Titre: Affaire de famille.

Disclaimer: Bande de sadiques, vous aimez me faire répéter que je ne possède rien de tout ce que j'utilise ?

Note de l'auteur: Disons que ça se passe pendant Olive-Oued ...

L'homme était suspendu à un des toits d'Ankh-Morpock, trois membres dans le vide et une main désespérément agrippée à la gouttière.

Mauvaise situation pour deux raisons :

Et d'un, il s'agit d'Ankh-Morpock la Puante, paradis de la crasse, des maladies bizarroïdes, des pigeons malpropres et des saucisses dans un petit pain de Planteur. S'il arrivait à détacher sa main de l'épais tapis de moisissures, l'homme aurait intérêt à se laver, décrasser, détartrer, voire s'amputer de la main s'il ne voulait pas voir un éco-système insolite se développer sur son avant-bras

Ce qui nous amène au deux : si l'homme arrivait à arracher sa main à la couche spongieuse, il avait de fortes chances de venir en aide aux physiciens Disque-mondiens en vérifiant la loi des éclaboussures, qui énonce que "plus on tombe de haut, plus grande est la tache résultante et plus les témoins risquent de rendre leur petit déjeuner et d'agrandir la tache précédemment formée".

Le seul bon coté de cette situation, c'est que cet homme ne pouvait subir qu'un seul de ces désagréments à la fois.

A coté du primate évolué qui aimerait probablement fusionner avec ses ancêtres simiesques pour regrimper sur ce **** de toit, un visiteur s'impatientait.

- BON VOUS POURRIEZ VOUS DEPECHER ? JE SUIS ATTENDU AILLEURS MOI.

Inconscient de l'impatience de son visiteur non désiré, l'homme se balançait et essayait de ne surtout pas lâcher. Son bras commença à trembler, et ses doigts à glisser sournoisement avec la sueur qu'il produit sous l'effort et la peur. Ses muscles se tétanisèrent, il ne tiendrait plus longtemps.

Un cri retentit derrière lui: "C'est bon !"

Sans s'accorder un instant de réflexion, l'homme lâcha tout et se soumit aux désirs de Dame Gravité. Celle-ci, probablement aussi impatiente que le Faucheur de faire son boulot, ne lui octroya pas le don de lévitation, même s'il n'y avait qu'une chance sur un million pour que cela se produise.

Le sol se précipita à sa rencontre..

Et la chute s'arrêta violemment.

- OH NON ...

Affalé dans un matelas tellement moelleux qu'il n'arriverait jamais à en ressortir tout seul, l'homme toujours vivant lutta, redressa la tête au prix de nombreuses contorsions et hurla : " Venez m'aider à sortir ! Y'a du désinfectant dans le coin ?"

Dans une pièce éclairée à la bougie, deux hommes étaient face à face. Le premier était l'infortuné acrobate précédemment vu, le second une espèce de caricature de noble étranger : costume chic, accent étranger, et moustache tellement fournie qu'elle pourrait servir de paillasson.

- Mouahahahahah, je vous avais prrrrrrévenu mon ami ! Le jourrrrrr où vous m'avez trrrrrrrahi, je vous avais dit que vous me le paierrrrrriez...

Mélo-dramatiquement, le moustachu leva l'arbalète qu'il tenait à la main, et l'arma.

- Et ce jour est venu ! Adieu !

Tchac.

- ENFIN ! fit une silhouette qui venait d'apparaître.

L'homme visé recula d'un pas sous le choc, et baissa la tête vers le carreau d'arbalète qui dépassait de son ventre. Sa main effleura l'empennage comme pour se convaincre de sa réalité; dans un geste mélodramatique, il s'écroula sur ses genoux, tendit ses doigts tachés de sang vers son agresseur et s'écroula, les bras en croix.

- Coupez ! fit une voix venue de nulle part.

La scène se transforma subtilement : le moustachu jeta son arbalète déchargée et posa un genou à terre à coté de celui qu'il venait d'abattre.

"Hey Lus, ça va ?, demanda t il d'une voix désormais dénuée de tout accent étranger. Lus ?

Le cadavre répondit par un grommellement.

-Ouf ! Un moment, j'ai cru qu'j'avais raté le coussin plein de confiture de fraise !

- A DEUX CENTIMETRES PRES ET C'ETAIT BON ..., fit tristement remarquer une silhouette en noir dans un coin.

"Choc des épées, rencontres des titans."

Enfin, vu la taille respective des épées et des hommes, on devrait plutôt dire "Choc des épées titanesques, rencontre des ... rencontre." Et vu le poids des armes, l'adversaire du trompe-la-mort risquait moins de le taillader que de le tabasser.

Et après l'assaut au cours duquel on assista à un épisode mémorable de jonglage avec cinq fleurets et une magnifique projection de coutelas les yeux bandés, l'homme s'écroula dans un "Argleglglglaaaaa" du plus bel effet, victime apparemment d'un revers de lame du coté gauche.

- Elle est bonne, on la garde !" hurla une voix proche. "On passe à la scène suivante : la course contre les piranhas affamés !"

- MAIS ARRETEZ DE LE GARDER !" gémit une voix inaudible pour la majorité des êtres vivants, alors que l'homme se relevait, visiblement peu emballé à l'idée d'aller piquer une tête dans le bassin rempli de charmants exemples de la faune carnivore Extrême-Bordienne.

Après une énième scène de pirouettes, saltos arrière et doubles vrilles avant au milieu de l'armurerie de la Guilde des Assassins, pendant qu'un groupe de ninja lui jetait toutes sortes de choses pointues dessus...

- UNE CHANCE PAREILLE, C'EST IMPOSSIBLE. CA VA FORCEMENT TOURNER.

Après une scène soi-disant comique avec des clowns armés de seaux de chaux blanche, de trois camemberts bien faits, d'un canard en plastique jaune coincoinant et d'une échelle assommeuse...

- MAIS COMMENT UN HUMAIN PEUT-IL SURVIVRE A CA ? CE N'EST PAS NORMAL !

Après qu'on l'ait poussé dans l'Ankh, avec des poids d'une dizaine de kilo aux pieds, et qu'il en soit sorti indemne (à l'exception de semelles de chaussures rongées) ...

- LE DERNIER VAMPIRE JETE DANS L'ANKH S'EST DECOMPOSE A SON CONTACT. COMMENT FAIT-IL POUR ... ?

Après "une petite explosion inoffensive" supervisée par la Guilde des Alchimistes, et qui faillit par conséquent raser le quartier ...

- JE L'AURAI UN JOUR ! JE L'AURAI !

Et c'est finalement une arête de poisson qui eut raison du cascadeur intrépide.

Alors qu'il se trouvait dans la loge en train de relire les contrats qu'on lui proposait (avec entre autres comme propositions de situations : faire visiter une usine de boudin à des vampires, aller déguster d'authentiques "stiks de viande idantifiée" à l'Antre de Harna, un restaurant typiquement morporkien, ou jouer les mimes devant le palais du Patricien) tout en dégustant un sandwich au thon, une arête innocemment (hem hem) placée là par le Destin décida d'aller prendre résidence au fond de sa gorge.

Aussitôt l'homme lâcha tout pour essayer de déloger l'importune de là.

Las, l'arête avait l'air de bien se sentir chez elle là-dedans, et décida 1) de signer un bail métaphorique pour la prochaine éternité et 2) de virer tout l'air squatteur qui voulait entrer par là, et ce sans même lui avoir demandé poliment auparavant, le vil fraudeur.

Inutile de vous décrire le combat acharné de l'homme contre l'arrête, ses pénibles tentatives pour déloger de là la locataire et sa chute finale contre le plancher alors que cette fichue écharde s'incruste et s'accroche comme une moule à son rocher. Contentons de passer à la suite : une ombre transparente au dessus de son ancien corps, se jurant de devenir végétarien.

- ENCORE VOUS ?

Surgi d'on ne sait où, un squelette en robe noire apparait au centre de la pièce, une faux à la main. Il jette un regard au fantôme, au cadavre, avant de revenir sur le fantôme et de lâcher un : "ENFIN !". Même si la voix reste monocorde, on sent comme un accent de fierté dans le ton. Plus ou moins étonné par l'apparition, l'homme essaie de... euh... entamer la conversation ?

- Euh... Vous êtes la Mort non ? Mais on s'est déjà rencontré, vous êtes sûr ?

- OH OUI, HUMAIN. TROP, TROP SOUVENT. VOUS SAVEZ LE NOMBRE DE FOIS OU J'AI DÛ VENIR ICI VOUS REGARDER VOUS FAIRE ECRABOUILLER, TRANSPERCER, ECRASER, CHUTER DE TREIZE ETAGES, NOYER, PROJETER, AVALER PAR UN TROLL GEANT, BRÛLER, ET JE NE SAIS QUOI ENCORE ?

- Quarante-deux fois ce mois-ci ? A peu près ?" avança l'homme.

- LA QUESTION N'EST PAS LA. C'EST HAUTEMENT EXASPERANT POUR MOI.

- Bah, c'est ... Enfin c'était mon boulot quand même. On frôle forcément la Mort quand on est cascadeur.

- ET BIEN VOUS NE DEVRIEZ PAS, HUMAIN. C'EST COMME SI VOUS INVITIEZ QUELQU'UN POUR DEJEUNER AVEC VOUS ET LE LAISSIEZ...

- Euh... Rincevent en fait. " glissa timidement le fraichement-décédé.

- ... ATTENDRE DEVANT VOTRE PORTE SANS JAM-" Le Faucheur interrompit sa métaphore alambiquée. "VOUS AVEZ DIT QUOI ?

- Quoi, quoi ?

- POURQUOI ME PARLEZ-VOUS DE RINCEVENT ?

- Bah c'est mon nom. Rincevent, Poelus Rincevent, mais j'aime pas mon prénom. Enfin si vous préférez continuer avec "humain" allez-y hein. C'est vous qu'êtes du bon coté de la faux, pas moi.

Silence de Mort.

- VOUS ETES LIE A RINCEVENT ?

- Bah, c'est mon nom. Mais de là à dire que j'y suis lié ...

- JE PARLE DU MAGE RINCEVENT, expliqua le squelette.

- Le ma-... Oh, je vois. Un grand machin en robe crasseuse, qui a l'air d'un crayon rouge mal taillé avec son chapeau ?

- C'EST CA.

Le cascadeur émit un espèce de petit rire, plus d'excuse que de de franche gaieté.

- Alors c'est un de mes neveux, j'l'appelle "Turlututu". Rapport au chapeau pointu, v'voyez", précisa-t-il devant le manque de réaction de son interlocuteur face à ce qu'il estimait être une plaisanterie hautement désopilante." Mais pourquoi vous demandez ça ?

- DIS ALBERT ...

- Oui maitre ?

- RAPELLE MOI COMMENT ON DEVIENT MAGE

- Pardon ?
- RAPELLE MOI COMMENT ON DEVIENT MAGE.

- Hein ?

- RAPELLE MOI CO...

- J'ai saisi, j'ai saisi ! Mais vous savez déjà ça ! Un mage, c'est le huitième fils d'un huitième fils. Pourquoi vous me posez la question ?

- PARCE QUE J'ESPERAIS ME TROMPER.

- ...

- ALBERT ?

- Quoi encore ?

- COMMENT FAIT-ON POUR PLEURER ?

- M... ? Vous n'allez pas bien ? Et puis pourquoi vous voudriez pleurer d'abord ?

- QUINZE ALBERT. IL Y A AU MOINS ENCORE QUINZE RINCEVENT EN LIBERTE ! QUINZE ! C'EST HORRIBLE ! JE N'Y ARRIVERAI JAMAIS ! QUINZE !

Pour vous faire adopter par les Rincevents et désesperer encore un peu plus le Faucheur, cliquez sur le petit bouton Review et laissez-y nom, prénom, et code de carte banc... non, en fait, un petit mot pour l'auteur ça serait déjà bien.