Mes rêves, cette nuit étaient agréables, si doux. Des rêves humains. Pas une goutte de sang.
Le jour commençais prendre la relève de la nuit. Peu à peu, mes rêves me fuyaient comme chaque matin, je m'éveillerais, ce n'était qu'une question de minutes. Mes pensées se tournèrent de plus en plus vers Yûki. Lorsque je serais réveillé j'irai dans sa chambre la réveillait à son tour, impossible qu'elle soit debout si tôt. Une sensation douce et tendre me parvint, étrange, on ne caressait les cheveux tout doucement. C'était Yûki, pour le coup, j'étais coiffé au poteau. J'ouvris mes yeux. En face de moi, Yûki m'offrit le plus des spectacles. Sou sourire.
-Bien dormi ?
-Oui.
Je me levai le forçant à lever la main de ma tête. Elle resta à genoux près de moi, les mains posés sur les miennes. Je m'étirai puis enlaça ma princesse avant de la soulever pour l'asseoir sur le lit. Elle me fit remarquer qu'elle aurait pu le faire elle-même mais aucune colère ne grondait en elle malgré son air réprobateur. Je lui souris avant de l'embrasser.
Les vacances étaient à peine commencées nous étions pour ainsi dire à ces périodes les deux seuls élèves de l'académie encore présents. Tous les autres, y compris les vampires, repartaient chez eux. Le parc était à nous seuls. Les jours d'été nous permettaient d'allonger nos promenades jusqu'au dernier rayon de soleil qui tardait à disparaître derrière l'horizon. Le parc était immense, nos parcours, chaque jour, étaient différents. Chaque soir, chaque jour, chaque minute... chaque seconde à tes côtés comptent et s'égrainent inlassablement, je ne peux pas faire marche arrière. Tout a été décidé contre moi, contre nous. Tout finira un jour, nous le savons, nous étions d'y penser. Sans Yûki, j'aurais dépéri au fond de ma chambre attendant impatiemment l'heure de ma mort. Sans elle, je ne serais pas encore vivant aujourd'hui. Valait-il mieux que je sois mort ou pas ? J'attends. Mais pas comme avant, pas comme après l'avoir mordu la première fois. J'attends de mourir, de sa main. Je la fais souffrir, je le sais. Je vais mourir. Je dois mourir. Yûki, tu m'as promis.
-Zero, ça va ?
-Oui, j'étais perdu dans mes pensées.
Tu me souris encore. Je ne veux pas oublier.
-Zero, dis-moi ce que tu penses.
J'hésite, dois-je dire un mentir, dois-je faire de la peine ?
-C'est important, t'inquiète pas.
-Mais Zero...
-C'est bon, ça va.
-Zero !! Tu pleures.
Quoi ?! Mes mains se portent à mes yeux. Deux longs filets d'eau salée roulent sur mes joues. Mes larmes ont resurgi d'un lointain passé de souvenirs tristes à moitié tombé dans l'oubli. Yûki, je te fais peur, tu ne m'as jamais vu pleuré. Elle me prend dans ses bras, me serre de toutes ses forces. Je sais Yûki, tu seras toujours mon alliée, toujours celle qui me suivra quoiqu'il arrive.
-Ca va aller, Yûki, c'est rien . Vraiment.
-Tu mens. C'est bien la première fois que tu pleures devant moi. Je te connais, tes larmes ne sont pas associées à des pensées futiles. Libère-toi Zero, à quoi pensais-tu ?
-...A la fin. A ma fin. Je t'ai confié une tâche trop pénible, trop dure.
-Je le ferais, Zero. Je te l'ai promis. Je ne veux pas qui tu souffres. Même si après, je...
-Yûki, non je t'en prie, ne te mets pas à pleurer, pas pour moi.
-Pourquoi pas pour toi ? Je t'aime et je me fous que tu sois un vampire. C'est toi que j'aime, toi et toi seul. Alors, ne me dis pas que je n'ai pas le droit de pleurer pour toi.
Nos larmes se mêlent dans un flot de tristesse, de haine envers nos faiblesses. Je dépose un baiser sur son front. Mes bras la plaquent contre mon torse qu'elle agrippe avec ses deux poings. Et nous pleurons ensemble. C'est notre testament. Je mourais, je le sais désormais, elle ne pourra pas vivre après. Elle mourra elle aussi. Mais je ne veux pas qu'elle meure, pas pour moi. Et une nouvelle promesse, promesse de vivre pour moi, c'est impossible, c'est une promesse trop dure à respecter.
-Yûki m'aimeras-tu jusqu'à la dernière seconde ?
-Et bien après, je t'aimerais pour toujours.
Mon cœur s'emballe, je me blottis un peu plus contre toi. La vie n'est pas si triste que l'on veut nous faire croire, la vie c'est aimer et être aimé en retour. Etre deux et vivre l'un pour l'autre.
