J'ai encore changé d'avis. Je me rends compte qu'un chapitre par semaine, ça peut faire peu, donc j'ai décidé de monter à deux par semaine.
J'ai pris assez d'avance pour tenir à ce rythme.

Voilà donc la suite, j'espère qu'elle vous plaira !


Chapitre III

La chair de sa chair

Astoria Greengrass était l'une de ces beautés froides dont on a l'impression que la peau est dure comme de la pierre. Son visage était toujours fermé dans une expression glaciale et ses cheveux impeccablement tirés en un chignon complexe parfaitement étudié. Ses yeux étaient bleus comme pouvait l'être une mer polaire. Sa peau de porcelaine était parfaite, sans la moindre difformité et cela ne faisait qu'ajouter à l'impression qu'elle n'était en réalité, qu'une poupée vide.

Belle, mais de cette beauté que seules possèdent celles dont le cœur ne l'est pas.

Elle n'était pas gentille, ni attentionnée et, évidemment, tout humour lui était inexistant et déclenchait chez elle un rictus méprisant qui faisait l'honneur des Sang Purs. Elle avait foi en sa famille, et en toutes les valeurs qu'on lui avait inculquées depuis toujours, si bien qu'à ses yeux, toute personne ne possédant pas la noblesse de son sang valait autant qu'un elfe de maison au temps de Voldemort. Elle ne souriait jamais, riait encore moins sauf lors de soirées mondaines où le faux-semblant était de rigueur.

Astoria Greengrass était loin d'être parfaite mais elle n'était pas stupide et il aurait fallu l'être pour ignorer que son époux la trompait. Elle le savait, et elle s'en accommodait. Après tout, ils ne s'aimaient pas vraiment. Du moins, l'amour qu'elle lui portait ne fonctionnait pas dans l'autre sens et elle en était consciente. Ils avaient été mariés de force, selon la tradition des Sang-Purs si bien qu'il avait vite trouvé de quoi combler le vide de leur union dépourvue d'amour : des maîtresses plus nombreuses que ne l'étaient les carats sur son alliance.

- Où étais-tu? gronda-t-elle, tout en maintenant un visage fermé.

Blaise et Pansy grimacèrent, sentant venir la suite. Elle n'était pas réellement effrayante, mais la situation n'avait plus rien de risible à leurs yeux. Ils savaient que leurs disputes étaient fréquentes, car Drago ne faisait rien pour les éviter.

- En quoi cela te concerne-t-il? demanda calmement le blond, pas le moins du monde impressionné.

Il connaissait tant de femmes semblables à elle, fière Sang-Pur, qu'il avait appris à les gérer depuis longtemps. Elle était trop prévisible pour qu'il fût surpris de sa réaction.

- Cela me concerne parce que je suis ta femme!

- Tu n'en as que le titre, répondit Drago d'une voix glaciale. J'ai bien le droit d'aller où je veux sans avoir à te rendre de comptes.

- Et tu as le droit de me tromper aussi? cracha-t-elle, mauvaise.

Pour toute réponse, il hocha la tête pour acquiescer et se tourna vers ses amis, les intimant à partir, ce qu'ils firent aussitôt. Ils lui sourirent brièvement et disparurent. Lorsque le pop caractéristique eut résonné à leurs oreilles, Astoria laissa finalement tomber le masque. Ses traits lisses étaient déformés par un mélange de tristesse et de colère mais Drago n'y fit même pas attention et fronça les sourcils.

- J'aimerais à l'avenir que tu ne m'humilies pas de la sorte devant mes amis.

- Et moi, j'aimerais que tu cesses de crier à qui veut l'entendre que tu me trompes avec toute l'Angleterre! s'énerva-t-elle.

- Toute l'Angleterre? Même pour moi, ce serait trop. Chérie, tu exagères, railla-t-il, en appuyant sur la marque d'affection, comme pour lui montrer qu'elle n'était pas, et ne serait jamais, réelle.

- Mais que veux-tu, bon sang? hurla-t-elle, ses yeux lançant des éclairs.

- Tu sais très bien ce que je veux : un divorce.

Son ton était glacial, sans appel et sa femme hoqueta de stupeur, alors qu'une larme coulait sur sa joue de porcelaine.

- Je ne t'aime pas et tu le sais, reprit-il. Cela ne nous sert à rien de rester ensemble car cela n'évoluera pas. Je ne t'aimerai jamais. Et je ne veux pas que mon fils grandisse dans les mêmes conditions que nous.

- Ton fils? C'est également le mien!

- À quand remonte la dernière fois que tu lui as accordé de ton précieux temps?

Astoria déchanta, et son visage se figea en une expression de stupeur. Ne trouvant rien à redire, elle baissa les yeux alors que Drago s'approchait d'elle, saisissant son menton entre son pouce et son index pour lui faire relever la tête.

- Tu n'es pas meilleure mère qu'épouse. Et j'obtiendrais ce divorce, que tu le veuilles ou non. Et mon fils viendra vivre avec moi, parce que tu sais pertinemment qu'il n'a rien à faire avec toi.

- Et puis quoi ? cracha-t-elle, venimeuse. Il vivra entre toi et tes maitresses ?

Il eut une violente envie de la gifler, mais se retint, non sans mal.

- Jamais Scorpius n'a vu une seule de ces filles, parce que je ne veux pas lui faire de mal. Il compte à mes yeux, contrairement à toi.

Elle s'apprêtait à répondre quand une tornade blonde débarqua dans le salon avec pertes et fracas.

- Père ! hurla le petit garçon.

Drago eut tout juste le temps de se retourner pour réceptionner son fils, qui lui sautait dans les bras. Il le porta contre lui et ébouriffa tendrement ses cheveux.

- T'étais où ? demanda l'ange blond en secouant la tête pour remettre ses mèches en place.

- Voir un match avec Blaise et Pansy.

- Oh, et pourquoi je peux jamais venir moi ? J'aime bien le balai volant, et tonton Blaise, il avait dit qu'il m'emmènerait une fois ! Je peux venir avec toi la prochaine fois ? Hein ? Dis, je peux venir avec toi ? S'il te plaît, Père ?

Drago leva les yeux au ciel, sans toutefois se départir de son sourire en coin.

- Blaise ne devrait pas faire des promesses qu'il ne saurait tenir. Comment s'est passée ta journée ?

- Bien ! Avec Mimon, on a fait une partie d'échecs et j'ai gagné ! Je suis sûr que bientôt je pourrais même te battre tellement je suis trop fort !

- Je n'en doute pas, rit Drago.

Il était sorti du salon, sans un regard pour sa femme, son fils toujours dans les bras et montait désormais les escaliers qui le menaient à la chambre du petit. Ils s'installèrent sur son lit, comme ils avaient l'habitude de le faire en fin de journée et Drago demanda à Mimon, l'elfe de maison, de leur amener un repas, qu'ils mangèrent à même le matelas.

- Ne dis pas à ta mère que nous avons mangé comme ça, dit calmement le père. Elle n'apprécierait pas.

- Mère et toi vous criiez ? demanda le petit.

- Non, Scorpius.

- Je vous ai entendus.

- Nous nous sommes un peu disputés, avoua finalement Drago, sachant pertinemment que mentir à son fils lui était impossible.

- Vous ne vous aimez pas ? s'enquit Scorpius avec une moue boudeuse.

Drago ne répondit pas, posant leurs assiettes dans les bras de l'elfe qui ne demandait qu'à servir, puis se tourna vers son fils, prêt à changer de sujet. Mais ce dernier ne lui en laissa pas l'occasion.

- Pourquoi vous vous êtes épousés si vous vous aimez pas ? souffla-t-il d'une petite voix triste.

Drago sentit un pincement de cœur s'emparer de sa poitrine, mais ne laissa rien paraitre. Montrer à son fils qu'il était atteint à ce point par son chagrin n'était pas une bonne idée. Il était un Malefoy : il finirait par tirer cela à son avantage un jour ou l'autre.

- Tu sais, les adultes font parfois des choses qu'ils n'ont pas envie de faire…

- Comme Mère quand elle vient me dire bonne nuit ?

Le père ne répondit pas, poussant un profond soupir. C'était sans doute ce qui avait achevé de lui faire abhorrer sa femme à ce point.

Au-delà des traditions des Sang Pur, il avait appris à mettre ses réticences de côté pour apporter à son fils ce qu'il n'avait jamais eu à son âge : de l'amour. Il aimait son fils plus que tout et ne se gênait plus désormais pour le montrer.

Au début, il avait été réservé. Il s'était dit qu'il n'arriverait jamais à être un bon père et qu'il finirait inexorablement par lui apporter la même éducation médiocre que son propre géniteur lui avait donnée.

Mais tout cela s'était effacé à l'instant même où, après l'accouchement d'Astoria, il l'avait tenu entre ses bras tremblants. Il était si minuscule, si frêle qu'il avait immédiatement ressenti le besoin de le protéger. La pureté de son sang qui lui aurait imposé une éducation sévère avait disparu à mesure qu'il grandissait. Drago avait été incapable de faire preuve de la même sévérité dont Lucius avait fait preuve avec lui depuis sa naissance.

Il ne reproduirait pas avec son fils les erreurs de son père. Il serait un bon père, il se l'était promis dès la première fois où il avait entendu son ange gazouiller joyeusement dans ses bras, et personne ne pourrait l'empêcher de lui montrer qu'il l'aimait, car il l'avait aimé depuis l'instant où ses bras s'étaient refermés contre son minuscule petit corps.

Aujourd'hui, plus de quatre années avaient passé depuis la naissance de son fils et la relation qui les liait faisait pâlir de jalousie Astoria, qui n'avait pas pris les mêmes résolutions que lui. Et, en contraste avec l'attitude de Drago, celle qu'elle adoptait avec Scorpius imposait au petit une distance qu'un enfant de son âge ne pouvait pas comprendre. Alors il redoublait d'affection pour son père aimant et rejetait cette mère qui ne voulait pas de lui.

« Tant mieux », se disait Drago. Ainsi, il serait plus simple pour eux de s'installer à Poudlard.

Il ouvrit la couette et, d'un regard autoritaire mais tendre, ordonna à son fils de s'y glisser. Scorpius s'exécuta docilement et eut un large sourire.

- Scorpius, j'aimerais te parler de quelque chose…

Le petit garçon ne répondit pas, mais l'observa avec des yeux curieux.

- A la fin du mois, nous partirons habiter ailleurs. Tu te souviens quand je t'ai parlé de Poudlard ?

- Oui, répondit-il.

- Eh bien, c'est là-haut que nous irons.

- Pourquoi ? demanda Scorpius.

- On m'a proposé un travail là-bas et j'ai accepté. Nous y serons bien.

- Mais Mère ne voudra pas quitter le Manoir…

- Ta mère ne viendra pas avec nous.

Il y eut un silence pendant lequel Scorpius sembla considérer la nouvelle avec la maturité d'un adulte. Puis, il releva la tête et hocha la tête pour signifier son accord.

- Papa ?

Drago eut un sourire en coin. Pour qu'il l'appelle ainsi, il savait d'avance que son fils allait exprimer une requête dont il savait la réponse négative.

- Qu'y a-t-il, crapule ?

- Tu vas voir la finale de Quidditch avec Blaise ?

- Et Pansy et Théo, oui, répondit son père en souriant, voyant exactement où il voulait en venir.

Le petit lui adressa un large sourire, où pointait une innocence qu'il ne possédait pas. Même à quatre ans, il était un Malefoy et la manipulation était un art qu'il maniait terriblement bien pour son âge.

- Je peux venir ? S'il te plaît ?

- Non, dit simplement Drago en lui ébouriffant les cheveux.

- Mais je m'ennuie à la maison ! Mère ne m'autorise pas à jouer dans le jardin et j'en ai marre des échecs !

- C'est trop dangereux ! Et j'aurais peur de te perdre avec tout ce monde autour !

- Je resterais avec toi tout le temps, ou avec Blaise ou Pansy ! Et je ne parlerais à personne, sauf si tu le veux bien ! Et je crierai après le gardien comme Pansy me l'a appris ! S'il te plaît !

- Tu n'as pas à te moquer du gardien, rit Drago. Tu ne dois pas faire tout ce qu'ils te disent parce que tu es leur filleul !

- Père, s'il te plaît ! Je te promets d'être sage !

Drago poussa un profond soupir et Scorpius comprit qu'il avait gagné. Il lui sauta au cou et Drago rit à nouveau avant de le serrer contre lui.

- Merci Père !

- Je n'ai pas dit oui ! s'exclama le blond, indigné de voir à quel point son fils pouvait le mener à la baguette.

- Tu me lis une histoire ? demanda Scorpius en lui fourrant un ouvrage dans les mains.

Il était inutile de polémiquer plus longtemps, il savait qu'il avait perdu. Il était vrai que son fils arrivait facilement à obtenir ce qu'il voulait, mais il le lui cédait de bon cœur, et il savait dire non quand il le fallait. Que risquait-il à l'emmener à une finale de Quidditch après tout, sinon à s'attirer les foudres d'Astoria ? Et, souriant, il se rendit compte que cela ne constituait qu'un argument de plus pour l'y conduire.

Il s'allongea à côté de son fils et saisit l'épais livre, commençant sa lecture. Il n'arrivait qu'à la troisième page quand il entendit le souffle régulier de son fils à ses côtés. Il sourit et reposa l'ouvrage, avant de passer une tendre main dans ses cheveux.

Il lui ressemblait tellement que cela en était étonnant. Ses cheveux blonds, tirant vers le blanc, avaient l'indiscipline des cheveux d'enfants, mais la même texture soyeuse que tous les Malefoy avaient toujours possédée. Derrière ses paupières closes reposaient deux pupilles d'un gris anthracite, virant parfois au bleu quand le soleil était haut dans le ciel. Son nez fin et droit surplombait une bouche aux minces lèvres roses.

Il était son portrait craché et sa plus grande fierté. La chair de sa chair, le sang de son sang, la chaleur de son cœur de glace, la lumière qui l'avait sortie de l'obscurité de sa sombre vie.

Il sourit, déposa un baiser sur son front et sortit de la chambre à pas de loups. Il rejoignit la chambre qu'il partageait toujours – à son grand désespoir – avec Astoria. Elle était déjà couchée quand il arriva. Elle s'était allongée par-dessus la couette à cause de la chaleur estivale. Ses longues jambes étaient dénudées par une nuisette d'un vert sombre qui laissait entrevoir ses formes généreuses. Il l'ignora royalement alors qu'elle relevait le nez de son livre et se coucha, dos à elle.

- Drago, souffla la froide beauté en regardant sa nuque.

Il ne répondit pas et ce fut comme si elle n'avait pas parlé. Elle soupira et glissa une main sur son dos nu. Il fronça les sourcils mais ne bougea pas le moindre muscle. Elle se pencha vers lui et déposa un délicat baiser sur son épaule.

- S'il te plaît, murmura-t-elle. Il doit y avoir une autre solution.

- Non, il n'y en a pas, répondit-il d'une voix glaciale. Je ne t'ai jamais aimé, cela ne commencera pas au bout de sept années de mariage. Tu n'élèveras pas mon fils, je refuse qu'ils reçoivent la même éducation abjecte que notre sang nous a imposée. Maintenant, sois gentille, cesse de parler et laisse-moi dormir. Tes piètres tentatives de séduction resteront vaines, tu sais bien que je n'ai pas besoin de toi pour assouvir mes besoins masculins et te forcer à engager une discussion ne changera rien au fait que la seule chose que je veux désormais de toi est une divorce.

- Mais… Drago…

- Je pars à la fin du mois, la coupa-t-il. Le professeur McGonagall m'a proposé un poste que j'ai accepté. Scorpius vient vivre avec moi. Tu n'auras pas ton mot à dire.

Astoria ne répondit pas et s'éloigna de lui, lui tournant le dos à son tour. Vide de tout remord, Drago ferma les yeux, se laissant bercer par le calme de la nuit pour finir par sombrer dans un sommeil sans rêve.

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Astoria Greengrass était l'une de ces beautés froides dont on a l'impression que la peau est dure comme de la pierre. Belle, mais de cette beauté que seules possèdent celles dont le cœur ne l'est pas.

Son éducation lui avait forgé le caractère nécessaire pour rabaisser toute personne inférieure au rang qui lui conférait son Sang Pur. Elle n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds par quelqu'un qui ne méritait pas son attention. Son cœur était aussi dur que semblait l'être sa peau diaphane, et pourtant, cette nuit-là, ses préceptes tombèrent les uns après les autres : son mariage arrangé était loin d'être le parfait nid de bonheur qui lui avait décrit sa famille, et à quoi lui servait-il de savoir parfaitement dissimuler ses émotions si cela lui ôtait son fils et l'homme qu'elle aimait désespérément ?

Alors Astoria Greengrass pleurait en silence. Ses larmes se déversaient sur ses joues de poupée comme l'alcool dans le sang d'un ivrogne. Et elle était ivre. Ivre d'un amour qui n'était pas réciproque, ivre de valeurs qui l'empêchaient de donner à son fils l'amour qu'il méritait.

« Tant pis », songea-t-elle amèrement. Elle ne pouvait l'empêcher de lui enlever son fils car, lorsqu'il s'agissait de Scorpius, il ne fallait mieux pas se mettre en travers du chemin de Drago Malefoy.

Alors, elle pleura en silence son désespoir et la désillusion d'une vie brisée, de promesses envolées, ne pouvant néanmoins s'empêcher de ressentir une once de soulagement.

Elle n'était pas faite pour être épouse, encore moins pour être mère.

Alors, elle prit une décision. Tout finirait ce soir.


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