Note : Et voici le troisième chapitre qui vient clore cette petite histoire ! Mes excuses pour l'attente. J'espère que ça vous plaira :)
Chapitre 3 : La danse du roi
- Seigneur Shaman King, la fête est-elle à votre goût ?
Hao sourit à Magna qui avait été désigné à la courte paille pour venir lui poser la question. Derrière lui, Blon et Namari attendaient sa réponse.
- Ça va, consentit à leur répondre Hao.
Juché sur ses épaules, Opacho s'exclama qu'il aimait beaucoup la fête, surtout les boissons sucrées.
- Avez-vous…
Magna n'alla pas au bout de sa pensée, cherchant ses mots. Hao comprit très bien ce qu'il voulait lui demander mais n'avait pas l'intention de l'aider et continua simplement de lui sourire.
- Rencontrer les jeunes personnes susceptibles de vous convenir ? se reprit Magna en essayant de garder une voix ferme.
Le sourire de crocodile de Hao s'élargit.
- Oui et non. Finalement, je ne veux plus d'épouse, lâcha-t-il avec désinvolture.
Magna se décomposa sur place et ne trouva pas quoi répondre.
- Un mari dans ce cas, peut-être, proposa Blon en s'avançant.
Hao préféra l'ignorer et partir vers les grandes tables où les petits fours avaient commencé à faire leur apparition.
Il y croisa Jeanne qui, toute contrite, contemplait les plateaux sans se servir.
- Tu ne trouves pas ton bonheur ? lui demanda-t-il en attrapant une mini-pizza pour Opacho.
La jeune fille leva vers lui de grands yeux tristes.
- Il n'y a pas de sucré, fit-elle d'une petite voix.
Le roi se retint de se moquer d'elle.
Parcourant les tables du regard, il estima que les petits fours avaient eu du succès. Ils n'avaient fait leur apparition que depuis quelques minutes mais tous les plateaux étaient déjà presque vides et Namari croulait sous les félicitations.
- J'ai faim, se plaignit Anna, à laquelle Silva assura qu'ils avaient prévu bien d'autres choses.
- La deuxième tournée d'apéritifs est prévue pour dans 11 minutes et après vous aurez les mini-salades et les toasts dans 27 minutes. C'est qu'on a un timing très précis à respecter, avait-il expliqué.
Sur scène, Samy, Ozam et Yainage venaient de saluer.
- Et maintenant je vais vous demander de former un grand cercle pour dégager une piste de danse, demanda Radim dans son micro. Vous là, reculez ! Voilà. Les cornichons en orange on a dit de s'é-car-ter ! Ça vaut aussi pour vous les X-laws. Allez allez on fait un cercle, comme les petits ! Lip et Rap font ça mieux que vous et elles n'ont que 5 ans ! Voilà, comme ça… C'est pas trop naze.
Radim finit par être satisfait du cercle et cessa de crier sur les étourdis qui passaient au milieu.
- Mesdames et messieurs, reprit-il d'un air important, je vous demande des applaudissements pour la danse du roi !
Hao tiqua alors que tout le monde se mettait à applaudir en le regardant. C'était pour lui la « danse du roi » ?
Il n'avait pas du tout envie de danser. Alors que tous les regards étaient fixés sur lui, il envisagea de disparaître, de se téléporter ailleurs, dans les cuisines où il pourrait voler parmi les plats par exemple. Si entre autres il prenait des sucreries pour Jeanne, il pourrait même faire croire que ça partait d'un bon sentiment.
Ou alors il pouvait simplement ignorer la foule et rester où il était.
- Seigneur Hao va danser ? demanda Opacho qui semblait avoir plus ou moins compris ce qu'il se passait. Opacho veut aller avec Turbein pour voir.
Obligeant, ledit Turbein s'avança pour prendre Opacho sur ses épaules. Il était le seul que l'enfant envisageait parfois comme perchoir alternatif à Hao.
Pour ne pas décevoir Opacho – et parce que les Paches avaient fait beaucoup d'efforts – Hao accepta de se prêter au jeu et s'avança avec un léger soupir. Celui-ci fut cependant très vite remplacé par un sourire diabolique et il se dirigea droit vers Yoh.
- Tu voulais me voir danser, non ? le défia-t-il du regard en lui tendant la main.
Totalement pris au dépourvu, Yoh eut un petit rire gêné tandis que Manta à côté de lui s'étouffait dans son smoothie vert fluo. Anna le foudroya des yeux mais Hao lui fit un clin d'œil avant de détailler son jumeau.
- Ok, fit Yoh en le suivant au milieu de la piste sous les vivats de la foule.
Hao attrapa les deux mains de son frère dans les siennes, puis éclata de rire en le voyant rougir. Yoh l'imita et tous deux se mirent à tourner plus ou moins en balançant les bras et plus ou moins sur la musique. Musique langoureuse totalement décalée avec leur style de danse qui avait été sélectionnée avec soin par Rutherfor.
- Je crois que j'aime bien, lâcha Yoh dans un chuchotement.
Il eut soudain l'air de se souvenir de quelque chose.
- Ce bal, c'était pas pour te trouver une amoureuse à la base ? demanda-t-il.
Hao lui renvoya un regard pétillant de malice.
- Bien sûr que si, répondit-il paresseusement avec un demi-sourire.
Cette fois-ci cependant, Yoh ne s'y laissa pas prendre.
- Je ne peux pas t'épouser, tu sais ? C'est pas que je serai pas d'accord, mais Anna me tuerait.
Cela fit rire Hao.
Leur danse prit bientôt fin et la foule les applaudit bruyamment alors qu'ils se séparaient. La musique changea pour quelque chose de plus rock'n roll et Mikihisa et Keiko prirent possession de la piste, suivis par Meene et Denbat.
…
Alors que Yoh rejoignait Anna et Manta, Hao aperçut Macchi et Mari venir vers lui, précédées par Opacho.
- Vous avez été très bien, sur scène, les salua-t-il.
Les filles rougirent de plaisir.
- C'est vrai, vous avez aimé ? demanda confirmation Macchi en se dandinant.
- Ça fait plaisir à Mari, commenta sa cadette.
- Kanna n'est pas avec vous ? s'étonna Hao.
- Non, elle est avec le grand blond des X-laws, lui apprit Macchi. Ils ont eu une discussion sur le rock et elle l'a plus au moins mis au défi de lui apprendre. Ou il s'est mis au défi tout seul. Bref ils sont là-bas.
Elle pointa une direction du doigt où, en effet, au bord de la piste de danse sur laquelle s'était produit Hao quelques instants plus tôt, Kanna marchait consciencieusement sur les pieds de Marco.
- Hey, si elle veut pas danser insistez pas ! s'agaça brusquement Macchi.
Hao avisa alors la petite fille qui les avait suivies, Mari et elle, et qui, toute timide, faisait « non » de la tête mais semblait ne pas réussir se débarrasser d'Anahol et Anatel.
Ce dernier renvoya un regard venimeux à Macchi mais s'éloigna. Son frère s'excusa avec de grands gestes des bras avant de le suivre.
- Mais on peut avoir un autographe ou pas ? entendirent-ils distinctement Khafre demander alors que les deux frères le tiraient derrière eux.
Piou Piou inclina bien bas la tête devant Macchi alors que cette dernière poussait un profond soupir.
- Ils ont tous aimé tes chansons, tu sais ? Tu vas être embêtée toute la soirée si tu dis pas « non ». C'est ça qu'on aurait dû réviser plutôt que le maquillage. T'en as pas besoin derrière ton masque.
Hao essaya de sonder la chanteuse mais il put juste apercevoir les longs cils embellis au mascara avant qu'elle ne détourne la tête. Les cheveux blonds vinrent recouvrir le masque noir et ne resta de visible que son menton et sa bouche, aux lèvres noires plus fines que la majeure partie de celles des dames présentes.
Piou Piou se balançait doucement d'un pied sur l'autre, restant dans l'ombre de Mari et Macchi, les yeux fixés par terre.
- Piou avait dit qu'elle ne ferait pas sa timide, lui reprocha Mari. Elle avait dit que puisqu'elle avait le masque, elle pouvait être qui elle voulait.
La chanteuse se mordit la lèvre.
- Mari a raison, appuya Macchi. Tu devrais danser ! Bon, pas avec un de ces abrutis, mais on va te trouver un cavalier. Ok ?
Hao crut qu'elle allait fondre en pleurs, mais au lieu de cela Piou Piou redressa les épaules, hocha la tête et, l'air assuré, suivit Macchi qui la guida à la recherche d'un « type bien ».
- Où avez-vous trouvé la perruque ? demanda Hao sur le ton de la conversation à Mari.
- Rutherfor, répondit la jeune fille. Elle a plein d'accessoires. Pour se déguiser, se cacher. Elle a aussi trouvé le masque. Et la teinture, ajouta-t-elle en désignant ses propres cheveux rougeoyants. Rutherfor a dit que ça n'abîmait pas les cheveux alors Mari a accepté d'en mettre.
Hao acquiesça lentement de la tête.
- Mari va les rejoindre, salua-t-elle son Seigneur avant de prendre congé.
Opacho tira sur le poncho de Hao et le roi, avec un sourire doux, prit l'enfant dans ses bras et le cala de nouveau sur ses épaules où, tout sourire, Opacho lui indiqua comment rejoindre le buffet où venaient d'être servies les entrées.
…
Assis à une table avec une assiette de charcuterie, Hao piochait négligemment sa nourriture tandis qu'Opacho aspirait sa soupe aux légumes et que Peyote et Kanna se disputaient la bouteille d'alcool.
- Tu me la laisses où tout le monde saura que tu es amoureuse du grand blond, joua sa carte de la dernière chance Peyote.
- De quoi ? réagit violemment Kanna en enfonçant un couteau dans la table.
Le mexicain ne se laissa pas démonter et sauta debout sur sa chaise.
- Kanna en pince pour le blond des X ! Kanna en pince pour le blond des X !
Et tout en continuant de crier, il sauta sur la table de leurs voisins, lesquels poussèrent des vociférations furieuses avant de s'écarter précipitamment quand une Kanna enragée grimpa sur leur table, couteau en main. Allant ainsi de table en table, le duo s'éloigna, laissant un calme tout relatif derrière eux alors que Bill finissait sa troisième chope de bière et que Blocken se plaignait des grillades.
- Celles de Miki sont meilleures, ronchonnait-il en mastiquant.
- Hey !
Hao sauva son assiette en se reculant vivement comme Horo-Horo débarquait à leur table en donnant un grand coup de poing qui renversa son verre de jus d'ananas sur Yamada.
- Je l'ai ! Pari tenu ! Alors, qui c'est qui était pas cap' ! fanfaronna-t-il.
- Fais voir, exigea Bill d'une voix bourrue.
- Pour me le faire piquer ? Pas question !
- Qu'est-ce que tu as ? demanda Yamada, dépité, en épongeant la table avec les serviettes.
- Un autographe de Piou Piou ! s'exclama-t-il en brandissant un petit bout de papier devant leurs nez.
- Piou Piou ne signe pas d'autographe, rétorqua Boris d'une voix tranchante.
- La preuve que si ! rétorqua Horo-Horo. Pari tenu, Bill. Tu me dois une bière !
Le rugbyman grogna mais recommanda deux chopes à Tarim.
- Macchi a dit qu'elle ne signait pas d'autographe, maintint Boris, contrarié.
- Ben, moi, j'en ai un, le nargua Horo-Horo.
Boris le foudroya du regard, fit la moue, puis se leva dignement, stylo en main, pour se mettre en quête de la chanteuse.
- Et alors ? demanda Bill.
- Alors quoi ? répliqua Horo-Horo sur la défensive.
- C'est qui ?
Le shaman de glace cligna des yeux.
- J'en sais rien.
- T'as eu un autographe mais t'en sais rien ? s'étonna Yamada.
- Hey le but c'était d'avoir une signature, pas de deviner…
- Bien sûr que le but c'était de deviner ! le coupa Blocken.
A peine assis, Horo-Horo se releva, prêt à en découdre, mais Bill le rassit de force et lui planta une bière sous le nez.
- Bois, ordonna-t-il.
Après un regard furieux à Blocken, Horo-Horo obtempéra.
Estimant que la situation s'était calmée, Hao reposa son assiette sur la table.
Macchi débarqua à peine quelques secondes plus tard.
- Vous avez pas vu Kanna ?
- La dernière fois, elle courait après Peyote avec l'intention manifeste de l'égorger, lui répondit Yamada d'une voix plate.
- Elle abuse ! C'est à nous dans moins de dix minutes ! râla Macchi avant de disparaître aussi vite qu'elle était arrivée.
- Ça danse toujours, sur la piste ? se renseigna Hao.
Horo-Horo ricana à moitié.
- Pas aussi bien que Yoh et toi, mais ça danse.
Il fronça ensuite les sourcils.
- Y en a plein qui ont essayé de danser avec Piou Piou. Mais fallait passer le contrôle Mari-Macchi.
- Et alors, tu l'as passé ? se moqua grassement Zenchin.
Horo-Horo se mit sur la défensive.
- J'ai passé le test Macchi.
Zenchin, Blocken, Yamada et Bill rigolèrent.
- Qu'est-ce qui ne convenait pas à Mari ? demanda Yamada.
- Elle avait peur que je sois pas assez délicat, avoua Horo-Horo à contrecœur.
Zenchin pouffa mais Bill donna une grande tape dans le dos du garçon.
- T'as qu'à lui demander de t'apprendre.
- M'apprendre ?
- À être délicat. Mari t'apprendra.
…
Les Hanagumi refirent une apparition sur scène avant le fromage – les Paches avaient vu les choses en grand, ils avaient prévu du fromage, ce que Yamada avait totalement approuvé.
Alors qu'elles se déchaînaient sur scène, Horo-Horo profita qu'il n'y ait plus le contrôle de sécurité Macchi-Mari pour inviter Piou Piou à danser, juste après que Ryu ait eu le droit à la première danse de la jeune fille. Il en sortit tellement étourdi qu'il fallut que sa sœur lui administre un grand coup sur la tête pour qu'il se réveille, mais ça ne suffit pas à chasser la rougeur de ses joues.
Un des camarades de Chocolove aussi, avait eu le droit à une danse, ainsi que Pascal Avaf que beaucoup avaient qualifié de « tricheur ».
- Et toi Boris, tu ne lui demandes pas une danse ? taquina Zenchin alors que les filles quittaient la scène.
- On peut aimer la musique sans aimer l'interprète, répondit-il.
- Tu ne l'aimes pas ? rebondit son camarade.
- Pas dans le sens avec lequel il te plairait de me piéger, répliqua Boris du tac-au-tac.
- Moi, je vais aller lui demander une danse, décida Yamada.
- Trop vieux pour elle, lâcha Peyote, qui était revenu s'asseoir avec eux quand Kanna était montée sur scène.
On ne sut pas si Yamada aurait effectivement été jugé trop vieux car il revint bredouille de sa quête, et pour cause, la chanteuse était retournée en coulisses.
- Elle a la chanson juste après, leur apprit-il en essayant de couvrir le rap des T-Production.
…
La nuit était tombée désormais, mais tous les lampions avaient été allumés et le lieu était toujours à la fête. Le dessert venait d'être servi et Hao avait aperçu Jeanne passer, toute heureuse, suivie par Ren dont les bras débordaient des cookies, muffins, glaces et gâteaux qu'avaient choisi la jeune fille.
Opacho s'était endormi sur sa chaise et Hao avait ôté son poncho pour l'en envelopper.
- Pas de dessert ? le questionna Turbein en le voyant se lever.
Il fit « non » de la tête – n'ayant plus faim – et s'éloigna pour rejoindre la piste de danse. Il était curieux de voir les filles danser. Macchi avait décidé qu'elle allait se chercher un cavalier pour elle-même de longues minutes auparavant et n'était pas réapparue.
Il l'aperçut tournoyer au bras de Lyserg et sourit intérieurement. L'anglais allait en voir de toutes les couleurs.
Près d'eux, Piou Piou dansait avec Nichrom.
C'était un spectacle étonnant. La chanteuse lui avait paru toute timide, fragile, mais sur la piste elle rayonnait. Ses pas n'étaient pas parfaits mais elle s'en moquait et relevait la tête avec fierté sans marquer une note de musique à côté, alors que Nichrom était un peu en retard.
- Tu l'as manquée tout à l'heure mais elle danse très très bien le rock, fit une voix à côté de lui.
Hao jeta un regard en coin à son jumeau.
- C'est Mikihisa qui lui a appris, continua-t-il tranquillement.
Puis, brusquement, comme s'il se rendait compte qu'il avait dit une bêtise, il fronça des sourcils.
- Tu avais déjà deviné, n'est-ce pas ? demanda-t-il pour se rassurer.
- Hm…
Hao ne répondit pas vraiment.
- Je croyais qu'elle était timide, finit-il par lâcher.
- Ah oui, on la dirait transformée, rit Yoh en passant un bras derrière sa tête. En tout cas je sais pas comment elle fait, elle enchaîne depuis le début de la soirée. Moi Anna m'a fait danser deux fois et j'ai les pieds en compote.
Hao haussa un sourcil et son frère s'excusa d'un rire de son manque d'endurance en danse.
- Tu crois qu'elle danserait avec moi ? demanda-t-il soudain.
Yoh cessa de rire.
- Pourquoi pas ? finit-il par lâcher. Demande-lui, tu verras bien.
Hao lui lança un regard par en-dessous mais Yoh souriait juste niaisement.
Comme la musique allait sur sa fin, le roi s'avança et, l'apercevant, les autres prétendants s'écartèrent timidement.
Piou Piou ne le remarqua qu'au dernier moment et il était déjà à côté d'elle lorsqu'elle se tourna dans sa direction.
Il lui tendit une main, sans rien dire, essayant de capter son regard derrière le masque. Éclat rose. Détermination.
La petite main blanche vint se glisser dans la sienne mais la chanteuse convoitée gardait la tête haute.
Hao lui sourit et posa la main gauche sur sa taille. Sans se démonter, Piou Piou porta sa main droite sur son épaule. Cligna des yeux. Secoua la tête pour ne pas se laisser intimider. Il fallait dire qu'il avait laissé son poncho à Opacho.
Que la musique suivante soit un slow, Hao était persuadé que ce n'était pas un hasard. Il esquissa les pas d'une valse et la jeune femme le suivit. Petits ronds d'abord. Yeux qui se cherchent. Rythme qui se cale. Défiance. Bras tendu sur son épaule. Doigts emmêlés et crispés.
Une accélération dans la musique. Douce. Juste due à la voix d'un chœur venu se rajouter à la mélodie instrumentale. Hao élargit les cercles et sa partenaire suit. La tête toujours levée. Le regard toujours assuré. Le roi se dit qu'elle lui plaît.
Des cercles toujours plus grands. La main serrée sur sa taille. Les doigts ancrés sur son épaule. Les pieds qui vont vite, plus vite. Il le faut pour suivre la musique. Sans trébucher, sans se cogner.
Un ralentissement. Presqu'inattendu tant ils sont pris dans leur ronde.
Hao lâche sa taille, lève le bras droit, la fait tourner, s'éloigner, revenir. La rattrape comme si elle lui a manqué, les brèves secondes où elle est partie. Yeux qui se défient toujours mais souffles qui s'accélèrent. Sa bouche légèrement entrouverte. Comme dessinée au pinceau sur sa peau pâle.
« Les lèvres d'une japonaise », pense Hao. Il aurait dû deviner plus tôt.
Valse qui reprend. Avec plus de douceur, plus de tendresse. De la complicité aussi, peut-être.
Musique qui ralentit et corps qui se rapprochent. Parfum enivrant et sucré.
L'envie de l'embrasser.
Brutalement des applaudissements. Partout autour, bruyants, ponctués de sifflements.
Hao s'écarta tandis qu'elle se reprenait, un peu confuse, la lèvre tremblante. Ainsi il avait réussi à la perturber.
Dissimulant un sourire, il porta la main qu'il tenait toujours à ses lèvres sans la lâcher des yeux. Derrière son masque il la devinait rougir et les magnifiques yeux roses cillèrent. Elle était à lui, pensa-t-il sans réaliser que lui-même était tout à elle.
- Un verre ? proposa-t-il en s'éloignant de la piste sans la lâcher.
L'idée qu'un autre l'entraînât aussitôt de nouveau sur la piste le répugnait.
Elle acquiesça de la tête, attrapa avec soulagement le verre d'eau que Tarim lui servit, le porta à ses lèvres, traça des marques noires sur le rebord du gobelet en carton. Le carton se recyclait, pas le plastique.
Hao la salua de la tête et prit congé. Il avait aperçu Yoh du coin de l'œil venir vers eux il savait qu'il ne la laissait pas seule au milieu d'une foule hostile.
- Toujours pas de dessert ? demanda Yamada en le voyant revenir.
Le roi sourit et retint les mots qu'il avait sur les lèvres. Il venait de l'avoir, son dessert.
…
- Il n'a pas pris d'épouse, donc tu as perdu, martelait Magna, très mauvais perdant refusant d'en démordre.
Karim soupira.
- Arrête Magna, tu sais très bien ce qu'il en est. Admets que Namari a gagné, ça ira plus vite.
- Mais il n'a pas gagné !
- Si, il a gagné, intervint Silva d'une voix dure.
Et pourtant, il faisait partie de ceux qui sont le moins enchantés par cette victoire.
- Si Magna préfère qu'on attende encore six mois pour voir ce qu'il en est, on peut attendre, ce n'est pas un problème, persiffla Namari, moqueur.
Voir Magna s'arracher les cheveux pendant encore six mois, un an, voire plus, cela lui convenait très bien. Il ne doutait pas de sa victoire. Écrasante.
- Il voulait une épouse, se buta Magna.
- Il voulait des candidates pouvant devenir sa première dame, le reprit doucement Tarim.
- Ou premier…
Mais Blon ne trouvait pas quel mot rajouter derrière pour finir sa déclaration. Premier sieur ? Premier damoiseau ? Premier homme ?
- Il a choisi, maintenant il faut juste qu'elle le choisisse aussi, poursuivit Chrom.
- Ce qui est très bien, se réjouît Renim. Parce que pendant qu'il lui fait la cour, il ne pense pas à nous demander des trucs bizarres. Genre lui ramener des fraises. Ou jouer des pièces de théâtre.
Blon et Tarim frissonnèrent à ces mentions.
- Il lui plaît aussi, elle va finir par le devenir, son épouse, reprit Radim avec tout le tact dont il était capable.
- Abandonne maintenant, ce sera moins douloureux, déclara Karim.
Le visage de Magna se tordait en d'affreuses grimaces.
Sous cape, Nichrom ricana, ce qui lui valut un coup de coude de Rutherfor dans les côtes.
Magna et Namari se défièrent du regard, le sourire du vainqueur s'élargissant.
- Raaah ! Ok, t'as gagné ! craqua Magna.
- Enfin, il l'admet, soupira Renim en levant les yeux au ciel.
- Hm…
- Ah, Seigneur Goldova ! s'exclama Silva en se mettant aussitôt au garde-à-vous, imité par tous les autres Paches.
L'air sombre, Goldova laissa planer le silence un moment avant de parler.
- Le Seigneur Shaman King nous demande d'aller lui chercher…
Les Paches se tendirent, espérant que ce ne serait pas quelque chose de trop compliqué. Goldova pour sa part s'empara de sa liste.
- Les plus belles fleurs sur Terre, rares et jolies, à condition qu'elles ne soient pas sauvages ou en voie de disparition afin de ne pas perturber le cycle naturel de la nature. Des fraises, des framboises et des mûres. Un kimono avec des poissons couleur capucine. Attention : pas carotte, pas rose, pas parme. Capucine. De qualité. Beau. Pour la taille nous n'avons qu'à deviner. Du safran. De la vanille de Madagascar. Une boîte à épices en acajou finement ciselée. Un vase en cristal. Du linge de maison. Dont une nappe jolie mais suffisamment grande pour faire des pique-niques, et donc pas trop fragile.
Ayant fini d'énumérer les divers éléments qui composaient sa liste, Goldova releva la tête vers ses troupes dépitées.
- C'est pour offrir, ajouta-t-il inutilement.
Dire qu'ils avaient cru qu'ils auraient la paix.
