Les familles Keller & Bennet sont mon invention
Les personnages d'Assassin's Creed appartiennent à Ubisoft
« Mrs Frye ! »
Helen se retourna, panier au bras, le regard perdu dans la foule. Elle plissa ses yeux immenses puis aperçu un homme lui faire de grands signes.
« Mr Jones ? »
« Vous pouvez m'appeler William. » Répondit celui-ci avec un grand sourire.
Curieusement, la présence de cet homme lui réchauffa le cœur. La façon dont il la regardait, et dont son sourire s'élargissait chaque fois qu'il s'adressait à elle la rendait nostalgique. Il lui prêtait une attention toute particulière, c'était évident, et ce depuis leur première rencontre quelques années auparavant. Le soleil descendait, et les brumes annonçant une nuit particulièrement glaciale commençaient à flotter un peu partout dans Whitechapel , amenées par une brise venant de l'Est.
« Je… Voulez-vous un peu d'aide ? »
Helen comprit un peu tard qu'il parlait du panier plein à craquer de nouvelles provisions et réagit en conséquence. Un peu confuse, elle balbutia un petit 'non' suivit d'un sourire timide. « La maison n'est qu'à deux rues d'ici, je pense m'en sortir. »
« Je n'en doute même pas. »
Encore une fois décontenancée par la façon dont William s'obstinait à chercher son regard, Helen recula instinctivement d'un petit pas. Elle glissa une main dans ses cheveux et s'empourpra sensiblement. « Je vais rentrer avant qu'il ne fasse nuit noire. Je serais capable de me perdre dans ma propre maison, alors ici… »
Comme prit de court, William lança son bras en avant, mais se retint au dernier moment d'attraper sa manche. « Helen ! »
Il se mordit la lèvre, elle le trouva étrangement soucieux.
« Faites attention à vous… »
L'accent Irlandais adoucit sa voix. Pourtant, elle pouvait y déceler une certaine tension, quelque chose de troublant sous la douceur. Helen le remercia d'un hochement de tête puis pressa le pas en direction du seul endroit où elle pouvait encore souffler un peu, refoulant la pensée qu'un piège terrible soit en train de se refermer sur elle.
La jeune femme n'avait pas encore déboutonné son manteau que des cris venant de la cuisine lui parvinrent directement dans les oreilles. Fatiguée par les disputes qui opposaient Jacob et sa sœur, elle laissa couler un long soupire d'exaspération. Trois jours qu'Evie était ici, trois jours qu'ils s'envoyaient des casseroles à la figure. Si Helen s'était imaginé que la seule présence d'Evie permettrait à Jacob de se remettre sur les rails, elle s'était visiblement bien trompée. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que Jacob disparaissait encore la nuit, laissant à son épouse un arrière-gout d'échec.
« Tu agis sans réfléchir aux conséquences de tes actes Jacob ! Je suis partie confiante, convaincue que tu saurais gérer la situation ! J'ai été stupide d'imaginer que pour une fois dans ta vie, tu pourrais faire preuve de maturité ! »
Helen, toujours invisible dans le hall d'entrée, arqua un sourcil fouinard, désireuse d'en entendre un peu d'avantage avant de jouer les trouble-fêtes. Revancharde, elle se pencha et aplatit une oreille contre le mur pour être certaine de ne rater aucune miette de ce qui allait suivre.
« Dis-moi, à quoi pensais-tu en allant voir cette femme ? »
« Je pensais qu'il était question de Londres. » Répondit Jacob avec un calme olympien.
« Est-ce qu'Helen sait ? N'as-tu pas suffisamment brisé cette famille en fonçant toujours tête baissée ? Faut-il que l'on reparle de l'origine du prénom de ta fille ? Ou bien de– »
« Seigneur, qu'est-ce que tu veux Evie ?! »
Helen dégluti avec peine à l'évocation de la mort de sa sœur. Des souvenirs douloureux se pressèrent dans sa tête à l'image d'une foule qui se rue vers une sortie de secours lors d'un incendie.
« Il faut que je te pose une question… »
« Que tu me poses une question ? » Coupa Jacob, furieux. « Tu sais que c'est de ma vie privée dont il est question ?! Penses-tu être la mieux placée pour pointer mes erreurs du doigt ?! Toi et Greenie avez fui l'Angleterre pour vous installer sur un autre continent ! Tu m'as laissé seul avec 6 millions d'habitants sur les bras ! »
Evie affronta son regard sans réfléchir. « C'est important, Jacob. »
« Qu'est-ce qui est si important, bon sang ! Qu'est-ce que tu veux me demander ?
Evie prit une profonde inspiration et Helen en fit de même.
« Je veux savoir pourquoi tu n'as pas convaincu Helen de partir avec les enfants. »
« Tu remets ça sur le tapis ? Jesus, Evie ! Qu'est-ce que ça peut faire ! »
« Réponds simplement à la question. »
Il la toise. Ses yeux ne trahissent que sa colère. Il finit par lui tourner le dos et noue ses mains derrière la tête. Plus le temps passe et plus le désespoir submerge la rouquine, tapis dans son coin. Pendue aux lèvres de son époux, elle attend que le couperet tombe, avec le sentiment qu'elle ne devrait pas écouter ce qui allait suivre.
« Helen est parfaitement capable de prendre ses propres décisions. »
« Jacob. »
« Elle est la mère de mes enfants, je ne laisserai jamais qui que ce soit lui faire du mal. »
L'estomac d'Helen se sert. Elle s'approche d'une étagère qui va de la fenêtre à la porte. Une unique photo interrompt la rangée de chapeaux et casquettes. Un cliché du couple le jour de leur mariage, dans un cadre doré. Jacob a les cheveux en bataille – comme toujours – et sourit. Helen le couvre d'un regard adorateur. Elle a aussi les cheveux courts en comparaison d'aujourd'hui, avec une frange épaisse qu'elle n'avait pas gardée bien longtemps, et qui lui donnait l'air d'une adolescente.
Les voir lui brisa le cœur. Ils paraissaient si jeunes.
Et innocents.
« Et ce, bien que notre mariage ait la saveur d'un gros tas d'algues en train de pourrir au soleil. »
Touchée au plus profond de ses entrailles, de sa fierté et de son amour propre, Helen faillit se plier en deux sous le poids de ces aveux. Elle plaqua sa main sur ses lèvres afin d'étouffer son hoquet, et resserra sa poigne autour de l'étoffe par-dessus sa poitrine.
« Tu es injuste Jacob. »
« Peut-être. Peu importe. Je vis avec une femme aigrie que je suis incapable de satisfaire. » Il hésita brièvement, puis reformula autrement, d'une voix rauque. « Et je crois que je n'ai plus envie de la satisfaire. »
Helen se redressa d'un coup. Ivre de colère, elle balaya l'étagère d'un geste rageur et regarda le cadre se briser en miettes avant d'aplatir son pied sur la photo.
« T'as entendu ? »
Les jumeaux se précipitèrent dans le hall d'entrée après un bref regard, et n'eurent le temps d'apercevoir par la fenêtre que la silhouette d'Helen qui traversait la rue en courant. Jacob adressa à sa sœur une expression encore jamais vue sur son visage. Un mélange de colère et de détresse.
« Je m'en occupe. » Lui lança Evie, emboitant le pas à sa belle-sœur.
Impuissant, l'assassin fit les cents pas dans le salon, réalisant au fur et à mesure des secondes qui passaient, ce qu'il venait de faire. Il tenta de se remémorer avec exactitude les dernières phrases qu'il avait échangées avec sa sœur, tout en se demandant depuis quand Helen était-elle en train de les écouter.
« Helen… Pauvre idiote ! »
Exaspéré, il abattit son poing sur le mur.
/
La nuit avait beau être tombée sur la capitale, Evie n'eut aucun mal à rattraper la jeune femme. N'hésitant pas à bousculer tous ceux qui se trouvaient sur son passage, elle referma sa main sur le bras d'Helen, forçant cette dernière à se retourner. « HELEN ! »
« Laisse-moi tranquille, Evie, j't'en prie ! »
Sa voix n'était plus qu'une supplique. Brisée. Les sillons dessinés par de lourdes larmes brillaient sous les lumières des lampadaires.
« Helen, les rues de Whitechapel ne sont pas sûres à cette heure-ci. »
La rouquine se libéra de son emprise et fit volte-face. Malgré le courroux qui grondait en elle, Helen parvint à s'adresser à sa belle-sœur avec juste assez de flegme pour que celle-ci la laisse partir.
« Je me rends chez les Bennet. Et par pitié, n'essayes pas de te faire l'avocat de ton frère. Je… J'en ai suffisamment entendu. Pour ce soir en tout cas. »
Evie eut un regard compatissant. La vérité, c'est qu'elle n'avait jamais compris ce qu'Helen avait bien pu trouver à son crétin de frère. Oh bien sûr, il était séduisant et – malgré ce qu'elle avait pu dire dans le passé – ne manquait pas d'intelligence ni de finesse. Mais il était égoïste et bien trop indépendant pour avoir la présence d'esprit de préserver son propre mariage.
« Jacob est un imbécile tu sais. »
Elles se dévisagèrent et Helene déglutit avec peine, essayant de mettre des mots sur ses pensées. Qui était le plus à blâmer ? L'imbécile ? Ou celle qui l'avait épousé ?
« Je ne rentrerai pas tard. » Souffla la rousse, avant de disparaître pour de bon.
/
Arthur Bennet était resté fidèle à lui-même. Les années qui passaient ainsi que son divorce n'avaient altéré ni son humour, ni son talent pour l'écriture. Quand il ouvrit la porte et qu'il trouva Helen, les yeux rougis et le visage défait, il prit aussitôt les choses en main et l'invita à entrer pour partager avec lui un repas ainsi que quelques bières.
Finalement, ils s'attardèrent surtout sur la bière, se contentant de réchauffer une conserve de petits poids qu'ils oublièrent quelque part dans la cuisine.
Arthur et Helen avaient conservé une amitié sincère qui n'avait fait que s'accroître avec le temps. Il était le parrain de ses enfants et elle était marraine des siens. Ils se confiaient beaucoup de choses, sans s'encombrer des codes de bienséance ou de bonne conduite. Après tout, il était celui qui l'avait accompagnée durant toute sa première grossesse. Celui qui avait su mettre sa fierté de côté quand elle en avait eu le plus besoin, et qui était allé chercher Jacob tandis que ses sentiments lui hurlaient le contraire.
Arthur avait été profondément amoureux d'Helen. Même après avoir passé la bague au doigt d'Elizabeth, son ex-femme, il avait entretenu plusieurs années une pointe de jalousie envers Jacob. Considérant sûrement qu'elle méritait mieux qu'un casse-cou prétentieux en guise d'époux. Paradoxalement, il avait appris à apprécier franchement le chef des Rooks, lui trouvant des qualités qu'il n'aurait pas soupçonnées.
Aujourd'hui, les sentiments qui liaient Arthur à Helen se rapprochaient bien d'avantage de l'affection fraternelle, que de la séduction.
Il arrivait que la rouquine se demande à quoi aurait ressemblé sa vie si elle n'avait pas repoussé Arthur le jour où il l'avait embrassée. Comme ça, par curiosité. Ou par ennui. Elle l'ignorait. Serait-elle tombée amoureuse ? Ou aurait-elle passé ses journées à imaginer à quoi aurait ressemblé sa vie avec Jacob Frye ?
Elle se trouvait pathétique.
« A ton avis, qu'est-ce qu'il voulut dire ? » Souffla la jeune femme, visiblement éméchée, un énième verre à la main. « Que j'suis une épouse nulle, une ratée, tout juste bonne à dépenser de l'argent, une épouse pas vraiment à la hauteur de son héroïque mari ? »
Arthur lui adressa un sourire amusé. « Tu sais ma vieille, des mariages qui tombent en ruine c'est pas la fin du monde. » Il but une gorgée de son whisky irlandais et fit glisser sa langue sur sa lèvre supérieure. « Regarde moi et Elizabeth. J'en suis pas mort. »
Elle se redressa péniblement dans son fauteuil et lui lança un regard faussement accusateur. « Oui mais toi c'pas pareil. »
« Ah ? »
« Oui ! »
« Bon. »
Elle grimaça d'impatience. « Tais-toi donc ! »
Il secoua la tête. « Regarde le bon côté des choses : tu es toujours sous sa protection. Connaissant Jacob, il n'abandonnerait jamais ni ses enfants, ni son épouse… Aussi éplorée soit-elle. »
Helen gémit. Le grand miroir au-dessus de la cheminée lui renvoya une image qu'elle n'appréciait guère. Ses cheveux tombaient en boucles indisciplinées sur ses épaules, son teint était cireux et ses yeux étaient décidément disproportionnés par rapport à son visage.
Elle se leva et se mise de profil, ignorant royalement les ricanements de son hôte, observant la légère courbe de son estomac. Avant d'être enceinte, elle avait le ventre plat. Helen avait toujours été filiforme, à la frontière entre minceur et maigreur. Ses grossesses n'avaient pas altéré cette nature. Néanmoins, sa vision d'elle-même s'était faussée encore d'avantage, et elle se trouvait monstrueuse.
Pas étonnant que Jacob aille voir ailleurs. Non seulement elle était devenue plus froide qu'une porte de prison, mais elle refusait obstinément qu'il la regarde ou la caresse depuis son quatrième et dernier accouchement.
« T'as toujours été une belle femme Helen. »
Helen le regarda, hébétée. Arthur en profita pour reposer son verre, s'extraire de son fauteuil et poser sa paume immense sur la nuque de son amie d'enfance.
« Pas forcément la plus sexy, ni la plus délicate… Et à des années lumières de ta sœur. » Un sourire amusé s'étira malgré elle sur ses lèvres. Décidément, cet idiot trouverait toujours le moyen de la dérider, peu importe le contexte. « …Mais tu as ton charme de roturière. Je t'imagine bien en salopette avec de gros outils dans les mains. »
« Et par gros outils tu veux dire… ? »
Arthur éclata d'un rire franc et contagieux.
« C'que tu peux être salace ! »
/
« Elle me manque… »
Arthur arqua un sourcil interrogateur. Allongés tous les deux sur le tapis du salon, leurs élucubrations accompagnées d'un gramophone 'Victor V', avaient cessés, pour laisser place à une dangereuse nostalgie.
« Qui donc ? »
« Anna. »
Le mot jaillit de ses lèvres dans un souffle, si bas qu'elle crut qu'il ne l'eût entendue.
Arthur la fixa, une compassion sincère se lut dans ses yeux clairs. Il prit sa main dans la sienne et leurs doigts s'entrelacèrent.
« Quand elle est tombée malade, j'ai cru que c'était juste un rhume, ou une angine. Peut-être que si j'avais fait plus attention, elle aurait pu avoir un meilleur traitement et… » Sa voix se brise, elle tourne la tête pour échapper au regard d'Arthur, humiliée. « J'ai pas été capable de protéger ma propre fille. »
« T'es pas magicienne Helen. Personne n'aurait fait mieux, et tout le monde sait que si t'avais pu prendre sa place, tu l'aurais fait. Plutôt deux fois qu'une. »
« Si seulement Jacob pouvait avoir ce discourt… »
Arthur se redressa légèrement et la força à tourner la tête vers lui en emprisonnant son menton de sa main libre. « Jacob a perdu sa fille, comme toi. Comment veux-tu qu'il soit rationnel ? Vous êtes tous les deux dans le même bateau, et incapables de prendre du recul. Helen, tu n'peux pas lui demander d'avoir ma vision des choses, ce serait… Enfin tu n'es pas si naïve bon sang ! »
Une larme chaude dévala la joue de la jeune femme bien qu'elle lui sourit tendrement. Finalement, elle réalisa subitement qu'elle n'était pas tout à fait seule. Tant qu'Harry et Arthur seraient là, elle pouvait bien se passer de son imbécile de mari. Pas vrai ?
Elle ne pourrait jamais l'admettre, mais les mots qu'elle avait entendu sortir de la bouche de Jacob l'avaient profondément blessée. Pourtant, les divergences dans leur couple ne dataient pas d'hier. Mais le fait qu'il ait prit la décision de partager ses sentiments à une tierce personne – quand bien même il s'agissait de sa sœur – donnait à leurs problème un aspect officiel qui indiquait également qu'ils venaient de dépasser un point de non-retour.
Elle n'était pas prête à l'entendre.
Helen était très jalouse. Un trait de caractère que les absences répétées de Jacob avaient fini par faire naître en elle. Cette jalousie la rongeait chaque jour un peu plus, et le regard absent de toute émotion qu'il posait sur elle avait fini de casser le peu d'estime qu'elle avait pour elle.
« J'vais rentrer. » Lança finalement la jeune femme, qui récupéra sa main et se redressa du même coup.
Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, mais se doutait que sa parole donnée à Evie ne valait plus un clou.
Sur le chemin du retour, elle fut agréablement surprise en constatant que la neige avait cessé de tomber, et que les températures étaient restées dans les alentours de zéro. A chacune de ses respirations, une épaisse fumée blanche s'échappait de sa bouche, et elle se compara brièvement à une locomotive à vapeur. Une grosse locomotive que rien ne pourrait arrêter, pas même un chemin de fer.
De fil en aiguille, elle songea au train des jumeaux Frye. Cette immense carcasse de métal dans laquelle elle s'était réfugiée de nombreuses fois, et dans laquelle elle avait appris à connaître Jacob de façon plus… Intime.
Ce train lui manquait souvent. Synonyme d'aventures et d'une jeunesse révolue, elle avait eu le cœur brisée en apprenant qu'il avait été vendu. Bien qu'elle n'ait plus l'autorisation de monter dedans, il arrivait qu'Helen se rende jusqu'à la station Victoria afin d'admirer le colosse. Les tintements mécaniques, le bruissement des rouages et de la vapeur qui s'échappe, tous ces bruits qu'elle détestait il y a vingt ans, lui paraissaient désormais réconfortants.
Approchant de Whitechapel road, Helen commença à chercher sa clé dans la poche de son long manteau lorsqu'une poigne féroce se referma sur son bras et la contraint à s'arrêter.
« Margrett ? »
Que faisait-elle dehors à une heure pareille ?
« Vous m'avez fait une de ces peurs… »
Le visage de son interlocutrice était luisant de transpiration. Elle semblait retenir son souffle et le regard d'Helen trouva sa main crispée sur son tablier, au niveau de son ventre, où une tâche carmin ne cessait de s'étendre.
« Magrett ?! Seigneur ! Que vous est-il arrivé ?! »
La pauvre femme s'écroula et Helen s'empressa de s'agenouiller pour tenir sa tête sur ses cuisses. Elle essaie de crier mais aucun son ne sort de sa bouche. Ses dents étaient recouvertes d'hémoglobine, elle s'étouffait.
« A L'AIDE PAR PITIE ! QUE QUELQU'UN VIENNE M'AIDER ! » S'égosilla la rouquine, interrompu par les plaintes de la victime. « Qu-Quoi ? Qu'y a-t-il ?! »
« Méfiez-vous Mrs Frye… Mefiez-vous de Jacob. » Gémit-elle dans un ultime effort.
« Quoi ? »
Sa poigne autour de son chandail se desserra progressivement jusqu'à ce que son bras ne retombe mollement sur les pavés. Ses yeux étaient grands ouverts en direction du ciel, mais il n'y a plus la moindre étincelle de vie à l'intérieur.
« Magrett ?! »
« Helen ! »
Cette voix, elle pourrait la reconnaître entre des milliers d'autres.
« Jacob ? »
L'interpellé s'accroupit à son tour et Helen remarqua plusieurs traces de sang frais sur son gantelet, ainsi que sur sa veste.
« Qu'est-ce que tu fais là ?! »
« Je te cherchai. »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu l'as tuée ?! »
Jacob la regarda, sidéré. « Comment peux-tu– »
« Jacob, ne bouge pas ! »
L'assassin ferma les yeux, apparemment peu surpris par l'arrivée du sergent Abberline. Le couple se regarda pendant une seconde qui parut durer une éternité. Sur les traits creusés de son mari, Helen lut une grande fatigue, mais aussi de la souffrance. Il semblait sur le point de s'écrouler.
« Jacob… Que t'arrive-t-il ? »
Il esquissa un pauvre sourire, glissa son index sur l'arrête de son petit nez mais tourna la tête pour s'adresser à l'inspecteur.
« Désolé Freddy, tu sais que ça ne va pas être possible. »
Il leva son bras en l'air, et tous savaient déjà ce qui allait suivre. En clignement de paupière, l'assassin disparu. Peu enclin à perdre son temps à poursuivre l'invisible, Frederick rangea son arme et couru jusqu'aux deux femmes. Il prit le pouls de Margrett et ne put que constater son décès, alors il focalisa son attention sur Helen, la transperçant d'un œil sévère.
« Miss Keller. » Il n'avait jamais cessé de l'appeler ainsi, même après son mariage. « J'ai plusieurs choses à vous dire, à propos de Jacob Frye. »
Helen a le coeur brisé. Jacob ne veut rien révéler de ses secrets. Evie se retrouve seule face à une dangereuse énigme, et la pauvre Margrett a été assassinée.
A première vue, ça ne sent pas bon.
