John semblait véritablement perdu quand il comprit ce qu'il devait faire. Visiblement, Cara était une confidente pour lui, depuis aussi longtemps qu'ils se connaissaient. Alors il lui tendit ses mains à son tour. La jeune femme comprit qu'il était prêt à lui montrer ce qu'il avait vécu ces deux derniers mois. Elle respira calmement, comme pour se donner du courage puis elle prit ses mains et l'enfer commença : elle vit quand Jedikiah lui injecta l'ADN de Roger. La procédure afin de redevenir un tomorrow people fut très douloureuse. La puissance de l'ADN de Roger faillit le tuer. L'effet secondaire de l'éveil de ses pouvoirs fut une amnésie partielle. Jedikiah avait visiblement compris cela et voulait l'exploiter au maximum. Il injecta alors des drogues puissantes à John afin de le faire totalement oublier les années de rébellion de son protégé. Cara vit qu'il était souvent dans la confusion la plus totale et lorsqu'il résistait, Jedikiah augmentait les doses afin de l'affaiblir et que son esprit finisse par abandonner, comme les méthodes de tortures employées par les bourreaux les plus cruels. Paradoxalement, elle vit Jedikiah lui éponger le front lorsque John était fiévreux à cause des substances qu'il lui avait inoculées. Puis elle vit un John totalement formaté pour menacer et tuer, ce qu'il eut malheureusement l'occasion de faire à plus d'une reprise, toujours sous la coupe de Jedikiah. Soudain, il rompit le contact et retourna se prostrer dans un coin de la pièce, par terre, complètement recroquevillé et apeuré. Cara, les larmes aux yeux de ce qu'elle venait de voir, s'approcha de lui et le prit dans ses bras. Elle sentit le corps de son ami trembler de tous ses membres. Elle le berça, comme pour le rassurer, et elle sentit au bout de quelques minutes qu'il s'était endormi, épuisé de fatigue. Elle le coucha délicatement par terre, lui mit un oreiller sous la tête et le couvrit d'un plaid.

Elle retourna auprès des autres et Stephen, étant connecté émotionnellement à Cara, comprit immédiatement dans quel état d'esprit elle était. Jamais il ne l'avait vu si bouleversée. Elle leur raconta tout ce qu'elle avait vu, les sentiments qu'elle avait perçu : la douleur, la confusion, la peine, le désarroi puis l'indifférence totale et l'absence de compassion pour accomplir son rôle de tueur que lui avait octroyé Jedikiah. Au fur et à mesure du récit, les traits de chacun changèrent, choqués de ce qu'ils étaient en train d'entendre. Astrid, les larmes aux yeux, avait une immense peine de connaître les souffrances endurées par l'homme qu'elle aimait.

- Je dois vous avouer que je ne sais pas comment trouver le moyen de lui faire recouvrer la mémoire. Malgré tout ce que je lui ai montré, cela ne l'a pas débloqué. Et je dois dire que je ne sais pas s'il a envie de la retrouver.

- Je vais l'aider, intervint Astrid.

- La dernière fois, ça ne s'est pas très bien passé, répondit Russell.

- C'était involontaire. Ecoutez, c'est avec moi qu'il a pris contact. Nous avons un lien fort lui et moi et je suis persuadée de pouvoir l'aider à revenir. Mais pour ça, il doit pouvoir lire en moi.

- Hors de question, répondit Stephen aussitôt.

- Cara l'a fait tout à l'heure…

- Oui, Cara, une tomorrow people ! continua le jeune homme. Tu es humaine et je ne veux pas prendre le risque. Il est beaucoup trop instable.

- Stephen, Jedikiah lui a inoculé l'ADN de ton père. J'ai beau être une tomorrow people, s'il avait voulu me battre, il aurait largement pu le faire sans problème. Je ne suis même pas sûr que toi-même puisses le battre.

- Et je n'ai pas envie de le savoir. C'est beaucoup trop risqué.

- Stephen, c'est ma décision, l'interrompit Astrid. Dans cette pièce, il y a l'homme que j'aime. Il est passé par de terribles épreuves et je sais que je peux l'aider alors j'irai, que tu le veuilles ou non, ajouta-t-elle, déterminée.

- Bon ok, mais tu n'y vas pas seule.

- J'irai, dit Cara. Il me fait confiance.

Stephen fut obligé de se résigner et de laisser Astrid et Cara faire.

- Stephen, intervint TIM. Jedikiah semble essayer de te joindre sur ton téléphone portable. Est-ce que je te transmets l'appel ?

- Oui TIM, merci.

- Stephen ? demanda Jedikiah au téléphone.

- Que veux-tu ?

- Oh pas de ça avec moi. Tu sais très bien ce que je veux.

- Nous avons récupéré John et tu n'es pas près de le revoir. Comment as-tu pu le faire souffrir de la sorte ?

- N'essayez pas de lui rappeler sa mémoire !

- Trop tard, on sait déjà ce que tu lui as fait endurer ! Jamais tu ne le reverras, compte sur nous, nous le protégerons.

- Comme c'est mignon. Tu as vraiment envie de jouer à ça ? Tu sais que je suis doué à ce jeu !

- Tes menaces ne nous font pas peur.

- Je veux que tu te rappelles d'une chose Stephen : à partir de maintenant, tout ce qu'il va se passer sera de ta faute, finit-il en raccrochant.

- Que voulait-il dire ? demanda Astrid.

Avant que Stephen ne puisse répondre, des hurlements venant de la pièce à côté se firent entendre. Il s'agissait de John. Il semblait encore endormi et Charlotte se proposa de s'en occuper. Personne ne fit d'objection et elle entra dans la pièce. Elle l'entendit hurler et elle se dirigea vers lui. Elle posa ses mains sur les siennes :

- John, c'est Charlotte. Tu ne dois pas laisser tes émotions prendre le dessus. Tu es la personne la plus forte que je connaisse. Il faut que tu résistes ! Ecoute ma voix et reviens vers moi.

Rapidement, John se calma et finit par ouvrir les yeux. Charlotte le regarda et lui fit un sourire angélique.

- Là, ça va aller, lui dit-elle doucement. Tu ne crains rien ici.

- Comment as-tu fait ça ?

- Que veux-tu dire ?

- Tu as réussi à me calmer. Quand ça m'arrive, d'habitude, Jedikiah est obligé d'utiliser une matraque électrique car mes pouvoirs deviennent dangereux.

- John, j'ai utilisé la même méthode que toi quand je faisais ces crises : avec de la patience et de la compassion, il n'y a que comme ça que cela se calmera, fais-moi confiance.

- Merci.

- Un jour tu m'as dit que tu faisais ce genre de crise étant plus jeune peu de temps après t'être éveillé.

- Oh… je vois.

- Tu peux me faire confiance, je te guiderai comme tu l'as fait avec moi ! Pour une fois que je peux me rendre utile et te rendre la pareille !

John se surprit à sourire. Il ne se rappelait pas la dernière fois que cela lui était arrivé mais il devait admettre que la présence de cette fille l'apaisait.

- Rappelle-moi ton prénom ?

- Charlotte.

- Ok, alors merci Charlie !

- Il n'y avait que toi qui m'appelais comme ça !

Elle se jeta alors dans ses bras pour lui faire un câlin. John n'avait pas l'habitude de ce genre de proximité et hésita à la serrer lui aussi dans ses bras. Cette affection lui faisait cependant tellement de bien qu'il se prêta au jeu. Charlotte le lâcha alors et ils se regardèrent, le sourire aux lèvres. Puis Cara et Astrid entrèrent. Charlotte lui promit de venir le revoir rapidement et partit. Les muscles de John se contractèrent en voyant qu'Astrid avait le bras en écharpe. Cette dernière s'assit sur le canapé et lui fit signe de la rejoindre quant à Cara, elle s'assit sur la petite table basse face à eux. John s'assit mais gardait le regard vers le bas, honteux. Astrid, de son index, lui releva le visage vers elle.

- Je… je suis désolé.

- Ce n'est rien, répondit Astrid. Je n'ai même plus mal.

- Tu es sûre que tu vas bien ?

- Oui, dit-elle en souriant.

- Qu'y a-t-il ? l'interrogea-t-il.

- Je me rends compte seulement maintenant que je ne t'ai jamais vu sans ta barbe, on dirait que tu as presque dix ans de moins !

Instinctivement, il porta la main à son menton ce qui la fit doucement rire.

- Je te préfère avec, ajouta-t-elle.

- Alors je vais la laisser pousser. Je ne me rappelle pas en avoir eu une.

- Justement, nous allions te parler de quelque chose, l'interrompit Cara. Il est nécessaire que tu te rappelles ces années manquantes. Ce « John » soldat, ce n'est pas toi.

- Non, je ne peux pas me rappeler, Jedikiah m'a dit que cela serait très douloureux et inutile… Je suis fatigué de souffrir.

- Mon amour, dit Astrid en lui prenant la main. Tu ne t'en rends pas compte mais c'est toi qui es venu dans mon esprit et m'a demandé de l'aide. Tu ne crains rien et je ne laisserai personne te faire du mal. Personne ici ne le permettra. Jusqu'ici, t'avons-nous fait souffrir ?

- Non.

- Alors laisse-moi t'aider à redevenir celui que j'aime.

- D'accord.

- Je vais te retirer ton bracelet pour que tu puisses voir dans son esprit, annonça Cara.

John hocha la tête et Cara lui retira le bracelet. Il regarda Astrid puis lui prit délicatement la main. Ils fermèrent alors les yeux.