Chapitre 3: Imperium

L'hiver arriva rapidement et apporta avec lui, les vacances de Noël. Comme à l'accoutumé, la famille de Ron avait accueilli Harry chaleureusement. Hermione était rentrée chez elle et une fois de plus, ses parents avaient préféré s'éloigner pour passer les fêtes, craignant pour sa sécurité. Bien heureusement pour leur santé mentale, ils n'avaient pas connaissance des activités clandestines de leur fille. Mais ils se procuraient la Gazette du Sorcier et étaient donc au fait que de dangereux criminels s'étaient évadés d'Azkaban pour rejoindre le Seigneur des Ténèbres. Ils estimaient qu'en tant que sorcière, leur fille pouvait être en danger. A la fin des vacances, Hermione rejoignit ses amis au quartier général de l'Ordre du Phénix où les derniers membres s'étaient réunis pour organiser leurs actions. Les trois amis, jugés trop jeunes, ne se voyaient toujours pas permis d'assister à leurs discussions et cela malgré leurs protestations.

Au moment de repartir pour Poudlard, Hermione trouva Harry contemplant l'arbre généalogique de la famille Black, nostalgique. Elle s'avança vers lui et posa sa main sur son bras.

- Il m'avait promis qu'on vivrait ensemble comme une vraie famille. Ça fait exactement un an. On...on était juste ici..., confia Harry. Il leva vers elle ses yeux emplis de désespoir.

- C'est nous ta famille, Harry, prononça fermement Hermione, fixant son regard intense dans le sien.

Puis elle le serra dans ses bras comme pour souligner ses mots. Il lui rendit son étreinte, enfouissant son visage dans les cheveux de son amie, avant qu'elle ne puisse y percevoir les larmes qui menaçaient de tomber.

Ron avait assisté à la scène depuis le pas de la porte. Malgrè la compassion qu'il éprouvait pour Harry, il ne pouvait réfréner une pointe de jalousie. Non, Hermione n'avait pas ce type de comportement avec lui. Elle ne se montrait jamais tendre avec lui et ne l'avait jamais pris dans ses bras comme elle le faisait si souvent avec Harry, lorsqu'elle était inquiète pour lui ou contente de le voir. La confusion envahit ses pensées. Peut-être Hermione n'était-elle jamais inquiète pour lui ni contente de le voir? Peut-être le tolérait-elle simplement parce qu'il était l'ami de Harry? Non, ça ne pouvait pas être ça. Ils rigolaient bien ensemble malgré leurs chamailleries. Et puis toute cette histoire qu'elle lui avait fait à la rentrée parce qu'il ne lui avait pas donné de ses nouvelles. Hermione l'aimait bien, elle était son amie. Mais elle était plus proche de Harry. Ce qui contrariait Ron, c'est qu'il ne savait pas à quel point ces deux-là étaient proches. Après tout, le bulgare musclé qui avait fait craquer Hermione en quatrième année était repartit à l'autre bout du monde et, d'après ce qu'il en savait, leur histoire avait pris fin avec la distance. Quant à Harry, la trahison de Cho, bien qu'intentionnelle, l'avait refroidi. Ces deux amis étaient libres et ils avaient peut-être dépassé le stade de l'amitié. Peut-être même n'en étaient-ils pas encore conscients.

*

Depuis ce jour, Ron se montrait inhabituellement laconique dès lors qu'ils étaient tous les trois ensemble. Il observait en silence les échanges entre ses deux amis. Leur familiarité évidente le rendait malade.

- Ça ne va pas, Ron?, s'enquit Hermione, le sortant de ses pensées.

- Hein? Euh, si pourquoi? répondit ce dernier, surpris.

- Et bien, tu n'as pratiquement pas touché à ton assiette et tu n'as pas dit un mot depuis que l'on est à table, remarqua Hermione, les sourcils froncés.

Harry, assis à côté d'elle face à Ron, approuva d'un hochement de tête.

- Oh! C'est que je ne me sens pas très bien..., prétexta-t-il.

- Attends, ça fait un petit moment que t'es bizarre. Qu'est-ce qu'il se passe? insista-t-telle.

Qu'est-ce qu'il se passait? Ron ne savait pas ce qui lui arrivait. Il était constamment déprimé ou énervé.

- Je...je suis un peu préoccupé dernièrement, confessa-t-il.

- Préoccupé? Qu'est-ce qui peut bien te préoccuper plus que la nourriture? ironisa Hermione.

- Mais rien, voyons, soupira-t-il, blessé, avant de se lever de table.

Hermione le regarda quitter la grande salle avec stupéfaction, puis se tourna vers Harry, les sourcils levés, interrogateurs. Celui-ci lui adressa un regard plein de reproches.

- Quoi? demanda-t-elle, déconcertée.

- Tu y as été un peu fort, là, réprimanda Harry.

- Harry, c'est Ron! énonça-t-elle sarcastiquement comme s'il venait de dire la plus grosse absurdité de sa vie. S'apercevant que l'évidence ne le frappait pas, elle expliqua: « C'est un petit jeu entre nous, tu sais bien. On se lance quelques vannes. Ça n'a rien de méchant. »

L'air dubitatif qu'il arbora ne fit qu'accentuer sa confusion.

*

Après le dîner, Harry et Hermione se rendirent à la tour de Gryffondor, pensant y retrouver leur ami. Au détour d'un couloir, ils surprirent les paroles de Malfoy qui s'adressait à ses accolytes:

- Dans l'état où il est, il n'est pas prêt de la ramener! C'est moi qui vous le dit.

En apercevant Harry, Malfoy s'interrompit et un sourire narquois se dessina sur son visage. Ils échangèrent un regard inquiet. Etaient-ils en train de parler de Ron? Leur suspicion se changea en certitude quand ils ne le virent pas dans la salle commune.

- Il n'est pas dans le dortoir non plus, informa Harry, après avoir vérifié.

- Et personne ne l'a vu, ajouta Hermione qui venait de questionner ses camarades. Ce n'est pas normal. Où peut-il bien être à cette heure-ci? Harry l'attrapa par la manche de sa robe.

- Viens! On va le chercher!

- Et par où on commence? questionna Hermione, devant l'immensité du château qui s'étalait sous ses yeux.

- Le rez-de-chaussé! » ordonna-t-il, tout en dévalant les escaliers. Toi, vas voir par là! Retournes à la grande salle et vérifie l'infirmerie! Je prends ce côté et je vais jeter un oeil dans les toilettes. On se retrouve ici.

Hermione acquiesça d'un hochement de tête et chacun partit de son coté en courant. D'ordinaire, ils n'auraient peut-être pas manifesté autant d'inquiètude. Mais par les temps qui couraient, ils préféraient avoir un oeil les uns sur les autres. Et le fait que l'un des membres clefs de leur groupe manquât à l'appel, ne leur inspirait rien qui vaille. Poudlard abritait un mangemort en devenir qui n'attendait que l'heure de sa vengeance.

*

Quinze minutes plus tard, Harry et Hermione se retrouvèrent au pied des escaliers, essoufflés.

- Rien de mon côté, annonça Harry.

- Du mien non plus.

- Chez Hagrid!

Malgrè l'heure tardive et l'interdiction de quitter l'enceinte du château après le couvre-feu, nos deux amis s'élancèrent à travers la plaine, en direction de la cabane d'Hagrid. Lorsqu'ils y parvinrent, ils étaient à bout de souffle. Ils frappèrent énergiquement à la porte, plein d'espoir.

- Harry? Hermione? s'exclama leur vieil ami, en ouvrant la porte, visiblement surpris de leur visite. Vous ne devriez pas être dehors à une heure pareil! leur rappela-t-il.

- Bonsoir Hagrid. C'est juste qu'on se demandait... , commença Harry. Il fut coupé par Hermione qui venait d'apercevoir Ron au fond de la pièce. Leur ami avait le visage meurtri et tenait un linge sur le côté de sa tête.

- Ron! s'exclama-t-elle dans un mélange de soulagement et d'affolement, avant de se précipiter vers lui. Elle apposa sa main gauche sur son dos dans un geste de soutient et effleura son visage de l'autre, grimaçant devant l'ampleur de ses blessures. Puis, elle posa sa main droite sur le bras de Ron et lui posa la question qui lui brûlait les lèvres: « C'est Malfoy qui t'a fait ça, n'est-ce pas? ».

Ron baissa les yeux. Il se sentait réellement pitoyable. Harry était stupéfait devant l'état de son ami. Il était persuadé que Drago Malfoy en était le responsable et il sentait la colère l'envahir. Voyant que Ron ne se sentait pas de leur raconter sa mésaventure, il interrogea Hagrid du regard. Ce dernier soupira et confia, visiblement attristé:

- Cette vermine s'est exercé au sortilège de l'Imperium. Il l'a obligé à se jeter dans l'escalier de la volière.

- Quoi? s'écria Harry, sa colère croissante.

- Oh Mon Dieu! s'écria Hermione, horrifiée, portant sa main à sa bouche. Il faut le dire à Dumbledore, décida-t-elle.

- Non, contesta Ron qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis qu'ils étaient entrés.

Hermione le regarda, incrédule.

- C'est l'un des sortilèges impardonnables! Ceux qui l'utilisent sont envoyés à Azkaban. Il mérite d'être renvoyé pour ce qu'il t'a fait! s'emporta-t-elle.

- Mais il ne le sera pas. Je ne peux rien prouver. Et vues les relations qu'entretient son père avec le ministère, il pourrait bien s'arranger pour que ça soit moi, qui soit renvoyé. Et mon père risquerait d'avoir des ennuis en plus de ça.

- Mais c'est injuste!

- C'est Ron qui a raison, intervint Harry. Ça ne ferait qu'aggraver les choses.

- Malfoy ne perd rien pour attendre, grommela Hermione qui tentait de contenir sa rage.

- Bon, je vais nous préparer du thé. Asseyez-vous, les jeunes, lança Hagrid.

Harry se mit à faire les cent pas.

- Qui nous dit qu'il ne va pas aider à faire entrer Voldemort dans l'école?

- Impossible! déclara Hagrid. Dumbledore a créé un enchantement autour du château. Personne ne peut y pénétrer sans y avoir été invité par le maître des lieux.

Harry parut soulagé à cette nouvelle.

- Hagrid, comment peut-on prouver que Lucius Malfoy est un mangemort? L'enquête du ministère n'a rien pu révéler.

- A moins que d'autres membres du ministères en fassent partie également! souligna celui-ci.

Ils échangèrent un regard grave. Les choses allaient vraiment mal et ils craignaient le pire. La dernière fois, nombre d'innocents avaient perdu la vie. Harry se tourna vers ses amis. Hermione avait pris le linge humide des mains de Ron et avait entrepris de nettoyer ses blessures.

- Il vaudrait mieux que tu ailles à l'infirmerie, commença-t-elle à le sermonner.

- Non, c'est moins grave que ça en a l'air, assura Ron d'un air faussement détaché. Il préférait de loin, les douces mains d'Hermione à celles de Mme Pomfrech.

- Je suis désolée, confessa-t-elle soudain.

- Quoi?

- Pour ce que je t'ai dit tout à l'heure. Je ne voulais pas être blessante. Sans ça, rien de tout cela ne serait arrivé. Je suis sincèrement désolée.

- C'est pas ta faute, la rassura-t-il. Puis il ajouta sur un ton plus léger: J'ai pas été assez rapide pour parer. C'est mon grand défaut!

Hermione lui adressa un petit sourire triste. Dans la bataille qui les attendait, ils n'avaient pas le droit à l'erreur. Le manque de rapidité de Ron pourrait bien lui coûter la vie.

*

Lorsqu'ils quittèrent la cabane d'Hagrid, la nuit était déjà tombée. Ils remontèrent lentement la colline jusqu'au château. Ron souffrait visiblement à chaque pas.

- Tu as peut-être quelque chose de cassé! reprit-elle.

- Non, c'est juste que je dois être couvert de bleus un peu partout.

Ils firent de leur mieux pour passer inaperçus dans les couloirs de l'école et regagner leurs dortoirs sans que leur virée nocturne ne soit découverte.

- Ça va aller, Ron? s'enquit Hermione avant de franchir la porte du dortoir des filles.

- Ouai! répondit-il un peu trop sûr de lui.

- Alors, à demain, les gars!

Lorsqu'ils furent seuls, Ron lança à son ami:

- Ah les filles! Pourquoi sont-elles toujours aussi protectrices? Elle me rappelle ma mère!

- Et tu oses t'en plaindre? plaisanta Harry.

- Certainement pas! répondit Ron en riant.

Non, Ron n'allait pas se plaindre de toute l'attention dont il avait fait l'objet ce soir. Il était même ravi des émotions qu'avait suscité en elle son agression. Elle lui avait manifesté de l'inquiétude, de la tendresse. Elle s'était même excusé! Il était certain qu'elle tenait à lui. Mais pourquoi ses pensées se tournaient-elles tout le temps vers elle, dernièrement? Il ne pouvait s'empêcher de se demander sans cesse, ce qu'elle pensait de lui, de ce qu'il disait et faisait. De ce qu'elle ressentait pour lui, pour Harry. Il savait qu'elle était son amie, sa meilleure amie, meme! Alors qu'importait le reste? Qu'importait si Hermione et Harry étaient plus que des amis? A cette pensée, il ressentît un pincement au coeur. Etait-il amoureux de Hermione Granger? Bien sûr que non! Impossible! Elle était bien trop...Enfin, c'était Hermione, quoi! Non, c'était impossible!

*

J'espère que ce chapitre vous a plu.! Je plante doucement l'intrigue centrale et le prochain chapitre devrait être plus éclairant. Merci à Kate et Mirandae pour leurs reviews.