Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à la BBC, j'ai fait de mon mieux pour ne pas les abîmer mais j'ai pas vraiment réussi. Seule l'histoire est de moi. L'univers appartient tout entier à la série Merlin.
Note : Reprise de la troisième saison en ayant inclus le modifications apportées par mes deux fics précédentes. (Balinor et Merlin et Hunith et Balinor)
Je remercie Bernie Calling, Ameliesky61 et Angelyoru pour leur gentil commentaire. :)
Bonne lecture.
Le poison de la mandragore : Partie 2
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Par-delà, le royaume de Camelot, à quelques jours de marche, une prêtresse de l'ancien culte était complètement ignorante des derniers événements. Une fois qu'elle avait quittée Morgane, elle était retournée en sa demeure et avait entamé sa part de travail.
Les ruines du château avaient un aspect lugubre sous la lune blafarde, mais la lumière chancelante des bougies leur rendait une certaine ambiance romantique et nostalgique. Morgause achevait de préparer la base de la potion dont elle aurait besoin pour canaliser le pouvoir de la mandragore. Elle acheva de mettre les derniers ingrédients et laissa la potion se mettre à frémir doucement… Dès qu'elle aurait ajouté les larmes, la mixture serait prête.
En espérant que sa sœur trouverait rapidement un moyen de lui arracher ses larmes. Cela ne serait pas évident, et il faudrait sans doute qu'elle se mette en danger. Mais elle en était capable … Elle entendit brusquement un bruit se répercuter sur les murs de son antre. Quelqu'un venait de pénétrer sur son domaine. Elle perdit son sourire satisfait et se concentra sur sa magie afin de déterminer qui était l'intrus. Très vite, son sourire se fit mauvais et elle s'avança vers la sortie afin de mettre à la porte son visiteur.
Son ancien allié ne l'avait pas beaucoup aidée et elle était à peu près sûre qu'il était responsable de la fuite de Morgane … Sans cette visite inopportune, elle aurait pu rapidement repérer la présence d'Arthur. Tout cela avait été un incroyable échec. Cenred avait peut-être des forces à lui fournir, des hommes sachant se battre, mais il n'avait aucun courage et aucune intelligence. Son ambition le dévorait sans laisser place à quoi que ce soit d'autre.
Cenred se tenait dans la cour, seul et l'attendait parfaitement immobile, à moitié assis sur le billot où elle avait éprouvé le courage et l'honneur du prince. Il se redressa en la voyant et lui sourit d'une manière mauvaise.
-Ma Dame, la salua-t-il.
-Je ne vous retourne pas le compliment, votre présence m'importune Cenred, votre incapacité à faire ce que je vous demande me révulse, laissa-t-elle échapper telle une injure.
-En l'occurrence, c'est vous qui deviez la surveiller. Comment ces avortons ont-ils pu vous retrouver d'abord ?, répondit-il plein de hargne.
Il s'était levé et avait tenté de la saisir pour les épaules afin de la secouer tant sa colère voulait se matérialiser. Fort heureusement pour elle, la blonde ne manquait pas de réflexes et lui échappa aisément. Elle redressa la tête, fièrement et de la manière la plus hautaine possible elle lui répondit sans perdre la face :
-Je n'en ai aucune idée, mais je suppose que vos gens ont dû être trop … bavards.
-Dans ce cas ils seront châtiés, sourit le vigoureux soldat le visage empreint de méchanceté et de cruauté.
-Trop tard, le mal est fait, éructa-t-elle en se tournant vers le mur.
-En effet, pour moi aussi, cracha l'homme, je me suis fait écraser par Uther ! J'ai engagé mes forces dans une bataille que je ne pouvais que perdre ! Pour vous et que me donnez-vous en échange ? Rien !
-Qu'est-ce à dire ? s'écria-t-elle en reportant son visage ulcéré et ses yeux écarquillés par l'audace dont son interlocuteur faisait preuve.
-J'ai accepté de vous aider pour plier Uther et Camelot, mais où est passé votre aide ! Je ne puis rien seul.
Morgause le fixa, pleine de mépris et finit par hocher la tête, se calmant.
-Il est certain qu'il nous faut agir sur deux fronts, sinon nous ne pourrons venir à bout de cet ennemi, répliqua-t-elle, consciente des forces de celui-ci.
-Deux fronts, … en effet. Mais comment faire …, soupira le roi de dépit.
-Vous… pouvez encore l'attaquer de face, et je peux fissurer ses défenses de l'intérieur, répondit-elle les yeux brillants d'une idée fulgurante.
-Auriez-vous une idée ?, l'interrogea-t'il en se rendant compte des changements d'expression qui se modulaient sur son gracieux visage.
-Peut-être bien, fit-elle en souriant machiavéliquement. Maintenant écoutez-moi…
Il se pencha vers elle, et la laissa lui expliquer son idée. Plus elle entrait dans les détails, plus l'enthousiasme le gagnait. Ses yeux brillèrent de plaisir à l'idée que bientôt Camelot serait à lui et il la laissa poursuivre et fixer les détails du plan. Ils convinrent alors d'un autre rendez-vous dès que Morgause serait prête. Elle lui montra ensuite une figurine et l'incita à bien la mémoriser. Dès qu'il eut réussi à la lui décrire parfaitement les yeux bandés, elle le libéra et il partit très content de son initiative.
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La forêt encore dénudée laissait le vent frais se glisser entre les branches et émettre un sifflement mélodieux. Pourtant Merlin pouvait sentir que l'air se faisait plus doux et pouvait voir que les bourgeons se préparaient à sortir. Il sentait la magie palpiter en lui au fur et à mesure que l'hiver reculait, faisant place au printemps naissant. Mais là tout de suite, il était très heureux d'enfin apercevoir le château.
Après leur monstrueuse partie de chasse-poursuite avec Arthur, ils avaient fini par se calmer et avaient repris avec ardeur le chemin du retour. Après près de trois jours de chevauchée, Camelot apparaissait enfin à leur vue. Les éclaireurs qui les précédaient d'une journée au moment de leur départ avait dû prendre de l'avance … Eux ne s'étaient pas arrêté à chaque coucher de soleil afin de se reposer. Il faut dire qu'ils avaient l'expérience pour monter la nuit.
Merlin soupira de soulagement et grimaça en sentant les courbatures dues au voyage. Arthur se rapprocha de lui et sourit avant de murmurer de manière à ce que seul Merlin l'entende :
-Mal à tes petites fesses ?
Merlin leva les yeux au ciel et lança sa monture en avant, faisant la course avec Arthur, à qui le premier atteindrait la cour du château.
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Les portes de la salle du conseil s'ouvrirent en laissant passer le prince, tout éblouissant de sa nouvelle victoire. Uther se leva en le voyant et lui sourit largement.
-Ah ! Mon fils! Que je suis content de vous voir, il paraît que Cenred s'est enfui devant votre courage, s'enquit le roi en attrapant le jeune par les épaules en une forte et brève accolade.
-En effet, père, il a lâchement abandonné ses hommes derrière lui. Rien qui ne lui fasse honneur, fit Arthur en souriant de manière désinvolte et hautaine, tel qu'il en avait l'habitude avec son père.
Si Merlin lui avait beaucoup dégonflé la tête, il conservait ces manières de par devant son père, pour qui il était important de conserver une attitude princière quoi qu'il fasse. Il devait être fier de ce qu'il était et de ce qu'il faisait pour le roi et le royaume.
-En tout cas votre retour tombe bien. Nous fêterons votre victoire en même temps qu'Imbolc, répondit l'homme mûr.
-Pourquoi pas ce soir ?, s'étonna le prince, en déposant ses gantelets sur la table et se frottant les poignets de soulagement.
-Aah, malheureusement Morgane a été quelque peu malade ces derniers jours, Gaius prescrit du repos, mais elle sera remise pour la fête, expliqua le roi, en grimaçant légèrement.
-Vraiment ? Qu'a-t-elle eu ?, s'inquiéta aussitôt le jeune homme en fronçant les sourcils.
Morgane, malade ? Ce n'était pas bon signe … un rapport avec la magie ? Son père ne semblait pas être inquiet ou fâché pourtant … Il chercha vainement à comprendre mais la réponse vint rapidement et le fit soupirer intérieurement de soulagement, un simple coup de froid.
-Gaius a parlé d'hypothermie ? Sa fenêtre s'est brisée et c'est comme si elle avait passé la nuit dehors.
-Quel drôle d'incident, souffla-t-il en souriant distraitement.
-En effet, mais tout est réglé à présent, plus de peur que de mal. Je vous conseille de lui rendre visite dès que vous vous serez rafraîchi, l'incita son père, le bras passé autour de ses épaules, tandis qu'ils s'avançaient tous deux vers la sortie.
-Je ne comptais pas me rendre chez elle dans cette tenue, mon serviteur est allé saluer son tuteur et me préparer un bain, fit Arthur en haussant les sourcils, pour montrer qu'il ne comptait certes pas rester en armure plus longtemps.
-Il est vrai que tu en as besoin, se moqua Uther, en faisant une moue comme si le prince sentait autant qu'un cochon qui se serait roulé dans la boue.
-Père! se gaussa Arthur. Mais il est vrai que je serai assez satisfait de manger à votre table ce soir, reconnut-il.
-Alors à ce soir, conclut Uther en lui frappant l'épaule, un sourire fier plaqué sur le visage.
Arthur lui adressa un dernier sourire et franchit la porte tandis que son père se remettait au travail. Le prince se dépêcha de rejoindre ses appartements, en espérant que Merlin ait fini de chauffer l'eau de son bain.
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Le crépuscule était déjà arrivé lorsqu'Arthur fut prêt à aller rendre visite à son amie, Merlin venait de le quitter pour faire sa propre toilette et le rejoindrait dans les appartements de la jeune fille le plus vite possible. Il aurait une petite heure à lui consacrer avant de rejoindre son père pour le repas. Comme si son ventre avait entendu ses propres pensées, le prince l'entendit émettre un terrible gargouillis et il fit demi-tour pour prendre un fruit dans la coupe sur la table de sa chambre avant de repartir vers la porte.
Tout en mangeant sa pomme, il chemina lentement au travers des couloirs et atteignit enfin la porte de son amie d'enfance. Il frappa nonchalamment et attendit patiemment qu'on lui permette d'entrer. Cependant il fut surpris par l'ouverture de la porte par une servante qu'il ne se souvenait pas avoir jamais vu.
Il entra, la laissant refermer soigneusement derrière lui et avança dans la chambre avant d'apercevoir Morgane assise dans un fauteuil, en train de discuter gaiement avec Gwen. Celle-ci était… différente. Il plissa les yeux avant de se rendre compte qu'elle portait une robe plus habillée que d'habitude. Mais Morgane l'avait enfin aperçu et lui sourit en tendant les mains vers lui. Il s'approcha et attrapant une chaise sur son passage, s'installa près d'elle.
Gwen déposa son ouvrage qu'elle expliquait à la brune et se leva avant de faire une légère révérence. Elle voulut sortir pour les laisser seuls, mais la main de Morgane lui attrapa la sienne avant de lui faire signe de se rasseoir.
-Arthur, je suis heureuse de vous voir en si bonne forme.
-Merci, c'est moi qui suis navré d'apprendre votre mésaventure, répondit-il, perplexe par la présence de la jeune métisse.
-Oh, juste un coup de froid … Rien d'inquiétant, répondit la pupille du roi de manière évasive.
La jeune fille tourna son regard vers la servante qui se tenait dans un coin, attendant ses ordres. La convalescente lui fit signe de s'approcher et lui donna sa soirée de liberté. Pendant que l'adolescente en tablier prenait congé et partait, Arthur se tourna vers la métisse qui lui sourit timidement avant de reprendre son ouvrage.
-En réalité, nous ne savons guère ce qui s'est passé. Nous attendons Balinor, c'était vraiment étrange … Mais laissons cela, acheva-t-elle d'expliquer, je dois vous présenter ma dame de compagnie, Dame Guenièvre … , Uther lui a donné un petit titre, pour pouvoir devenir officiellement ma dame de compagnie.
Arthur écarquilla les yeux avant de lâcher un petit rire surpris.
-Vraiment ? Félicitations alors, Gwen. Pardon, excusez-moi Dame Gwen, sourit-il malicieusement.
-Je ne sais pourquoi il a fait cela, et de toute manière, je suis juste citoyenne d'honneur, comme Gaius, expliqua la jeune métisse embarrassée.
-Parce qu'il a reconnu tes mérites, sourit gaiement Morgane en lui prenant la main tandis que sa jeune amie rougissait.
Arthur se cala contre le siège en souriant, il était bon de rentrer chez soi. Sous peu Merlin arriverait, ferait une bêtise et tout le monde rirait. Mmh, une fois que Balinor serait là, le problème de Morgane serait réglé et tout irait bien dans le meilleur des mondes … enfin jusqu'à ce qu'un nouvel ennemi se présente. Malheureusement, il y en avait toujours un nouveau.
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La nuit tombée, Gwen avait laissé son ancienne maîtresse qui se sentait mieux et qui désirait la voir se reposer correctement au lieu de la veiller encore. Elle avait rejoint son ancienne maison et fait un rapide ménage avant de se coucher. Sa condition était meilleure, certes, mais pas de là à lui permettre d'habiter une des chambres du château et de toute manière, elle ne pourrait jamais se séparer de sa maison et de la forge de son père, trop de souvenirs y étaient liés.
Dehors, il n'y avait quasiment plus de lumière, la lune si pleine avait cédé la place à une lune gobeuse, puis à son premier quartier, bientôt il n'y aurait plus que le premier croissant et la nouvelle lune juste pour la fête d'Imbolc. La jeune fille colla son front contre les carreaux gelés qui formaient une de ses fenêtres et tenta d'apercevoir si la garde était passée, avant que la vitre ne soit entièrement embuée.
La jeune fille ouvrit légèrement la fenêtre et attrapa un paquet qu'elle avait fixé dans une pierre sculptée parmi une des gargouilles qui décoraient les façades. Elle le rentra vivement et referma la fenêtre aussitôt. Morgane prit une grande inspiration en serrant le paquet contre son cœur et s'assit sur l'appui de fenêtre. Elle le déballa lentement et fit apparaître une petite sculpture.
La brune baissa les yeux un peu honteuse, se souvenant la gentillesse avec laquelle Balinor et Hunith s'étaient occupé d'elle et le jour où le père de Merlin lui avait donné ce faucon sculpté. En réalité, il lui en avait offert deux, mais elle avait donné l'autre à sa sœur. Elle le porta tout près de son visage et murmura un sort qui fit briller ses yeux d'éclats dorés.
Soudain elle sentit dans sa main un chatouillement, la sorcière l'ouvrit alors délicatement et sourit en voyant la sculpture battre des ailes. L'oiseau minuscule tordit la tête et se posa sur son doigt, la pinçant légèrement. Morgane sourit, toujours émerveillée par ce sort, puis elle sortit de sa poche le petit mot qu'elle avait écrit à l'intention de sa sœur et l'accrocha à sa patte. La jeune fille entrouvrit à nouveau sa fenêtre et murmura un second sort, avant de le laisser s'en aller et de soigneusement refermer derrière lui.
La brune l'observa un instant voleter avant de ne plus arriver à le distinguer dans le noir de la nuit. Elle secoua alors la tête, rejoignit son lit et calma du mieux qu'elle put les battements de son cœur pour enfin s'endormir.
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L'aube pointait son nez lorsque la figurine atteignit enfin l'antre de sa destinataire. Il voleta au-dessus des ruines et plongea ensuite vers la porte puis se glissa au niveau de l'interstice avant de se poser sur le pupitre de Morgause. Le faucon poussa un cri perçant qui bien que faible, réveilla la sorcière blonde.
Dès qu'elle vit l'oiseau, la femme se précipita sur lui et récupéra le message de sa sœur. Il était étonnant qu'elle ait mis autant de temps pour la recontacter. Avait-elle si peu d'imagination ? La blonde ouvrit le message et lui appliqua un sortilège pour agrandir le parchemin.
"Chère sœur,
Pardonne-moi de te répondre si tard, mais il est survenu des événements fort inopportuns. En effet j'ai contracté une étrange maladie. Gaius a prétendu auprès du roi qu'il s'agissait d'un coup de froid, mais en réalité, nous ignorons ce qu'il s'est passé. Ma chambre s'est recouverte de poussière et de toiles d'araignées comme si un temps infini s'était écoulé pendant la nuit, et toute trace de chaleur s'est envolée. Peut-être auras-tu une explication ? De mon côté, nous cherchons dans des livres, mais il est évident que j'ai moi-même provoqué cet incident.
Ceci dit, il m'a donné une idée pour notre plan. Uther a été fort troublé par mon état de santé. Je pourrais retomber malade ? Pas de la même manière, bien sûr, je pensais absorber une potion de Gaius, qui me rendrait nauséeuse, quelque chose d'impressionnant, mais qui me permettra de lui faire assez peur rapidement et de me soigner moi-même dès que j'aurais ses larmes. Aurais-tu une idée de potion à me conseiller et pourrais-tu m'envoyer l'antidote ?
Toutefois, cet événement dont je viens de te parler, me perturbe fort. Je sais, j'ai ressenti toute l'horreur de ce qu'il a fait souffrir aux nôtres, mais comment dire, il est si soucieux de moi … Il est tellement différent … j'ai du mal à concevoir que la personne capable de ces atrocités soit la même qui me tenait la main durant ma convalescence.
J'ai dû réfléchir. Cela m'était essentiel. Malgré tout, il me semble important qu'il reçoive une punition équitable pour ses crimes. Es-tu sûre que je pourrais mettre un terme à l'expérience dès que je l'estimerai nécessaire ?
Ta bien-aimée sœur, Morgane."
Morgause, dont le visage s'était blanchi à la nouvelle de son état, s'était ensuite épanouie en un sourire machiavélique avant de rougir et de se pincer d'exaspération. Ses mains se crispèrent sur le papier, mais la blonde se retint de le détruire de rage. Pourquoi fallait-il que Morgane éprouve tant de remords vis-à-vis de ce monstre ? Le comportement d'Uther était incompréhensible, mais il rendait sa sœur complètement folle.
Elle secoua la tête et se dirigea vers ses préparations, elle en tira deux flacons identiques à l'exception du bouchon, l'un bleu, l'autre rouge. La femme les déposa sur sa table et s'installa pour écrire sa réponse. Il faudrait qu'elle utilise son faucon, celui de Morgane ne pourrait pas porter les deux bouteilles. Elle s'attela à la tâche, elles avaient bien assez perdu de temps.
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Le soleil brillait dans le ciel et malgré le fond de l'air froid, deux jeunes filles, chaudement couvertes, marchaient le long des rues de la ville basse. Guenièvre regardait son amie, elle la voyait s'animer devant les devantures. Sa peau pâle reprenait des couleurs grâce à l'air frais et vivifiant. Malgré le repos et les soins prodigués, la jeune noble avait été abattue ces derniers jours. La métisse savait à quel point la jeune sorcière était fougueuse et naturelle, elle avait besoin de se dépenser, de monter à cheval, de ne pas rester inactive en fait.
Gwen sortit de ses réflexions lorsque Morgane lui montra des boucles d'oreilles roses qu'elle plaçait près de ses oreilles pour en voir l'effet. Elles se sourirent et reprirent leur conversation badine. Leur principal sujet restait la belle fête qui approchait de jours en jours et manifestement Morgane avait décidé de faire de Gwen la reine de la fête.
La pupille du roi admira les belles lignes du visage de son amie. Elle comprenait pourquoi Arthur la regardait de cette manière énamourée. Qu'il était dommage qu'elle ne puisse prétendre au titre de reine… Mais elle ferait tout pour qu'ils puissent profiter un maximum de leur histoire. La jeune fille soupira. Tant de choses étaient compliquées dans ce monde. Tant de choses étaient injustes. Est-ce qu'un jour le monde serait plus beau ?
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-Bonne nuit, Ma Dame, fit une jeune servante, revêtue d'une robe rouge et bleue aux armoiries imprimée sur le plastron.
-Merci, au revoir, Audrey. Je te remercie.
La servante fit une profonde révérence avant de quitter les appartements de la première dame de Camelot. Morgane se leva de son lit, toute habillée de sa tenue de nuit blanche en dentelle et attrapa un châle avant de prendre un ouvrage que Gwen avait commencé à lui apprendre. Elle regarda son chandelier et murmura un sort qui enflamma ses yeux et les bougies qui y étaient disposées.
La brune se mit à son ouvrage avec persévérance mais de nombreuses fois elle fronça les sourcils en une moue réprobatrice. Elle finit par soupirer exaspérée et laissa tomber la broderie sur un meuble à proximité. La jeune sorcière était sûre d'une chose : elle n'avait aucune patience, et aucune envie de dormir… La jeune fille reposa sa joue sur son poing et bailla sans conviction quand un bruit sec se fit entendre. Morgane tourna la tête vers la fenêtre et sourit avant de se dépêcher de récupérer la réponse de sa sœur.
Quelle surprise de voir les deux oiseaux sur son appui. Morgane sourit en les voyant tous les deux ensemble, puis les fit entrer et fronça les sourcils en voyant les deux flacons. Elle prit alors connaissance de la missive.
"Chère sœur,
Je suis navrée d'apprendre que tu as été mal, néanmoins je ne connais aucune histoire semblable dans mes grimoires. Je n'ai jamais rencontré de pareil cas. J'espère que cela ne se reproduira plus. Il est étrange que ce soit une manifestation de ta magie … surtout qu'à présent tu contrôles tes pouvoirs.
En ce qui concerne ton idée, elle me semble excellente, même si risquée après cet étrange incident. Néanmoins je suppose que tu as parfaitement mesuré les pour et les contre avant de me la proposer. Voici deux flacons, le premier au capuchon rouge te donnera les symptômes que tu désirais, le second au bouchon bleu les fera disparaître.
En ce qui concerne les comportements d'Uther, je ne sais que dire, cet homme est un mystère. Toutefois, il faut toujours se méfier de l'eau qui dort. Agis en ton âme et conscience. Dès que ta décision sera prise et assurée, fais-moi parvenir ta réponse. Pour mettre un terme au sort, il te suffira de retirer le totem de sous son lit où tu l'auras fixé. Tu peux donc revenir en arrière dès que tu estimeras l'expérience suffisante.
En espérant te revoir bientôt,
Morgause."
Évasive… Morgause avait répondu et éludé à la question en même temps, elle disait lui laisser le choix, mais pourtant lui indiquait comment agir. La brune renvoya le faucon de sa sœur et rangea le sien en lui adjoignant les flacons soigneusement enveloppés. Le jour où elle se déciderait à les utiliser, ils seraient à portée de main.
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Les préparations pour la fête allaient bon train et le château se mettait à fleurir de guirlandes, de rubans et de fleurs en tissu. Les serviteurs récuraient les pièces de fond en comble, faisant briller toutes les surfaces qui se présentait à eux. Des odeurs alléchantes flottaient dans l'air, la cuisinière essayant de nouvelles recettes et préparant les plats qui demandaient de longues macérations.
De nombreux invités de marque se présentaient aux portes de la ville et s'installaient dans les appartements préparés dans leur intention. Leurs propres serviteurs grossissaient la masse déjà conséquente qui vivait à Camelot et mettait la main à la patte.
Arthur avait profité d'une journée de repos avant de se décider à reprendre l'entraînement et quelques petites chasses, afin d'alimenter les réserves du palais qui se vidaient au fur et à mesure qu'on approchait de l'heure de la fête. Merlin avait protesté pour la forme, mais en s'éloignant du château, il évitait de se faire alpaguer pour aider les autres, et en profitait pour ramasser des herbes pour Gaius, le prince préférant le voir occupé utilement qu'en train d'essayer de participer à l'entraînement.
Morgane et Gwen passaient leur temps à rendre visite à la couturière pour faire des essayages et trouver de quoi accessoiriser leur tenue, ou à suivre les leçons tranquilles de Gaius. Il ne restait que trois jours avant les réjouissances, lorsqu'au cours d'une leçon, Uther se présenta dans les quartiers du médecin. Heureusement pour eux, il était occupé à expliquer les propriétés de plantes servant à l'élaboration de potions médicinales, bien sûr elles avaient également des propriétés magiques, mais pour Uther… une plante n'était qu'une plante.
-Oh je vois que vous prenez vos leçons très à cœur mon enfant, fit le roi en souriant, mais prenez garde à ne pas trop en faire.
-Que puis-je pour vous Mon Seigneur ?, demanda le vieil homme.
-Oh, rien de bien grave, regardez.
Uther tira sur sa manche et montra son avant-bras, recouvert d'étranges boutons. Gaius mit ses lunettes et se mit à inspecter l'irritation.
-Mmh, on dirait une réaction due au frottement ou au tissu ? Difficile à dire.
-C'est un vêtement que j'ai l'habitude de porter pourtant, indiqua le roi.
-Rien de neuf ces derniers jours ?, interrogea le médecin.
-Du tout, aucun essayage, rien…, répondit l'homme en faisant une moue de réflexion.
-C'est vraiment étrange, ça ne me fait penser à rien d'autre malheureusement, je vais vous donner une pommade pour soigner l'inflammation, mais sans savoir d'où ça vient…, répondit Gaius, dubitatif.
-Vous n'avez jamais eu ce type d'infection auparavant ?, demanda sa pupille qui jusque-là n'avait fait qu'observer avec Gwen.
-Hum si une fois, avec une armure, mon idiot de serviteur l'avait polie à l'extérieur et l'intérieur avec un produit à base de feuilles d'orties si je me souviens bien.
Gwen et Morgane plissèrent les lèvres pour se retenir de rire, mais eurent du mal à retenir le sourire qui commençait à monter jusqu'à leurs oreilles.
-Ce n'est pas une mauvaise idée, ce doit être un produit très efficace pour le polissage, commenta le médecin. Par contre, c'est réellement très urticant.
-C'est bien pour cela que je l'ai renvoyé à coup de pied aux fesses. C'était un incompétent chronique, je n'ai pas été surpris quand j'ai appris qu'il faisait partir d'une famille sorcière, finit-il par cracher.
Gwen sentit Morgane se raidir à côté d'elle et elle posa une main apaisante sur son bras, avant de se lever.
-Nous allons vous laisser, ils nous restent des préparations à faire et la leçon était quasiment terminée, n'est-ce pas ?
Gaius hocha la tête et indiqua au roi de s'asseoir le temps de faire quelques recherches, pendant que les jeunes filles prenaient congé.
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Le soleil venait de se coucher et les couloirs avaient été éclairés par de nombreuses torches qui lançaient leur lumière et projetaient un jeu d'ombre au mur. Les jeunes filles marchaient lentement, en direction de la salle où les attendaient le roi et son fils, quand soudainement Morgane s'arrêta.
-Gwen, hum, je me rends compte que j'ai un peu froid, avance, je reviens vite.
La métisse lui sourit et hocha la tête, puis la regarda partir, avant de reprendre sa route. La brune arriva en catastrophe dans sa chambre et courut à la fenêtre récupérer ses fioles, elle plaça celle au capuchon bleu derrière la tête de son lit, et déboucha prestement l'autre, avant de l'avaler d'un trait. La sorcière eut une expression de dégout, avant de la mettre dans les déchets et de courir rejoindre la salle à manger avant que les symptômes n'apparaissent.
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La chambre était moite et malgré les rafraîchissements que Gwen apportait à Morgane, la jeune fille ne cessait de remettre et de trembler. Gaius avait d'abord cru à une indigestion ou un effet dû à sa nervosité et sa fatigue, mais là il ne comprenait plus.
Très vite, la pièce se trouva emplie d'Uther et Arthur, venus rejoindre ceux qui se tenaient déjà à son chevet. La sorcière avait de la peine à ouvrir les yeux, mais luttait. La malade tendit alors la main en appelant Uther qui aussitôt vint lui prendre la main et la serrer contre son cœur, les larmes ruisselant déjà sur ses joues. De son autre main, elle les essuya avec le rebord de sa robe avant de demander qu'on la laisse seule quelques instants avec le vieux médecin.
Une fois qu'ils furent tous sortis, Gaius s'assit sur le rebord de son lit et la regarda attentivement.
-Je … je suis désolée …, commença-t-elle.
-Voyons ce n'est pas votre faute, répondit-il en lui souriant.
-Je … j'ai volé une de vos potions, je pensais que… je guérirais plus vite, je me sentais tellement lasse…, avoua-t-elle en détournant la tête, honteuse.
Honteuse, elle l'était de lui mentir ainsi, mais cet après-midi, elle avait su … Uther n'avait jamais regretté ses crimes, et il ne le ferait jamais … à moins de … lui forcer la main. Elle entendit Gaius soupirer, avant de l'entendre lui demander ce qu'elle avait pris.
La jeune fille lui dit qu'elle avait pris un flacon sur l'étagère avec un chardon dessiné dessus, dont il lui avait dit qu'il stimulait l'appétit. Il soupira, et demanda quelle dose elle avait pris avant de la voir rougir et se rapetisser un peu plus dans son lit.
-Tout le flacon ? Bon sang, … heureusement les vomissements devraient cesser … Ça ne servirait à rien d'essayer de vous la faire évacuer en vous faisant prendre du charbon, mais sérieusement Morgane, vous avez eu de la chance, cela aurait pu être bien plus grave, c'était totalement inconscient de votre part. J'attendais plus d'intelligence de vous. Je vais aller chercher une potion régénérante, ça devrait vous aider.
Il se leva et ferma la porte avant d'être pressé de toute part par ses proches, inquiets. Mais cela, Morgane n'en avait cure, elle se releva du mieux qu'elle put et se tourna pour attraper l'autre fiole toujours cachée. Elle la but rapidement avant de cacher le flacon sous son oreiller et de se réinstaller dans le lit avant que quiconque ne rentre dans sa chambre, ce qui mit peu de temps à se produire.
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La forêt était encore plus noire que d'habitude en cette veille d'Imbolc. La nouvelle lune était arrivée et s'il n'y avait pas eu le grincement de la porte dérobée, nul n'aurait pu se rendre compte de la silhouette qui sortit du mur de la forteresse et se dirigea sans hésitation dans les bois.
Arrivée devant une caverne, elle souleva la capuche de sa cape et la jeune fille brune à la beauté si froide se révéla, majestueuse au milieu de cette obscurité. La sorcière pénétra alors dans la grotte et rejoignit sa sœur, debout devant une marmite fumante.
-Ma chère sœur. Comment les choses se sont-elles passées ?, l'interrogea Morgause.
-Camelot a pleuré sa fille à l'agonie avant de la punir pour son idiotie !, répondit la jeune sorcière en souriant satisfaite de son succès.
-Uther n'a aucun soupçon ?, s'enquit son interlocutrice.
-Aucun.
Morgane sortit alors un morceau de tissu, simplement sa robe qu'elle avait déchirée et lui tendit.
-Tu as bien travaillé. Les larmes d'Uther Pendragon ne font que commencer à couler, répondit la plus âgée.
La blonde plongea alors le tissu léger dans le chaudron, et ajouta la racine de mandragore qui poussa un cri atroce, poussant Morgane à placer ses mains sur ses oreilles.
-La mandragore est particulière, seuls ceux qui ont des pouvoirs magiques peuvent l'entendre crier. Mais pour ceux qui n'en sont point dotés, la mandragore a la faculté d'atteindre les recoins les plus occultes de l'âme. Leur inconscient devient alors la figure même de l'effroi, et c'est ainsi qu'ils s'égarent. Uther Pendragon ne va pas tarder à découvrir que son royaume est sans consistance, lorsqu'il aura perdu la raison. Mid paem wundorcraeft âes ealdan aec ic pe hate niman Utheres worpdropa ond pa gemengan mid his blode. Sy he undewittig ond deofolseocnes his heortan afylle.
À suivre
Voilà, j'espère que ça vous a plu. Vous êtes libres de commenter ou pas. Cela dit, ça me ferait plaisir.
En dehors de ça, est-ce que vous trouvez les chapitres trop long ? Est-ce que vous voulez que je divise les chapitres encore en 2 ? Ou je garde comme ça ?
À la semaine prochaine.
