~ ALIVE ~ Bon, au moins, je ne reviens pas avec 500 mots mais bien avec 5000 :D ! (Et j'ai du couper parce que ça devenait trop long) Voilà, c'est tout, je fuis maintenant. C:

FLARExLUCY FOR THE WIN.

Disclaimer : Fairy Tail appartient à Hiro Mashima.


Toile d'araignée


3. À bout de bras - Lucy


C'était les aléas de la vie. Y'avait Lucy, héritière sans le sou et y'avait Flare, campagnarde sans famille. L'une voulait percer dans l'édition, l'autre voulait faire prospérer son petit coin de paradis. Un club.

Elles n'avaient rien en commun – Si ce n'est leur passion pour la liberté, l'indépendance.

Leur force d'âme, leur détermination.

Et..

Leur colocation « houleuse ».


« Pose ça dans le coin, là-bas. On rangera ces cartons après. »

Tandis qu'elle donnait des instructions à son amie, Lucy examina la pièce des yeux. Très encombrée, l'espace semblait restreint. En vérité, la pièce était assez grande; mais n'importe quel endroit aurait pu sembler minuscule une fois les livres de la jeune fille entassés dans tous les coins.

La jeune fille aux cheveux blancs qui l'accompagnaient porta d'autres cartons à bout de bras. Très vite, elle regarda froidement la future colocataire de Lucy. Mirajane n'aimait pas cette « Flare » et son attitude. Elle ne les aidait même pas ! Grossier personnage.

Pire, en dehors de toute politesse, la rousse déclara la guerre sans préavis. Sans condition. Et sans qu'aucune des deux amies ne sut pourquoi.

« T'as fini de polluer l'air, Blondie ? Tu parles trop. »

Son amie se rebiffa instantanément mais Lucy essaya de la calmer. Elle avait besoin de ce logement, en colocation ou non. Trouver, pour un tel prix, une habitation sur Fiore relevait de l'impossible. Alors même si sa compagne de chambrée était une peste rousse des plus affreuses, Lucy se devait de rester cordiale avec elle. Car elle avait besoin de sa présence; notamment pour partager en deux le loyer.

Depuis qu'elle avait fuit de chez son père, la jeune fille blonde se rendait maintenant compte de l'importance de l'argent. Elle qui, avant, en avait à foison et le dépensait n'importe comment.. Elle aurait dû en garder, même en secret, au cas où. Pour des situations comme celle-ci, par exemple.

Lucy laissa son regard vagabonder sur Flare. La jeune fille était mince – Beaucoup trop – et avait une tendance bien trop importante à faire un sourire de dément. Elle avait de longs cheveux roux qu'elle avait attaché en deux tresses et elle adorait porter des gants et une robe d'un rouge très voyant.

« Tu es sûre de vouloir rester là, Lucy ? Je peux toujours essaye de voir, pour chez moi..

- Non ! Non, c'est bon. Ça va. »

Impossible de rester chez elle. Mirajane avait déjà son frère et sa soeur à s'occuper, la jeune fille ne pouvait pas s'imposer en plus. Même si son amie était une coriace, Lucy ne voulait pas devenir un poids pour elle. Lui souriant sympathiquement, elle la rassura une nouvelle fois.

Ce n'allait pas être si terrible, quand même.

« Bah, alors ? Blondie a besoin d'être baby-sittée ? »

L'ignorer. Elle devait l'i-gno-rer ! Ce n'était pas la mauvaise humeur d'une rousse stupide qui allait l'empêcher de vivre, tout de même. Lucy était au-dessus de ça.

« Tu comptes ouvrir une bibliothèque, avec tout le bordel de bouquins que tu as, là ? »

Décidément, cette colocation promettait d'être passionnante..


La porte de grenat brillant s'ouvre, fascinante pour les yeux de la jeune fille. Quelle couleur étrange pour une porte, non ? Surtout dans le bâtiment où elle était. C'est rarement un rouge aussi poignant qui est employé – Plutôt du neutre, du gris, du blanc cassé. Mais non, ici, devant ses yeux; c'était un nuage de points rouges qui dansaient autour d'elle.

C'était juste une porte qui s'ouvre, pourtant. Pour elle, tellement plus de sensations. Des frissons, des tremblements, des battements de cœur.

Négatives, comme sensation.

Puisque ses pas, ils la mènent dans l'amphithéâtre imposant. Ce lieu, elle le maudit. Elle le déteste, l'exècre. C'est sa catharsis vivante. A-t-elle déjà réussi à rester plus de dix minutes ici ? Non. Elle ne pense pas, ne crois pas. Car sa peur est bien trop grande.

Pourtant, vous savez, Lucy est intelligente. Elle a eu des notes excellentes dans un lycée très réputé et très cher. Elle a toujours été calme, mature de base. Mais ça.. La jeune fille ne peut pas. C'est irraisonnable, en dehors de toute logique; Mais depuis quand peut-on contrôler sa propre phobie ?

Les six cents places libres, vides, dardent leur regard sur elle. Elle sent ses jambes faiblirent, la trahir. Toutefois, Lucy est venue en avance pour une seule raison. Réussir à suivre un cours ici, à l'université, sans fuir comme un chat qui craint l'eau.

Elle est aussi venue plus tôt en espérant ne croiser personne; et heureusement pour elle, ce premier souhait a été réalisé. Il n'y a pas âmes qui vivent, ici. Mais elle ne peut pas s'en empêcher – Son souffle devient irrégulier. Le tableau, près d'elle, lui paraît flou.

La peur est trop grande. Les couleurs de la salle se mélangent, ricaneuses. Six cents illusions osent l'attaquer de toutes parts; elle recule. Lucy se sent prise au piège, elle part en arrière, trébuche sur ses propres pieds..

Une salle de classe, elle arrivait à y rester une heure. Parfois deux. Mais cette Faculté, cet amphithéâtre, les quelques sept mille élèves qui défilaient quotidiennement.. Non. Elle ne peut lutter, pauvre ochlophobe qu'elle est – La peur de la foule, au quotidien.

Alors Lucy rebrousse chemin, défaitiste mais rassurée de quitter ce lieu infernal. Elle souhaite rentrer directement chez elle. Encore une fois, elle prendra trois fois plus de temps que nécessaire. Qu'importe ce que dira sa colocataire rousse; la fac de lettres attendra encore.

Demain.

Demain, elle réessayera.

Demain, elle réussira – Soupirs.

La jeune fille marche à pied, lentement. Elle évite les passants. Son regard morne est dardé sur les transports en commun, second cauchemar chez elle. Cette foule de personne qui l'observe, où qu'elle soit.. Soudainement, sa main vient masser ses tempes. Lucy doit arrêter de réfléchir à ça pour aujourd'hui.

Demain sera un autre jour, n'était-ce pas ce que tout le monde dit ?

Demain, alors.

Demain.


« Tiens, voilà la blondinette. Hey, mais on fait la tête ?

- Tais-toi Flare. Pas aujourd'hui. » Soupira Lucy en posant son sac près de son bureau, au sol.

Elle alla ensuite dans la cuisine se préparer quelque chose à manger, principalement composé de chocolat, pour se remonter le moral.

« Pas l'air d'être la fête.. » Cria de nouveau la voix de Flare, provenant du même endroit où Lucy avait l'intention d'aller.

« Garde tes sarcasmes pour un autre jour.

- Mais avec plaisir, Blondie. Donne-moi donc une date qui te convient, la prochaine fois ? »

Lucy allait répliquer, mais elle se stoppa en découvrant ce qui peuplait dorénavant leur cuisine. Flare avait visiblement déposé des tonnes de bouteilles colorées et de verres différents sur la table à manger. Les couleurs disparates des boissons se mélangeaient doucement, au gré des envies de la rousse. Malgré elle, Lucy était bien intriguée.

« Qu'est-ce que tu fais ?

- Ça t'intrigue, Blondinette ? »

Reposant la bouteille de kir qu'elle tenait dans la main, Flare se pencha vers la deuxième fille de la pièce et lui fit un sourire – effrayant, pour Lucy.

« Des cocktails. Je m'entraîne simplement. »

Lucy avait envie de la complimenter – Parce que, vraiment, ce qui était présent sur la table était très beau. L'apparence du liquide donnait envie aux gens de jeter leur dévolu dessus; de glisser leur lèvre pour goûter à ce fruit défendu.. La superposition des couleurs, dans une pyramide étrange, pouvait faire frémir n'importe qui. Lucy avait juste à tendre sa main pâle vers le verre avenant et s'en saisir; pour enfin savoir si son palet trouverait la boisson délectable.

Mais sa colocataire, c'était Flare. Alors Lucy haussa les épaules et emporta le nutella dans sa chambre sans rien dire.


Lucy s'interrogea de nouveau sur ce qu'elle faisait là. Déjà il y a trois jours, elle avait succombé à sa phobie et était rentrée chez elle, la queue entre les pattes. Mais aujourd'hui, la blonde est encore une fois devant les portes de l'amphithéâtre. Ces portes qui la narguent et qui s'amusent d'elle, rouge écarlate. C'était insupportable, parce que d'une certaine façon, tout cela lui rappelait les cheveux de feu de sa colocataire, Flare, et surtout son air moqueur et insupportable. Cette pimbêche timbrée qui, justement, était juste à côté d'elle ce matin.

« Attends, blondinette. Ce sont portes qui t'effrayent comme ça?

- Non. La salle à l'intérieur. » Répondit calmement l'étudiante.

Soupirs irrités. Flare s'avança soudainement, surprenant son vis-à-vis et ouvrit les deux portes battantes. En grand. D'une façon décidée. Un geste simple, vraiment – Mais qui attira des larmes dans les yeux de la blonde. L'air de la pièce frappa Lucy. C'était frais, rempli de connaissances et d'histoire. Un amphithéâtre de culture et de vie.

Y'avait un sentiment de 'vivant' qui s'échappait de l'atmosphère alors que la pièce était totalement vide.

Les sièges étaient inoccupés; les deux filles étaient en avance d'une bonne heure. Il n'y avait aucun autre cours en lumière inondait la salle gigantesque, rayonnante et pourtant si effrayante pour l'une d'entre elles. Pourtant, la peur n'avait pas encore atteint la blonde. C'était étrange de se sentir sur le point de se briser et sur le point de s'envoler; encore plus étrange d'être rassurée par sa colocataire un peu folle.

D'ailleurs, vous vous demandez sûrement pourquoi Flare était là ? Bah, qui sait. Elle avait passé le début de semaine à maugréer contre Lucy qui restait à l'appartement comme « une couarde dans son trou de souris ». Chaque soir depuis l'emménagement, Lucy regardait Flare qui partait travailler dans un bar. La blonde n'avait pas osé l'accompagner une seule fois. Le nom, « Devil Ice », était suffisant en lui-même pour tenir l'étudiante éloignée du lieu.

Le problème, c'était que tous les après-midi, l'étudiante et la barman devait se supporter. Enfin, c'était surtout Lucy qui devait se taire face aux réflexions de la rousse. « Ça va, feignasse ? » « T'es jamais en cours, toi. » « Encore là ? » « Tu sais, les cours en ligne, c'est incomplet. » « Tu peux pas faire ton année entière de cette façon. » « Mais t'es une rebelle, en fait ! Tu sèches. Incroyable. Je ne pensais pas ça de toi, Blondie. » et son célèbre : « Tu tiendras pas. »

Puis, finalement, ce matin-même, alors que Flare venait tout juste de rentrer de son travail, épuisée : « Mais de quoi tu as peur, à la fin, Blondinette ?! ». Sa colocataire aux cheveux roussis avait attrapé le sac de cours de la blonde, chiffonné un paquet de feuille dedans, coincé deux trois stylos dans des poches et attrapé le bras de Lucy.

Elle l'avait traîné dans toute la ville, acceptant au moins de ne pas prendre de transport en commun. Maintenant, Lucy avait froid – Bon sang, elle n'avait même pas pu attraper une veste en sortant – et elle se sentait terriblement mal. Peut-être parce qu'elle venait à peine de se réveiller, qu'il était six heures et demi du matin et que son cours ne commençait qu'à sept heure trente.

Ou bien parce qu'elle avait suivi docilement sa colocataire. Celle-ci montait les nombreuses marches de l'amphithéâtre, à l'aise, curieuse. Lucy, hésitante, était comme un petit chiot derrière elle. Y'avait une fille qui gravissait le monde d'un pas sûr et l'autre, soupirante, qui étudiait chaque sortie de secours qu'elle pouvait trouver.

Au fond, la blonde était loin d'être calme. Elle voulait sortir – Fuir – partir. Attirer et attiser sa peur ne l'enchantait guère. Pire, elle était effrayée à l'idée même d'avoir de nouveau la trouille, d'être hantée par ce sentiment négatif et dévorant.

Flare se foutait complètement de l'état de Lucy. C'était drôle, d'une certaine façon, parce que depuis ce matin Lucy aurait pu jurer que Flare faisait attention à elle. Ou alors, la rousse en avait juste marre d'avoir une pleurnicheuse dans ses jambes. Elle avançait, forte et déterminée; ses peurs n'existant que dans l'ombre de son esprit. La rousse ne leur permettait rien, et surtout pas d'oser se montrer. Elle déniait jusqu'à leur existence.

« Il va falloir bosser ça.

- De ? » Demanda Lucy, complètement prise à part par la conversation. Elle n'avait pas écouté ce que son vis-à-vis disait.

« Tes peurs idiotes. »

Leurs voix résonnaient dans la grande salle. Tandis que Lucy s'arrêtait en plein milieu des escaliers, Flare continuait de monter sans vouloir se retourner.

« Tu ne comprends pas... » Soupire la blonde. Elle aurait voulu paraître offusquée, mais son ton laissait percevoir autre chose. Du défaitisme.

Et c'était vrai, que personne ne pouvait la comprendre. Pour le commun des gens, ses peurs n'étaient pas censées ou réelles. C'était stupide. Des excuses. Mais les frissons qu'elle avait, la confusion qui régnait dans son esprit, l'étau qui se resserrait sur elle, l'étouffant.. Pour l'étudiante, tout ça existait bel et bien.

Au-dessus d'elle, Flare montait toujours. Sans aucune considération pour celle qui était un peu plus bas. Mais, au juste, pourquoi la rousse essayait de l'aider, si elle la détestait ? Pourquoi était-elle là, dans cette université, avec elle ? En vérité, c'était Lucy qui était perdue et qui ne comprenait pas. Pouvait-on lui en vouloir ? Flare était comme de la brume. Imprenable, intouchable, insondable.

Insaisissable.

« Si, je comprends, Blondinette. » Flare a arrêté de monter. Elle est en haut de l'amphithéâtre et domine Lucy de toute la hauteur de la salle. « J'évolue. Tu stagnes. La vie est un jeu. Il faut perpétuellement rester en haut de la chaîne. »

Prenant une dernière inspiration, Flare ajouta :

« Et quand tu stagnes, Lucy, tu perds. »


La voix de Flare, l'appelant, sort Lucy de sa rêverie. La rousse est redescendue à son niveau, l'observant de ses yeux d'aigles. Son regard fier ne la lâche plus. Elle n'est plus en haut de l'amphithéâtre, mais juste à un mètre à peine de Lucy. Accessible.

« Allez. Oublie ça, Blondinette. » - Forme de répit.

Mais c'est impossible, que Lucy oublie ça. C'est comme une unique et gigantesque croix rouge sur un devoir scolaire. Ineffaçable. Et même le sourire en demi-teinte, étrange mais bienvenue, de la rousse ne peut rassurer sa colocataire. Celle-ci soupire et projette son regard tout autour d'elle. En silence, elle s'avance vers le haut. Elle observe encore; hésite – Se décide.

Elle pose son sac au pied de la plus haute rangée de l'amphithéâtre tout en avalant sa salive difficilement. Installée au dernier rang, proche du mur, Lucy lance des éclairs avec ses yeux en direction de sa colocataire – Défi. Qu'elle ose dire quelque chose de méchant et la blonde ne répondra plus de rien !

Mais l'autre se tait. Pire.

Ses yeux rient.

Son sourire s'étire, prédateur.

Sa fierté s'exprime.

Et Lucy détourne le regard, pour le fixer vers le tableau noir. La voix de Flare résonne une dernière fois dans la grande pièce : « À tout à l'heure, Blondie. Sois sage. Je serai là à ta sortie de cours. »

Dans la cage aux Lions, aux étudiants, Lucy soupire. Elle avait bien envie de l'insulter, là, maintenant. Si jamais la rousse osait s'endormir en l'attendant, elle allait lui faire regretter sa venue..

En attendant, Lucy est droite sur sa chaise et respire doucement, profondément. Elle ne sursaute pas quand elle entend le claquement des portes écarlates derrière sa colocataire. Non, elle est calme.

En attente du défi à venir.


Ils entraient. Par millions, de toute part. Bon, d'accord, seulement par centaine et par l'entrée principale. Mais, bon sang, Lucy sentait toute chaleur la quitter, très rapidement. Ils étaient beaucoup trop à être venu pour le cours de ce matin.. Et la pièce aux portes rouges se remplissait trop vite à son goût. Certes, les bruits résonnaient encore et la moitié des chaises n'avaient pas trouvées de propriétaires mais, pour la blonde, c'était déjà trop.

Certains lui avaient lancé des regards interrogateurs – et elle s'était rabougrie sur sa chaise, espérant devenir transparente. D'autres, des sourires amicaux – Mais là encore, Lucy avait préféré baisser les yeux et fixer sa table simple, pleine de petits mots et de dessins, du dernier rang.

Elle avait tout ignoré. L'étudiante fixait maintenant le tableau noir du malheur, essayant de rester un peu plus droite dans sa position, récitant dans sa tête quelques poèmes qu'elle connaissait depuis le collège. Elle essayait simplement de faire abstraction du monde entier, cherchant des touches de couleurs dans ce monde scolaire.

La jeune fille au premier rang qui essayait d'attirer l'attention d'un gars à sa gauche ? Disparue.

Le duo de comique vers le milieu de la salle, qui racontait des blagues à un attroupement de jeunes filles aux regards blasés et non-amusés ? Oubliés.

L'étudiant mystérieux, aux vêtements sombres et à la coupe tendance vers le coin droit de la pièce ? Aucune idée de sa tête.

Même le groupe de garçons assis non loin d'elle qui semblaient bel et bien confirmer la théorie d'un ancêtre commun avec le singe.. – Lucy ne s'apercevait même plus de leur imposante et bruyante présence.

Le professeur entra. Le silence, plus ou moins religieux, s'installait tranquillement. Sa voisine aux cheveux bleus, pourtant à quelques centimètres de la blonde ? Même elle, elle disparut quand le cours commença et s'étala.

Elle était happée. Non par le tableau, cette fois, mais par la voix vibrante de l'enseignant. Happée par ce qu'elle aimait le plus au monde : La littérature. Certains s'endormaient, d'autres prenaient des notes avec agitation. Lucy, elle, avait levé le bout de son nez et de son stylo de sa feuille. Raconté par un professeur vivant et compétent, la matière ne lui avait jamais fait autant envie.

Et puis le tableau, il était devenu soudainement accueillant, et les mots de l'enseignant volaient dans la pièce, résonnant facilement jusqu'à ses oreilles. Les gens, les respirations, les gestes parasites; Lucy n'y pensait même plus.

Seul comptait les histoires et les textes retentissant de sentiments, positifs ou négatifs. Seul comptait les petites références cachées, les perles à retrouver qui datait de toute époque. Seul comptait cet autre monde, de lettres et de sens, qui lui tendait les bras.

Dans un maudit amphithéâtre dont ses yeux avaient oublié les contours et les formes, de phrases en phrases, de textes en textes, d'arabesques en courbe d'écriture; Lucy se sentait enfin à sa place.

Elle se sentait entièrement prise dans le flot des mots, des histoires et du moment. Elle ne vit passer ni le temps, ni la pause, ni le cours.

Pour la première fois depuis la rentrée, elle rayonnait intérieurement.


Lucy s'étonnait. Elle ne s'était pas crue capable d'oublier son environnement aussi rapidement, d'une façon aussi prononcée. Alors que le flot d'élèves quittait doucement la salle, dans un brouhaha équivalant à leur arrivée, la blonde observait leur enseignant ranger ses affaires tout en répondant à quelques questions. Du haut de son siège, elle contemplait ce professeur, si savant et si banal à la fois, qui faisait tous les jours de son mieux. L'amas mouvant de jeunes adultes se dissipait par paquet. L'étudiante attendait qu'il n'y ait vraiment plus une âme près d'elle pour, à son tour, quitter l'amphithéâtre.

Troublant son calme, un mouvement sur le côté la surprit. Une jeune filles aux cheveux étrangement bleus, mi-long, lui lançait un regard très curieux et la jeune colocataire ne put s'empêcher de se raidir instantanément. C'était qui, celle-là, et qu'est-ce qu'elle voulait ? Son voisin de table la salua d'un « A plus Levy ! » et partit de son côté, laissant les deux filles seules.

« Tu restes ?

- Comment ça ? » Demanda Lucy, d'un ton presque maîtrisé.

« Tu ne sors pas ?

- Oh.. Oui, j'y vais. J'attends juste un peu. »

Ah ! Si cette fille savait le mal qu'avait eu Lucy pour entrer, elle ne rirais pas du fait que la blonde prenait son temps pour sortir. La personne à côté d'elle lui lança un regard indéchiffrable. Puis, de sa voix fluette, elle explicita ses pensées:

« Le cours d'après, il est seulement pour les double-cursus. »

Comment ça, le « cours d'après » ?

Et de nouvelles têtes qui rentrent, dans un ballet interminable. Le bruit monte tout comme la panique de l'interloquée. Mais.. Quand pourra-t-elle sortir ? Il lui était impossible d'affronter la foule mouvante. Elle ne pouvait pas bouger. Elle sentait de nouveaux des regards se braquer sur elle, interrogateurs. Ils la collaient, littéralement, comme un bateau s'accrocherait à la lumière du phare.

Elle était enfermée dans cette cage vivante dont l'étau se resserrait à chaque seconde.

« Ça va ? Tu as l'air pâle, soudainement. » L'interrogea la voix, sur le côté.

« Ochlophobie.. » Réussi à murmurer Lucy avant que la parole ne lui manque définitivement.

L'élève littéraire écarquilla les yeux – Visiblement, elle faisait partie de ces quelques personnes qui connaissaient ce terme. La peur de la foule.. Sa peur, sa phobie, résumée en un seul et unique mot : « Ochlophobie ».

Tandis que la jeune fille aux cheveux bleus se levait, se demandait quoi faire, Lucy ferma les yeux. Elle dévala ensuite les escaliers, oubliant ses affaires dans la foulée. Peut-être que si elle y allait en courant... Peut-être que si elle ne les voyait pas...

Mais ça n'arriva pas. Elle se fit happer par la masse humaine, son souffle se coupant et ses yeux se rouvrant très vite. Elle bouscula quelques personnes dans sa course et sentit ses jambes faiblir. Elle n'arrivera jamais jusqu'à la porte, si rouge sang et si lointaine.

Son propre liquide carmin se glaçait dans ses veines. Lucy avait disparu; quelques élèves la fixaient. Certains souriaient aimablement mais, apeurée, la blonde ne voyait que des expressions de colère et de haine. Du dégoût, aussi. Une tonne d'élèves qui la rabaissait du regard et elle, coincée au milieu d'eux.

La masse l'engloutissait, affamée. Elle disparaissait. Elle tombait, dans le gouffre de sa phobie. Et plus personne ne semblait pouvoir la sortir de là.

Personne ne pouvait l'aider..

Elle n'était plus qu'un nombre, qu'une donnée. Pas plus utile qu'un chiffre en dehors des courbes; plus banale qu'une moyenne de moyenne. Elle n'était même plus humaine ; juste un bâton dans un décompte.

Personne ne pouvait l'aider..

Non, personne.


« Hey, toi, cheveux bleus ! »

L'interpellée se retourne, examinant d'un regard vague la rousse énervée qui venait de l'accoster.

« Excuse-moi, je n'ai pas le temps.. Il faut que j'aide cette fille. »

L'intrus tiqua. Puis, elle demanda d'une voix sans ton :

« Elle n'aurait pas des cheveux blonds, attachés par un ruban bleu par hasard ? »

Avant même la confirmation de la petite étudiante, Flare savait déjà qu'elle avait raison. Et vu l'illumination dans les yeux de Levy, la barman se demandait vraiment ce qu'avait fait Lucy pour causer une telle panique autour d'elle.


Y'avait pas d'humains dans la salle; juste des monstres. Des choses difformes qui n'attendaient qu'un seul de ses gestes pour lui sauter à la gorge. Bon sang; Lucy était pétrifiée; cimentée dans un coin de l'amphithéâtre pour l'éternité.

Et là, voyez par vous-même, y'en avait deux nouveaux. Un monstre d'un rouge écarlate et un tout bleu. Ils approchaient d'un pas rapide vers elle. Ça y est, c'était leur chef; c'était la fin. Ils allaient.. Ils allaient.. Non, y'avait juste trop de choses horribles qui pouvaient se produire si elle restait là. Mais où pouvait-elle aller ? Sa cage se rétrécissait de plus en plus, sa gorge était détruite et ses espoirs piétinés. Elle ne parvenait même plus à s'entendre, dans sa tête, tant sa peur hurlait trop fort.

Heartfilia, belle Heartfilia, elle avait envie de crier –

Mais dans la cohorte de monstres ici présentes,

Ses gémissements passeront inaperçus.

Et la masse de rire. Gras, sec, cruels. Ils riaient, tous. En même temps. Ils la fixaient, riaient, ricanaient – elle était prise au piège.

Alors elle continue de regarder les deux abominations qui s'approchent toujours plus près d'elle; elle resserre ses genoux avec ses bras. La jeune fille se tasse, dans son coin, voulant se cacher du monde entier.

Allaient-ils la dévorer entièrement ?

« Lucy... »

Son prénom. Dans la bouche informe et déformée d'une de ces choses. Le prénom que sa mère lui avait offert, mourant en accouchement. Ce beau 'Lucy', court et rayonnant, sonnant juste. Les frissons se multiplièrent sur son corps. Alors, elle avait raison. Les monstres venaient pour elle, pour en finir...

Cachant sa tête dans le creux de ses bras, Lucy hurla de toutes ses forces dans la pièce noire. Peut-être que si un son pouvait percer jusqu'à la lumière.. Jusqu'au dehors.. Alors, peut-être, oui, peut-être pourrait-elle briser sa cage ?

Mais voilà, y'avait cette chose qui tendait une de ses mains écarlates vers elle; et ça allait bientôt la toucher; et elle ne le voulait pas, que ce truc la touche, la salisse, lui fasse du monde. Non. Elle haïssait le monde entier; car le monde entier osait la regarder et l'humilier en cet instant présent.

Silence dans l'amphithéâtre. Les étudiants étaient déconcertés. Ils fixaient cette blonde, recroquevillé dans un coin, qui venait de s'arracher les poumons. Malgré tous les mots de réconforts des deux jeunes filles, Levy et cette inconnue rousse, qui tentaient de l'aider.. Rien n'y faisait. Dans son coin, l'angoissée se mit à pleurer.

Quand la main de Flare toucha la tête de Lucy, le monde éclata en mille éclats de verres. Sa cage disparut. Le mur de brique qui la séparait de la réalité, envolé.

Plus aucune cacophonie de régnait. L'absence de bruits se faisait pourtant douloureusement entendre; et même le raclement de gorge d'Heartfilia retentit faussé à ses propres oreilles.

Le monstre rouge – Sa colocataire.

Le monstre bleu – La petite Levy. Celle qui lui avait avoué la terrible vérité.

Des larmes aux yeux, un regard suppliant. Il ne fallut aucun mot à Flare pour comprendre ce que Lucy pensait. Instantanément, elle la souleva par le bras et lui fit descendre les dernières marches. D'une cadence rapide, la rousse et Levy sortirent de l'université, cherchant un endroit calme où Lucy pourrait être en paix.

Et elle soupirait, la Heartfilia. Elle respirait. De grandes inspirations, des bouffées d'oxygènes comme si elle avait suffoqué il y eut quelques secondes.

Elle respirait; de cet air pollué que l'on trouve en ville mais qu'on finit par apprécier, trop habitué.

Elle respirait; elle était sortie de l'Enfer et de ses portes sanguinaires. A sa droite, une fille qui semblait à la fois gêné et inquiète – mais qui, quand Lucy la regarda, lui sourit sincèrement.

A sa gauche, celle qui avait réussi à briser sa prison de métal. Celle qu'elle devrait détester. Celle à qui elle ne devrait pas penser..

Flare.

Elle voulait qu'on l'appelle Flare. Juste Flare. D'ailleurs, l'étudiante ne connaissait même pas son nom de famille.

Qu'importe. Parce qu'il y avait eu 'juste Flare' pour la sauver – et qu'il n'en avait même pas fallu plus que ça.

Juste elle.


Flare l'observait d'un regard d'aigle tellement aiguisé que la blonde se sentait de trop dans son propre corps. À côté de la rousse, L'élève qui était présente semblait effacée, très petite. Très inquiète, aussi, vu les lignes marquées de son visage.

« Levy a failli faire une crise cardiaque, tu sais ? »

Flare avait l'air en colère – et peut-être l'était-elle réellement. Lucy se mordit soudainement la lèvre, n'ayant pas vraiment le courage de répondre. Tout ce qui se passait ici, sur les bancs de l'université, la dépassait. La jeune fille aux cheveux bleu leva une main sans rien dire, accrochant le regard de l'étudiante phobique. Et lui adressa un signe d'encouragement, auquel Lucy soupira. Non, ça n'allait pas être aussi facile que ça avec la rousse...

« Je.. » Tenta de répondre Lucy à la question précédente de Flare, pour être interrompue presque immédiatement par une voix sèche.

« Pourquoi n'es-tu pas sortie avant ?! Ça t'amuse de te mettre dans cet état-là, effrayée comme un pauvre chiot sans maître ? De nous inquiéter, idiote ?! »

La blonde se tassa sur le banc, autant qu'elle le pouvait. Elle se sentait déjà assez minable comme ça ... Flare n'avait pas besoin d'agir de la sorte et de la disputer comme une mère poule. Lucy serra fortement la petite bouteille d'eau que Levy lui avait prêté – Bon sang, qu'est-ce qu'elle aimerait disparaître à cet instant précis ! Elle se sentait tellement minable.

Puis, la phobique se ressaisit assez vite et décida de ne pas se laisser faire – de ne pas rester silencieuse une seconde de plus sous ce regard d'aigle.

« Tu t'inquiétais ? »

Flare en cria de rage – faisant reculer encore plus Lucy sur ce foutu banc. Finalement, la rousse abandonna toute idée de raisonner sa colocataire et partit d'un pas énervé de la faculté. Lucy la regarda disparaître, hurlant des noms d'oiseaux et marchant à grandes enjambées. Si tout ce remue-ménage n'était pas causée par elle, la blonde aurait trouvé cela hilarant.

« Je crois que tu n'aurais pas dû dire ça.

- Bah.. Elle aurait put simplement avouer qu'elle s'inquiétait.

- Lucy, cette fille – Ta colocataire, c'est ça ? - n'a pas l'air d'être ce genre de personne. »

Levy avait raison et la blonde le savait. Néanmoins, voir la rousse quitter l'université sans demander son reste, sans arguer contre Lucy, comme si que, quoiqu'elle aurait pût dire, rien n'aurait changé la façon de voir de la blonde.. C'était presque une victoire pour la phobique.

Une victoire car elle avait assisté à un cours entier. Une défaite, ensuite. Et une dernière victoire, cette fois sur sa satanée colocataire d'enfer – Une victoire au goût amer, qu'elle n'avait guère envie de fêter.

Aujourd'hui n'avait pas été un si mauvais jour. Malgré le fait que Lucy se sentait misérable à l'instant même, elle offrit un doux sourire à Levy qui lui tendait son sac.

L'année ne faisait que commencer.