Hello hello !

Je suis trop en forme en ce moment alors, autant que ça profite à quelqu'un ! XD

: Journal des Reviewers :

Drake : Mici beaucoup ! Ravie de voir que tu aimes ! Kiss !

Gabylc : L'intrigue, je la distille toujours petit à petit, jamais entièrement dans un chapitre, sinon c'est pas drôle. XD Je suis soulagée que les persos te plaisent, j'avais peur que Sakurai fasse trop Cosette face à sa « super méchante belle-faille ». Ah oui, je comprends que ce terme te gêne, mais c'était pour éviter une réptétition.

Fisou : On va lui en faire un ensemble alors.

Pour ce chap, je me suis inspirée de mon petit séjour à l'hôpital en juin. Et dire que votre fidèle servante aurait presque pu ne plus rien vous écrire parce qu'ils avaient un peu trop beaucoup attendu pour m'opérer de ma péritonite…


Chapitre 3 : Ombre et lumière

L'opération était prévue pour le lendemain en fin de journée, le temps de préparer tous les tests sanguins. Sakurai se retrouva seul dans une petite chambre isolée de la clinique privée dans laquelle son puissant père l'avait envoyé. C'était une pièce minuscule malgré l'argent que l'on pouvait dépenser pour les soins ici. Une petite armoire près de la salle de bains, un lit avec des barreaux de fer et les fameux tableaux sur lesquels les médecins écrivaient l'évolution de l'état du patient. D'après les dires de son domestique, cela ressemblait bien à la chambre normale d'un malade lambda, si l'on retirait les infirmières privées qui se précipitaient dès qu'on les sonnait. Ce retour à la moyenne fit du bien au jeune homme qui ne pouvait s'extirper de son royaume d'opulence que très rarement pour ne pas dire jamais.

Allongé dans son lit aux draps immaculés, Sakurai songeait. Il ne pouvait d'ailleurs faire que cela. Le loisir de profiter de la vue sur le parc ne lui était pas encore possible. Il pensait beaucoup à son opération. Plus que se demander si elle allait bien se passer comme tout le monde s'accordait à lui dire, il s'interrogeait plus sur sa volonté de revoir ou non.

- Si je ne revoyais pas, me laisseront-ils partir ?

Serait-il toujours prisonnier de son fardeau malgré l'échec de sa greffe ou au contraire, expulsé de son trône car son utilité ne serait plus ? Il était tiraillé, écartelé. Il n'avait qu'une envie, s'échapper de cet endroit et fuir pour retourner à la vie banale que le destin lui avait confiée pendant les quatre premières années de sa vie. Mais d'autre part, il ne voulait pas que le sacrifice de sa mère fût vain. Elle avait abandonné son enfant unique pour lui assurer l'avenir qu'elle ne pouvait lui offrir. Elle lui avait aussi surtout appris qu'il ne fallait pas abandonner et se battre jusqu'au bout. Il avait toujours la force de se battre, c'était d'ailleurs pour cela qu'il supportait encore les esquives de son père et la haine de sa famille d'adoption. Pourtant, aujourd'hui, seul dans une chambre vide, il aurait aimé une présence aimante près de lui. Plus que jamais.

L'amour était une denrée dont il n'avait guère pu en savourer le goût depuis son arrivée chez les Itanagi. Sa vie était un grand paradoxe. Certes, il portait le nom de prestige et était légalement le fils de Masusuke, ce n'était pas pour autant qu'il était présent sur les différentes photos de famille qui pouvaient occuper les cadres dans le salon. Il était traité avec respect – si l'on ne tenait pas compte des regards de sa famille – mais les contacts verbaux étaient dépourvus de la moindre chaleur. Tout était normalisé et formaté. Du « juste comme il faut » ni trop peu ni trop assez.

Sakurai se tourna sur le côté en prenant garde à sa perfusion enfoncée dans son poignet droit. En fait, il était un joujou abandonné dans un coffre et qu'on ne cajolait que lorsqu'on l'en sortait. Ca, c'était sûr. Quand son professeur particulier d'économie et de management lui donnait des cours, tout le monde faisait attention à lui et n'hésitait pas à lui donner des conseils. En revanche, dans la vie de tous les jours, il faisait partie du décor au même titre qu'un vase sur une table ou le lustre en cristal dans la salle de réception.

Et qu'avait-il résulté de tout cela ? Un garçon fermé et discret qui ne parlait pas souvent alors qu'il avait une jolie bouche qui savait s'exprimer. Il y avait aussi beaucoup de colère dans cette poitrine toujours oppressée par le ressentiment qui visait cet homme tiède qu'était Masusuke Itanagi. Sakurai n'avait jamais su définir la nature de la relation qu'il entretenait avec lui. Il le haïssait autant qu'il devait lui être reconnaissant de l'avoir sorti de la précarité. C'était cet aspect qui rendait le jeune homme fou. Se sentir redevable auprès de l'être qui avait détruit son esprit et son enfance était d'une ignominie innommable. Il était enchaîné. Enchaîné au carcan de cette dette qu'il n'avait jamais voulu contracter et dont les intérêts pesaient bien trop lourds.

Il serra le poing à sentir son cathéter s'enfoncer dans sa chair. Un courant d'air à la fraîcheur marquée frôla les mèches de sa frange. Tiens, il ne savait pas que la fenêtre était ouverte. Cette bise d'hiver tardif lui fit du bien, elle calmait cette rancœur qui bourdonnait en lui.

On frappa à la porte et son infirmière attitrée entra.

- Itanagi-kun, je viens changer ta perfusion.

- Ah ? D'accord.

Sakurai se redressa sur son séant et offrit son bras à l'infirmière qui se posta à son chevet.

- Pas trop nerveux ? s'enquit-elle gentiment en ôtant le tube de sa perfusion actuelle.

- Pas spécialement. Les tests de compatibilité du greffon ont déjà été effectués ?

- Oui, cela fait trois jours. On ne peut le garder plus d'une semaine après le décès du patient.

Il demeura interdit quelques secondes après cette précision. Savoir qu'il allait recevoir un « morceau » d'une personne décédée lui faisait un curieux effet. Il demanda alors s'il était facile de trouver des donneurs d'organes, ce à quoi l'infirmière – prénommée Izumi – répondit par un soupir prononcé qui signifiait « Oh la la, mais que me dis-tu là ! ».

- Au contraire, c'est très difficile. Le don d'organes à la mort n'est pas un réflexe, déplora-t-elle alors qu'elle vérifiait si les tubes de la nouvelle perfusion n'étaient pas tordus. Beaucoup de patients meurent à cause de cela. Heureusement que pour toi, ce n'est pas vital.

- Oui, c'est vrai.

Il réalisa seulement maintenant la chance d'avoir eu un donneur pour lui sauver la vue et n'ajouta rien de plus. Il imaginait qu'un vieil homme arrivé au terme de sa vie demandait à donner sa cornée pour la greffe d'un patient qui pourrait en avoir besoin. Il se demanda si lui aurait eu ce genre de pensée. Sans doute pas, comme la très grosse majorité des gens.

Sakurai émergea de ses pensées avec Izumi qui lui retapait un peu son oreiller.

- Voilà. Tu as besoin de quelque chose avant que je ne te laisse pour la nuit ?

- Non, ça ira. Si vous pouviez simplement fermer la fenêtre avant de partir…

Il y eut un court silence.

- Toutes les fenêtres de ta chambre sont fermées, Itanagi-kun, répondit Izumi avec un petit rire. Si tu as froid, je peux t'apporter une couverture.

Sakurai déclina poliment sa proposition, un peu perplexe. Il devait être plus nerveux qu'il ne le pensait et ne savait plus très bien où il en était. Il souhaita une bonne garde à l'infirmière et se pelotonna comme il le put dans son oreiller rêche. Peut-être la dernière nuit dans l'ombre…

Sakurai dormit très mal cette nuit-là. Lui qui avait pour habitude de dormir en chien de fusil, devoir rester sur le dos était un véritable anti-sommeil. Il n'aimait pas le reconnaitre, mais il devait reconnaître que le matelas de ce lit n'avait rien à voir avec celui dans lequel il dormait dans sa chambre.

Durant la journée, après la rencontre avec le chirurgien et l'anesthésiste, Izumi s'occupa de le distraire en lui faisant la lecture ou en discutant avec lui. Il n'était pas accoutumé à avoir une conversation triviale comme cela avec quelqu'un ; il fallait dire que son nombre de réels interlocuteurs n'était pas bien élevé. Il apprécia néanmoins l'effort dont faisait preuve cette jeune interne qui travaillait dans la clinique depuis six mois. Les heures qui le séparaient de son opération s'écoulaient de façon plus détendue. Izumi lui expliqua même comment on allait procéder à l'opération depuis le prélèvement jusqu'à la greffe.

- Si la greffe prend, quand pourrai-je voir de nouveau ? interrogea Sakurai en tournant la tête vers l'infirmière.

- Pas tout de suite. Il faut attendre que ton corps reconnaisse et accepte les nouvelles cornées. Quelques jours et le tour sera joué.

Bien entendu, il s'était douté qu'il ne pourrait pas ouvrir les yeux immédiatement après l'opération mais une espèce de frustration lui serra la gorge. En dépit de ce qu'il vivait et des doutes qu'il avait sur sa force d'esprit à poursuivre, au fond de lui, il voulait sortir du noir. Et vite.

On frappa à la porte et les gonds grincèrent.

- C'est pour maintenant ? fit Izumi en se levant.

L'infirmier qui venait d'entrer hocha la tête et s'approcha du lit de Sakurai.

- On va y aller, Itanagi-kun. Dans quelques heures, ça sera bon.

Le grand gaillard qu'était ce jeune brancardier ôta d'un geste sûr les cales des pieds à roulettes –peut-être un peu trop sûr d'ailleurs vu comment le lit trembla – et s'empara des barreaux du lit pour le tirer vers la sortie.

- Bonne chance, Itanagi-kun ! lui lança Izumi avec énergie. Tout se passera bien !

- Merci pour votre disponibilité, Izumi-san, lui répondit Sakurai quand il disparaissait dans le couloir. A plus tard.

Il l'entendit lui dire encore une chose mais avec la distance et les bruits dans le couloir, il ne comprit pas. Il se laissa alors emmener jusqu'au bloc opératoire en essayant de décrypter les sons qui lui parvenaient dans un capharnaüm incroyable. Des internes discutant du patient de la chambre trente-deux qui venait de faire un malaise cardiaque, les roues d'un chariot transportant des médicaments qui le croisait, le brouhaha général qui provenait de la salle des infirmières, un canon joué par trois ou quatre sonneries d'appel qui résonnaient à droite et à gauche. L'odeur étrange qui imprégnait toujours les hôpitaux lui montait à la tête.

Enfin, une porte à double-battants s'ouvrit face à lui et un méli-mélo de conversations ponctué par des « bips » réguliers lui fit comprendre qu'il était arrivé à destination.

- Ah, la greffe de cornées. Ca va toujours ? s'enquit la voix de l'anesthésiste en se penchant sur Sakurai.

- Je n'ai pas trop le choix… répondit ce dernier d'un air placide.

- Ne t'inquiète pas, tu es entre de bonnes mains. Si tu pouvais attraper ma main pour passer sur la table d'opération…

Sakurai s'exécuta et s'allongea ensuite sur la table. On le coiffa d'un bonnet et on le couvrit aussitôt. Le chirurgien lui expliqua que dans quelques heures, il se réveillerait en salle de réveil avec un bandeau sur les yeux et qu'il ne devrait pas chercher à les ouvrir. Sakurai n'écoutait qu'à moitié, trop de sons et de sensations occupaient son esprit. Son cœur battait vite. La peur ? L'impatience ? Puis, on lui prit le bras droit pour l'étendre près de lui. Cela lui faisait étrange de se faire manipuler comme cela, mais il ne pouvait pas faire autrement. On touchait à sa perfusion.

- C'est parti. Ne pense plus à rien et à tout à l'heure.

Un liquide froid dans ses veines. Les bruits qui diminuaient de volume. Son corps s'enfonçait dans le matelas de la table au point qu'il pensait bientôt le traverser. Quoi ? Déjà ? C'était aussi rapide que... ?

Crois-tu en la seconde chance ?

« Seconde chance » ? Oui. Ces yeux neufs qu'il était sur le point de recevoir, c'était un signe.

- Je veux voir !!

Sa conscience sombra. Le trou noir.

Accroche-toi

¤ - ¤ - ¤

Un « bip ! » régulier et grésillant près de sa tête. Son corps étendu sur une surface plus ou moins moelleuse qui lui tenait chaud. La fumée qui entourait son cerveau se dissipait petit à petit. Les sensations lui revenaient. Un courant d'air titillait gentiment les mèches de sa frange. C'était doux. C'était le même geste que faisait sa mère quand il peinait à s'endormir. Il remua la tête pour essayer de s'extirper de cet étrange demi-sommeil, il n'en résultat qu'un vague vertige qui lui donna l'impression qu'il allait tomber de son lit.

Une main se posa sur son bras. Il sursauta.

- Itanagi-kun, tu es réveillé ?

- I-Izumi-san ? fit-il, un peu perdu.

- Oui. Détends-toi, tu es en salle de réveil. L'opération s'est bien passée sans aucune complication.

Sakurai respira enfin. Ces quelques mots lui firent un bien fou, bien qu'il ne se sentît pas trop en mesure de le faire savoir. L'anesthésie commençait à peine à se dissiper, il n'avait pas encore les idées claires. Sa tête était de plomb et ses membres plus lourds que la pierre. Il entendit Izumi lui expliquer que ces étourdissements étaient normaux et qu'il n'avait seulement qu'à se reposer sans chercher à ouvrir les paupières surtout. Les paupières ? Ah oui. Les paupières… L'opération réussie, les nouvelles cornées…

Il porta la main à son visage et effleura du bout des doigts le fin voile qui entourait ses yeux. Il grimaça.

- Ca me pique…

- C'est tout à fait normal. Tu as eu des écarteurs pendant un bon moment pendant ton opération, ça va vite passer. Si tu ne te sens pas bien, n'hésite pas à me sonner, d'accord ? J'ai accroché la sonnette tout près de ta tête, à gauche. Je te débrancherai le cardiogramme plus tard.

L'infirmière joignit le geste à la parole en lui prenant la main pour lui faire toucher le petit appareil. Il la remercia et Izumi sortit en lui conseillant de se reposer au maximum. Une anesthésie générale était toujours une épreuve pour l'organisme.

La porte se referma sur le silence ponctué de « bip bip » de l'électrocardiogramme qui lui permettait de se maintenir conscient. Cela plus cette étrange sensation qui entourait ses paupières scellées. C'était comme des petites vagues qui essayaient de pousser ses globes oculaires hors de ses orbites. Ce n'était pas douloureux, plutôt très incommodant.

- Ah…

Même s'il se doutait que ce n'était guère recommandé après une opération, il se frotta un peu les yeux pour espérer faire partir cette gêne. En vain. Izumi avait dit que c'était normal, il n'avait donc pas à s'inquiéter. Il abandonna vite son idée et laissa son bras retomber le long de son corps.

Ca y était. Il avait enfin ses nouveaux yeux. Si le greffon prenait, il reverrait enfin le monde qui l'entourait. Il ne voulait plus attendre, il avait eu une seconde chance !

- « Seconde chance »…

Sakurai ne se rappelait plus très bien. Il lui semblait avoir entendu une voix juste avant qu'il ne s'endorme. Une voix dans sa tête, très lointaine et inaccessible, comme venue d'un autre monde. Le timbre de cette voix lui échappa. Il ne lui parvenait qu'un vague écho aux résonnances éloignées. Bah. Ce devait être un faible délire produit par son cerveau qui était en train de se mettre en stand by à ce moment-là.

Izumi revint plus tard comme promis pour lui ôter son électrocardiogramme. L'anesthésie s'était enfin dissipée et il avait retrouvé toutes ses facultés mentales. Il ne demeurait qu'une simple fatigue. En début de soirée, vers les 21 heures, on ramena Sakurai à sa chambre pour la nuit.

Malgré les heures qui s'écoulaient avec trop de lenteur à son goût, le jeune homme eut du mal à s'endormir à cause de ce picotement dans les yeux. Il hésita à appeler une infirmière mais ne le fit pas, se répétant encore que ce n'était plus qu'une question de temps. Le personnel avait certainement bien plus urgent à faire.

L'épuisement le gagnait de plus en plus, si bien est que de temps à autre, il s'assoupissait une minute ou deux puis se réveillait, gêné par ses yeux. Ces très courtes phases de sommeil durèrent toute la nuit, au point qu'il ne distinguait plus quand il était endormi et quand il ne l'était plus.

« Com… ? Qu'est… vous… ? »

« Oui. Son… est… »

« Mais… vie… ? »

«… »

- Hu… ?

Sakurai se redressa brusquement sur son lit, ce qui lui valut un joli vertige qui le fit retomber dans son oreiller. Un rêve ? Il ne se souvenait pas s'être endormi. Il fallait dire qu'il était si exténué par cette petite nuit qu'il en perdait la notion du conscient et de l'inconscient.

Etrange rêve. Il n'avait pratiquement rien vu, juste des paroles hachées et chevrotantes. C'était comme un vieux film avec une pellicule en mauvais état qui faisait tressauter la bande son et l'image. Le peu qu'il avait pu entrapercevoir n'était apparu que sous forme de flashs confus.

Il soupira. Il en avait déjà assez de rester allongé, il voulait sortir ou reprendre un bon livre comme il le faisait autrefois. D'autant plus qu'il était certain qu'à son retour, en supposant que sa greffe prenne bien, il n'aurait pas le temps de souffler et serait de nouveau catapulté à sa formation de futur grand chef d'entreprise. Il avait accumulé six mois de retard et bien que les cours qu'il avait pu suivre à la seule force de sa mémoire auditive compensaient à peu près sa cécité, il aurait à rattraper tout ce temps. Il serait de nouveau le petit bâtard couronné à la fois si détesté et important que l'on devait façonner comme il le fallait. Il serait encore au milieu des requins sans scrupules. Et lui, il n'aurait toujours pas la force de cracher dans la soupe par respect pour sa mère. Il serait encore seul. Toujours trop seul. Comme toujours. Sa seconde chance lui permettrait-elle d'enfin trouver…

- Aaaaaah !

Sakurai bondit de son lit tel le diable qui sortait de sa boîte. Ses yeux le brûlaient dans une douleur atroce. Ses paupières étaient comme en train de fondre et des aiguilles invisibles s'abattaient en rafale en prenant les pupilles comme cœur de cible. Son geste premier ne fut pas de s'emparer de la sonnette pour appeler Izumi mais d'essayer de retirer le bandeau qui barrait ses yeux, à croire que c'était lui la source de cette souffrance de plus en plus pénible.

Les dents serrées par le mal, Sakurai essaya tant bien que mal d'ôter le morceau de tissu. Ca brûlait trop ! Ses nouvelles cornées ne tiendraient pas !

- Infirmières ! appela-t-il d'une voix forte en tirant comme il le pouvait sur le nœud.

Il s'acharna quelques longues et difficiles secondes sur le bandeau qui finit enfin par glisser d'entre ses cheveux pour retomber sur ses épaules et autour de son cou.

- Izumi-san ! cria-t-il encore une fois en attrapant à tâtons la sonnette.

De son autre main valide, il frotta ses yeux en feu encore clos. Il pensait que par réflexe naturel du corps, ses yeux se seraient mis à pleurer pour signaler que quelque chose les gênait ; ce n'était pas le cas ici.

La douleur avait atteint son seuil maximum. Ses paupières ne pouvaient plus supporter cette pression exercée depuis l'intérieur de l'œil. Il fit ce qu'il ne devait pourtant pas faire. Il ouvrit les yeux.

Un tourbillon de couleurs mélangées les unes aux autres brouilla sa vue subitement agressée par la lumière du jour. Sakurai cligna plusieurs fois des paupières quand il s'aperçut que cet automatisme atténuait son mal. En quelques secondes, une chambre blanche se dessina autour de lui. Il tourna la tête vers la porte et eut la surprise de voir une jeune fille qui se tenait derrière une petite fenêtre en vitre qui donnait sur le couloir. Elle avait les yeux écarquillés par l'inquiétude et le guettait avec une angoisse visible sur le visage.

Le souffle court et l'expression encore hagarde, Sakurai la dévisagea sans comprendre. La jeune fille demeura figée durant les quelques secondes qui passèrent alors que leurs yeux se suivaient mutuellement. Tout à coup, elle blêmit, la bouche entrouverte par l'effarement ou la peur et s'enfuit aussitôt dans le couloir.

Encore muet, Sakurai ne trouva pas la force de l'appeler ou même d'avoir une quelconque réaction. Il ne bougea pas jusqu'à l'arrivée d'Izumi qui déboula dans la chambre comme une fusée.

- Itanagi-kun ! Que se… Mais ?!

La jeune infirmière étouffa son exclamation dans la paume qu'elle venait de plaquer contre sa bouche. Immobilisée de stupeur, elle observa son jeune patient qui, malgré ses interdits, avait désobéi.

- Qu'as-tu fait ! s'exclama-t-elle, blanche. Il ne fallait pas !

Izumi se précipita au chevet de Sakurai et prit sa petite lampe médicale qu'elle lui braqua dans les yeux pour constater les dégâts. Ses iris célestes translucides étaient d'une couleur nette et éclatante. Ses pupilles noires et parfaitement dessinés ne se perdaient plus dans le restant de l'œil et… suivaient ses mouvements ?!

- Tu… Tu vois ? comprit-elle en relâchant soudainement la paupière de Sakurai.

Le jeune homme retint une faible exclamation de surprise et cligna de nouveau des yeux. Une chambre blanche à la luminosité encore trop vive pour lui, une petite armoire près de la salle de bains, un lit avec des barreaux de fer et les fameux tableaux sur lesquels les médecins écrivaient l'évolution de l'état du patient. Et en face de lui, une jeune femme d'une vingtaine d'années qui le regardait d'un air médusé. Il pouvait détailler les traits de son visage sans difficulté comme il constatait à quel point elle avait dû peu dormir cette nuit à cause des cernes qui soulignaient ses yeux noirs.

- O-Oui… Je vois…


Hum… Mystérieux tout ça !

Prochain chap : Présentation du deuxième premier rôle !