Nda : Voici le chapitre 3 avec un jour d'avance ! J'ai décidé de poster le samedi à partir de maintenant. :)
J'ai eu beaucoup de difficultés à améliorer ce chapitre. Mais finalement, j'ai réussi à le rendre un peu plus digeste, enfin j'espère. Comme le précédent chapitre il est assez long, j'ai hésité à le redécouper mais le contenu correspondait à ce titre en particulier alors je l'ai laissé tel quel.
J'espère qu'il vous plaira, bien qu'il ne soit pas très joyeux mais en même temps avec cette fic, il ne faudra pas vous attendre à de grands moments d'allégresse ! :D
Bonne lecture quand même !
- III -
Châtiment
Gray quitta précipitamment Magnolia sur le dos de la moto magique qu'il s'était achetée à son retour de Crocus. Il mit les gaz et roula à pleine puissance en mettant seulement une demi-heure à atteindre la guilde de Lamia Scale alors qu'habituellement il lui fallait près de deux heures par le train.
Le jeune homme surgit en trombe dans la grande pièce aux murs immaculés en grès blanc, où des dizaines de personnes s'étaient agglutinées assistant, semblait-il, à un évènement important. Quand Gray força le passage en bousculant des mécontents, il assista médusé à une scène complètement surréaliste. Juvia était entourée d'une vague d'eau bouillonnante qui elle-même était cerclée d'une vaste aura noire. Son visage était méconnaissable. Sur ce visage habituellement doux qui laissait paraître la timidité et la bonté d'âme, ne transparaissait plus que la haine et une colère noire et menaçante sur le point d'exploser. Mais visiblement, les mages présents ne prenaient pas la menace au sérieux. Pourtant Gray savait mieux que personne, que dans cet état, la jeune femme était capable de créer un véritable cataclysme.
Juvia toisait du haut de sa vague le mage de glace de Lamia Scale : Lyon. Gray se figea en reconnaissant son ami. Non, son ancien ami. Il resta quelques secondes à regarder cet homme qu'il ne reconnaissait pas vraiment, cet homme qui l'avait agressé et humilié. Il était à la fois le Lyon qu'il connaissait et quelqu'un d'autre, quelqu'un qui lui était étranger. A ce moment-là, plus rien n'avait d'importance autour de Gray, ne voyant plus que l'homme qui lui faisait face, ainsi que ses émotions – jusque là en sommeil par l'urgence du moment – désormais prêtes à émerger des limbes. Mais Gray fut interrompu dans ses pensées et dans sa contemplation par un grondement sourd qui fit trembler le sol sous ses pieds. Juvia était prête à attaquer. Gray s'obligea à reprendre ses esprits pour empêcher la catastrophe inévitable de se produire.
Il chassa rapidement les pensées noires qui l'assaillaient pour se concentrer sur sa camarade. L'urgence était d'empêcher Juvia de faire quelque chose qu'elle regretterait immanquablement par la suite.
— Lyon va payer pour ce qu'il a fait à Gray-sama ! rugit la jeune femme d'une voix rauque et menaçante.
Les fines gouttelettes se transformèrent rapidement en ondée de plus en plus cinglante qui menacerait bientôt d'inonder la guilde complètement.
— Non ! Juvia arrête !
La jeune femme se figea en entendant la voix de son aimé. L'eau cessa de tomber et la vague qui entourait la jeune femme se rétracta pour disparaître en vapeur. Juvia redescendit enfin doucement de son perchoir. Ses yeux bleus sombres aux couleurs de la tempête s'éclaircirent. Son visage s'adoucit immédiatement lorsqu'elle vit Gray face à elle.
Elle parut soulagée de le voir à nouveau debout et conscient. Pourtant dans le regard de Gray, la lueur qu'il avait encore la veille, cette lueur de jeune homme impulsif et insouciant, croquant dans la vie à pleines dents, oui, cette lueur avait bien disparu ne laissant place qu'à des pupilles tristes et vides.
— Mais Gray-sama…, tenta-t-elle de se défendre d'une voix étrangement fluette.
— Il n'y a pas de mais Juvia ! Rentre à Magnolia et ne te mêle pas de ça ! lui demanda-t-il d'une voix ferme.
La jeune femme, blessée par le ton sec de son ami, baissa la tête d'un air contrit, des larmes se formèrent dans le coin de ses yeux et commencèrent à inonder son visage de porcelaine. Elle regarda une dernière fois Lyon d'un œil qu'elle voulut menaçant puis à nouveau l'homme qu'elle aimait, mais celui-ci l'avait déjà oublié. Il fixait d'un regard éteint Lyon à quelques mètres devant lui.
Juvia quitta finalement la guilde de Lamia Scale, vidée de toute son énergie. Sa colère, sa rage lui avait permis de tenir jusque là mais maintenant, la peine reprenait sa place et elle ne savait pas si elle pourrait tenir comme ça longtemps.
Gray avait repris à nouveau conscience de la présence de Lyon devant lui. Un fatras d'émotions commençait à l'envahir de nouveau, émotions contradictoires, insidieuses… Mais l'une d'elle s'imposa d'elle-même, envahissant chacun de ses muscles, chacune de ses veines jusqu'à oppresser son cœur : la rage.
Lyon, quant à lui, restait figé et le regardait d'un air triste et abattu. Il semblait attendre sa sentence avec résignation.
— Je t'attends dehors Lyon, ordonna Gray d'une voix cassante.
Des murmures se firent entendre autour de lui quand il quitta la pièce mais Gray n'en fit pas grand cas. Son cœur battait à tout rompre. Ses tempes vibraient d'un son assourdissant ravivant ses sentiments sur le point d'exploser.
oOoOo
Quand Lyon passa les portes de la guilde, son ancien condisciple l'attendait en face à quelques mètres devant la porte, droit et bien planté sur ses jambes, les poings serrés, le regard fixe et glacial.
Son cœur se serra en voyant la haine transparaître de sa personne. Il ne l'avait jamais vu comme ça.
— Gray, je…
— Ferme-la espèce d'enfoiré ! lui cria Gray.
Le mage de Fairy Tail s'avança d'un pas rapide et menaçant, et lui asséna un violent coup de poing en plein visage qui fit voler Lyon contre le mur de la guilde. Les mages qui commençaient à sortir les uns après les autres, curieux de savoir ce qu'il se passait entre les deux hommes, se figèrent devant la scène.
— Lève-toi Lyon ! ordonna le jeune homme ivre de rage. Lève-toi je te dis ! répéta-t-il devant l'inaction du jeune homme.
Le mage de Lamia Scale s'exécuta tremblant, du sang coulant de sa lèvre éclatée.
— S'il te plaît Gray… Ecoute-moi…
— T'écouter ?! Je ne veux rien entendre qui vienne de toi !
Puis il recommença à le frapper. Gray le tenait fermement par le col, contre la façade de la guilde et le frappait toujours plus, ne retenant désormais plus ses coups. Plus il frappait, plus sa haine augmentait. Sa raison l'avait momentanément quitté.
C'était plus facile de se laisser aller. Ne plus réfléchir. Ne plus penser. Frapper. Frapper encore et toujours. Enlever, supprimer, détruire, cette humiliation au goût de fiel. Insidieux poison glissant dans ses veines comme le serpent sur sa proie.
Lyon, le visage ruisselant du sang âpre se laissait pourtant faire. Peut-être que les coups laveraient un peu cet acte répugnant ?
Mensonge.
Le goût du sang lui faisait oublier celui putride de sa lâcheté. Fermer les yeux et accepter la haine de l'homme qu'il aimait. C'était son châtiment et il ne pouvait que l'accepter. La douleur. Les os qui craquaient. Oublier.
Son inaction ne fit qu'encourager encore davantage la rage du mage de Fairy Tail, rouge de colère.
— Défends-toi bordel ! lui criait-il hors de lui.
Le voir aussi passif après ce qu'il lui avait fait le mettait hors de lui. Il voulait qu'il se lève et qu'il se batte contre lui, qu'il se défende. Mais pourquoi ? Pourquoi ressentait-il ce besoin ? Peut-être pour justifier son accès de rage ou peut-être avait-il besoin de se prendre des coups lui aussi, pour le laver de cette humiliation et cette honte qui lui collaient à la peau. Ou pour oublier, simplement.
Malgré les larmes, Lyon ne bougeait toujours pas à la stupéfaction de ses camarades de la guilde qui n'osaient pas s'interposer entre les deux hommes jusqu'à ce que Jura n'arrive enfin pour les séparer. Il enserra Gray de ses bras puissants lequel se débattait comme un beau diable. Ce comportement en étonna plus d'un, le mage de glace de Fairy Tail ayant la réputation d'un jeune homme plutôt posé et retenu habituellement.
— Arrête Gray ! Tu vas le tuer !
— Lâche-moi ! Lyon relève-toi et bats-toi bordel ! se débattit Gray s'en pouvoir se dégager de l'étreinte du mage saint.
Lyon, le visage ensanglanté et baigné par les larmes de sa honte le regarda, dévasté. Il ne pouvait que l'accepter. Lyon était simplement résigné. Pourquoi se battre ? Dans quel but rendre des coups qu'il méritait ? Pourquoi Gray voulait tant qu'il se défende ? Pour se lâcher complètement peut-être et laisser exploser toute sa colère ? Peut-être.
— Lâche-le Jura, demanda-t-il d'une voix tremblante mais étrangement basse à son ami.
— Mais…
— Lâche-le ! s'emporta-t-il malgré lui.
Jura était surpris de cette réaction inhabituelle de son ami qui n'avait jamais haussé la voix contre lui. Il libéra pourtant Gray qui s'avança de nouveau vers son ancien ami.
— Tue-moi, le supplia Lyon les lèvres tremblantes. Je le mérite alors tue-moi.
Entendre sa voix était encore pire qu'il ne l'aurait cru. Gray avait envie de hurler jusqu'à s'en détruire la voix. Etre devant lui, l'entendre, le toucher. C'était beaucoup trop pour lui. Et maintenant il lui demandait de le tuer ? Tentant. Gray le saisit par le col.
— Te tuer ?! Et comme ça je serais le seul à vivre avec ce que tu m'as fait ?! Hors de question que je te fasse ce cadeau Lyon ! cracha-t-il en le lâchant brusquement, le faisant retomber contre le mur.
Les deux hommes se regardèrent dans le blanc des yeux, sans plus bouger. Un silence lourd et pesant s'installa entre eux tandis que les mages assistant à la scène n'osaient rompre ce contact invisible et silencieux. Plus aucune émotion ne filtrait. Le calme avant la tempête ? Ou bien…
— Lyon ! s'écria une jeune fille derrière eux.
Chélia se précipita auprès de son coéquipier qui gisait encore contre le mur. Horrifiée la jeune fille ne put que constater l'état déplorable dans lequel il était. Son visage n'était qu'une masse rougeâtre dont seul l'acier de ses yeux ressortait, fixant intensément l'homme qui lui avait infligé ses blessures.
— Qu'est-ce que tu lui as fait ?! accusa la jeune fille en regarda le brun d'un œil menaçant.
Gray semblait ne pas la voir et gardait son regard fixé sur son ancien ami, les larmes aux yeux cette fois-ci. La vague d'émotions qui l'avait submergée quelques minutes plus tôt venait de s'échouer subitement. Étrangement, toute sa colère et sa rage s'était envolée. Mais que restait-il maintenant ? Le vide. Le néant. La douleur.
Gray le regardait pour la première fois comme un étranger. Cet homme face à lui n'était pas Lyon. L'homme qu'il avait connu n'était désormais qu'un lointain souvenir. Un mirage. Tout ce qu'ils avaient vécu ensemble, les joies, les peines, les retrouvailles. Tout avait été balayé en un seul instant.
— Je t'ai toujours admiré Lyon…, commença-t-il d'une voix basse à peine audible et des sanglots dans la voix. Je t'ai admiré et respecté, même après ce que tu as fait sur l'île de Galuna. Tu étais comme un grand frère pour moi et je…je me sentais en sécurité avec toi.
Gray tremblait. Etait-ce de peur ? De froid ? Peu probable mais étrangement, la position qu'il prenait, ses bras serrés sur sa poitrine le faisait ressembler à un petit garçon. Perdu. Effrayé. Le voyant ainsi, il rappela à Lyon cet enfant blessé qu'il avait retrouvé sous les décombres quinze ans plus tôt avec Ul. Mais cette fois-ci, ce désespoir qu'il lisait dans son regard était causé par sa faute à lui. Et à lui-seul.
— Je pensais qu'il ne pouvait rien m'arriver tant que tu étais là, continua-t-il alors que Lyon l'écoutait silencieusement. Que je pourrais compter sur toi quoiqu'il arrive. J'aurais donné ma vie pour toi Lyon. Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu me détestes autant ?
Cette dernière question sonnait comme une supplique teintée de détresse. Gray ne put empêcher cette fois-ci, ses larmes de couler. Lyon qui n'avait de cesse de le regarder n'avait qu'une seule envie désormais : le prendre dans ses bras, le protéger, comme avant ce jour… Mais c'est une chose qu'il ne pourrait plus faire. Jamais. Et cette prise de conscience lui brisa le cœur pour de bon.
Gray était persuadé qu'il le détestait alors qu'il s'agissait de tout le contraire pour Lyon. C'était cet amour complètement insensé qui l'avait poussé à commettre ce crime abominable. Aujourd'hui, il se rendait compte avec effroi qu'il avait brisé la vie de la personne qu'il chérissait le plus au monde et que plus rien ne pourrait changer ça.
— Non Gray… je ne te déteste pas… je… au contraire…
Mais ses mots moururent dans ses sanglots. Il voulait lui dire à quel point il l'aimait, à quel point cet amour lui faisait mal et le consumait à petit feu depuis son retour de Crocus. Comment lui faire comprendre ? Comment lui dire à quel point il se dégoûtait, à quel point il voulait retourner en arrière et défaire ce qu'il avait fait ? Mais à quoi bon maintenant… ? Il l'avait perdu. Gray ne reviendrait plus jamais vers lui, il le savait.
— Alors pourquoi ? Tu étais tout ce qu'il me restait de mon passé. Quand je te regardais, je repensais à Ul et à notre vie avec elle. C'est tout ce qu'il nous restait à tous les deux alors pourquoi l'avoir détruit ? Maintenant, il ne reste plus rien ! Ul, Ultear, toi… Je n'ai plus personne.
Gray se sentit vide, plus que jamais. Il s'était défoulé sur lui, il lui avait dit ce qu'il ressentait, il avait vidé son sac, mais à quoi tout cela avait-il servi ? Il se retourna, sans plus un regard pour Lyon et s'en alla les larmes dévalant ses joues pâles. Des regards intrigués, figés, révulsés, accompagnèrent son départ.
Gray avait l'impression que quelqu'un s'était saisit de son cœur et lui broyait impitoyablement d'une lente cruauté. Il avait la sensation qu'il était sur le point d'éclater, de se briser en mille morceaux. Il s'était fait agresser de la pire des manières mais plus encore par l'une des personnes en qui il avait le plus confiance, l'une des personnes qu'il aimait le plus au monde. Par son frère de cœur.
Les amis de Gray qui étaient arrivés sur place un peu plus tôt pour retrouver Juvia avaient assisté à toute la scène, se sentant impuissants fasse à la douleur du jeune homme, ils avaient choisi de lui laisser le soin de régler ses comptes avec Lyon. Ils avaient hésité à intervenir quand la situation avait commencé à empirer mais Jura était intervenu. Gray avait fait montre d'une rare violence avec Lyon mais ses amis le comprenaient très bien. Ils ne pouvaient pas lui en valoir pour cela. Eux-mêmes ressentaient cette colère vis-à-vis de Lyon.
Gray devait en passer par là. C'était la première étape à franchir pour remonter la pente. Il avait perdu bien plus qu'un simple ami ce jour là. C'était injuste que ce soit à lui de payer le prix fort pour l'acte inconsidéré d'un autre.
oOoOo
Lyon regarda impuissant son ami s'en aller. Ce serait sans doute la dernière fois qu'il le verrait, alors il suivit sa silhouette du regard jusqu'à ce qu'elle ne disparaisse définitivement de sa vue, le laissant à nouveau seul face à ses démons. Et ne laissant qu'un parfum de regrets sur sa route.
Chélia voulut soigner ses blessures avec sa magie mais Lyon la repoussa brusquement.
Son inaction vis-à-vis de Gray avait surpris la jeune fille autant que ses amis de la guilde qui maintenant, s'étonnaient que le jeune homme refuse les soins de leur God-slayer.
— Mais…, essaya-t-elle de protester.
— Je mérite ces blessures, lui répondit-il en se relevant difficilement.
Il avait mal, de nombreuses contusions recouvraient son visage. Gray n'y était pas allé de main morte. Mais peu importait. Il les avait méritait. Chaque coup porté lui rappelait ce soir-là où il avait pris la mauvaise décision, la seule à ne pas prendre. Il voulait, non, il avait besoin de ressentir cette douleur qui réussissait à endormir légèrement celle de son cœur.
Yuka qui était arrivé quelques minutes avant le départ de Gray, voulut aider son ami à se relever mais celui-ci le repoussa également.
— Qu'est-ce qui te prend…?
— Lyon ! Va à l'infirmerie tout de suite ! Même si tu ne veux pas te faire soigner par Chélia, je ne veux pas d'un mage dans cet état dans ma guilde ! Ensuite tu viendras dans mon bureau ! résonna la voix du maître de Lamia Scale Ooba baba.
— Oui maître.
L'homme se résigna à se laisser conduire à l'infirmerie de la guilde mais refusa toute aide de ses amis. Il savait qu'ensuite son avenir se jouerait dans le bureau de son maître. Avenir qu'il avait déjà décidé. Il n'avait pas d'autre choix et il le savait.
oOoOo
Gray était parti marcher quelques heures avant de rejoindre ses amis qui l'attendaient près des véhicules. L'après-midi était bien entamée lorsque les mages de Fairy Tail repartirent vers Magnolia.
Gajeel chevaucha la moto avec Juvia restée apathique derrière son dos, tandis qu'Erza avait embarqué Wendy, Gray et les deux Exceeds à bord de la voiture. Personne n'avait osé prononcer le moindre mot depuis leur départ. Erza gardait un œil sur Gray par l'intermédiaire du rétroviseur et vit à quel point il était dévasté. Bon sang. Qu'allait-il devenir maintenant qu'il avait affronté Lyon ? La jeune femme se promis de rester attentive à son comportement pendant quelques temps. Gray était du genre à tout intérioriser et la rousse était bien placée pour savoir que rien de bon ne pouvait en ressortir.
Les deux véhicules magiques s'arrêtèrent devant la guilde mais Gray refusa d'y entrer. Il voulait être seul.
— Tu es sûr que ça va aller Gray ?
— Oui merci, je vais rentrer chez moi.
Erza hésita à le laisser mais elle savait aussi que si elle lui forçait la main, il se braquerait de nouveau. Le petit groupe se sépara donc chacun de son côté avec seulement quelques signes timides de salutation pour signifier leur départ.
oOoOo
Gray avait arpenté les rues de Magnolia sans réel but. Sa tête était vide mais il savait qu'à un moment ou à un autre, ses émotions remonteraient à la surface pour le hanter de nouveau. Pour le moment, il profitait de ce moment d'accalmie pour prendre l'air simplement. Marcher lui faisait du bien.
Mais quand le jour commença à décliner et les rues lentement se vider de leurs badauds, il ne voulut pas s'éterniser dehors et reprit la direction de son appartement. Il repensa alors malgré lui, à sa rencontre avec Lyon. Il avait refusé de se défendre mais ne lui avait pas non plus donné la moindre explication sur son geste. Mais le voir à ce moment là, avait rendu la vérité bien plus réelle qu'elle ne l'était déjà. Gray ne comprenait pas, et se poser cette question inlassablement, le fatiguait.
Des tas d'autres questions se bousculaient encore dans sa tête mais il n'arrivait pas à réfléchir correctement. Ses idées étaient bien trop embrouillées, il se sentait trop blessé, humilié, trahi, triste.
Alors que Gray se rapprochait de son appartement, il entendit des pas précipités venant derrière lui.
— Hey mec !
Non !
Une angoisse incontrôlée l'envahie. Gray se sentait encore une fois menacé. Il ne pensait plus qu'à une chose : fuir. Ne pas se retourner, continuer à marcher, s'éloigner, se retrouver en sécurité. Il accéléra le pas la peur au ventre jusqu'à ce qu'il sente une poigne sur son épaule le retournant de force.
— Hey !
Il voulut s'enfuir mais quand il recula, son dos percuta un mur, l'empêchant de tomber mais l'acculant face à son agresseur. Il se prépara à lancer un sort dans une tentative de se protéger. Il ne se laisserait pas faire une seconde fois. Ses mains tremblaient.
— Hey tout doux mec ! Je voulais juste t'emprunter ton feu ! s'excusa un jeune homme en levant les bras en signe de paix.
Gray le regarda ahuri, se rendant compte de sa réaction disproportionnée. Il baissa ses bras lentement tout en toisant son vis-à-vis d'un air suspicieux puis il fouilla dans sa poche et tendit d'une main tremblante son briquet à l'homme.
— Whaou ! Ça va mon vieux ? On dirait qu't'as vu un fantôme ! lui déclara-t-il après avoir tiré une première bouffée dans sa cigarette.
Mais au lieu de lui répondre, Gray récupéra son briquet et s'éloigna prestement de l'individu.
— Trop bizarre le mec ! entendit-il derrière lui.
Gray ne fit plus grand cas de l'homme et se mit à courir pour atteindre son appartement aussi vite que possible. Il avait peur, il était terrifié même, et ne cessait de regarder autour de lui, à l'affût du moindre danger. Les battements de son cœur l'empêchaient d'entendre clairement l'arrivée d'un danger potentiel. Il devait rentrer. S'enfermer et attendre. Mais attendre quoi ?
Il monta les étages quatre à quatre, longea le corridor qui menait à son appartement, qu'il atteint essoufflé. Il regarda une dernière fois derrière lui puis, quand il voulut ouvrir sa porte, sa main tremblait tellement qu'il ne put insérer la clé dans la serrure du premier coup. Il posa son front contre la surface en bois, en essayant de reprendre calmement son souffle mais au lieu de cela, ses larmes recommencèrent à couler de plus belle. Son poing s'écrasa violemment sur la malheureuse qui grinça sous l'impact.
— Merde !
Gray entendit une porte s'ouvrir doucement derrière lui. Sans doute sa voisine, trop curieuse pour rester bien sagement chez elle mais surtout bien trop froussarde pour s'aventurer dans le couloir. Gray soupira.
Il réussit finalement à ouvrir la porte qu'il verrouilla aussitôt derrière lui. Il se précipita ensuite vers la fenêtre du salon pour vérifier si elle était bien fermée. Il voulut faire de même pour la fenêtre de sa chambre mais quand il pénétra dans la pièce, tout lui revint en mémoire par des flashs aveuglants. Ses yeux se posèrent sur son lit qui avait été soigneusement refait par ses amis mais il ne put s'empêcher de se revoir allongé, le corps de Lyon sur lui le violant dans son sommeil. Ses poings se serrèrent. Une rage sourde l'envahie à nouveau.
Du verre brisé, du bois craquant dans un bruit sourd, des raclements. Le jeune homme s'appliqua à tout détruire autour de lui. Les objets sur sa commode, sur son bureau. Il s'en prit au lit lui-même qu'il retourna violemment, brisant l'armature de bois et les lattes. Il éventra le matelas avec des épées de glace. Retourna les deux chevets de part et d'autre du lit désormais inutilisable. Gray ne se contrôlait plus, détruisant tout ce qu'il pouvait puis quand il se saisit de la photo qu'il regardait chaque soir avant de s'endormir, ses larmes coulèrent et dans un accès de fureur, il jeta son plus précieux souvenir contre le mur. Le verre se brisa sur l'image de ce passé désormais détruit à jamais.
— Nonnnn !
Ses poings s'échouèrent finalement sur le mur le plus proche. Il s'acharna contre lui, écorchant ses mains, trouant impitoyablement la cloison. Il ne sentait pas la douleur. Le sang, les larmes. Les cris.
Puis vint le silence. Tout se mélangeait tout autour de lui et dans sa tête.
A bout de force, Gray, désormais vide, s'effondra sur ses genoux. Il avait le sentiment d'avoir tout perdu. Il regarda ses mains rougies par le sang, tremblantes puis se releva chancelant. Il sortit de sa chambre sans un dernier regard derrière lui et se dirigea vers la salle de bain où il se rinça abondamment les mains dans l'eau glacée.
Gray fixait le sang qui coulait jusqu'à ce que l'eau devienne plus claire. Il jeta un œil sur son reflet dans le miroir et eut l'impression d'être face à un étranger. Ce reflet le dégoûtait. Ses yeux étaient rouges et gonflés et trahissaient les larmes qu'il versait depuis son brusque retour à la réalité ce jour là. Mais surtout cette lueur de folie qu'il lu dans son regard lui fit peur plus que le reste.
Gray regagna son salon, s'emmitoufla dans son blouson et ressorti de son appartement, l'air hagard.
Il marcha pendant des heures dans les rues de la ville, sans réel but, sans se rendre compte de la nuit tombée et des lumières qui s'éteignaient les unes après les autres. Contrairement à quelques heures plus tôt, il se fichait de ce qui pouvait l'entourer ou des rares personnes qu'il croisait sur son chemin.
Quand il fut trop épuisé pour poursuivre sa route, il se dirigea vers la guilde. Gray ne voulait pas rentrer chez lui. Et le seul endroit où il se sentait encore en sécurité était cette auberge qui l'avait vu grandir. Celle-ci devait être vide étant donné l'heure avancée de la nuit. Il s'engouffra à l'intérieur en matérialisant une clé de glace.
La guilde était déserte, il ne l'avait pas souvent vu aussi vide. Il croyait entendre au loin des rires et des verres qui s'entrechoquaient, de la musique faisant vibrer les cœurs. Mais ce n'était qu'une illusion.
Gray se dirigea vers le fond de la salle où il se blottit sur une banquette. Cette nuit là, il ne réussit pas à s'endormir car dès qu'il fermait les yeux, il le voyait. Son sourire, son regard rieur. Ces images de Lyon d'abord positives, le raillaient maintenant. Cruelle plaisanterie. Amertume.
oOoOo
Le lendemain, Makarov reçut le maître de Lamia Scale dans son bureau à l'étonnement des mages présents à la guilde ce jour-là. Erza qui discutait au bar avec Mirajane et Kana, savait que la visite de la vieille femme était en rapport avec l'incident de la veille entre Juvia, Gray et Lyon. Elle souhaitait de tout son cœur que cette histoire sordide ne se retournerait pas contre son ami. Il n'avait pas besoin d'autres problèmes en ce moment…
Le jeune homme en question arriva justement, au moment même où la vieille femme ressortait du bureau du maître. Il avait l'air épuisé avec son visage mal rasé et ses cheveux en bataille, plus encore qu'à l'accoutumée. Les mages qu'il croisa s'étonnèrent de le voir dans cet état mais n'eurent pas le temps de se poser plus de questions car Gray se figea soudainement en voyant la vieille femme descendre le large escalier, en se dirigeant droit sur lui.
Gray n'osait pas bouger tant cette femme était impressionnante malgré sa si petite taille. Il savait qu'elle pouvait être redoutable sachant à quel point les mages de sa guilde la craignaient. Allait-elle le faire tourbillonner comme elle se plaisait à le faire avec ses propres mages…?
Au lieu de cela, lorsqu'elle fut assez proche de lui, elle lui prit la main et la pressa affectueusement dans la sienne en le regardant droit dans les yeux.
— Je suis désolé mon garçon. Je ne peux accepter dans ma guilde, un mage qui soit capable de faire autant de mal à l'un des siens.
Puis elle s'en alla, laissant Gray complètement pantelant et abasourdi, essayant de comprendre ce qui venait juste de se passer à l'instant.
Qu'avait bien pu vouloir dire la vieille femme ? Son regard n'était en rien menaçant, bien au contraire. Etait-elle au courant ? Se pouvait-il que Lyon lui ait tout avoué ?
Erza s'approcha doucement de son ami qui n'avait toujours pas bougé et qui semblait perdu dans ses pensées.
— Est-ce que ça va ?
Gray acquiesça d'un petit signe de tête au moment où la porte de la guilde s'ouvrit dans un grand fracas.
— Qu'est-ce qu'elle foutait là, la vieille ? demanda Natsu qui venait de rentrer brusquement après avoir croisé le maître de Lamia Scale sur son chemin.
Natsu n'eut pas le loisir d'obtenir la moindre réponse car il entendit raisonner la voix du maître qui demandait à Gray de le rejoindre dans son bureau. Décidément, il se passait des choses étranges à la guilde ce jour-là.
— Qu'est-ce qui se passe le glaçon ? demanda Natsu en toisant son ami.
Le regard de Gray associé à son allure négligée l'intrigua. Natsu reconnut une lueur qu'il avait déjà vue par le passé : un mélange de tristesse et de culpabilité. Mais il sentait qu'il y avait quelque chose en plus. Gray semblait être passé sous un rouleau compresseur. C'était la première fois qu'il le voyait aussi abattu. Ça ne lui ressemblait pas. Il semblait si différent tout à coup…
Natsu le regarda se rendre vers le bureau du maître comme s'il se dirigeait tout droit à l'abattoir.
— Erza, qu'est-ce qui se passe avec Gray ? demanda-t-il à la jeune femme.
— Désolé Natsu mais je ne peux rien te dire…
Le jeune homme fronça les sourcils. Erza le connaissait bien, elle savait qu'il était inutile de lui mentir. Aussi elle était sûre que son ami ferait tout pour connaître la vérité mais elle espérait le plus tard possible.
Gajeel, Wendy et Juvia suivis des Exceeds arrivèrent quelques minutes plus tard. La mine complètement défaite de cette dernière n'aiderait sans doute pas à garder la vérité secrète bien longtemps…
oOoOo
C'est une dizaine de minutes plus tard que Gray sortit du bureau de Makarov. Il avait l'air bouleversé et des larmes recouvraient son visage. Le jeune homme semblait également en colère.
— Gray ! Attends ! essaya de le retenir le vieil homme qui avait bien du mal à le suivre avec ses petites jambes.
— Je t'ai dit que je ne voulais pas !
— Mais tu n'as pas le choix Gray ! Ce n'est pas seulement pour toi que tu dois le faire mais aussi pour tous ceux qui peuvent se retrouver dans la même situation que toi !
— Non ! Tu ne penses pas que le bannissement est déjà bien assez suffisant…?!
Le bannissement ? Mais de quoi parlait-il à la fin ? Gray n'était tout de même pas banni de la guilde ?! Les mages qui assistaient à la scène en contrebas ne comprenaient plus rien à ce qui se passait.
— Gray…, se radoucit le vieil homme.
Mais il savait déjà qu'il ne pourrait pas le convaincre. Quand Gray avait pris une décision, c'était impossible de lui faire changer d'avis. Ce garçon était une vraie tête de mule, se disait le maître tendrement.
— Je t'en prie…, ne me force pas à faire ça…, le supplia le jeune homme en larmes.
Makarov était bouleversé par sa détresse. Certes, il ne comprenait pas pourquoi Gray s'acharnait à ce point à protéger son condisciple malgré ce qu'il lui avait fait subir, mais il finit par l'accepter. Du moins pour le moment…
oOoOo
Quand Gray arriva au bas des escaliers, tous les mages de la guilde le fixaient d'un œil interrogateur. Gray avait occulté leur présence et n'avait pas pensé une seule seconde qu'ils puissent l'entendre. Passé sa stupeur, il se dirigea d'un pas assuré vers la sortie tout en s'essuyant les yeux et les joues d'un revers de manche. Mais alors qu'il était sur le point d'ouvrir la porte, il se heurta à une tornade rose. Chélia.
— Menteur ! l'insulta la jeune fille à peine arrivée. Qu'est-ce que tu as dit à Lyon pour qu'il s'accuse d'une telle chose, hein ?! Tu vas tout de suite dire à notre maître qu'il n'est pas un…ce n'est pas un pervers…
Ses derniers mots se perdirent dans ses sanglots qu'elle ne réussit pas à contenir plus longtemps. Gray la regarda abasourdi. Alors c'était bien ça, Lyon s'était accusé lui-même auprès de son maître ce qui avait conduit à son bannissement. Le jeune homme ne savait pas quoi répondre à cette gamine qu'il connaissait à peine. Pourtant, malgré ses accusations, il ressentit une certaine tristesse pour elle.
— Il a été banni de la guilde… Sans même se défendre, il accepte de partir comme ça…, murmura la jeune fille visiblement chamboulée. Comment tu as pu lui faire une chose pareille alors qu'il était ton ami ?! Il n'a pas pu… Il n'est pas capable de faire quelque chose comme ça… C'est impossible !
Chélia se mit à frapper Gray avec ses petits poings, laissant ainsi éclater sa rage et sa peine. Gray se laissa faire comme si rien ne pouvait plus l'atteindre. Elle pouvait bien le tuer si elle voulait, il s'en fichait. Plus rien n'avait d'importance désormais.
— Chélia, Arrête ! s'écria Wendy. Arrête de t'en prendre à lui !
La mage céleste s'était saisie de la jeune fille par les épaules et se plaça entre elle et Gray faisant de son corps un barrage entre les deux. Dans ses yeux brûlait une flamme incandescente.
— Mais… Comment peux-tu protéger ce type après ce qu'il a fait ? se défendit la petite rose. Il est venu avec Juvia à la guilde où ils ont attaqué Lyon qui était sans défense ! Il n'a pas pu lui faire… Ce n'est pas possible… Je ne peux pas y croire…
— J'ai soigné Gray, répondit la mage céleste d'une voix froide. C'est moi qui l'ai soigné ! Et crois-moi que si j'avais pu, c'est moi qui aurait réglé son compte à ce salaud ! asséna-t-elle implacable.
C'était la première fois que la mage de Lamia Scale voyait Wendy dans cet état depuis qu'elles se connaissaient et qu'elles étaient devenues amies pendant les Grands Jeux Magiques. C'était d'ailleurs aussi la première fois pour les mages de Fairy Tail, plutôt habitués à la gentillesse et à la discrétion de la fillette. Mais là, la fillette innocente semblait avoir pris plusieurs années d'un seul coup. Wendy avait grandi bien trop vite, se disait Charuru tristement.
Comme si Chélia s'était prise un coup de poing en pleine figure, elle sut que Wendy disait la vérité, son amie était bien trop bouleversée et elle la savait incapable de mentir sur quelque chose d'aussi terrible. Pourtant elle ne voulait pas y croire. Ses yeux se posèrent sur le jeune homme qu'elle venait d'accuser d'être un menteur et se rendit compte brusquement de la souffrance qu'il ressentait au plus profond de lui, souffrance qu'elle décela dans son regard quand ses yeux bleus sombres se posèrent sur elle.
Les jambes de la jeune fille se dérobèrent et Chélia s'effondra à genoux sur le sol de la guilde, devant l'incompréhension générale. Wendy s'agenouilla devant elle et la pris dans ses bras sans rien dire.
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Quelques minutes plus tard, Sherry surgit à son tour dans la salle et se précipita vers sa cousine qui était encore dans les bras de Wendy, pleurant à chaudes larmes.
Elle attrapa Chélia sous le bras et la souleva doucement. Avant de quitter la guilde, elle regarda Gray affectueusement.
— Je suis désolée…, prononça-t-elle dans un murmure avant de sortir.
La lourde porte se referma sur les deux jeunes femmes et un silence pesant et inhabituel envahit la guilde, habituellement vibrante de gaité et rythmée par de joyeuses bagarres.
— C'était quoi ça ?! demanda Natsu avant de poser son regard sur son ami. Gray ?
Mais sans même un regard, Gray quitta la guilde à son tour sans se retourner.
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Nda : Voilà pour ce chapitre. Qu'en avez-vous pensé ? Les différentes réactions des personnages vous ont-elles parus justifiées ?
J'ai hésité à supprimer le passage avec Chélia mais je voulais aussi montrer que l'acte de Lyon ne touchait pas uniquement Gray et ses amis mais aussi les siens. Et puis, j'aimais bien la réaction de Wendy, protectrice avec l'un de ses coéquipiers, je la vois bien évoluer de cette façon personnellement.
Natsu n'a pas encore appris la nouvelle ici. D'après vous comment réagira-t-il quand il l'apprendra ?
N'hésitez surtout pas à commenter ! C'est important pour moi d'avoir vos avis sur une fiction avec un tel sujet. S'il y a des choses qui ne vous semblent pas réalistes ou cohérentes, allez-y balancez ! Je me munis de mon casque. ^^
A samedi prochain pour le chapitre qui s'intitulera Étreinte et qui sera centré sur Gray et Natsu cette fois-ci.
