Sam ferma violemment la porte derrière elle. Elle s'y appuya et se laissa glisser au sol. Elle avait envie ou plutôt besoin d'être seule. Elle savait que Jack comprendrait le message, le respecterait même s'il en souffrirait. Il avait toujours fait passer ses désirs avant les siens ou presque. Elle avait de la chance, peut-être trop, d'avoir cet homme extraordinaire dans sa vie. Alors de quel droit le rejetait-elle ? De quel droit déversait-elle toute sa rancœur sur Jack ?.Surtout après six mois de séparation.
Ce n'était pas dans ses habitudes mais aujourd'hui elle était à fleur de peau. Elle ne digérait pas la nouvelle mais c'était surtout la nomination de Woolsey qu'elle ne digérait pas. Finalement, il avait eu sa peau. Quand elle lui avait rabattu son caquet devant ses collaborateurs lors de l'attaque des Réplicateurs, il s'était tut et avait fait contre mauvaise fortune bon coeur. Mais il tenait sa revanche. Comment disait-on déjà ? Elle eut un sourire ironique. Ah oui. « Kalife à la place du Kalife ». Il avait réussi à retourner la CIS contre elle. Remarque, ça n'avait pas dû être difficile. Il était de notoriété que la Commission ne portait pas les militaires dans son cœur, et encore moins les anciens membres de SG1.
Elle se dirigea vers la salle de bain pour se rafraîchir et se passa de l'eau sur le visage. Elle appuya ses mains sur le rebord du lavabo, releva la tête et se regarda dans la glace. Des larmes coulaient sur ses joues. Elle les balaya d'un revers de main rageur. Elle n'avait pas le droit de pleurer. Après tout, elle n'avait que ce qu'elle méritait. Pourquoi s'en prendre à Woolsey et à la CIS? Elle seule était responsable de ce qui lui arrivait. Elle avait été trop sûre d'elle. Voilà quelle avait été son erreur. Elle avait lamentablement échoué dans sa mission. Savoir commander SG1 était une chose, savoir prendre des décisions pour toute une cité, ça c'était au dessus de ses compétences, elle aurait du le savoir...Elle avait été trop imbue d'elle-même..;Et voilà où cela l'avait menée...
Elle revint dans la chambre, et se laissa tomber sur le lit, les bras en croix. Elle regarda le plafond. Elle ne pouvait empêcher les larmes de couler. Elle avait trahi la confiance que tant de personnes avaient mise en elle, mais c'était celle que Jack avait mise en elle qui lui faisait le plus mal. Il n'aurait jamais du. Et c'est pour cela qu'elle n'avait pu lui parler en bas. Comment le regarder dans les yeux, sans avoir honte. Il avait toujours cru en elle. Il avait toujours cru en ses capacités. Il lui avait toujours fait une confiance aveugle, sans faille. Il l'avait proposé et soutenu pour cette nomination en tant que chef d'expédition d'Atlantis. Et maintenant, qu'en était-il ? On rirait bien de lui dans les couloirs de Washington. « Tiens, regardez c'est le général O'Neill. Il a pistonné celle avec qui il s'envoie en l'air pour commander Atlantis mais elle a été révoquée. Il n'a que ce q u'il mérite et elle aussi! La ,promotion canapé, ça n'a qu'un temps, il fallait bien qu'elle s'y attende! Et puis que fait une femme comme elle avec un grincheux comme lui ?»
Combien de fois l'avait-elle déjà entendu lors d'un cocktail ou même dans les couloirs du Pentagone mais les chuchotements se taisaient alors brusquement lorsqu'elle apparaissait. Jusqu'à présent, elle n'y avait pas prêté plus attention que ça, pourtant aujourd'hui cela prenait tout son sens.
Peut-être sa place était-elle compromise ou même sa carrière ? Et tout cela part sa faute, parce qu'il avait cru en elle ! Elle se haïssait pour cela.
Oui, à bien y réfléchir, elle n'avait que ce qu'elle méritait. Sa dernière pensée fut pour le militaire, elle n'aurait pas à affronter son regard déçu. Elle aurait tant aimé être à la hauteur mais elle avait échoué lamentablement.
Finalement elle se recroquevilla sur le lit, en agrippant dans sa main un morceau de couvre-lit et s'endormit ainsi, vaincue par la fatigue.
Jack se réveilla avec un mal de dos qui n'avait rien à envier à celui de ses genoux, en pensant que décidément il avait passé l'âge.
Mais pourquoi s'était-il laissé faire, pourquoi n'avait-il pas suivi Sam ? Au pire, elle lui aurait tourné le dos, mais il aurait dormi sur un matelas doux et confortable et il ne serait pas réveillé avec une douleur digne d'un bâton de torture Goa'auld.
Il était plus que temps de changer de canapé, long, très loooong, propice également aux réconciliations.
Elle se réveilla quand la porte de la chambre grinça mais elle garda les yeux fermés et fit mine de ne pas l'entendre, se contentant de lui tourner le dos. Elle ne voulait pas l'affronter, pas encore.
« Sam, je sais que tu ne dors plus... »
Elle ne répondit pas.
« Je te connais Carter...Tu sais, tu as cette même façon d'être que lorsque nous étions en mission et que tu m'observais du coin de l'oeil en croyant que je ne le savais pas...ou que tu boudes, comme en ce moment. »
Qu'est ce qu'il pouvait être agaçant quand il employait ce ton suffisant. Il savait qu'elle l'entendait et que cela l'agaçait et qu'il s'en amusait tel un vrai gamin.
« Je ne boude pas !»
« Je sais mais au moins tu es sortie de ton mutisme. » put-elle entendre dans sa voix amusée.
Elle se retourna en levant vers lui des yeux noyés de larmes. Il s'approcha doucement du lit prenant peur qu'elle ne s'éloigne de lui une fois de plus.
« Viens là » lui dit-il simplement en lui tendant les bras.
A genoux sur le lit, elle se jeta dans ses bras en s'accrochant désespérément à son tee-shirt et laissa enfin libre cours à son chagrin.
Malgré toutes ces années, lorsqu'elle pleurait, il ne savait comment réagir alors il fit la seule chose qu'il savait faire dans ce cas là : l'entourer de ses bras, en lui déposant un baiser sur ses cheveux blonds pour lui prouver son soutien.
Il la tint ainsi jusqu'à ce qu'il sente qu'elle se calme, puis l'éloigna de lui en la regardant droit dans les yeux pour lui dire d'une voix assurée :
« Carter, ce n'est pas toi ! Et au fond de toi, tu le sais. »
Elle le regarda, et il essuya du pouce une larme qui glissait sur sa joue puis une seconde tout en effleurant la courbe d'une pommette et regardant ses lèvres qu'il ne put s'empêcher d'embrasser. Le baiser d'abord tendre auquel Sam répondit d'abord timidement se fit de plus en plus passionné. La
jeune femme n'avait jamais résisté bien longtemps à l'homme qu'était Jack. Il était son roc, celui sur lequel elle pouvait compter à tout moment, et malgré toutes les apparences, un homme capable de tant de tendresse. Il était tout simplement sa force vitale. Les yeux dans les yeux, front contre front, ils se sourirent en se regardant et laissant passer en cet instant tout l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre.
