3.

Léllanya fit presque un bond dans son fauteuil.

- Comment cela, tu ne repars pas avec moi ? ! Mais qu'est-ce que je vais…

- Il y a longtemps que tu n'as plus besoin de moi, sourit son second. Et je saurai tout aussi bien former Alguérande puisque je me suis chargé de toi !

La jeune femme fit la grimace.

- Tu vas surtout beaucoup trop t'occuper de lui, dans le mauvais sens du terme, alors qu'il doit uniquement marcher à la trique !

- Ai-je été un professeur laxiste ?

- Non… reconnut-elle à contrecœur. Mais tu es beaucoup trop attaché à ce gosse !

- D'où le fait que je serai d'autant plus exigeant avec lui. Je sais mieux que quiconque que notre monde ne tolère pas la faiblesse ! Je te l'amènerai, d'ici six mois. Tu pourras alors juger de ses progrès en le testant.

- Et je ne vais pas me gêner !

Léllanya réfléchit un long moment.

- Pourquoi pas ? céda-t-elle enfin. A l'heure actuelle ce gringalet est plus un boulet qu'autre chose. Tâche d'en faire quelque chose, sinon…

- Oui ? questionna Khell, très inquiet.

- … sinon je t'ordonnerai de l'exécuter !

Sa capitaine partie pour une réunion avec les responsables de ses principaux systèmes de contrôle de la Janae, Khell était rapidement monté à l'étage de la demeure.

Sur la pointe des pieds, il était rentré dans la chambre d'un Alguérande dormant à poings fermés, sa silhouette bien trop frêle pour son âge soulevant à peine le drap, sa respiration sifflante après les heures dans la neige, le front brûlant.

S'asseyant, Khell ouvrit sa valisette de soins et avec le plus de douceur possible il posa un baume apaisant sur les ecchymoses multiples qui marquaient le corps du garçonnet.


N'étant pas du voyage, le second de la Janae était venu souhaiter un bon départ à sa capitaine, un petit épouvantail mal nourri et souffreteux dans les jambes.

Mais ce dernier s'était néanmoins jeté dans celles de sa mère !

- Tu seras fière de moi, maman !

- Je le serai le jour où tu tueras l'homme que je te désignerai. Maintenant, au vu de ta mollesse et de tes échecs, je préfère oublier que tu existes ! éructa Léllanya sans un regard pour lui, la tête déjà à son voyage de pillages.

- Je t'aime, maman ! insista Alguérande en tentant de se raccrocher à elle.

- Dégage, boulet ! aboya Léllanya en le repoussant violemment, le faisant chuter au sol.

Elle se tourna une dernière fois vers Khell.

- Tu connais notre marché, nous verrons ce qu'il en est dans six mois !

- Tu ne le reconnaîtras pas, assura le Pirate.

- Je t'aime, maman, gémit encore le garçonnet, tête baissée, les joues ruisselantes de larmes.

Passant près de lui, sa mère résista néanmoins à l'envie de le frapper d'un coup de pied vicieux dans le ventre et préféra embarquer.

« Pourquoi je fais soudain du sentimentalisme, moi ? ! ».

Khell souleva le corps le corps frêle et fragile d'Alguérande.

- Je te ramène à ma maison, Algie. Et j'ai une surprise pour toi !

Alguérande tint longuement et précieusement le petit être vivant qui venait de lui être mis entre les mains, confiant autant que lui l'aimait déjà !

- Oh, qui est-ce ?

- Baptise-le comme il te plaira.

- C'est si petit, si chaud, son cœur bat si vite.

La langue du chaton mouilla les doigts de la main qui le tenait tout entier.

- Tu es une fifille, tu seras Mia-Kun !

- Pourquoi ce nom ? sourit Khell.

- Je ne sais pas, ça m'est venu tout seul !

La sonnerie du four ayant retenti, Khell revint avec une assiette fumante.

- Mange, Algie, tu en as grand besoin ! Pourquoi ce regard absent, soudain ?

- Ma maman me manque…

- Mais, elle te… tant et tant de fois… depuis toujours… ! s'étrangla le second de la Janae.

- C'est ma maman, je n'ai qu'elle au monde ! Je l'aimerai toujours, et je ferai tout pour qu'elle m'aime. Je ferai tout ce qu'elle me demandera !

Mais son cœur s'effaçant devant les appels de son estomac, Alguérande se jeta sur le repas, dévorant à belles dents, puisant presque les pâtes des doigts pour les enfourner dans sa bouche.

- Mange doucement, pria Khell.

De fait, son repas à peine englouti, son estomac pas du tout habitué à tant de nourriture en une fois, Alguérande rendit tout.

- Ce n'est pas grave, fit Khell en lui essuyant la bouche. Je t'ai pour six mois et je vais tout faire pour que ce soient des mois de bonheur. C'est tout ce que je puis faire pour toi, petit garçon !