-Euuuh...
-Nan ! Cette fille est un vrai boulet ! Lançe Castiel, amer.
-Hé !
-Voyons voyons, un peu de calme s'il vous plait.
Lysandre est-il toujours aussi calme ? Cela en devient presque agaçant... J'aurais préféré qu'il prenne mon parti. Je demande, curieuse :
-Et vous ? Vous vous connaissez ?
-D'puis la maternelle ! Réplique le rebelle comme si c'était évident.
Cette fois, mes nerfs cèdent.
-Ok. Toi ! Arrête de me parler comme ça, okey ? Je t'ai rien fait que je sache, on se connaît depuis deux jours et tu me détestes, pour une raison qui m'échappe, qui plus est. Alors stop.
-Ohlaaaa, la petite fille s'énerve, j'ai peur !
-Tu sais quoi ? J'ai même pas envie de discuter avec toi. Au revoir, Lysandre !
-Au revoir Elween.
Je me retourne et marche d'un pas brusque en rouspétant. Je n'arrive pas à comprendre son attitude envers moi, et ça me rend folle. J'ai bien vu la première fois qu'il n'est pas facile de nouer des liens avec lui, mais de la à ce qu'il devienne...mon ennemi ? Je ne peux pas l'imaginer.
Le cour de technologie fini, je suis toujours de mauvaise humeur.
-Bien, pour finir, je vais vous présenter votre prochain devoir. Vous allez faire des exposés sur les énergies renouvelables, par groupe de deux. J'ai déjà fait les groupes, pour éviter à un certain groupe de turbulents d'être ensembles, et de même pour un certain groupe de pipelettes.
Les garçons soupirent et les filles s'indignent, mais le professeur commence à énumérer plusieurs binômes sans leur prêter la moindre attention ; il est certainement préparé et même habitué a ce genre de réactions.
-ElweenMara et...
Je ne crains rien. Tout ira parfaitement bien, tant que je ne me retrouve pas avec...
-Castiel.
Je me tourne vers l'intéressé pour le foudroyer du regard. Il ne daigne même pas se tourner vers moi, et m'ignore royalement. Je me demande vaguement s'il s'en rend compte, ou s'il n'a simplement pas entendu. Lorsque je vois son petit sourire en coin, la réponse me parait évidente. C'est la première fois que je le vois sourire. Hypnotisant.
En sortant, je décide de me débarrasser de ma corvée tout de suite.
-Hé ! Castiel ?
-Qu'est ce que tu me veux encore ?
Je me forçe à rester calme.
-Pour l'exposé...
-Je m'en fous ! Si tu veux avoir une bonne note, t'as qu'à le faire toute seule. Pour moi zéro ou vingt, c'est la même chose.
-Castiel !
C'est Madame Mikran, notre professeur principale.
-Oui ?
Notre professeur de français est la seule et unique personne qui parvient à rendre Castiel poli et à l'écoute. Dans son cours, il fait son possible pour ne pas s'endormir, et copie même les leçons.
-Tu te souviens de Smeezingtons ? Je sais que ça te parait bête, mais je ne peux avoir une chance de te faire écouter si tu n'as pas une moyenne convenable. Il faut faire bonne mesure pour entrer dans ce milieu, tu comprends ?
-Oui. Mais c'est quoi convenable, pour vous ?
-Douze, Castiel. Je ne t'en demande pas plus.
-V... vous voulez que je passe de sept à douze en un mois ? C'est impossible !
-Regarde ElweenMara. Vous avez un projet commun, non ? Commence par ça.
Castiel soupire.
-D'accord. Merci madame.
Madame Mikran s'éloigna. Je souffle, réprimant un sourire mi moqueur, mi satisfait :
-Je crois que tu vas être obligé de faire un effort !
Encore un soupir.
-Bon, ce soir, ça te va ?
-Ce soir ?
Même moi, je ne m'y met pas si rapidement pour faire mes exposés. Il doit vraiment être motivé.
-Y'a un problème ?
-Euuh... J'avais prévu autre chose. Demain plutôt ? C'est samedi. Et chez moi.
-Ouais Ok. De toute façon, j'allais certainement pas t'inviter chez moi, miss.
Je m'exaspère :
-Miss...
Il est déjà parti. Je vais de mon côté, et tombe sur le panneau d'affichage du collège. Je reconnais le papier que m'a donné madame Abemy, au sujet des clubs. Un club de musique est disponible, et je décide que finalement, ce serait peut être une bonne chose de m'exercer, autre part que cloîtrée chez moi. Le club est ouvert toute la journée, je vais donc dans la salle 107 pour m'inscrire.
La salle est blanche et noir, si bien qu'on aurait pu penser être dans un vieux film. De grandes fenêtres sont recouvertes de simples voilages, laissant la lumière entrer doucement. L'endroit est vide, ce que me parait à la fois étrange et apaisant.
Mon œil est immédiatement attiré par un magnifique piano à queue noir, au centre exact de la pièce. Je m'assis et, sans réfléchir, me met à jouer. Les notes sont douces, la mélodie remplit l'air de la pièce. Je me sens si bien...
-Sais-tu que les cours ont commencé ? Demande une voix douce et posée, avec un soupçon d'amusement.
Je sursaute et me retourne brusquement, produisant au passage un son affreux sur le piano, brisant la quiétude que j'y avais installée.
-Lysandre ! Euh... J'ai complètement oublié le temps à vrai dire. Mais, et toi, qu'est ce que tu fais là ?
-Mmh, la permanence est bien trop bruyante, et les couloirs tellement calmes... J'ai rapidement fait mon choix, vois-tu. Et puis, j'étais surpris d'entendre de la musique, alors je suis venu.
-Ah...mais en quoi est ce surprenant d'entendre de la musique provenant d'un club de musique ?
-C'est surprenant lorsqu'on sait que ce club est absolument désert, et que cela fait depuis le début de l'année que personne n'y est venu.
-... Vraiment ?
-Vraiment. Alors comme ça tu joues du piano ?
-Euh... on dirait bien, dis-je, gênée. Toi aussi ?
-Oui, mais je préfère chanter.
-Moi aussi !
-Ah bon ? Aller, fais moi une petite démonstration.
Je rougis. Impossible, je ne peux pas chanter devant lui. Personne ne m'a jamais entendu chanter.
-Vraiment, j'insiste, déclare t-il de sa voix enivrante, douce comme du velours. Je ne me moquerais pas, ajoute t-il.
-Oh non, tout mais pas ça. Je veux bien chanter, mais alors fais moi une critique honnête s'il te plaît.
-D'accord.
Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté, mais je commence à chanter, accompagnée du piano. J'oublie même que j'ai un public.
-Très joli, me dit mon critique personnel à la fin de ma représentation. Tu as une très jolie voix, et tu l'utilises à merveille. Tu prends des cours ?
Je me tais un instant, pour savourer ce compliment.
-Merci, finis-je par dire simplement. Non, je ne prend pas de cours !
-Encore plus incroyable. Tu as véritablement un don, j'espère que tu le sais.
-Ah ? Pourquoi, je m'adresse à un professionnel ?
Je tente cette phrase pour détendre l'atmosphère trop sérieuse et solennelle à mon goût.
-Mon père est producteur, il m'a appris à reconnaître le talent quand je le croise.
-Oh... merci, ça me touche vraiment.
-Mais de rien.
-Mais tu n'as jamais pensé à te lancer dans la chanson, je veux dire devenir professionnel ? Avec ton père, ce serait simple.
Je ne l'ai jamais entendu chanter, mais ça voix est déjà tellement envoûtante lorsqu'il parle que je ne doute pas un seul instant de son propre talent.
-Non, je ne veux pas devenir célèbre grâce à mon père. Et lui non plus. Pour l'instant, je suis le chanteur d'un groupe, mais c'est à des fins purement personnelles. Dis, justement, on recherche une voix. J'aimerais prendre la place du pianiste, et il faut quelqu'un pour me remplacer.
-Tu veux dire que...
-J'aimerais que tu fasses partie de mon groupe, Elween. Tu serais parfaite, je le sens.
