Posté le : 25 Janvier 2016.


Mémo : Finalement, les votes sont ouverts pour les chapitres 1 et 2 jusqu'à nouvel ordre. À votre place, j'en profiterai !

Réponses aux reviews anonymes:

Coukie : Il n'y a pas vraiment d'explication à avoir entre Draco et Pansy. Il l'a violé. Point. Je ne crois pas qu'elle serait heureuse de le revoir, de toute façon.

Clelinou : Si la réaction de Pansy t'a paru ''très peu virulente'', c'est normal. C'est l'effet voulu. Tout le monde ne se débat pas comme un forcené quand on est agressé, d'autant plus quand l'agresseur est un ami proche... Le choc et la peur prend le pas sur le reste.

Const : Merci baby chou.

Monster : En prison, il n'y a aucune obligation de visite médicale, sauf en cas d'épidémie (et encore...). Ce sont les détenus qui doivent faire la demande d'aller voir un médecin, et non pas l'inverse. Des gens en prison sont déjà resté 15 ans sans voir un seul toubib, donc bon.

Guest : Haha, bien joué ! C'est vrai que ce cas de figure pourrait être assez comique si cela se produisait.

Guest 2 : Certes, Draco est un con. Mais il n'a pas compris le viol, loin de là.

Nonoé : On reverra Quirrell, mais pas tout de suite ! Il aura le droit à sa mini-storyline. Dans cette fanfiction, puisqu'il s'appelle toujours Tom on peut supposer qu'il est encore assez ''jeune'' (en même temps, je vois mal les gardiens entrés dans son jeu et l'appeler par son pseudo). On peut dire qu'il en a vers 35-40.

Silkydrag : Il n'y a aucun stratagème politique derrière le viol de Pansy. Draco est simplement un criminel qui ne se reconnaît pas comme tel. Il n'y aura pas plus de background sur lui que ça parce que je ne me focalise pas sur un seul POV. On continuera d'apercevoir Draco, mais il n'est pas le personnage principal. D'ailleurs, personne ne l'est. Sinon, je trouve ça assez horrible de vouloir que Draco revoit Pansy... C'est une victime. Je ne vois pas pourquoi ça serait une bonne chose pour elle.

Sunny : Le chapitre basé sur Gilderoy arrivera un peu plus tard dans l'histoire, mais il continuera d'intervenir à certains moments.

Anonyme : Oui, le POV de Tom sera assez épique. Du moins, c'est comme ça que je l'imagine. Patience, patience...

Margaux : Attention, je n'ai pas voulu rendre le crime moins horrible ! Dans le chapitre 2, on est dans l'esprit de Draco, donc forcément, en ayant ses pensées, son acte a un autre aspect que si j'avais écrit du point de vue de Pansy. Après, c'est au lecteur de le comprendre et d'en tirer ses propres conclusions. Sinon, Dumbledore n'est pas prévu au programme pour l'instant. Je ne lui ai juste pas encore trouvé de place.

BertSnapBlack : Pour l'instant, je n'ai pas encore décidé de ce que je ferai de la storyline entre Tom et Harry (ou même s'il y en aura vraiment une...). À voir.

Camillou : Une action se déroulant dans la Max ? Ça m'a l'air un peu compliqué vu leur abscence totale de liberté... Mais on peut toujours rêver !

ManeSilverBlack : Aucun clin d'oeil avec le sortilège de l'Imperium. Juste une suggestion de Tom. Parfois, il n'y a pas de messages cachés ou de clins d'oeil, hein. Dans ce chapitre-ci, il y en aura davantage par contre ! Bonne chasse.

Fanta : Pas de magie dans cette fic. Donc le meurtre de Goyle a forcément une explication rationnelle. Ce chapitre-ci sera un peu différent des précédents... Je te laisse découvrir.

Bonne lecture !


Chapitre 3 : USURPATION

Sous-titre : Le clou du spectacle

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Arthur Weasley.

Matricule :: 6870. Crime :: Usurpation d'identité. Sentence :: 17 ans.

Arthur Weasley sortit de sa visite médicale avec des lunettes flambant neuves. Cela lui avait coûté cher, mais il fallait dire que le résultat était spectaculaire. Les couleurs, le contour des objets, l'horizon... Tout semblait plus clair à présent. Arthur s'était levé ce matin-là d'une extrême bonne humeur. L'administration avait finalement accepté de le transférer à l'atelier mécanique, au détriment de son emploi avec les services d'entretien. Il gagnerait trente cents de plus par heure, ferait un job plus stimulant et les détenus qui s'y trouvaient ne manquaient pas d'humour. En plus de ça, ses enfants lui avaient tous envoyé une carte pour son anniversaire et il venait d'apprendre qu'il serait grand-père pour la toute première fois. Qui aurait cru que Bill épouserait cette française ? Comment s'appelait-elle déjà ? Capucine ? Violette ? Rose ? Enfin, peu importe : le bébé arriverait bientôt.

D'un pas détendu, presque guilleret, il rejoignit sa cellule du second étage. Cuthbert Binns – son codétenu – dormait profondément, allongé sur le côté. Arthur sifflotait joyeusement un air de jazz tout en attrapant le dernier livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque (« Crime et Châtiment »). Il en était au début de la troisième partie quand une longue alarme stridente retentit dans tout le bâtiment. Chaque tonalité indiquait une consigne précise à suivre. Celle-ci – trois sifflements aigus et un gong – indiquait de se tenir immédiatement au sol, peu importe ce que les détenus faisaient. Arthur laissa tomber son livre et se jeta par terre.

Des gardes firent irruption à l'étage, vérifiant que tous les détenus suivaient les ordres. Dawlish s'arrêta sur le pas de la porte, sa matraque en main.

– Au sol ! cria-t-il pour se faire entendre par-dessus l'alarme. Au sol, détenu !

Arthur leva le nez vers la couchette de Binns. Il n'avait pas bougé d'un pouce. Finalement, la sirène se tut et Dawlish, déjà à bout de souffle, finit par perdre patience :

– Je compte jusqu'à trois, Binns. Si à trois vous n'êtes pas debout, je vous mets au Trou. Un... Deux... Trois ! Très bien, vous l'aurez voulu.

– Encore un rebelle ? soupira Podmore en entrant à son tour.

Arthur fronça des sourcils. Rebelle ? Cela ne ressemblait pas du tout à Binns. Dawlish le tira par le bras puis poussa un cri prodigieux. Sur les draps, juste sous la tête de son codétenu, se trouvait une énorme tache de sang...

– Nom de Dieu..., souffla Podmore.

Binns avait les mains couvertes d'un sang poisseux. Celles-ci étaient posées juste sous sa joue gauche, comme s'il dormait. Mais tout ceci n'était en réalité qu'un leurre... Un terrible leurre. Podmore se tourna vers Arthur.

– Comment cela se fait-il ? Répondez, Weasley !

– J'en sais rien ! glapit-il. Je viens tout juste de revenir de ma visite médicale ! Je l'ai trouvé comme ça. Il... Il avait l'air de dormir, alors je ne l'ai pas dérangé.

– Je croyais que Binns travaillait à la bibliothèque ? demanda Dawlish, abrupt.

– Il ne se sentait pas très bien ce matin, éluda Podmore, d'un ton incertain. Il avait demandé l'autorisation de rester ici pour se reposer. Je suis passé dans sa cellule il n'y a même pas trente minutes... Juste avant l'alerte pour fouiller les cellules.

– Qu'est-ce qu'on fait, alors ? On remet la fouille à plus tard ? Tu sais qu'ils sont capables d'ingurgiter la drogue que l'on cherche en même pas deux minutes ? chuchota Dawlish.

– Mais on ne peut quand même pas laisser ce foutu cadavre ici ! Je vais appeler Kingsley.

Tremblant de tous ses membres, Arthur se demanda comment sa journée si paisible avait-elle pu si mal tourner. Kingsley Shacklebolt arriva, talonné de peu par Rusard.

– Vous l'avez trouvé comme ça ? demanda le sergent instructeur.

– Exactement comme ça. Il avait les mains sous la tête, comme un enfant qui dort, précisa Podmore.

Shacklebolt enfila des gants, souleva les pupilles du mort, puis évalua toute trace de coups sur son corps en déboutonnant son uniforme.

– Aucun hématome. Aucune commotion, dit-il d'une voix lointaine. Mais on ne peut pas avoir une hémorragie du crâne sans... Par Jésus de Nazareth et tous les saints ! (En regardant de plus près, le sergent trouva quelque chose dans son oreille) Rusard, une pince. (Kingsley l'attrapa et l'entra en toute délicatesse dans le pavillon du macchabée. Lentement, il en sortit un long bout de métal ensanglanté) Un clou, dit-il. On lui a enfoncé un clou dans l'oreille pendant qu'il dormait.

Le sang jaillit de son crâne comme une petite fontaine et Shacklebolt l'absorba avec un morceau de drap. Tétanisé, Arthur regarda les gouttes rouges tombées sur le sol de sa cellule.

– Les gars, on ne cherche plus de la drogue aujourd'hui. On cherche un tueur en série... Il va falloir faire vite et proprement. Si on ne le retrouve pas immédiatement, ce petit malin risque de recommencer. Goyle... Maintenant Binns. Et puis qui d'autre ?

– Tu crois que c'est la même personne ? risqua Dawlish.

– Je suis prêt à mettre ma main au feu, chuchota Kingsley. Ce n'est pas exactement le même mode opératoire, mais il y a quand même des similitudes.

– Ombrage ne sera pas contente, geignit Rusard.

– Ce n'est pas Ombrage que nous devons craindre si l'on apprend que nous ne savons plus tenir nos prisonniers, prédit le sergent instructeur. Rusard, vous allez visionnez toutes les vidéosurveillances du couloir entre ce matin et maintenant pour dénicher le moindre indice. Dawlish, appelez les détenus à rejoindre la cour. Nous devons tous les évacuer afin de procéder à toutes les fouilles nécessaires. Quant à vous Podmore, je vous laisse la tache délicate d'en avertir notre directrice. Et vous Weasley, vous venez avec moi.

Shacklebolt rejeta le drap sur le corps de Binns qui souriait comme un bienheureux. Il ne semblait même pas avoir réalisé qu'il était mort... Ils fermèrent la porte de la cellule avant de s'éloigner, laissant la scène de crime presque intacte. Arthur fut relevé de force par un gardien et poussé vers la sortie. Il suivit Kingsley, tremblant des pieds à la tête. Le sergent instructeur siffla et les agents de la tour mirador se tournèrent vers lui.

– ON ÉVACUE ! cria-t-il.

Sans même contester son ordre, une seconde alarme – plus stridente que la précédente – secoua le bâtiment. Les prisonniers déboulèrent comme un troupeau de brebis, cavalant dans les escaliers pour se diriger vers la sortie la plus proche. C'était une sorte de torrent humain se déversant au bas de la prison. Au moindre geste brusque, au moindre bruit suspect, la situation pouvait dégénérer. Depuis qu'il était à Crawl Pills, on avait rarement fait sortir tous les détenus en même temps. C'était une manœuvre risquée, car en les libérant tous ainsi – sauf ceux de la Max et du Trou –, le travail des surveillants devenait plus ardu.

– Je veux que tous les agents soient réunis dans le hall principal dès que les détenus seront dans la cour, marmonna Kingsley dans son talkie-walkie. Personne ne doit être au sol avec eux. Qu'on laisse les miradors les surveiller d'en haut... Dubois, ne cherchez pas à savoir ! Je vous expliquerai tout dans dix minutes.

Arthur fut assis de force sur un banc, au milieu du couloir. Puis avec un énorme 'gong' les immenses portes se fermèrent simultanément. Dehors, des salves de voix se faisaient entendre. Les détenus s'exclamaient par centaine, exigeant de savoir ce qu'il se passait. La tour mirador, invisible au-dessus de leur tête, criait des ordres par mégaphone dont personne ne semblait tenir compte. Le calme n'était que factice, car la grogne montait. Les surveillants et gardiens se regroupèrent au bas des marches, haletant.

– Vous avez trente minutes pour fouiller toutes les cellules du block, formula Kingsley. Sauf celle de Weasley ici présent. Je l'ai fermée pour une autre affaire... Vous cherchez de la drogue. De la cocaïne selon le labo. On en aurait retrouvé quelques grammes dans le sang de Goyle, mais aussi près d'une poubelle de la cafétéria et sous une dalle de la cour. Je pense que quelqu'un a trouvé un nouveau moyen d'en faire entrer à Crawl Pills. Je veux que le stock soit retrouvé et détruit dans la journée... (Flint eut un léger rire qu'il dissimula derrière sa main) Une blague à nous faire partager ?

Le jeune gardien leva la tête vers lui, apparemment au bord de l'hilarité.

– Je comprends mieux pourquoi ce gros lard a atterri dans une machine à laver s'il était complètement stone.

Kingsley n'eut pas l'ombre d'un sourire et s'approcha d'une démarche déterminée :

– Vous devriez faire attention à vous, Flint, dit-il tout bas. Goyle était sans doute un détenu peu recommandable, mais il n'en demeurait pas moins un être humain. Jamais il n'aurait dû mourir, car il était sous notre responsabilité le temps de sa peine. Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle là-dedans. Donc à votre place, j'effacerais ce petit sourire narquois de votre sale tête de bite et j'essaierais d'être professionnel deux petites minutes. Si ça ne tenait qu'à moi...

– Mais cela n'est pas le cas, Shacklebolt, interrompit une désagréable voix aiguë. L'autorité ici me revient pleinement.

Dolores Ombrage avançait vers eux dans un horrible tailleur rose pâle lui faisant ressembler à un marshmallow. Elle était suivie de près par son assistante Marietta Edgecombe qui souffrait d'acné sévère à la trentaine passée. La pauvre fille dissimulait ses boutons disgracieux derrière une frange épaisse de cheveux blonds. Derrière eux, Podmore accourait, tenant dans ses bras un brancard dépliable. D'une taille minuscule, Ombrage dépassait à grand-peine le nombril de Shacklebolt qui était pour sa part plus grand que la moyenne.

– Vous outrepassez vos droits, sergent, dit Ombrage.

– Je me suis laissé emporter, articula Shacklebolt, la mâchoire serrée.

– Je vois ça, reprit la directrice, la bouche extrêmement pincée. On m'a dit qu'un cadavre avait été retrouvé dans l'une des cellules du second étage. Est-ce vrai ?

– Je ne vous ferais pas déplacer jusqu'ici sans un motif de la plus haute importance, rétorqua Shacklebolt. Si vous voulez bien me suivre... Podmore, gardez un œil sur Weasley. Les autres, commencez la fouille.

– Bien sergent, répondirent-ils en chœur.

Arthur regarda le sergent, la directrice et son assistante se diriger vers sa cellule. Miss Edgecombe n'entra pas dans la pièce, s'épargnant sans doute un spectacle macabre. Ombrage, en revanche, de part son statut, était obligée de voir le corps de ses propres yeux. Elle en ressortit une minute plus tard, l'expression du visage aussi indifférente que si on venait de lui annoncer la hausse des taxes sur le foin en Arizona. Elle redescendit les marches en métal d'un air songeur, les mains derrière le dos.

– Un tueur en série, donc ?

– En effet, conclut Shacklebolt. Ça m'en a tout l'air. Que cela soit pour Binns ou Goyle, le tueur a agit dans des lieux de passage. Regardez, la cellule se trouve juste à l'angle du block. Immanquable.

– Et que disent les enregistrements vidéos ? Vous avez réussi à en tirer quelque chose ?

Rusard s'avança, apparemment embarrassé :

– Il n'y avait rien, madame. La cellule n'entre pas dans le champ de la caméra, ajouta-t-il plus bas, craignant que Arthur ne l'entende. C'est un angle mort...

Les sourcils d'Ombrage bondirent si haut qu'ils disparurent dans ses boucles brunes rigides.

– Mais quelqu'un de la tour mirador a forcément vu quelque chose !

– Non, madame, répondit Rusard, gêné. Ils regardaient tous ailleurs... Une bagarre avait éclaté dans la cour. Cela a retenu leur attention pendant, je dirais, cinq minutes.

– Cinq minutes ? Suffisant pour qu'un détenu se faufile dans une cellule, et plante un clou dans le crâne d'un autre ! s'exclama-t-elle, au bord de l'hystérie. Jusqu'ici nous avons eu de la chance, messieurs. Goyle est mort sans aucune famille derrière lui pour ouvrir une enquête. Mais Binns a une fille qui par ailleurs avait lancé une pétition afin d'accélérer le procès de son père. Quand je vais devoir l'appeler pour lui annoncer que ce dernier est mort, vous avez tout intérêt à avoir retrouvé d'ici là le coupable... (Ses petits yeux mauvais se posèrent sur Arthur, comme si elle venait tout juste de remarquer sa présence) Que fait-il ici ?

– C'est le détenu partageant la cellule de Binns, informa Podmore. Il l'a trouvé dans cet état en revenant de l'infirmerie.

– C'est lui qui vous a averti ?

– Non, nous avons découvert le mort après avoir sonné l'alarme, ajouta le surveillant pénitencier.

– Weasley, mmh ? N'est-ce pas vous qui avez aidé à déloger Goyle de la machine à laver ?

– Si, c'est bien lui, balança Rusard en pointant sur le détenu un doigt accusateur.

– Et maintenant, poursuivit la directrice, vous voici encore sur la scène du crime. Étonnant comme coïncidence.

– Je n'ai pas demandé à être chargé de la dépouille de Goyle, madame. On est venu me tirer de mon lit, rectifia Arthur. Et pour Binns, tout le monde dans le block sait qu'on s'entendait à merveille. Cela fait onze ans que nous partageons la même cellule et il n'y a jamais eu le moindre ennui. Cuthbert adorait faire la sieste. Ça aussi, tout le monde le sait. Donc quand je l'ai vu allongé sur sa couchette, je ne me suis pas posé plus de questions. Est-ce un crime de laisser les gens dormir ?

– Non, prononça Ombrage après une longue minute de silence. Mais je ne vous crois pas non plus entièrement. Par mesure de sécurité, je veux que vous le placiez au Trou, Shacklebolt.

– Q-Quoi ?! Mais je n'ai rien fait ! protesta Arthur. Ma femme doit venir me voir cette semaine !

– Ça ne fait rien. Elle fera demi-tour. Rien de tel qu'une petite balade en voiture pour se changer les idées... En attendant, je dois vous placer à l'écart des autres détenus le temps que l'enquête progresse.

– Madame la directrice, intervint Shacklebolt, le Trou est réservé aux détenus récalcitrants. Ils doivent avoir enfreint le règlement pour s'y retrouver. Nous ne pouvons pas en conduire un là-bas sous le seul prétexte que...

– Que je l'ai décidé ? coupa-t-elle. Oh que si. Vous allez donc faire ce que je vous demande Shacklebolt, au risque de devoir postuler dans une autre prison du comté.

Ombrage leur tourna le dos, remontant l'immense couloir de ses jambes courtaudes. D'un geste de la main, Kingsley Shacklebolt ordonna à deux gardes de se saisir de lui. Arthur eut beau se débattre et protester, rien n'y fit. Dawlish et Dubois le tiraient presque pour qu'il avance. Ils passèrent près d'une fenêtre et Arthur vit les autres détenus s'attrouper au milieu de la cour, se regardant tous en chien de faïence.

– Dites à ma femme que ce n'est pas faute, glapit Arthur. Dites-lui que je n'ai rien fait, que c'est juste... pour la procédure. De ne pas s'inquiéter.

– On est pas des foutus pigeons voyageurs, Weasley, rétorqua Dawlish. Ce que ta femme pensera de ton absence n'est pas notre problème. D'ailleurs, ça m'étonne encore qu'elle continue à te rendre visite après toutes ces années.

Après un portique sécurité gardé par un agent, ils débouchèrent dans un couloir bien plus sombre et étroit que les autres. De l'humidité suintait sur les murs. L'air y semblait plus lourd et nocif. Si la plupart des cellules paraissaient vides, il était clair que les rares occupants faisaient tout pour se faire remarquer. « SORTEZ-MOI DE LA ! », vociféra une voix rauque tout en donnant des coups de pieds à une porte. « SORTEZ-MOI DE LA ! JE SUIS ENCORE VIVANT ! » On conduisit Arthur tout au fond, dans une minuscule cellule contenant simplement une toilette et un banc de fer. Dubois le projeta à l'intérieur et dit :

– Quelqu'un passera vous donner à manger et à boire.

Puis la lourde porte se referma et les verrous s'actionnèrent.

Stupéfait, Arthur resta un long moment debout au milieu de la pièce sans rien faire d'autre que d'écouter les cris étranglés provenant d'une cellule voisine. Finalement, le père de famille s'assit sur le banc et éclata en sanglots.

Il n'avait jamais rien voulu de tout ça ! Binns était son ami. Ils avaient pratiquement tout partagé ensemble. Personne ne souffrait plus que lui de son absence. Et désormais, on voulait le punir pour un crime qu'il n'aurait pas commis même dans ses plus atroces cauchemars ? C'était une logique à en marcher sur la tête ! Contre le mur face à lui se trouvait une étrange tâche moutarde ressemblant à du vomi. Arthur tourna la tête. Il découvrit aussi des sortes de graffitis faits d'encre rouge dont il préféra ignorer la provenance. Sous ses fesses, le banc était glacial. Froid comme un bloc de glace. Arthur se leva, fit un tour sur lui-même, puis revint au point de départ.

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. . . « C'est la deuxième fois cette semaine que l'on reçoit le courrier de ce Garrett St-Clair ! », dit Molly, agacée. « La nouvelle factrice est complètement dans la lune. L'autre jour, j'ai retrouvé le colis de Tante Muriel dans un pot de géranium. » Le petit Fred – alors âgé de quatre ans – faisait une grimace derrière le dos de ses parents. « Il va falloir régler ce problème d'adresse au plus vite », reprit Molly en déposant le courrier sur le rebord de la cheminée. « Notre boîte aux lettres n'est pas une poubelle. »

Arthur ne répondit rien, par mesure de précaution. Il fit semblant de ne pas avoir entendu puis termina d'un trait son café bon marché. Après un regard à sa montre, Arthur se leva pour ne pas être en retard au travail. Molly marmonnait toujours des imprécations contre la factrice lorsque son époux déposa un baiser sur sa tempe avant de s'éclipser.

Les premiers vents humides d'automne balayaient les rues sinueuses de Loutry Ste-Chaspoule. Arthur grimpa dans sa Ford Anglia bleu, prenant bien garde à ne pas écraser le minuscule tricycle de George. Combien de fois devra-t-il répéter aux enfants de ranger leurs jouets dans le garage ? La route fut tranquille, hormis quelques bouchons autour du quartier d'affaires. Arthur gara son vieux tacot dans un parking souterrain puis alla ouvrir le coffre. Il en extirpa un costume flambant neuf ainsi qu'un attaché-case en véritable cuir. Après avoir ajusté son nœud papillon en tweed, Arthur épingla à la poche de son veston une carte plastifiée.

Dessus, on pouvait lire : « Garrett St-Clair. Chargé de la coordination intradépartementale au Ministère du Commerce et de l'Artisanat. » Arthur se coiffa impeccablement dans le rétroviseur et, sa métamorphose enfin terminée, alla rejoindre le flot d'employés pressés.

Cela faisait tout juste dix jours que Arthur jouait à cette mascarade et jusqu'ici personne n'avait remarqué son petit numéro. Il passait sans aucun problème les barrières de contrôle du gouvernement, avait son propre bureau et un service de huit personnes à son entière disposition. Un gros changement par rapport à son ancien emploi payé au lance-pierre...

« Hé, Salut Garrett !... Ouh, ouh, Garrett ? » Pas encore habitué à son nom d'emprunt, Arthur prit un temps fou à réagir. Il se dépêcha d'avoir l'air surpris, rit légèrement et dit : « Désolé, Hamish, j'étais encore dans la lune. Ce métro va finir par me tuer. »

« Tu prends encore le métro ? » s'étonna Hamish. « À ta place, vu la position que tu occupes, j'aurai déjà demandé une voiture de fonction et un chauffeur. Oui, monsieur ! Rien que ça. » Hamish semblait sérieusement scandalisé qu'un haut fonctionnaire puisse se déplacer comme le commun des mortels. Maintenant qu'il y réfléchissait, son mensonge était malhabile : tous ses collègues avaient une belle voiture, raison pour laquelle Arthur garait la sienne loin de son lieu de travail.« Tu devrais écrire une lettre de réclamation au service des ressources humaines », poursuivit Hamish MacFarlan du même ton farouche. « Ils ne doivent pas être au courant que les chargés de coordination sont tout aussi importants que les directeurs de département... En tout cas, ça a été un plaisir de discuter avec toi Garrett. On se voit à la pause déjeuner ? »

« Sans problème ». Rayonnant, Arthur se faufila dans l'ascenseur et remarqua aussitôt que des stagiaires débordés lui jetaient des œillades apeurées.

Curieusement, cette sensation de toute puissance lui plaisait. D'accord, cela n'était pas de son fait. Mais tout le monde le pensait être Garrett St-Clair. Ce n'était pas de sa faute si l'administration roulait sur un système aussi ubuesque. Il n'avait fait que... profiter de la faille. Il n'y avait rien de mal à ça, non ? Il rendait service à ce Garrett et sa famille, dans un sens. À la sienne aussi, au passage. Puis au gouvernement en prenant sa place ni vu ni connu. Donc tout le monde y gagnait.

« Mr St-Clair, vous avez une réunion importante ce matin à dix heures. Sans oublier le... » « Bertha, je viens juste d'arriver. Détendez-vous et apportez-moi donc un café. » Bertha Jorkins le fixa de ses yeux vitreux derrière ses lunettes en cul-de-bouteille. Elle semblait outragée que le travail puisse passer après, mais se garda bien de le dire tout haut. « Très bien, monsieur. Je reviens tout de suite. »...

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Arthur ignorait combien de temps il était resté assis sur ce banc en métal. Des minutes ? Des heures ? Des jours ? Ici, au Trou, toute notion du temps s'était envolée. Un sentiment d'angoisse commença à poindre dans sa poitrine, le rendant tout à coup anxieux. Il avait l'impression de manquer d'air. Pouvait-il seulement respirer dans un tel endroit ? Et n'avait-on pas tout à coup augmenté le chauffage ? Pourquoi faisait-il si chaud ?

– Je suffoque ! Je suffoque ! Mon Dieu, qu'est-ce que je dois faire ?

– Inspire, expire.

Arthur s'arrêta net. Ses mains tremblaient, agitées de spasmes incontrôlables. Dieu venait-il vraiment de lui parler ? Était-ce le premier syndrome de la folie chronique ? ou venait-il juste d'être touché par la grâce divine ? Arthur se jeta par terre, les mains levées vers le plafond crasseux et aux taches douteuses.

– DIEU, beugla-t-il, DIS-MOI CE QUE JE DOIS FAIRE ! ENVOIE-MOI UN SIGNE !

Un bruit tonitruant secoua sa cellule, comme un gargouillis venant du plus profond des enfers. Prenant peur, Arthur sauta sur sa couchette à pieds joints.

– Je sais que vous m'en voulez, Seigneur. J'ai été un mauvais chrétien ces dernières années. Mais tout ce que j'ai fait c'était p-p-pour ma famille ! Molly a toujours dit que je manquais d'ambition. Alors j'ai pris la place de Garrett St-Clair, c'est vrai, mais c'était pour la bonne cause. Je voulais la rendre heureuse ! (Nouveau bruit tonitruant) OUI, j'ai menti ! Je suis désolé, infiniment désolé ! glapit Arthur, terrorisé. Moi aussi j'étais heureux. J'ai volé la vie de cet homme par orgueil. Secrètement, j'ai toujours voulu être considéré comme quelqu'un d'important. C'était là une occasion parfaite. Mais s'il vous plaît, ne m'envoyez pas en Enfer pour ça. Je... Je veux être auprès de Molly et de mes enfants. Être ici, dans cette prison, c'est une punition suffisante, Seigneur. Jamais de ma vie je ne pensais affronter une épreuve aussi dure. Je ne souhaite que de me racheter vis-à-vis de ma famille, et de vous, Seigneur Dieu. Vous seul détenez la Vérité vraie et absolue. Je ne suis que votre humble serviteur, Ô Dieu, saint de tous les saints.

– Je veux que tu promettes de ne plus tricher..., prononça la voix d'outre-tombe.

– Je promets ! gémit Arthur, cette fois aplati sur le sol.

– … De ne plus mentir ou voler...

– Je promets.

– … De ne plus ignorer les signes que je t'envoie. Et si un jeune homme séduisant du nom de Blaise te demande ton dessert, tu le lui donneras !

– Oui, Monseigneur. Tout ce que vous voudrez, Votre Sainteté.

– Je doute encore de ta bonne foi, pourtant, formula la voix divine au bout d'un instant. C'est facile de faire appel à moi lorsque la roue tourne. Tu m'as oublié aux moments les plus paisibles de ta vie.

– Je sais, chuchota Arthur, honteux. Je n'ai pas été un bon disciple, je le conçois. Mais je VEUX me rattraper. Aidez-moi, je vous en supplie.

Nouveau silence. Cette fois-ci plus long, plus inquiétant. Arthur regardait partout, comme s'il redoutait que Dieu apparaisse dans sa cellule, flottant sur un nuage de poussière étoilée.

– Très bien, fit Dieu. Dans ce cas, enlève tes chaussures.

– Q-Quoi ?

– Enlève tes chaussures.

Arthur ôta ses tennis dépourvues de lacet. L'administration pénitentiaire les bannissait, de crainte que les détenus les utilisent pour s'étrangler avec. Le détenu poussa ses chaussures en avant, comme s'il espérait que Dieu puisse mieux les apercevoir depuis son foyer cosmique.

– Bon. Maintenant, enlève tes chaussettes. (Arthur s'en débarrassa) Maintenant, suce ton gros orteil. Suce ton gros orteil si tu veux voir tous tes problèmes disparaître. Suce-le.

Après quelques réticences et contorsions, Arthur obéit. Il fourra son doigt de pied dans sa bouche et attendit.

– Qu'-mmpf-q-j'dois-mmh-fair'-maingh-teu-nan ? articula-t-il avec difficulté, au bord de l'étouffement.

– Tu as ton gros orteil dans ta bouche ? Sérieusement ?

Un hurlement de rire secoua les canalisations.

– C'est le truc le plus drôle qui me soit jamais arrivé de toute ma chienne de vie, rigola la voix. Sans déconner, mec, tu es en plein délire ou quoi ? Je te disais de foncer droit dans le mur pour découvrir un univers magique et tu y allais ? Comme ça ? Sans te poser de questions ? (La voix rit de plus belle) Tu es vraiment un drôle d'oiseau, toi. Comment est-ce que tu t'appelles ?

Le détenu se releva, interdit.

– Arthur, et toi ?

– Blaise. Blaise Zabini. Je suis coincé là depuis une semaine ou deux, je ne sais pas trop. J'attends qu'on vienne me chercher.

– Ah, c'est toi qui as craché sur Flint ? se rappela tout à coup Arthur, encore honteux de cette expérience soi-disant divine.

– Ouais.

Au ton de sa voix, il était clair que Blaise souriait. Les canalisations semblaient avoir été érodées avec l'usure du temps, laissant alors leurs voix traverser leurs cellules mitoyennes. Maintenant qu'il y regardait de plus près, Arthur remarqua de tout petits trous qui laissaient l'eau fuiter.

– Il n'en menait pas large quand je l'ai arrosé, tiens. Je crois que j'ai réalisé le fantasme de pas mal de prisonniers en faisant ça. Il le méritait, tu ne crois pas ?

– J'en sais rien, répondit Arthur en haussant des épaules. En général, je me tiens aussi éloigné que possible des ennuis.

– Comment ça se fait que tu sois là, alors ?

– Mon partenaire de cellule a été assassiné dans son sommeil.

– Joli, dit Blaise d'un ton détaché. Qui a fait le coup ? Attends, laisse-moi deviner. Mmh... Tom Jedusor ?

– Personne ne sait, en fait. On m'a mis là le temps que l'enquête progresse. Et puis, Binns n'est pas le seul à avoir été assassiné. Un détenu du nom de Goyle aussi y est passé.

– Goyle est mort ? Putain de merde... Je reste enfermé ici deux nuits et dehors c'est déjà le dawa. Qu'est-ce que fout l'administration ?

– Ombrage ? Elle doit sûrement se tourner les pouces dans son bureau, relativisa Arthur en s'adossant contre le mur joint de leur cellule d'isolement. Le sergent instructeur Shacklebolt pense que c'est l'œuvre d'un tueur en série. Il dit qu'il faut le retrouver au plus vite, avant qu'il s'en prenne à quelqu'un d'autre. Mais je crois que ça va être très dur de faire lumière sur cette affaire. Binns et Goyle n'ont absolument rien en commun.

Blaise soupira.

– J'aimais bien Goyle. Un petit peu con, c'est vrai... Mais au moins, on rigolait pas mal quand il était dans les parages. Un jour, il a failli s'asphyxier en participant à un concours de pets. (Blaise soupira d'un air nostalgique) J'avais misé une barre chocolatée sur lui. Dommage que Crabbe ait gagné parce que j'aurais pu me faire une sacrée fortune... ou choper le diabète, qui sait.

– J'ai vu son corps, coassa Arthur, d'une voix étranglée. Rusard m'a demandé de l'emmener jusqu'à la chambre froide pour que la police scientifique puisse l'étudier à loisir le lendemain. Je n'arrive pas à oublier son visage. J'y pense tous les jours, à n'importe quel moment. Il avait le visage tout bleu, et un paquet d'eau dégoulinait de ses oreilles...

– De l'eau ?

– Oui, on l'a retrouvé dans une machine à laver.

– UNE QUOI? Tu te fous de moi, Arthur ?!

– Pas le moins du monde... Goyle a été retrouvé dans l'une des machines de la laverie, au petit matin. Le détenu Black et moi avons dû l'évacuer et c'était pas du tout beau à voir. Rusard ne sait toujours pas comment il a atterri là-dedans.

– Si Crabbe avait toujours été là, j'aurais dit que c'était un pari stupide ayant mal tourné. Mais là... Je ne vois pas pourquoi Goyle aurait fait un truc plus con que la connerie elle-même.

– On a interrogé tous les détenus de la laverie, continua Arthur, le regard dans le vague. Sans succès.

– Je travaillais à la laverie, avant, dit Blaise d'une voix atone. J'ai été muté il y a un an. Maintenant, je suis barbier et coiffeur, au rez-de-chaussée. L'administration a jugé que j'étais apte à tenir une paire de ciseaux sans tenter quoi que ce soit de stupide. Alléluia... Et toi, tu n'es jamais venu me voir pour une coupe, non ? Je m'en serais forcément souvenu.

– Vu le peu de cheveux qu'il me reste, je crains que nous n'ayons pas eu l'honneur de nous rencontrer.

– En même temps, cette prison est tellement grande, articula Blaise, et les détenus changent si vite. Je suis certain que quand je sortirai de là, les gens m'auront tous oublié au bout d'une semaine. Au fait, qui s'occupe du salon de coiffure depuis mon absence ?

– Personne. Enfin, je crois.

– Parfait, formula Blaise, apparemment satisfait. Je ne veux pas qu'un crétin décérébré touche à mes outils de travail ou sabote la réputation de mon local.

– Pas de crétin décérébré à l'horizon.

– Dieu merci.

– Um, en parlant de Dieu, commença Arthur, incertain. Tu ne parleras pas de mon petit égarement aux autres une fois dehors, hein ?

– Pas si tu me files tes desserts pendant au moins un mois. Au fait, c'est qui ce Garrett St-Clair dont tu parlais tout à l'heure ?

– Rien. De l'histoire ancienne, soupira Arthur.

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« Mr St-Clair, je dois vous avouer être impressionné par la qualité de votre travail. Vous avez réussi à appliquer la nouvelle réforme avec succès, ce qui prouve que les exigences du gouvernement sont loin d'être irréalisables. Vous êtes le véritable fleuron de notre service. » Arthur devint aussitôt écarlate, faisant alors disparaître ses taches de rousseur. « Ce n'est pas grand-chose, monsieur le directeur. Je n'ai fait que remotiver les troupes »

« J'organise un gala dans ma demeure ce vendredi. Je serai ravi de vous y voir et d'enfin rencontrer Mrs St-Clair. » « Mrs... ? », balbutia Arthur. « Euh, oui, nous serons enchantés. »

La mort dans l'âme, Arthur regarda son supérieur hiérarchique s'en aller. Il travaillait pour le ministère depuis environ deux ans sous une fausse identité et Molly n'en avait pas la moindre idée ! Il lui avait fait croire qu'il avait reçu un important héritage du côté maternel de sa famille, ce qui leur permettait de vivre confortablement. D'ailleurs, c'était grâce à ce nouveau train de vie que Molly avait finalement accepté d'avoir un autre bébé. Il ne pouvait pas tout simplement lui dire : « Ah, au fait chérie, nous sommes invités par la haute société de Washington à un dîner. Je crois que ça sent la promotion. Pas dans le vieux garage où je travaillais, ou encore cette assurance moisie. Non, non, je suis maintenant employé au ministère ! Je gagne très bien ma vie et tout le monde est satisfait de mes compétences. Le seul petit point noir, c'est que j'ai pour cela usurpé l'identité d'un pauvre homme s'appelant Garrett St-Clair. Un détail de la plus infime importance. » Molly ferait une crise cardiaque, ou accoucherait net sur le plancher de la cuisine. Arthur poussa la porte vitrée de son bureau puis abaissa les stores un à un. Une fois dans le noir le plus complet, le jeune père s'allongea sur le sofa en cuir puis étouffa un hurlement dans un coussin.

À bout de souffle, Arthur laissa ses bras tomber le long de son corps et murmura : « Je suis un homme mort. »...

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– Tu es là pour quoi ? demanda Blaise après un silence pesant.

– Usurpation d'identité, articula Arthur, toujours assis contre le mur. J'ai... J'ai volé les papiers et le job d'un type que j'avais croisé dans un train en direction de Washington. J'allais voir ma tante Muriel. Le train s'est brutalement arrêté à un passage à niveau à cause d'un chauffard qui faisait n'importe quoi sur la route. Ma malle est tombée sur le crâne de mon voisin de siège, ce qui lui a provoqué une fêlure et un aller simple pour le coma. (Arthur soupira) Bien sûr, je n'ai jamais osé dire que c'était ma valise responsable de tout ça... Je les ai juste regardés emporter le pauvre homme. Il avait laissé sa sacoche sous son siège et j'étais vraiment décidé à la lui rendre. Papiers, clefs, portefeuille, et même un téléphone portable à clapet dernier cri. Toute sa vie était à l'intérieur. Une semaine plus tard, je me suis rendu avec à la clinique où on l'avait transféré. J'ai attendu une bonne heure devant, à fixer les fenêtres. Et j'étais juste incapable d'entrer. J'ai toujours eu la phobie des hôpitaux. Dieu merci, ma femme accouche à la maison...

– Non, tu déconnes ?!

– Si, si, assura Arthur. Molly ne fait pas du tout confiance en la science. Enfin bref, là n'est pas le sujet... J'ai juste... omis de rendre la sacoche de ce Garrett St-Clair. Le téléphone était bombardé de messages de son travail. Apparemment, il avait eu une proposition de poste à Washington. J'y suis allé pour leur dire ce qui était arrivé à Mr St-Clair, et... et à peine j'avais prononcé son nom qu'on m'a emmené droit vers le directeur.

– Ils t'ont pris pour lui ? devina Blaise, dissimulant mal son rire.

– Mmh, mmh, effectivement. J'étais si embarrassé que je n'ai rien osé dire. Puis ils m'ont dit que j'étais parfait pour le poste, que je serais payé six mille dollars le mois hors prime, pour commencer. Je ne savais vraiment pas quoi dire... Le directeur s'est empressé de me serrer la main et a dit « Marché conclu ? ». Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai dit oui. Au fond de moi, je voulais ce poste. Je voulais cette vie.

– Et la femme de Garrett ?

– Oh, il n'en avait pas. J'ai fait une petite recherche les jours qui ont suivis et il était officiellement un célibataire endurci.

Arthur se pencha vers le tuyau de la canalisation, ajoutant plus bas :

– Officieusement, Garrett était plus gay que Elton John dansant sur du Cher et pendu au bras de Madonna. Par contre, ce qui est très triste c'est qu'au bout de quelques mois, les gens ont cessé de l'appeler sur son téléphone... comme si... comme s'il n'était finalement pas si important que ça.

– Et ça a duré combien de temps ce petit cirque ? Six mois ? Deux ans ?

– Treize ans. (Blaise poussa un cri) Treize ans où personne ne s'est jamais douté de rien, pas même ma femme adorée. Je crois qu'elle me pensait tellement... prévisible et contrôlable, qu'elle n'a jamais rien soupçonné de malhonnête en moi. Sauf que tout le monde a une petite part d'ombre, n'est-ce pas ? Garrett St-Clair s'est réveillé un beau jour, puis après des semaines de rééducation, il s'est enfin souvenu de son nom. Il a appelé sa mère qui vivait près de Denver et qui le croyait mort dans d'étranges circonstances, faute d'avoir pu retrouver son corps. Elle s'est empressée d'appeler toute sa famille, ses amis et ses anciens collaborateurs. L'histoire a fini par remonter aux oreilles des gens du ministère. Il ne pouvait pas y avoir deux Garrett St-Clair, n'est-ce pas ? Quand la supercherie a été démasquée, tout ce pourquoi j'avais si durement travaillé, toutes les économies que j'avais faites pour mes enfants... Tout a été pris, sifflé. Et ma femme, ma petite Molly, était dévastée. Elle ne comprend pas pourquoi j'ai fait ça. Pourquoi j'ai...

Arthur se tut. Il ne savait pas pourquoi il se confiait aussi facilement. Même à Binns il n'avait pas dit toutes ces choses. En tout cas, pas dans les moindres détails. C'était cet endroit, ce Trou, qui l'affectait tant. Depuis qu'il était ici, il avait les nerfs à vif. Le temps semblait passer extrêmement vite et extrêmement lentement à la fois. Une pure torture.

– À ton avis, ça fait combien de temps que je suis là ? interrogea l'ancien bureaucrate.

– Quelques heures, tout au plus. Eh oui, chaque minute passée ici sera aussi pénible qu'une lame de rasoir que l'on t'enfonce dans le bras. J'ai eu le temps de compter le nombre de gouttes d'eau qui tombent par seconde de ce satané tuyau. J'ai eu le temps de faire au moins cinq cents pompes, de faire une sacrée rétrospective sur ma banale existence et de domestiquer une araignée.

– Tu as une araignée avec toi ?

– Ouais, dit-il fièrement. C'est toujours bien d'avoir de la compagnie. Au début, je voulais l'écraser, mais ensuite... ses huit adorables yeux m'ont fait du charme et je n'ai pas pu résister.

– Mon fils Ron déteste les araignées.

– Moi, elles me font de la peine. Depuis que je suis ici, j'ai compris qu'elles étaient exactement comme nous. Je veux dire, la société tout entière à une très mauvaise opinion sur les araignées. Si certains pouvaient toutes les exterminer d'un claquement de doigt, ça aurait été fait depuis longtemps. Le truc, c'est qu'au fond, elles sont utiles. Elles sont douées pour tout un tas de trucs et elles rétablissent l'équilibre. Ce n'est pas parce qu'elles sont moches qu'on doit leur enlever le droit de vivre. T'imagines un peu le ménage que ça ferait sur Terre ? (Blaise s'adossa contre le mur et Arthur entendit sa tête cogner légèrement) En tout cas, quand je serai sorti d'ici, je m'en achèterai une. Ça, plus tout un tas d'autres trucs.

– Tu as de l'argent à l'extérieur ?

Blaise éclata d'un rire cynique.

– Je n'ai pas un clou, fréro. Ma mère a de la thune, moi, j'ai pas un rond. Et vu que ma chère maman refuse de me donner un centime tant que je ne change pas de style de vie, je risque de finir mon existence sous un pont.

– Ton style de vie ? Quel style de vie ?

– Disons que j'ai une addiction, et que cette addiction m'empêche de me construire socialement et professionnellement. Ma mère espérait que la prison me calmerait, mais je crois que ça a eu l'effet contraire. Ça devient de vraies pulsions.

– Tu es soigné pour ça ?

– Tu veux rire ? Rien que pour obtenir une aspirine dans cette prison, il faut avoir le crâne à moitié explosé sur le sol. De toute façon, ça coûterait bien trop cher à ce pénitencier de me prendre en charge. Il y a plus urgent à faire... genre retrouver un supposé tueur en série qui s'amuserait comme un p'tit fou. (Blaise soupira) Je vais bien... C'est juste que je dois faire attention, pour ne pas me retrouver dans une nouvelle situation à la con.

Arthur bâilla. Quelle heure était-il ? Depuis combien de temps discutaient-ils tous les deux ?

– Ils ne peuvent pas nous garder ici indéfiniment, formula Blaise d'un ton résolu. On va forcément sortir un jour ou l'autre.

.

« Monsieur Arthur Septimus Weasley, le tribunal vous juge coupable des charges retenues contre vous. En vue de la loi du 6 août 1984 concernant les droits fondamentaux identitaires, vous purgerez une peine de dix-sept ans au pénitencier de Crawl Pills et verserez à Mr Garrett St-Clair sept cent mille dollars de dommages et intérêt. » « ARTHUR ! Nooon, Arthur ! » Molly éclatait en sanglots, tendant ses bras comme pour l'attraper. Les gardes la repoussèrent brutalement tandis que la juge tapait son maillet pour faire revenir le calme dans la salle d'audience. « Ne t'en fais pas, Molly chérie ! Je ne resterai pas là longtemps... Prends soin des enfants ! Je... Molly ! Molly ! » Mais il était déjà loin, poussé par les agents fédéraux à rejoindre une succursale qui le conduirait au minivan de la prison...

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– Debout là-dedans ! cria une voix tonitruante.

Arthur se leva en sursaut. Il était allongé à même le sol, bien plus confortable que le banc en métal. Il remit ses lunettes sur son nez et épousseta son uniforme gris. De l'autre côté de la porte ouverte se tenait Marcus Flint, mâchant outrageusement un chewing-gum. Il jeta un regard moqueur à la cellule d'isolement puis dit :

– Un vrai palace, hein ? On a visionné les enregistrements vidéos, et en effet, tu étais à l'atelier mécanique puis à la visite médicale toute la journée d'hier.

– Hier seulement ?

– Quoi ? T'as l'impression qu'il s'est passé un siècle ? Ombrage n'a plus de raison de te garder enfermé là. Donc tu seras dehors à temps pour voir tes quarante-huit marmots, monsieur lapinou. Dépêche-toi avant qu'on change d'avis.

Arthur bondit en dehors de sa cellule puis marqua un temps d'arrêt devant celle de Blaise. Ce dernier était recroquevillé contre le sol, chuchotant quelque chose à une araignée tenue au creux de ses mains.

– Et lui... Vous... Vous le laissez là ?

– Mouais, dit Flint d'un ton égal. Il n'a que ce qu'il mérite. Ça fait du bien de ne pas voir sa sale gueule partout.

– Vous n'êtes pas passé nous donner à boire, ni à manger, souligna Arthur. Vous devez lui donner quelque chose avant que...

Les yeux de Flint se plissèrent de méchanceté.

– Bah alors, t'es tombé amoureux ou quoi ? DÉGAGE D'ICI OU JE TE REFOUS DANS TA CELLULE !

Et Arthur détala aussi sec. La lumière du jour lui heurta les pupilles. Il se protégea le visage de ses mains. Il faillit trébucher et atterrit sans plus d'explication dans le hall principal. Les détenus vaquaient à leurs occupations d'un air parfaitement indifférent, comme si personne n'avait remarqué son absence... comme si Cuthbert Binns n'avait jamais été assassiné dans son lit. L'ambiance était presque surréelle.

À une table, Tom Jedusor et ses sbires jouaient à une partie de cartes tout en se disant des choses tout bas. Dolohov avait l'air particulièrement tendu, passant et repassant son Valet de Pique sur sa barbe naissante. Les épaules voûtées, Avery buvait les paroles de Jedusor tout en tapotant nerveusement le plastique de la table. Les frères Lestrange – indissociables l'un de l'autre – avaient les yeux braqués vers leurs cartes, à quelques centimètres de leur visage. Apparemment, ils s'en servaient pour dissimuler leur bouche, au cas où quelqu'un parviendrait à lire sur leurs lèvres. Arthur leur jeta un regard soupçonneux qui ne passa pas inaperçu. Et si l'un d'eux avait fait le coup ? Et si l'un d'eux était responsable de la mort de Binns ?

– Tu veux parier les derniers boutons de chemise qu'il te reste, Weasley ? demanda Jedusor de son habituelle voix glaciale. Non ? Dans ce cas, dégage de là avant que je décide malencontreusement de crever tes sales yeux de belette.

Arthur fit volte-face, afin de mettre le plus de distance entre lui et ce groupe à la réputation néfaste. Bizarrement, aucun gardien ne l'empêcha de rejoindre sa cellule. Celle-ci avait été nettoyée de fond en comble et toutes les affaires personnelles de Binns enlevées. Seule l'absence de matelas sur la couchette du bas trahissait l'existence des événements de la veille. Un sentiment de vide l'assaillit, lui infligeant aussitôt le vertige. Binns était parti. Définitivement parti. Avec qui discuterait-il du parti politique des écologistes ? ou maquette navale ? ou préparation de cookies ? Personne dans cette prison ne s'intéressait à ce genre de choses ! La tête lourde, Arthur s'allongea sur sa couchette du dessus en poussant un grognement de satisfaction. Diable, que ce lit paraissait confortable après une nuit passée au Trou. Comment les autres détenus faisaient pour y rester des semaines ou des mois sans même se plaindre ? Un raclement de gorge attira son attention.

– Um, um, oh, tu es réveillé ? Quelle chance. Vraiment.

Sur le seuil de sa cellule se tenait Gilderoy Lockhart, le sulfureux romancier à l'eau de rose. Molly l'adorait... jusqu'à ce qu'elle apprenne dans la presse à scandale que la plupart de ses ouvrages étaient le fruit de honteux plagiats.

– Je me demandais si tu voyais toujours ta femme au parloir, continua Lockhart d'un ton badin.

– Ma femme ? répéta Arthur, incertain sur où il voulait en venir. Oui, pourquoi ?

– Binns m'a dit, Paix à son âme (Lockhart envoya un baiser vers le ciel), que ta chère femme adorait mes livres. Et tu sais que je tiens en haute estime mon lectorat, passé ou futur... Vois-tu, j'ai décidé de me racheter. Je sais que maintenant tout le monde doute sur mes capacités à créer quelque chose d'authentique et rafraîchissant, mais voilà, l'inspiration m'a frappée. Je tiens entre les doigts une idée en or que je continue d'exploiter. Quelques détenus triés sur le volet ont déjà pu découvrir en avant-première l'incipit de ce roman aux tonalités futuristes et ils sont em-bal-lés. L'ennui, c'est que j'ai des problèmes en ravitaillement de fournitures. J'écris sur du papier toilette depuis deux jours et ça n'enchante pas particulièrement mon partenaire de cellule. (Lockhart poussa un soupir théâtral) De tout temps, les artistes ont toujours été opprimés. Ce rustre de Sirius ne comprend strictement rien à la poésie. Mais toi, tu es un véritable lecteur ! Tu vibres à la prose de Jack London, Stephen King, Tolkien et bientôt Lockhart, mmh ? (Le détenu s'approcha de plusieurs pas, jusqu'en bas de son lit superposé) Je vais redevenir la star que j'étais, Weasley. Je le sens dans toutes les fibres de mon corps. Depuis que je suis à Crawl Pills, jamais je n'avais senti une telle... énergie, une telle force me parcourir ! Ma créativité est sans limites. Elle va là (Il claqua des doigts vers la gauche), puis là (claquement à droite), et encore là (Il claqua en haut) et enfin... ici (Lockhart désigna son cœur). Je ne suis que l'humble serviteur de cette déesse imprévisible. C'est bientôt la fête des Mères, n'est-ce pas ? Imagine un peu la tête que fera ta femme lorsqu'elle découvrira que tu lui as offert les premiers chapitres du roman encore inédit de Gilderoy Lockhart ? Tu ne crois pas qu'elle en pleurera de reconnaissance ? Et en plus, tu n'auras pas besoin de dépenser le moindre centime... J'ai entendu dire que tes finances étaient désastreuses. Ne te sens pas coupable parce que je suis dans la même situation.

– Qu'est-ce que je dois te donner en échange ?

Lockhart lui adressa un sourire ravageur.

– Une fois que ta femme aura lu mes premiers chapitres, dit-il aussi bas qu'un murmure, je veux qu'elle les recopie sur un ordinateur.

– Nous n'avons pas d'ordinateur. Enfin, on en avait un, mais les jumeaux l'ont fait exploser.

– Mmphf, machine à écrire alors ?

– Oui, on en a une. Elle doit encore fonctionner, répondit Arthur songeur. Et après l'avoir recopié, que doit-elle encore faire ?

– Si elle pouvait, simplement les envoyer à cette adresse... (Il sortit du col de son uniforme un bout de papier toilette qu'il fourra dans la main d'Arthur) Ce sont les coordonnées de mon ancien éditeur. On ne s'est pas quittés en très bons termes, c'est vrai. Mais je pense qu'il sera ravi de voir que je suis toujours au travail.

Arthur rangea le morceau de papier dans sa poche.

– Je vais y réfléchir. Mais ce n'est pas sûr que...

– Prends ton temps, coupa Gilderoy en repartant d'une démarche assurée. Absolument tout le temps dont tu as besoin. Après tout, ce n'est pas comme si je pouvais tout d'un coup m'en aller.

Après l'avoir gratifié d'un clin d'œil, Lockhart disparut. Son ventre gargouilla. Il avait si hâte que l'heure du repas approche. Dans un sens, Arthur se sentait coupable d'avoir une pensée aussi égoïste et basique. Binns, lui, ne mangerait plus jamais. Sentant quelque chose de dur, Arthur glissa sa main sous son oreiller. Comme par magie l'exemplaire de ''Crime et châtiment'' était revenu à sa place. Pourtant hier, lors de l'alerte, Arthur était certain de l'avoir fait tomber par terre sous le coup de la panique. Qui l'avait donc remis en place ? Qui avait nettoyé sa cellule ? Avait-on envoyé deux détenus faire le sale boulot comme il avait dû le faire avec le corps de Goyle ? ou le personnel du pénitencier avait profité de son absence pour mener une fouille approfondie ? Dans les deux cas, un profond sentiment de gêne le secoua. Voyant ses voisins de cellule quitter peu à peu l'étage, Arthur se leva à son tour : les portes de la cantine étaient désormais ouvertes.

Au menu ? Purée de carotte, petits pois et rognons. Au dessert... ''Le dessert, je l'avais promis à Blaise'', songea Arthur qui éprouva quelques scrupules à se servir. Finalement il alla chercher un endroit convenable où s'assoir avec son plateau. Trouver une place dans la cantine était un sacré challenge. Arthur ne pouvait pas s'installer au milieu de n'importe quel groupe, même le temps d'un modique repas. Les gardiens pourraient en tirer la conclusion que Arthur supportait leurs actions, ou qu'il espérait les rejoindre. Il fallait aussi éviter de s'installer aux côtés de détenus instables, qui pourraient interpréter la moindre bouchée trop bruyante comme une déclaration de guerre. Arthur finit par s'assoir entre Pucey et Bole qui mâchonnaient leur viande à grand-peine. On aurait dit des morceaux de pneus brûlés.

Un bruit métallique lui fit lever le nez de ce triste spectacle.

– Votre attention s'il vous plaît ! Messieurs, juste un instant et vous pourrez reprendre vos bavardages.

Le sergent instructeur Odgen venait de grimper sur une table, tenant entre ses mains une fiche. Kingsley Shacklebolt se tenait à proximité, l'air grave. Le silence se fit. Bob Odgen était un petit homme replet portant des verres très épais. Il n'avait pas l'air bien impressionnant en le regardant comme ça, mais Arthur savait qu'il pouvait mettre n'importe qui à sa place avec une réplique bien sentie. Odgen supervisait généralement le block A. Cependant, il lui arrivait de prêter main-forte à ses collègues des blocks B et C lorsque la situation l'exigeait. Les détenus appréciaient pour la plupart Odgen. C'était un homme sain d'esprit et qui ne tendait jamais de piège perfide dans ses questions. Arthur regrettait parfois que Odgen ne s'occupe pas de son block. Shacklebolt avait tendance à l'impressionner dès qu'il était dans les parages... Odgen dégageait une aura plus rassurante.

– Messieurs, je vous annonce au nom de l'administration que vous serez vendredi soumis à un test comportemental. (Un brouhaha s'éleva dans la cantine) Ceci n'est pas un choix, mais une obligation, ajouta Odgen en haussant la voix. Vous remplirez le test ici même, dans le réfectoire, encadrés par les surveillants. Il durera trente minutes. Quiconque perturbera l'ordre de cet examen sera aussitôt envoyé en cellule d'isolement. Réfléchissez donc bien avant de passer à l'acte. (Son regard s'attarda sur l'habituel groupe d'agitateurs qui se retrouvaient toujours à la table ronde du réfectoire) Vous serez répartis en quatre unités de passage pour faciliter le bon déroulement des opérations. L'unité bleue ouvrira les festivités à 10H, après le petit-déjeuner. Les copies seront ramassées à 10H30, puis le temps d'évacuer, l'unité suivante débutera dix minutes après soit à... à... ? (Odgen désignait les détenus de la pointe de son stylo, espérant alors une réponse immédiate) à 10H40, merci pour votre participation dynamique (Un garçon noir aux dreadlocks pouffa de rire à la table ronde). Quand l'unité jaune sera passée, la verte prendra le relais. Et enfin, la rouge... La répartition des noms sera affichée demain matin dans le hall principal du block commun. Inutile de demander à changer de groupe ou de feindre une subite panne d'oreiller. Tout le monde devra y passer, c'est clair ? Bien. Dans ce cas, je vous laisse... dîner en paix, messieurs, dit Odgen après avoir jeté un regard empli de pitié vers leurs plateaux au contenu douteux. Bonne soirée à tous.

Le sergent instructeur descendit de la table et la rumeur des conversations reprit aussitôt.

– Tu penses que tu seras dans quel groupe ? demanda aussitôt Lucien Bole, avec la rapidité d'une boulet de canon. Tu crois que la couleur de notre groupe change quelque chose ?

– Je ne pense pas vraiment, répondit Pucey, ça doit juste être un truc de l'administration pour se repérer. (Il avala une cuillerée de petits pois) J'me demande à quoi ressemblera ce test, et qu'est-ce qu'ils cherchent à savoir.

– Tu es stupide ou quoi ? s'écria Bole, les yeux exorbités. Tu ne crois pas que ça a un tout petit rapport avec les deux dernières morts suspectes ? Ils vont nous poser des questions du genre : Un, Possédez-vous une arme dans votre cellule ? (Adrian Pucey rit tout doucement, afin de ne pas se faire remarquer) Deux, poursuivit Lucien, Expliquez-nous en dix étapes comment vous avez assassiné Goyle. Point bonus accordé aux candidats réalisant un schéma. (Pucey avait maintenant du mal à se contenir, devenu rouge brique. Arthur serrait dans son poing une petite cuillère) Trois, qu'elles furent les dernières paroles de Goyle ? Faites une analyse littéraire de cette citation en usant d'exemples. Quatre ! Expliquez vos motifs justifiant votre passage à l'acte et vous dédouanant de toute responsabilité. Servez-vous du Code pénal mis à votre disposition. Les candidats les plus créatifs et précis seront récompensés de...

Cette fois, ne tenant plus, Adrian riait à gorge déployée, s'étouffant presque avec ses petits pois qu'il recracha par à-coups. Arthur secoua la tête de désapprobation, se concentrant sur son repas. Mâcher. Ingurgiter. C'était tout ce qu'il devait faire.

Après avoir fini, le père de famille se leva afin de déposer son plateau sur la pile déjà existante à la sortie de la cantine. Mais sur son passage, quelque chose attira son attention. Le détenu Greyback tenait discrètement dans sa main une photo de Molly. Arthur s'arrêta net, figé par la fureur. Greyback lui jeta un regard insolent, se mit à renifler la photo d'un air lubrique et obscène, puis la lécha. Ses copains ricanèrent, le défiant de tenter quoique ce soit dans la cantine pleine à craquer de surveillants. Alors voilà. Voilà où une partie de ses affaires avait atterri pendant qu'il était au Trou. Révulsé, Arthur marcha droit dans leur direction, son plateau toujours en main. Il voulait exploser le crâne de ce sale Greyback ! Lui déchiqueter le visage ! Lui... !

– Je vous déconseille d'aller plus loin, souffla une voix grave, sur le côté.

En levant le nez, Arthur croisa le regard de Shacklebolt. Le sergent instructeur, silencieux comme l'air, s'était déplacé jusqu'à lui comme s'il avait anticipé les gestes d'Arthur.

– Vous revenez tout juste du Trou, Weasley. J'ai dû batailler ferme avec Ombrage pour vous faire sortir de là. Ne me faites pas regretter ma décision.

Shacklebolt le jaugea d'un air sévère, lui laissant tout de même le libre arbitre de décider s'il souhaitait frapper Greyback ou faire machine arrière. Finalement, après moult hésitations, Arthur balança son plateau sur la pile déjà sale et s'en alla. Dans le hall, trois nouvelles recrues – distinguables à leurs uniformes orange – finissaient de passer la serpillère.

En retournant dans sa cellule, jamais Crawl Pills ne lui avait paru être un endroit aussi révoltant. Toutes ces années perdues entre ces quatre murs le rendirent nauséeux. Il ne verrait pas le bébé de Bill le jour de sa naissance. Il n'assisterait pas à la remise de diplôme de Ron et Ginny. Il ne serrerait plus dans ses bras Charlie. Et Fred et George avaient pratiquement grandi sans lui. C'était de sa faute, après tout, si les jumeaux flirtaient avec la délinquance de bas étage...

Arthur se sentait tout collant. Il aurait aimé se doucher, mais les cabines n'étaient ouvertes que le matin entre six et huit heures. Il lui faudrait donc attendre le lendemain matin... Si seulement il parvenait à fermer l'œil. Arthur se roula en boule sous sa couverture et attendit. Il rêvait de ses enfants, de leur grande maison qu'il aurait pu leur acheter avec son emploi au ministère, à Molly et ses cheveux de feu sentant le pain d'épices...Arthur se laissa emporter sa rêverie, un tendre sourire sur les lèvres...

Subitement, un profond courant d'air glacé le réveilla en sursaut. Les lumières avaient été éteintes. Il devait être minuit, ou plus. Crawl Pills dormait. Arthur attrapa sa monture et plaça ses lunettes sur son nez. L'obscurité l'empêchait de véritablement discerner les formes, mais il avait définitivement senti quelque chose. Haletant, Arthur se débarrassa de sa couverture.

– Il y a quelqu'un ? murmura-t-il.

Un sentiment d'angoisse l'étreignit.

– Il... Il y a quelqu'un ?

Pas une réponse, si ce n'était le sifflement de l'air. Tout à coup, une lueur passa rapidement près du hublot de sa cellule, lui arrachant un cri. Arthur faillit tomber de son lit superposé et il fut comme immergé dans une eau glacée. Il sentait quelque chose. Il y avait quelque chose. Arthur n'arrivait pas à mettre un mot dessus, mais ce n'était pas normal. Se précipitant vers la porte, Arthur hurla :

– LAISSEZ-MOI SORTIR ! LAISSEZ-MOI SORTIR !

Il cogna de plus belle, pris d'une peur panique.

– AU SECOURS ! À L'AIDE !

Un surveillant accouru, inondant sa cellule de lumière grâce à sa lampe torche. Il s'agissait du jeune Dubois.

– Que se passe-t-il ?

– Je crois avoir vu quelqu'un, balbutia Arthur, la voix étouffée par la porte. Je vous le jure. Je... Je ne mens pas. Il y avait quelqu'un !

Dubois regarda plus attentivement, les sourcils froncés.

– C'est juste un mauvais rêve, prononça-t-il après une longue hésitation. Retournez vous coucher et ça ira mieux.

– Non, je vous en prie ! Faites-moi sortir de là ! À L'AIDE ! À L'AIDE !

Et la prison entière de Crawl Pills se réveilla. Arthur savait qu'il s'attirait là les foudres de ses voisins de cellule. Mais, même s'il n'avait jamais cru jusqu'ici au paranormal, il était pourtant certain d'avoir aperçu le fantôme de Binns lui faire un clin d'œil...

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Note d'auteur : Oh, ce chapitre ! Qu'est-ce que j'ai aimé l'écrire, bon sang ! Ça a été très rapide pour m'y mettre, je m'en souviens. Pourtant, je ne m'étais jusqu'ici jamais intéressée au personnage de Arthur, et là, bim, je ne pouvais juste plus m'arrêter. Je me suis pas mal marrée tout du long, même s'il y avait des moment assez tragiques... Pauvre bébé Binns. L'enquête prend un nouveau tournant (et plutôt inattendu, hum). Certains s'inquiètent de voir tout cela résolu en seulement douze chapitres, mais ces derniers sont assez longs et truffés d'indices. Donc la fin restera très compréhensible et à la portée de tous. C'est pour ça que j'adore les polars, ma foi. À la fin on est juste en mode « aaaaah, ok, c'était pourtant évident ». Eh ouais, ça l'était. Non, je rigole. J'ai bien dosé le mystère donc normalement, le but, c'est de ne pas trouver le coupable avant la toute fin. Je croise les doigts pour que je réussisse mon coup. Parce que si je réussi... oh, ça sera glorieux mes agneaux. Glorieux.

Dites-moi exactement ce que vous avez pensé de ce chapitre. Vos hypothèses quant à la suite. Vos soupçons. Vos doutes. Tout ! Le prochain chapitre aura pour point de vue celui de Blaise, et celui d'encore après (c'est-à-dire le chap 5) sera tourné vers Barty !

Sinon, n'oubliez pas de voter pour la libération de votre prisonnier préféré ! Je vous mets juste en-dessous le total des voix qu'ils ont accumulés depuis le début de l'aventure. Merci pour vos nombreuses participations et à très vite !

Chapitre 1 et 2 cumulés :

Top 1 : Sirius, premier, avec un total de 19 voix.

Top 2 : Harry avec un total de 12 voix.

Top 3 : Draco avec un total de 10 voix.

Top 4 : Remus et Severus, ex-aequo, avec un total de 7 voix.

Top 5 : Arthur avec un total de 5 voix.

Top 6 : Théodore et Tom, ex-aequo, avec un total de 4 voix.

Top 7 : Barty et Blaise, ex-aequo, avec un total de 3 voix.

Top 8 : Gilderoy, dernier, avec un total de 1 voix.