa bouger puis, réalisant qu'il était complètement stupide de rester là à quelques pas de la porte de leur appartement, il se rapprochèrent pour entrer. Yuki sortit le premier ses clefs et, après avoir donné un vigoureux tour de poignet, la porte s'ouvrit sur l'appartement…tel qu'il l'avait laissé.

C'est en entrant à pas de tortue que Shuichi ne put s'empêcher de scruter le moindre signe d'une présence tierce, indice qu'il ne trouva pas. Le gamin poussa un soupir de soulagement ; personne n'était venu ici à par Yuki. C'était d'autant plus rassurant mais une question imminente avait germé dans son esprit. Pourquoi l'écrivain avait-il laissé leur appartement tellement en désordre avant de partir de façon plutôt précipité à en voir par la télévision qui n'avait pas été éteinte et la tasse de café resté sur le comptoir de la cuisine. Et tout ça pour aller ou?

Alors que le jeune chanteur pivotait pour faire face à son amant, il le vit entrer dans sa chambre, pour y ressortir aussitôt. Mais que cherchait-il? Sans doute la même chose que lui, des preuves de la présence de quelqu'un d'autre dans l'appartement. Il fallait avouer que Shindo avait été très surpris de constater que Yuki était sortit soit durant la nuit soit durant la soirée. Mais ce qui le mettait encore plus mal à l'aise dans tout ça c'était que lui aussi était sortit sans donner de nouvelles… Qui était le plus fautif des deux?

De son côté, Eiri se posait également beaucoup trop de question à son gout. Lui qui c'était attendu à trouver son petit ami à la maison, le voilà qui, lui aussi, était sortit pour la nuit. Mais ou était-il allé ou plutôt, avec QUI était-il durant toute cette nuit? Aucune réponse ne vint. Alors, le regard légèrement plus dur qu'à l'habitude, il se tourna pour faire face à son amant. Son regard de chat trouva celui azuré de la tête rose…et les pupilles ambrés se détournèrent. Pourquoi fallait-il qu'il aille cet air si…innocent! Un dur combat s'engagea alors dans la tête et la poitrine de l'homme blond.

Bien malgré lui, Yuki dut admettre qu'il était complètement incapable de gronder Shuichi. Il ne put dire si c'était à cause de cette petite lueur un peu trop brillante dans son regard, généralement annonciatrice de larmes ou bien le fait que lui aussi se sentant coupable dans toute cette histoire. Le fait est que, Eiri se contenta de se diriger vers la cuisine pour y faire du thé qui, l'espérait-il, réussirait à lui remettre les idées en place. Shuichi le suivit, parfaitement conscient qu'il ne pouvait tout simplement pas arrêter de vivre parce que son amant n'avait pas dormit à la maison…

Le petit déjeuner se déroula dans un froid des plus tranchants, rarement brisé par de simples formules d'usage telles que ; Que feras-tu de ta journée, à quel heure comptes-tu rentrer, etc. L'homme blond était aussi froid que la glace elle même et, pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, Shindo n'essaya pas le faire fondre. Aucune larme ne fut versés, mais ce n'était pas l'envie qui manquait, aucune cris ne fut poussés, aucun moue de vint décoré le doux visage du jeune artiste. Shuichi était aussi avar de paroles que son bel amant blond. Le silence le plus total régnait dans la cuisine.

Un bon quart d'heure passa de cette façon, silencieuse et d'autant plus inquiétante qu'aucun des deux partenaires n'essayèrent de briser le calme plus que troublant qui avait envahit la pièce. Lorsqu'enfin Shuichi se décida à lever les yeux, son regard capta le mouvement lent de la trotteuse de l'horloge et il réalisa qu'encore une fois, il allait être en retard au studio. Se levant d'un bond, il lava son assiette et, après l'avoir rangé, fila dans sa chambre pour se changer. Il réapparut quelques instants plus tard et contourna la table pour prendre la direction de la porte d'entrée. Au passage, prisonnier de sa petite routine matinale, il embrassa Yuki sur la joue et du se aire violence pour ne pas s'effondrer en pleurant lorsqu'il sentit que ce dernier s'était raidit au contact de ses lèvres sur sa peau.

Était-ce par surprise ou parce qu'il avait fait quelque chose qui lui avait déplut? Ne désirant pas le savoir, la tête rose fit un effort surhumain pour oublier la douloureuse étreinte que lui enserrait le cœur et, ravalant ses larmes, c'est d'une voix qu'il voulut neutre qu'il déclara à Yuki qu'il rentrerait pour le souper. Ce dernier ne lui adressa même pas un regard, de peur de vouloir le retenir pour tout lui expliquer…Comme il était difficile en ce moment précis de jouer les sans cœurs.

Bien malgré lui, l'écrivain dut admettre qu'il ne supportait pas de cacher des choses aussi importantes à son amant. Lui qui aurait été prêt à tout lui avouer s'il le lui avait demandé. Au lieu de cela, il lui avait fait la tête toute la matinée sans même peser les conséquences d'un tel acte. Il avait blessé Shuichi par sa froideur et par la même occasion, lui-même. Se décidant enfin à se lever de table, Eiri traîna les pieds jusqu'à son bureau ou, l'espérait-il, il arriverait à s'enfoncer dans le monde de la littérature pour oublier un peu ses préoccupations plus que futiles.

Alors que le monde romantique prenait possession de l'esprit du grand auteur, bien loin dans les rues de Tokyo, une tête rose marchait sans vraiment savoir ou il allait. Bien sur la journée s'annonçait rude, non parce que les Bad Luck allait tenter un premier essaie pour leur nouvelle composition, non parce que Sakano risquait encore de lui petter un câble parce qu'il n'avait pas terminé d'écrire les paroles mais parce que dans les studios l'attendrait Hiro. Ce même Hiro qui, la veille, lui avait fait connaître l'extase la plus totale… À cette simple pensée, Shuichi rougit, autant de gêne à l'idée qu'il était loin d'avoir détesté mais aussi par honte d'avoir fait de tels choses alors qu'il était en couple avec Yuki.

Le simple fait de penser à cet homme lui faisait mal. Il revoyait encore le regard qu'il lui avait lancé lorsqu'ils c'étaient retrouvés face à face dans le couloir, devant la porte de leur condo. Son cœur se serra mais cette fois, il ne refoula pas les larmes et les laissa couler librement sur ses joues rebondies. Pourquoi fallait-il qu'il y est toujours un accident qui vienne teinter son bonheur? C'est donc d'une humeur plutôt à fleur de peau que Shuichi entra dans le studio d'enregistrement des Production NG. Tête basse, il faillit renverser l'homme qui, lui, sortait de l'édifice alors que le jeune chanteur y entrait. Levant lentement les yeux vers la personne à qui il devait des excuses, Shuichi retint avec difficulté un hoquet de surprise.

Ah, Shindo-kun. Tu es en retard n'est-ce pas, demanda une voix que l'interpelé aurait reconnu d'entre mille.

- Hai, gomen-nasai Seguchi-san, débita un Shuichi qui, l'instant d'après se figea, une expression entre la surprise et le désespoir.

- Tu ferais mieux de laisser Yuki se réveiller tout seul le matin, siffla-t-il, à mi-chemin entre l'insinuation et la provocation.

C'est sur ses paroles plus qu'inattendues que Tôma quitta le hall d'entrée, laissant un Shuichi des questions plein les yeux se diriger vers la salle d'enregistrement. Comment Tôma était-il au courant que c'était à cause de Yuki qu'il était en retard. Et si….

Shuichi, l'appela alors une autre voix familière, plus agréable cette dernière par contre.

- Hiroshi, le salua à son tour le chanteur, encore incertain de vouloir informer son ami des récentes nouvelles.

- Toi tu n'as pas l'air dans ton assiette, observa le bassiste qui avait apprit à décrypter les multiples expressions de son ami d'enfance, et je parie que ça concerne Yuki.

- Je….nous…, bafouilla la tête rose qui sentait les larmes revenir.

Une deuxième fois ce matin là, un torrent de larme ravagea le visage d'ordinaire paisible du jeune homme. Grandement bouleversé par cet excès de refoulement, Hiro, dans un élan de compassion, enlaça tendrement Shuichi, espérant ainsi le réconforter un peu par sa présence. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, dans un geste affaibli par les émotions trop fortes qui l'habitait, Shindo tenta de le repousser. Se dégageant à contre cœur, Hiroshi releva le visage de son amant pour y plonger son regard. Que se passait-il, à la fin, avec Shuichi?!

Dans la tête du pauvre garçon, trop d'image et de pensées s'entrecroisaient pour que ce dernier puisse espérer garder la raison. Le regard froid et dur de Yuki, la lueur plus qu'excitante qui avait habité les yeux de son ami aux cheveux rouges, la douce caresse de ses lèvres sur sa peau nue, le vide immense qui habitait sa poitrine chaque fois qu'il pensait à son véritable amant. Autant de pensée lui rendaient la vie difficile et c'est dans un ultime effort de lucidité que le jeune artiste avait repoussé Nakado qui, pour lui, étai t l'incarnation même de l'infidélité.

Comment arriverait-il à tout lui expliquer sans paraître pour celui s'apitoie sur son sort? Hiro avait toujours été la pour le supporter dans ces problèmes de cœur…mais comment réglé un problème dont il était la source? Complètement abattu, Shuichi ne trouva même plus la force de pleurer et c'est avec des gestes gauches qu'il tenta de s'essuyer les yeux. Ne sachant pas encore comment il ferait pour expliquer à Hiro qu'ils ne devaient en aucun cas recommencer, Shindo se contenta de se diriger vers la salle d'enregistrement ou les attendait Sakano, une lueur de folie dans les yeux lorsque le chanteur lui annonça qu'il n'avait pas terminé de rédiger les paroles qui accompagneraient leur nouvelle composition.

Comme d'habitude, l'excès de folie passa vite et Sakano reprit sa place, debout, derrière les musiciens à broyer du noir. Shuichi écouta d'une oreille distraite les modifications qu'avait effectuées par Suguru, le dernier membre des Bad Luck et sursauta lorsque ce dernier lui demanda son avis.

Euh…Je…c'est…

- Il adore, répondit à sa place Hiroshi, conscient que Shindo n'avait absolument rien suivit des explications que leur avait fournies Fujisaki.

- Dans ce cas nous pouvons commencer à répéter, décida alors le joueur de synthétiseur.

- C'est que…je…., bafouilla Shuichi qui n'arrivait tout simplement pas à se séparer de l'image de Yuki.

- Il n'est pas dans son assiette, confia Hiro à l'autre musicien. Donne moi une heure ou deux et je te le remet sur pieds…

- Entendu, céda le cousin de Seguchi. Une heure pas plus.

Nakado le remercia d'un mouvement de la tête et , avant que Shuichi ne comprenne quoi que ce soit, l'entraîna hors de la salle d'enregistrement pour l'amener dans sa loge. Ce dernier se laissa ballotter par les puissants bras de son ami et s'écroula sur son fauteuil alors que le musicien refermait la porte derrière eux avant de la verrouiller. Intrigué, Shindo leva les yeux vers le visage de son ami avec l'intention de le questionner sur ses actes lorsque deux lèvres pressantes se plaquèrent contre les siennes, provoquant un onde de choc qui fit violement frissonner le jeune homme aux cheveux roses.

Comme il aimait se faire embrasser par Hiro…Un instant! Hiro l'embrassait, lui, Shuichi Shindo qui s'était promit de ne plus jamais recommencer de telles trahisons à l'égard de son amant blond. Il voulut le repousser mais sa volonté l'abandonna complètement alors qu'il savourait la délicieuse caresse des lèvres de son ami. Ses lèvres qui, peu à peu, s'adoucissaient pour ne venir qu'effleurer les siennes en une douce promesse…Shuichi le repoussa finalement, pantelant, à bout de souffle.

Non…Hiro… il ne faut pas…

-Oublie le Shu, susurra ce dernier à son oreille. Oublie Yuki.

Comme si le concerné pouvait entendre ses paroles, Shindo plaqua ses mains sur la bouche du bassiste, comme pour effacer ce qu'il venait de dire. Des larmes lui montèrent aux yeux et ce n'est qu'à cet instant que Hiroshi comprit qu'il avait perdu la bataille. Yuki Eiri serait toujours présent dans le cœur du Chewing-Gum peut importe ce qui pouvait se passer entre eux. C'est donc à regret que Nakado se recula et prit place aux côtés de son amour secret, attendant les révélations qui ne tarderaient pas à arriver.

Tu te souviens ce matin je t'ai dit que je parlerais de quelque chose de très important avec Yuki, commença-t-il. Et bien….c'est que….

- Shu, nous n'avons qu'une heure pour régler ce problème alors ne tourne pas autour du pot, le prévient Hiro qui ne voulait toutefois pas brusquer son ami.

- Depuis quelque temps Yuki et moi avons…un problème. C'est comme un manque, un vide que je ne comprenais pas…jusqu'à hier, lorsque nous…

- Oui et… s'impatienta le bassiste qui ne voulais pas entendre parler de ses exploits sexuels.

- Un manque de désir, c'est ce qu'on ressent. Enfin…c'est ce que MOI je ressens mais je ne sais pas si c'est le cas de Yuki.

- Alors pourquoi tu t'énerve tant? Vas le voir et demande lui.

- Non, le problème c'est que… lui aussi était sortit hier soir et quand je suis revenu ce matin, on c'est croisé dans le couloir. Ce que je veux te dire c'est qu'il n'a pas dormit à la maison…

Nakado se tut soudainement en comprenant ce que voulait insinuer le jeune chanteur. Shuichi croyait que Yuki l'avait trompé… Bien qu'en son fort intérieur il aurait souhaité de toutes ses forces que ça soit la vérité, Hiroshi n'y crut pas. Yuki Eiri était peut-être un homme sans cœur mais il avait apprit, à force de côtoyer le petit être rose, à le respecter. Donc, Yuki n'avait pas pu tromper Shuichi. Mais si c'était vraiment le cas, pourquoi ne pas avoir dormit chez lui? Hiro en vain à la conclusion qu'il devait se tromper, Yuki n'était peut-être pas si innocent que ça…

Tu as peut-être raison, laissa-t-il tomber alors qu'il vit les grand yeux de son ami se remplirent de larmes pour la deuxième fois cette matinée.

-Mais même si c'était vrai, même s'il est allé dormir ailleurs parce que je ne suis pas bon ou parce que je suis collant ou parce que je ne lui fait pas bien à manger…je l'aime. Je l'aime et jamais je ne le quitterai, tu entends JAMAIS.

Réalisant soudainement qu'il avait crié ses dernières paroles, Shindo s'effondra en larmes en se blottissant dans un coin du fauteuil, le plus loin possible de Hiro qui le regardait, impuissant. Comme il se détestait en ce moment de ne pas pouvoir trouver les bonnes paroles, celles qui l'auraient réconfortées. Au lieu de quoi, il le regardait sans bouger. Ce qu'il pouvait être idiot des fois!

Surmontant enfin son chagrin, le gamin aux cheveux roses sécha maladroitement ses larmes et, en guise d'excuse, servit un sourire désolé à Hiro qui l'observait avec inquiétude. Se levant finalement de son fauteuil de cuir noir, Shindo vint enlacer son ami dans une étreinte beaucoup plus que fraternelle ; c'était sa façon à lui de terminer leurs péchés. Aucun autre mot ne fut prononcer, Hiroshi avait clairement comprit le message, jamais il n'aurait autant de place que Yuki dans le cœur de Shuichi.

Retournant ensemble au studio, Hiro et Shindo surprirent Fujisaki et Sakano qui s'attendaient à les voir réapparaître bien plus tard. D'un commun accord, les deux musiciens se mirent à entamer le premier couplet et c'est avec un grand soulagement que Suguru se joignit à eux. Le reste de la journée se déroula sans d'autre encombrements majeurs pour Shuichi qui regagna peu à peu le sourire sans toutefois être capable d'oublier l'image du visage encoléré que son amant avait eut, plus tôt dans la matinée.

Justement, lui non plus n'était pas capable d'effacer le visage tourmenté de son amant au cœur sensible. Avait-il été si méchant pour que celui-ci parte de l'appartement, les larmes aux yeux car même s'il ne l'avait pas remarqué, Yuki avait parfaitement vu les larme s'accumuler dans les grands yeux de Shuichi avant qu'il ne quitte le condo en catastrophe. Et pourquoi n'avait-il pas eut le courage de lui exposer les solutions qu'il avait trouvé? De peur que Shindo lui demande ou il les avaient trouvées, ou plutôt comment? Ou avec qui?

Autant de questions qui ne trouvèrent aucune réponse et qui empêchèrent l'écrivain, au grand damne de celui-ci, de continuer de rédiger son chapitre. Alors, quand quelqu'un frappa à la porte, l'homme blond renonça à écrire quoi que ce soit pour la fin de l'après-midi. Mais qui pouvait bien être la personne qui le dérangeait? Shuichi?! Non impossible, il n'avait pas encore finit sa journée au studio. Eiri ouvrit la porte, bien malgré lui, et tomba nez à nez avec Tôma qui l'attendait, un sourire non-chalant sur les lèvres, légèrement appuyé conter l »embrasure de la porte.

Comment vas notre grand écrivain, demanda-t-il en obligeant Yuki à reculer alors que son invité avançait d'un pas dans sa direction.

- Bien et toi Tôma, demanda-t-il d'une voix d'ou perçait un soupçon d'agacement.

- Bien aussi merci de t'en informer, répondit-il en faisant le tour de la pièce centrale. J'ai croisé Shindo-kun ce matin…il était en retard, dit-il en observant bien la réaction de l'homme aux yeux de chat.

Ce dernier resta de marbre pour quiconque aurait regardé la scène de l'extérieur mais l'œil avertie de Seguchi capta un léger frémissement de sa lèvre inférieur et il eut sa réponse. Yuki et Shuichi était en querelle, c'était pourquoi Eiri réagissait à la simple mention de son nom. Mais la question était, qui des deux déclaré les hostilités? Eiri sans doute mais Tôma eut comme un moment d'hésitation.

Il n'était pas à la maison ce matin, demanda-t-il, certain d'avoir donné une simple hypothèse.

- Comment le sais-tu, s'emporta Yuki en lui servant un regard qui le glaça momentanément. Il te l'a dit?

- Non, répondit le Producteur qui mesurait enfin la porté de ses paroles. Je m'attendais plutôt à ce que tu l'ai foutu à la porte, avoua-t-il en remarquant le tressaillement de son interlocuteur.

Ce dernier se retourna brusquement vers son ami d'enfance pour le fusiller d'un regard meurtrier. Comment osait-il insinuer de telles choses? Bon d'accord il n'avait pas toujours été très gentil avec Shuichi mais c'était histoire du passé maintenant. Il l'aimait et jamais il ne lui ferait du mal. Pourtant, c'est ce qu'il avait fait ce matin même. Yuki prit sa tête entre ses mains en fermant les yeux, jamais il n'avait tant souhaité d'être seul . Bien que Seguchi ne soit pas de tout repos, Yuki était heureux de le voir…habituellement. Mais les nouvelles qu'il lui apportait avait miné son moral déjà fragilisé par le début de journée plutôt mouvementé.

Il devait arrêter de voir Tôma sinon….La conscience de l'écrivain approuva ; Seguchi était une menace réelle pour son couple, si toutefois il existait encore un couple, ne put s'empêcher de penser Eiri. Que faisait Shuichi? Pourquoi fallait-il qu'il aille besoin de lui pour approuver ses dires? Mais surtout, pourquoi fallait-il que Tôma se soit mêlé de tout ça? Bien décidé à régler seul ses problèmes, Yuki se leva d'un bond et, sans même laisser le temps à son ami de réfléchir, il le poussa jusqu'à la porte. Violement, il le plaqua contre cette dernière et, d'un mouvement furtif, l'embrassa passionnément avant de faire tourner la poignée et de pousser Tôma dans le couloir.

Il avait réussit, il avait repoussé la dernière menace qui pesait sur son couple et plus jamais, il se le jurait solennellement, il ne referait la même erreur. Pour lui, pour Shuichi, si ce dernier voulait toujours de lui…Un grand sentiment d'accablement s'empara alors de Yuki Eiri et pour la première fois de sa vie, il eut peur. Peur de perdre celui qu'il aimait le plus au monde. Peu de se voir refuser le bonheur, peur de se faire rejeter. L'homme blond s'effondra sur le canapé du salon, regardant furtivement l'horloge qui égrenait lentement, trop lentement, les secondes, les minutes qui le séparaient du moment de vérité, le moment ou il avouerait tout à Shuichi.

Ce moment arriva malheureusement beaucoup plus vite que l'écrivain ne l'avait prévu car en réalité, la journée de Shuichi se termina plus tôt que prévue. Après avoir dévoré son repas du midi, le jeune chanteur avait été en feu tout le reste de l'après-midi. Le groupe avaient donc terminé leur répétition dans les alentours de seize heures au lieux de dix-huit heures. Mais lorsque le jeune artiste sortit à l'extérieur, la luminosité était la même que s'il avait été l'heure du souper. La raison : de gros nuages noirs qui s'accumulaient lentement mais surement dans le ciel de la capitale et qui menaçaient de déverser une pluie torrentielle à tout moment.

Pressant le pas, Shuichi traversa à la hâte la dernière rue qui le séparait de l'appartement qu'il partageait avec…

Yuki, murmura-t-il en s'arrêtant au milieu du trottoir. J'arrive !

Même si la peur lui nouait les entrailles à l'idée que son point de vue ne soit pas bien prit par l'homme qu'il aimait, Shuichi gravit les marches qui le menaient tout droit au centre de ce prochain cauchemar. Une fois devant la porte, il respira un bon coup avant de tendre une main légèrement tremblante vers la poignée. La porte grinça légèrement et s'ouvrit sur l'appartement.

Face à lui, se tenait un homme, assis dans un fauteuil du salon, étrangement captivé par la télévision, chose plutôt anormale en ce qui concernait Yuki Eiri qui d'ordinaire détestait la télévision. Shuichi entra et se dirigea vers la chambre sans un mot. Toujours immobile dans le salon, Eiri se tenait tranquille, ayant décidé d'attendre que le jeune artiste fasse les premiers pas. Comme il détestait ce lourd silence qui planait entre eux… Puis, d'un coup, il se mit à haïr la personne qui venait de lui proposer de faire le souper. Pourquoi donc faisait-il comme si de rien ne s'était passé? Pourquoi n'essayait-il pas de s'excuser comme il l'aurait fait avant. Parce qu'il n'était pas le seul à avoir dormit ailleurs la nuit dernière, pensa amèrement l'écrivain aux cheveux blond.

Dans la cuisine, Shindo s'était immobilisé devant le frigo. Pourquoi n'était-il pas capable de faire cesser ses petits mécanismes qui lui faisaient faire tous ses actes routiniers? La routine….celle-là même qui lui avait fait embrassé Yuki ce matin. Cette même routine qui l'empêchait de faire face à son amant à cet instant présent. Alors qu'il ouvrait la porte de l'électroménager, celle de la cuisine fut brusquement ouverte pour laisser passer la silhouette que le cuisinier connaissait parfaitement pour l'avoir découvert à mainte reprise leur de leurs chaudes nuits…

Shuichi soupira, accordant un bref regard à son amant blond qui venait chercher une de ses nombreuse canette de bière. Comme la vie était cruelle de lui avoir donné un ange pour veiller sur lui mais lui refuser de parler pour ne serait-ce que tenter d'expliquer sa conduite plus que douteuse de la nuit dernière. Au lieu de quoi, il faisait à manger dans l'espoir que ces petits gestes du quotidien face revenir un peu de joie dans l'appartement…mais il doutait que cela puisse fonctionner.

Après avoir placé les pâtes dans l'eau bouillante, Shuichi se décida enfin à parler à Yuki. En sortant de la cuisine, le jeune homme remarqua du coin de l'œil que la pluie avait commencé à tomber dans les rue maintenant désertes de Tokyo. Mais pour l'instant, il avait d'autre préoccupation. Il rejoignit l'homme de sa vie qui n'avait pas bougé du salon depuis qu'il était venu se chercher quelque chose à boire. Shindo s'assit doucement sur le fauteuil, refoulant ses larmes lorsqu'il capta le mouvement de recul que son amant avait eut en le voyant approcher. Qu'avait-il donc fait pour être si désagréable?

N'en pouvant plus, il se jeta dans la gueule du loup en se retenant pour ne pas débiter tout d'un coup son histoire tellement il avait l'impression que ça le brûlait par l'intérieur. Il portait depuis trop longtemps déjà ce lourd fardeau et s'en était assez. Yuki saurait TOUT que ça lui plaise ou non…et Shuichi vivrait avec les conséquences de ses actes mais au moins il aurait dit la vérité.

Je suis allé chez Hiro hier soir, lâcha-t-il soudainement.

- Tu as dormit avec lui, demanda froidement Yuki après s'être crispé pour la énième fois cette journée là.

- Chez lui, rectifia Shuichi qui baissa le regard de honte. Non…..tu as raison. J'ai dormit avec lui.

- C'est ce que je croyais, déclara Eiri en se levant, incapable de rester à proximité du gamin.

- Mais Yuki, laisse moi t'expliquer, s'empressa de sire Shuichi en se levant à son tour pour se planter devant l'écrivain, l'empêchant ainsi de fuir dans son bureau.

- Je n'ai pas besoin d'entendre que tu as couché avec lui, lui cracha-t-il au visage, ignorant les larmes qui commençaient à s'accumuler dans les yeux de son amant...non ancien amant !

Eiri voyait très bien que ses paroles s'étaient enfoncées très profondément dans le cœur tendre de Shuichi, mais il n'avait pas put retenir les mots de sortir de sa bouche et Yuki Eiri n'était pas le genre d'homme à revenir sur ces paroles, aussi blessantes soient-elles. Incapable de retenir plus longtemps le flot de larmes qui faisait briller ses grands yeux, Shindo ne s'éternisa pas sur les sanglots qui montaient quelques fois de sa gorge. Il n'avait pas terminé son combat!

Tu sais pourquoi je te plains en ce moment Yuki, demanda le jeune chanteur d'une voix qui le surprit lui-même, calme et posé. C'est parce que peut importe ce que tu pense de moi en ce moment, je ne te laisserai pas. Parce que même si je suis qu'un gamin bruyant et collant, même si tu aimerais peut-être bien d'autre cuisine que la mienne ou d'autres amants que moi. Je t'aime et tu resteras toujours l'homme de ma vie Yuki. Tu entend ce que je te dit? Je t'aime et jamais je ne te quitterai! Je suis prêt à faire ce que tu voudra pour devenir parfait, comme tu le veux mais je ne te laisserai Yuki parce que JE T'AIME PLUS QUE TOUT AU MONDE!!

Criant ses dernières paroles, le jeune homme aux cheveux roses ne remarqua seulement après que le tonnerre avait éclaté en même temps que sa dernière phrase, comme pour accentuer la signification d'une telle déclaration. Il osa enfin lever les yeux et tomba dans un tourbillon de sentiments dorés. Eiri le regardait, à la fois entre la colère, l'admiration, la peur et la joie. Shindo était tellement imprévisible. Enfin, il lâcha son pire cauchemar, parfaitement conscient que cela risquait de faire basculer les nouvelles résolutions de Shuichi car lui aussi, avait des choses à lui expliquer…Des choses qui lui feraient sans doute aussi mal que ce qu'il venait de lui dire.

…Moi aussi….J'était avec Tôma, laissa-t-il tomber.

Un autre coup de tonnerre vint briser le silence de mort qui s'était abattue sur le grand salon. Un éclair illumina momentanément le visage pétrifié de Shuichi qui avait espéré de tout son cœur avoir mal entendu mais il sut que Yuki ne blaguerait pas sur une chose si importante. Dans la faible lumière de la pièce, Eiri vit parfaitement les ruisseaux qui coulaient abondamment sur les joues du gamin qui avait partagé sa vie depuis de nombreux mois déjà. Et vlan, il venait de tout foutre en l'air. Jamais il ne se le pardonnerait. Jamais!

Shu…tenta Yuki

- Laisse-moi, gémit le jeune homme, sa voix ayant monté dans les aigues mais il ne fit pas attention.

- Écoute…

- Urusei, cria le chanteur, immitant ce que l'écrivain lui avait si souvent répété, avant de reculer précipitamment vers la porte de sortie.

Yuki tenta bien de le rattraper mais Shuichi fut plus rapide et claqua la porte alors que le bruit du tonnerre déchirait à nouveau le silence qui avait été troublé. Impuissant, légèrement chancelant, l'écrivain essaya tant bien que mal de retrouver son calme. Rien à faire. La douleur qui lui avait comprimé la poitrine lorsqu'il avait aperçue les yeux larmoyants de son amour n'avait fait qu'augmenter à mesure que la dispute prenait de l'importance. Cette fois, Shuichi ne reviendrait pas, Yuki en était presque sur. Comment avait-il fait pour être si insensible? Lui, Yuki Eiri qui, bien malgré lui aurait donné très très cher pour le bonheur de son Chewing-gum rose, voilà que c'était LUI la cause de son malheur.

Complètement vidé, l'homme aux yeux de chat s'Écroula littéralement sur le canapé du salon, sa main cherchant automatiquement une canette de bière qu'il ouvrit et cala d'un trait mais cela ne lui apporta aucun réconfort. Shuichi était partit à cause de lui! Il se releva, fouilla dans une armoire et dénicha son pire ennemi mais son meilleur ami également, sa bouteille de Wisky.

Les heures passèrent sans que Shindo ne donne de nouvelles. Yuki qui dut bien admettre qu'il ne pouvait tout simplement pas rester sourd à la peur qui lui nouait les entrailles, c'étai installé sur le rebord de la fenêtre, à guetter l'arrivée de son amant…arrivée qui ne vint pas. Alors, assommé par la moitié de la bouteille qu'il venait d'ingurgiter, Eiri s'endormit sur le canapé, la bouteille à la main et la tête tournée vers la porte d'entrée…

Voilà pour le troisième chapitre, je sais je sais, un peu mélodrame mais ça finit toujours bien n'est-ce pas? ;) Alors patience pour le prochain, et dernier, chapitre de cette fic. Merci de prendre le temps de me lire ça fait toujours du bien de savoir que ce que l'on fait est apprécié. Alors à la prochaine!