Bonsoir à tous ! Après une longue période d'absence consacrée à mes études (et à la correction de TROP NOMBREUSES fautes des chapitres précédents), je reviens avec ce nouveau chapitre. Enjoy !


3) Edward Cullen

M'activer avec autant d'acharnement depuis des heures m'avait enfin permis d'oublier les derniers événements du lycée. Du moins pour un temps. Il m'arrivait de masser les parties de mon corps courbaturées à cause de Newton et Crowley. Toutefois, sous l'œil ébahi d'Éric, j'avais successivement passé le balai, la serpillère, puis un chiffon sur les étagères avant de terminer par le classement des œuvres par ordre alphabétique, tout cela en un temps record.

« N'importe qui pourrait le faire. Tu ne fais absolument rien d'exceptionnel. »

Eric était un jeune homme grand et maigre de vingt ans environ, avec une masse de cheveux noirs quasiment indomptables sur la tête. Timide et solitaire, il partageait l'une des qualités que j'appréciais tant chez Angela il n'éprouvait pas le besoin de combler le silence. Aujourd'hui encore, il lui fallut juste un coup d'œil sur mon expression pour le convaincre de garder ses questions pour lui.

« Mais qui voudrait t'adresser la parole. Tu le dégoutes. Tu les dégoutes tous… Regarde-toi un peu. »

Occupé à discuter avec une jeune fille, il croisa mon regard et me répondit par un faible sourire. Eric était gentil, très gentil avec moi. Il semblait être l'une des rares personnes que ma présence ne dérangeait pas…

« Il n'est pas gentil. Tu lui fais PITIÉ ! »

J'expirai brutalement, ayant reçu comme un coup à l'estomac. Mes mains lâchèrent les quelques livres qu'elles tenaient, les laissant s'écraser sur le parquet, en un vacarme fracassant. Le silence se fit dans la boutique.

- Est-ce que ça va, Bella ?

- Oui, réussis-je à répondre malgré mon affolement. Ça va, Eric. Ne t'en fais pas.

M'empressant de ramasser les livres, je profitai de la hauteur des étagères pour me dérober à sa vue. Heureusement, il reprit bientôt la conversation qu'il entretenait depuis plusieurs minutes avec son client. Les jambes tremblantes, je redéposai les articles sur les étagères qui leur correspondaient ou sur le charriot. Je m'appuyai sur ce dernier, essayant de retrouver mon calme en respirant profondément. Mon cœur cognait sauvagement contre mes tympans, et pendant un court instant, je fus prise d'étourdissements.

Je n'arrivais pas à l'accepter… Je n'arrivais pas à comprendre. Comment pouvait-elle… s'en prendre à moi physiquement ? Je n'avais pas pu imaginer ça ! Pas plus que la brûlure sur ma main de ce matin ! Cela ne devait pas pouvoir se produire ! Et pourtant… « Terreur » était un euphémisme concernant ce que je ressentais. Mes jambes ne tenant plus, je m'agenouillai, avant de m'assoir en silence. Je ramenais mes genoux vers moi, tentant de retrouver une respiration moins saccadée. J'observai le dos de ma main, là où un affreux hématome aurait dû s'y trouver or, il était aussi pâle que le reste de mon corps. C'était dans ma tête. Oui, uniquement dans ma tête.

Comme Mamie Swan.

En effet, comme Mamie Swan. Mais, je ne laisserais pas ce problème me submerger, comme il l'avait fait avec elle. Je ne pouvais pas. Je m'y refusais. Pour Charlie. Pour Edward…

Des pas se firent entendre dans le magasin et les voix des deux hommes se déplacèrent.

Je dois me reprendre, me dis-je. Je m'exhortai à me relever et à garder mon équilibre malgré les tremblements violents de mes genoux.

Deux heures passèrent et j'avais presque fini ma tâche. Je dus m'efforcer à plusieurs reprises de me concentrer sur mon travail au lieu de lire les résumés à l'arrière des livres que j'attrapais, tant certains semblaient passionnants. Une fois le dernier rayon terminé, je poussai le chariot vers la réserve située à l'arrière de la caisse. Je passai derrière Eric, ignorant le silence soudain lorsque son client actuel, un jeune du coin, me dévisagea avec dédain.

Je soupirai d'aise lorsque je passai la porte battante, et je restai quelques temps immobile dans l'obscurité. Mes yeux me brulaient mais je refusai de les laisser couler. Dans quinze minutes, je finissais mon service et je ne voulais pas que Charlie me voie dans cet état. Sans doute serait-il encore plus pressant concernant mes visites chez le Docteur Cullen et rien ne me terrifiait plus que cela.

La réaction du Docteur que je ne connaissais pas encore.

La réaction d'Edward, lorsqu'il saurait.

Qu'allait-il penser de moi ? Voudrait-il toujours de moi ?

« Bien sûr que non… »

J'entendis la clochette de la porte d'entrée tinter tandis qu'Éric s'avança vers moi. Surpris par la pénombre, il passa une main sur l'interrupteur.

- Hey, Bella. T'as vraiment bien bossé aujourd'hui, tu peux rentrer si tu veux. Je pense que je vais fermer plus tôt que d'habitude.

- Oh euh... Eh bien… Mon père ne vient pas me chercher avant quelques minutes.

- Tu peux l'attendre ici, ce n'est pas un souci. Je n'ai pas vu ta voiture en arrivant est-ce qu'elle est en panne ?

- Heu... Ouais, hésitai-je en baissant le regard. Une longue histoire.

Je fis mine d'être occupée à ranger et il comprit une fois encore. Il disparut à l'avant du magasin et la lueur du néon ornant la devanture s'éteignit. Ne trouvant plus rien à faire, je partis prendre mon sac et jetai un coup d'œil à mon téléphone. Dès le moment où je posai la main dessus, il se mit à vibrer. Charlie. Oh ! Cela n'annonçait rien de bon…

- Oui, Papa.

- Salut, Chérie. Je suis sur une affaire urgente. Je suis désolé mais je vais avoir beaucoup de retard, ce soir. Est-ce qu'Éric pourrait te déposer ?

- Heu... Oui. Oui, oui. Bien sûr. Pas de problème. Est-ce que tout va bien ?

- Je suis chez les Stanley, en ce moment. C'est assez compliqué, comme tu t'en doutes. On va devoir parler à mon retour.

Il avait prononcé cette dernière phrase, non plus avec la douceur d'un père, mais avec l'autorité du policier dans l'exercice de ses fonctions. Mon souffle se bloqua à plusieurs reprises. Après m'avoir assuré qu'il serait de retour dans deux heures, mon estomac se serrait tant qu'il m'était impossible de prolonger notre conversation. Par ailleurs, il paraissait très occupé et la communication prit fin rapidement. Je fixai l'écran qui s'éteignait, une boule d'angoisse au ventre.

Cette journée interminable avait été pire que ce j'avais pu imaginer. Une fois dehors, le froid me mordit la peau et prenait un malin plaisir à s'agripper à mes os. À travers les quelques flocons de neige qui tombaient paresseusement, je discernai la petite amie d'Éric, dans la voiture garée juste en face. C'était une habitante de la réserve indienne des Quileutes, pas très loin d'ici. Elle était belle quand elle souriait, mais la sévérité habituelle de ses traits faisait disparaitre toute envie de m'approcher plus. Peut-être prévoyaient-ils une soirée en tête-à-tête je ne pris donc pas la peine de lui demander de me déposer.

« Oui. Inutile que tu gâches leur soirée par ta présence. Lisa, non plus, ne te supporte pas. »

Marcher d'ici jusqu'à la maison ne me ferait pas de mal. Peut-être trouverais-je sur le chemin une solution à mes problèmes ? Je saluai mon patron d'un signe de la main et enfilai mon sac. Dépassant la voiture garée, je fis un signe de tête à la jeune fille installée à l'intérieur, qui préféra m'ignorer et pianoter sur son téléphone.

« Qu'est-ce que je t'avais dit ? »

Je suivis le trottoir, éclairé par des lampadaires orangés. Le regard baissé, je tentais de détecter des plaques de verglas invisibles qui menaceraient mon équilibre. Par chance, je ne rencontrai que de la poudre et du gel s'écrasant sous mes pieds et le bruit doux provoqué par mes pas allait sans doute m'accompagner pour le reste de ma promenade. Les traces de coups de Newton et Crowley se faisaient vivement ressentir, mais le froid aidait à les apaiser. Quelques voitures allaient et venaient lentement, et je protégeais parfois mes yeux des phares aveuglants. J'inspirai profondément l'air glacé et je soufflai, observant la buée se former et disparaitre devant mon visage. Comme prévu, la promenade solitaire m'apaisa rapidement, si bien que je parvins à occulter presque totalement les souvenirs de cette journée horrible. J'aurais voulu continuer à marcher, à marcher sans m'arrêter, la tête vide comme en cet instant. Seule, sur mon chemin obscur, régulièrement entrecoupé par un éclairage orangé, je me sentais presque normale. Presque. Je ne redoutais plus l'attention indésirable des autres, ni leurs commérages, et encore moins leurs insultes. J'étais seule et j'étais si bien.

« Les autres aussi se porteraient mieux s'ils te voyaient moins. »

Enfin,… Aussi seule que me le permettait mon état.

Un coup brusque me frappa au talon, et mon pied se déroba sous mon poids. Je fermai les yeux, mâchoires serrées, jusqu'à ce qu'un bruit sourd se produise à l'arrière de ma tête. Une douleur lancinante pile à cet endroit s'en suivit. Je lâchai un gémissement tandis que je m'efforçais de voir à travers les étoiles éblouissantes et aux formes étranges, juste devant moi. Une version améliorée de mon propre visage se manifesta à travers elles :

« Pauvre idiote. »

Au loin, quelqu'un cria mon nom et je dissimulai mon visage de mes mains. Pourquoi ! Pourquoi fallait-il à chaque fois que je me rende ridicule, qu'une autre personne en soit témoin ?

« Parce que tu es ridicule en permanence. »

- BELLA, cria une voix que je reconnus. Bella, réponds-moi !

- Edward ?

Amy disparut (enfin !) et les contours d'un visage largement plus apprécié apparurent dans mon champ de vision. Des doigts glacés s'enfoncèrent dans mes cheveux, tâtonnèrent mon crâne endoloris avec douceur. Je frissonnai d'aise à son contact, cillai lorsqu'il approcha de l'endroit sensible. Je me rendis compte qu'il me parlait depuis plusieurs secondes déjà, tout en me scrutant, attendant probablement une réponse. Il semblait en colère, mais c'était surtout l'angoisse qui primait sur ses traits magnifiques.

- Bon sang, je te laisse seule une journée… une journée ! Et je me retrouve à devoir t'emmener à l'hôpital.

- Non ! Pas l'hôpital.

- Bella…

- Non, ça va, déclarai-je en essayant de me lever. Pas l'hôpital…

- Regarde-moi.

Et je le regardai. Il me fit m'assoir et je perçai enfin les formes éblouissantes qui dansaient devant mes yeux. Malgré le froid et la douleur, j'eus terriblement chaud et me sentis mieux que jamais. Je me perdis dans un océan d'or en fusion qui ne semblait briller que pour moi. À mesure que je retrouvais une vue normale, il paraissait plus net et plus beau à chaque seconde qui passait. Mon premier vrai sourire de la journée fendit mon visage, malgré mon embarras, et il se refléta sur le sien.

- Hey, dis-je faiblement. Tu m'as manqué.

- Tu m'as manqué, toi aussi.

- Comment était ton week-end de chasse en famille ?

- Long sans toi, soupira-t'-il. Allez, viens. Je te ramène avant que tu n'attrapes froid.

Avant que je ne fasse un mouvement pour me lever, il passa rapidement un bras dans mon dos et un autre derrière mes genoux. J'eus le réflexe de protester mais il se perdit au moment où mes bras s'enroulèrent autour de son cou. Pressant mon visage contre le sien, je respirai profondément son parfum suave et sucré. Je le sentis pouffer, puis se baisser avec aisance pour récupérer mon sac par terre. Pendant que nous traversions la rue à présent déserte, je jouais nonchalamment avec une de ses mèches cuivres. Une couleur si belle et vive en comparaison avec ma teinte brune, morne et sans intérêt.

« Je ne saurai jamais ce qu'Edward te trouve. » disait-elle. Et je devais admettre que moi non plus, je n'avais pas la réponse à cette question…

Des lèvres douces et froides enveloppèrent les miennes et commencèrent à danser avec elle. J'ouvris la bouche et laissai nos langues se rencontrer avec une ardeur inédite. Comment avais-je pu me passer de ça pendant tout un week-end ? Il laissa mes pieds toucher le sol, sans mettre fin à notre contact. Bien au contraire, il pressa encore plus contre lui. Je retins avec difficulté un soupir agacé lorsqu'il nous sépara.

- Tu es sûre que tout va bien ? demanda-t'-il en me regardant fixement. Tu sembles avoir du mal à fixer ton attention sur moi.

- Absolument pas, fis-je en riant. Tu as toute mon attention.

- Qu'est-ce que tu lis là-bas ?

Voyant qu'il avait du mal à partager mon humeur enjouée, je tournai la tête vers le panneau lumineux à une vingtaine de mètres de nous et je lus la publicité qu'il affichait sans mal.

- Tu es satisfait ?

- Je le serais si tu acceptais de voir mon père.

- Inutile de déranger le Docteur Cullen pour si peu, éludai-je d'un signe de la main. Ça m'arrive tout le temps, tu le sais bien.

Je l'empêchai de répliquer d'un baiser chaste et ouvrit la portière de la Volvo. Je m'engouffrai dans l'habitacle chaud et attendis qu'il me rejoigne.

- C'est Alice qui t'a dit où me trouver ?

- Oui. Elle ne comprenait pas pourquoi tu avais décidé de marcher seule, au beau milieu de la nuit. Et moi non plus.

Je me laissai pas tromper par son air détaché, ni le ton calme de sa voix. Derrière ses traits impassibles, il bouillait. Malheureusement, aucune des excuses qui me venaient en tête ne me semblaient suffisantes pour faire diminuer son irritation.

- Je suis désolée.

- Bella, explosa-t'-il enfin. Est-ce que tu… Tu as la moindre idée de… Qu'est-ce qui aurait bien pu t'arriver si je n'étais pas passé par là !

Une des choses qui m'effrayait autant, sinon plus que les fureurs d'Amy, c'était celles d'Edward. Les mâchoires serrées, il semblait se retenir de montrer des dents et de feuler. Il pouvait se montrer aussi beau qu'effrayant, exactement comme en cet instant. Bon sang, je n'aurais pas cru qu'une simple marche nocturne pouvait avoir de telles répercussions sur son humeur. Cela n'était pas un crime, que je sache. Il soupira, en secouant la tête la tension qui s'était installée disparut. En même temps, les muscles que j'avais inconsciemment bandés se détendirent.

- Oublions ça. Ne recommence pas à te balader toute seule en pleine nuit, d'accord ? Tu as un talent avéré pour attirer le danger peu importe l'endroit.

Je guettais encore des traces de sa colère fulgurante quand ses doigts vinrent toucher mon visage. Peu à peu, il me ramena vers lui, me serrant contre sa poitrine.

- N'aie pas peur, d'accord ? Je suis désolé. Je ne voulais pas te crier dessus.

- Ce n'est rien, parvins-je à murmurer en frissonnant.

- Tu as déjà mangé ?

Mon estomac répondit à ma place. Suite à cela, il sourit et démarra. Nous primes la direction opposée à celle de chez moi et nous continuâmes notre chemin vers la nationale qui menait à la villa des Cullen.

- On va chez toi ?

- Non, murmura-t'-il en passant un bras autour de mes épaules. Je veux t'avoir pour moi seul, ce soir.

- Alors, où allons-nous ? m'enquis-je en ignorant mes joues en feu.

- Tu verras.

La Bella Italia était un restaurant de standing situé en plein de cœur de Port Angeles, à une vingtaine de kilomètres de Forks. Accro à la vitesse, Edward nous y avait conduits en moins d'une dizaine de minutes, là où j'en aurais probablement mis quarante-cinq. Je n'y étais jamais allée, mais je fus soulagée lorsqu'en un coup d'œil, je ne reconnus aucun visage familier. Les prix pratiqués étaient surement trop élevés pour la masse estudiantine de Forks, et les adultes déjà attablés ne daignèrent pas nous porter attention plus de deux secondes.

Parfait.

- Bonsoir et bienvenue à la Bella Italia, annonça l'hôtesse d'accueil, les yeux collés à Edward. C'est pour manger ?

- En effet. Je pense qu'on est trop jeune pour rester au bar.

Son rire de potiche et son sourire beaucoup trop éclatant m'agacèrent prodigieusement. Toutefois, la personne à qui ils étaient destinés les ignora royalement, gardant son attention rivée sur moi. Lorsqu'elle aussi se décida à me lorgner de haut en bas, j'encaissai son scepticisme quasi insultant. Prenant avec elle deux menus posés sur le présentoir, elle nous pria de la suivre et nous entraîna à travers les tables dont la moitié restait inoccupée. Sa façon de remuer des hanches n'avait rien de subtil et je fantasmais à l'idée de tirer brusquement sa longue natte rousse qui se balançait au gré de ses mouvements ridicules.

Nous nous arrêtâmes à une table, délicatement préparée et agréablement éclairée. Nous étions situés au beau milieu du restaurant.

- Je vous en prie, installez-vous.

- Hmm, fit Edward, l'air critique. Auriez-vous quelque chose de plus intime ? Ma petite-amie et moi ne voudrions pas être dérangés, vous voyez.

L'incrédulité s'afficha franchement sur ses traits pendant qu'elle inspectait la distance qui nous séparait à peine, la main possessive d'Edward sur mon épaule, mon visage, puis le sien... Elle aurait probablement continué sans son raclement de gorge brusque et impatient. Elle balbutia quelques excuses, et nous entraina ailleurs.

La lumière tamisée était plus douce et nous étions à l'abri des regards. Mon compagnon de table savait faire naître en moi une sensation de confort et de sécurité, que je ne ressentais avec personne d'autre. Il jouait avec une de mes mèches, sans me quitter du regard qui se tintait parfois d'inquiétude, d'autres fois, de passion, au gré des pensées secrètes qui lui traversaient l'esprit. Toutefois, pendant plusieurs secondes, il prit un air inquisiteur, comme lorsqu'il essayait sans succès de lire mes pensées.

Quel soulagement d'être la seule à pouvoir résister à son don !

- Mange, Mon Amour. Ça va refroidir.

Je revins à moi et zieutai le plat succulent de raviolis aux champignons que j'avais à peine touché. Le grondement dans mon estomac me força à me détacher d'Edward et à ma saisir de ma fourchette. Une explosion de saveur accompagna la première bouchée, rapidement suivie par une deuxième, puis une troisième.

Un délice !

J'avais tellement faim. Et je ne m'en rendais compte que maintenant. Une fois mon plat vide et mon estomac rempli, j'étanchai ma soif d'un verre d'eau.

- Un autre plat ?

- Non merci, répondis-je en rougissant.

- Tu en es sûre ? Tu semblais affamée.

- Ça ira.

Par chance, cette fois ma maladresse ne s'était pas manifestée et je n'avais projeté aucune tâche rouge ni sur mon pull, ni à côté de mon assiette. J'attendis presqu'une des remarques dévalorisantes d'Amy, or elle n'osa pas se manifester.

- À quoi penses-tu ? demanda-t'-il

- Je… me demandais à quoi tu pensais.

Son expression se refroidit d'un coup, me prenant au dépourvu.

- Comment s'est passé ta journée au lycée ?

Je haussai une épaule, prenant un intérêt soudain au bout de nappe devant moi.

- Sans plus. Je suis restée avec Angela. On a déjeuné ensemble. Rien de spécial.

- Rien de spécial ?

- Non, répondis-je, les joues brulantes.

Si seulement le sol pouvait m'avaler en cet instant... Lui-même s'était moqué plusieurs fois de mon incapacité à dissimuler la vérité, sans me trahir. Toutefois, l'envie de rire devait être à des kilomètres de ce qu'il ressentait en ce moment. Sa main s'avança vers mon poignet, avant de le retourner. Sous la surprise, je lui arrachai ma main.

Sur mon avant-bras, une tâche brune s'y était formée, probablement le résultat de l'épisode dans les toilettes. Celle-ci, contrairement aux autres sur mon ventre et le reste de mon corps, se faisait à peine sentir.

- Qui ?

- Laisse tomber.

- Bella, m'appela-t'-il fortement, avant d'adoucir sa voix. Qui t'a fait ça ?

Des secondes silencieuses s'étirèrent entre nous des secondes durant lesquelles je fus incapable de le regarder en face.

- Tu n'as pas à avoir peur d'eux. Je ferais n'importe quoi pour toi. Tu le sais, ça ?

En effet, et c'était pour cette raison que je me refusais à dénoncer mes camarades de classe stupides. S'il arrivait malheur à l'un d'entre eux ? J'en savais suffisamment sur la mentalité des petites villes pour deviner que les soupçons se tourneraient de suite sur l'étrange famille des Cullen. Que deviendrais-je s'ils étaient obligés de partir ? Que deviendrais-je sans Edward ?

- Je saurais tôt ou tard qui est à l'origine de ça, soupira-t'-il. J'aurais simplement préféré que tu me le dises.

- Ne pourrait-on pas oublier tout ça ? Je ne veux pas que notre soirée soit gâchée à cause d'eux.

- Bella…

- S'il te plait ! Je veux juste passer quelques heures à ne penser à rien d'autre qu'à nous deux. Est-ce que c'est possible ?

Nous nous observâmes longuement, testant la résistance de l'autre. Mais je savais qu'il ne pouvait me refuser ce que je demandais. Nous en avions tous les deux besoin. D'ailleurs, l'avidité avec laquelle nos lèvres se rejoignirent me prouva à quel point j'avais raison. Il me laissa fourrager ses cheveux, tandis qu'il parcourait les contours de mon visage comme pour la première fois. Il gronda lorsqu'il sentit mes lèvres s'étirer sous mon ravissement. Je retins à peine un soupir la tempête était passée pour l'instant. Mais, je savais que ce n'était qu'une question de temps. Comme pour me débarrasser de mes idées noires, j'ouvris la bouche et effaçai toute chasteté de notre baiser. Les mouvements de sa langue, fraiche contre la mienne, déclenchaient et attisaient une fièvre délirante. J'occultai momentanément notre environnement, les conversations basses, le cliquetis des couverts, les éventuels témoins,… Les bleus pesants sur ma peau, les rires fantomatiques, les vidéos humiliantes...

- Bella… Doucement…

- Désolée…

Le manque d'oxygène me permettait à peine de saisir ce qu'il disait. Il paraissait aussi essoufflé que moi, mais une raison différente. Tenant toujours mon visage captif de ses mains, il traça un chemin incandescent avec ses lèvres, partant de ma mâchoire pour glisser juste au creux de mon cou où il inspira profondément.

- Divin, s'exprima-t'-il enfin après quelques secondes. Tu es… prête… à partir ?

- Quand tu veux.

- Reste ici. Je n'en ai pas pour longtemps.

Il aspira ma lèvre inférieure tendrement entre les siennes une dernière fois avant de se lever. Mon regard resta accroché à son dos et se délecta de sa démarche souple et assurée,… sexy. Je ne pouvais cependant pas ignorer les regards tout aussi appréciateurs des autres femmes de la pièce. C'était malheureusement une chose à laquelle j'allais devoir m'habituer. Tout comme les moues jalouses et renfrognées que me lançaient certaines serveuses lors de leurs allées-et-venues devant moi. Toutefois, sortir avec Edward valait largement tous ces désagréments. Je me permis même un énorme sourire satisfait lorsque nous quittâmes l'établissement.

Je peinais à marcher droit tant je riais. Mon vampire de petit-ami semblait avoir plongé dans une euphorie similaire à la mienne. Prisonnière de ses bras, je ne pus faire autrement que rire et frissonner de plaisir lorsqu'il atteignit l'endroit sensible sous mon oreille qu'il adorait suçoter. Le dos collé contre la carcasse givrée de la voiture, je bravai le froid en enroulant mes bras autour de son cou.

- Je t'aime.

- Je t'aime, moi aussi. Tu m'as tellement manqué.

J'aurais pu revivre cette journée horrible simplement pour ces quelques mots… Et le regard incandescent qui les accompagnait. J'oubliai mes appréhensions sur ce qui l'attirait vraiment chez moi. Tant que ces sentiments incompréhensibles restaient en lui le plus longtemps possibles, ça m'allait. Bon sang ! Je désirais encore ses lèvres. Elles étaient la plus addictive des drogues…

- Zut, m'écriai-je en prenant mon téléphone qui vibrait dans ma poche. Zut ! Zut ! C'est Charlie.

- Aïe ! Vaut mieux que je te ramène dans ce cas.

- Oui…

Il m'ouvrit la portière, m'aida à m'installer avant de la refermer. Avec des doigts fébriles, je fis glisser la petite icône pour démarrer la conversation.

- Papa ?

- Bella, je suis en chemin. Encore désolé du retard. Tu es bien rentrée ?

- Heu… Oui. Enfin, non… Je suis en route, moi aussi.

- Comment ça ? s'écria-t'-il. Où est-ce que tu es, à cette heure ?

- Je suis en chemin, Papa, le rassurai-je un peu plus fortement. Ne t'en fais pas pour moi. Je suis juste allée manger un morceau.

- Un morceau…

- Oui, c'est ça, coupai-je. On se voit tout à l'heure. Bye.

Le cœur battant, je raccrochai. J'avais senti venir la question à laquelle je voulais à tout prix éviter de répondre. « Un morceau... Et avec qui ? ». Je n'aimais pas mentir, encore moins à Charlie. Par ailleurs, les réponses que j'avais en tête n'auraient fait que blesser Edward, et moi-même par la même occasion. Avec un ami ?… Avec personne ?… Bref. Nous avions démarré et nous filions sur la voie du retour.

- Les choses seraient plus simples s'il savait pour nous deux, commenta Edward.

- Je te l'ai déjà dit, répondis-je tendue. Il n'appréciera sûrement pas que je sorte avant ma majorité.

- Je ne suis pas du genre à cacher des choses au chef de la police, argumenta-t'-il d'un air léger. Et j'aimerais qu'il continue d'entretenir de bonnes relations avec mon père.

- Edward…

- Laisse-moi lui parler. Invite-moi chez toi un soir…

- Non !

Il me scruta avec appréhension. J'étais dos au mur. Edward saurait tout de mon « problème » au moment où Charlie commencerait à y penser. Rien ne me rendait plus malade. Peut-être à part les conséquences qui pourraient s'en suivre.

- C'est une très petite ville, Bella. Le lycée entier est au courant et les nouvelles vont vite. Il doit probablement soupçonner quelque chose même s'il ne dit rien.

Je torturai ma lèvre inférieure de mes dents. C'était peut-être une des seules choses que je pouvais faire en cet instant et qui ne précipiterait pas ma nausée. Que pouvais-je faire d'autre ? Je devais me décider rapidement dans dix minutes environ, nous serions déjà à Forks et rien n'empêcherait Edward d'aller voir Charlie.

Une sensation infime déferla sur ma joue, avant qu'il ne saisisse mon menton d'une main et n'essuie ma larme de son pouce. Est-ce que quelques minutes plus tard, j'aurais toujours droit à autant de chaleur et d'adoration de sa part ? Ou bien serait-il choqué ? Choqué d'avoir perdu ses précieuses heures aux côtés d'une aliénée ? Une bonne à interner ? Serais-je toujours la même à ses yeux ou deviendrai-je une sorte d'animal sauvage à enfermer ?

Cette réalité était beaucoup trop proche de moi. Beaucoup trop facile à imaginer. Je n'eus aucun mal à voir ses traits afficher le rejet que je redoutais tant. À travers ma vision floutée, je discernai le panneau de bienvenue de Forks, et je ne pus retenir davantage mes halètements, ni mes hoquets. La sensation aurait été la même si quelqu'un s'amusait à triturer des bris de verre tranchants dans mon estomac. Nous ralentîmes, avant de nous arrêter sur le bas-côté. Deux mains encadrèrent mon visage et il me força à le regarder.

- Bella. Il n'y a personne qui pourrait me forcer à m'éloigner de toi. Ton père mérite de savoir que je suis dans ta vie, c'est aussi simple que cela. Je veux le rencontrer et je veux lui dire à quel point tu m'es précieuse.

Pour l'instant, peut-être.

- Il ne réagira peut-être pas très bien à la nouvelle, mais c'est un homme sensé. Je suis certain qu'il saura l'accepter.

- Laisse-moi… lui parler. Laisse-moi un peu de temps. D'accord.

Du temps ? Mais, du temps pour quoi faire ?

J'étais faite. J'eus quand même droit à un hochement de tête, sans plus de conviction. Mon instant idyllique s'était envolé si rapidement que je dus me repasser plusieurs fois ce qui venait de se passer pour comprendre. Et bien sûr, j'eus l'impression d'être arrivée en un temps record chez moi, alors que je n'aurais pas refusé quelques minutes de plus à réfléchir. La voiture de patrouille resplendissait sous la luminosité accrue de la maison. Il me semblait qu'un spot illuminait la carrosserie rutilante de la Volvo, dans le seul but de dénoncer mes cachoteries.

- Je te vois en cours.

- Dois-je venir te chercher, demanda-t'-il d'une voix glaciale.

Le triste sort de ma voiture, non loin de celle de Charlie, avait attiré son attention. Mâchoires tendues, il continuait de détailler ce qu'on lui avait fait subir. J'embrassai sa joue.

- Charlie m'emmènera. C'est sur son chemin, ne t'en f...

- Dans deux jours, je passerai te chercher chez toi, répliqua-t'-il en ancrant son regard au mien. Pour t'emmener en cours. Tu ferais mieux de parler à ton père d'ici là.

Sa voix de velours, à cet instant grave et autoritaire, ne laissa pas la place à la discussion. M'embrassant sur le front, il me souhaita une bonne nuit et je parcourus la distance de sa voiture jusqu'à mon pallier, empêtrée dans un brouillard semi paralysant. Seule la conscience vive de ses yeux brûlants dans mon dos me restait dans un coin de ma tête. Me tournant pour refermer la porte, je constatai que la Volvo avait déjà disparu. Des bruits de pas lourds se firent derrière moi et je fis face à Charlie. Il venait d'arriver, à en juger par ses bottes et son uniforme encore saupoudrés de neige. Il scruta mon visage avec attention, comme s'il pouvait y lire ma détresse.

- Salut, Papa.

- Ça va ?

- Ouais, répondis-je en posant mon sac à mes pieds. Ta journée ?

- Pas top. Tu as pleuré ?

Il était doué pour poser des questions qui n'en étaient pas vraiment, vu l'assurance de son ton. Et puis, ses années dans la police avaient perfectionné ses aptitudes à observer.

- Oui, avouai-je à mi-voix. Ce n'est rien.

- Arrête de me dire ça ! Non, ce n'est pas rien. Je veux savoir avec qui tu étais.

- Je… Heu… Avec. Edward.

- Edward ? C'est qui ça, Edward ?

- Edward. Cullen.

J'attendis, saisie de nervosité, une réaction de sa part. Une autre réaction autre que le léger écartement de ses lèvres. Nous nous observâmes tous les deux, espacés de quelques mètres, aussi immobiles qu'il nous était possible de l'être. Avait-il compris ou devais-je expliciter ma relation avec lui ? L'envie de remettre cette discussion à plus tard me tenaillait mais je n'avais plus beaucoup de temps pour lui avouer. Enfin, il se ressaisit, les sourcils froncés. Il secoua la tête comme s'il souhaitait se débarrasser d'une idée désagréable.

- Edward. Le fils de… Du Docteur Cullen ?

- C'est ça.

- Pas croyable… souffla-t'-il.

Il me tourna le dos, le regard baissé. J'avais prévu son choc, voire même sa colère. Mais, ce que je m'étais imaginé par-dessus tout, c'était sa peur. La peur que je m'attache à quelqu'un qui peut-être ne pourrait pas m'accepter. Ou qui ne saurait pas comprendre ma condition. Toutefois, je restai stupéfaite devant le rouge profond et la rage qui envahit son visage quand il se tourna encore vers moi.

- Cette espèce de… de… de Petit Imbécile ! Je n'arrive pas y croire ! Lui qui semble si bien élevé ! Je vais le tuer ! Je vais le TUER s'il s'approche encore une fois de toi…

- Mais, Papa, je…

- C'est ça son passe-temps ? Se moquer de toi en permanence, t'intimider pendant les heures de cours ? Attends un peu !

- Non ! Papa ! Arrête. Tu ne comprends pas…

Je me précipitai à sa suite dans la cuisine où il saisit le combiné téléphonique. Avant de l'y remettre avec fracas. Il proféra des jurons que je ne l'avais jamais entendu prononcer cependant qu'il revenait au salon, cherchant comme un dément dans la pile de papiers qui trainait habituellement sur la table basse.

- Où est passée cette fichue carte ! Attends un peu… S'il s'imagine pour pouvoir jouer avec toi comme ça ! Tu vas voir ! Attends un peu que je passe un coup de fil au Docteur… Bordel ! OU SE TROUVE CETTE FOUTUE CARTE !

- Papa !

- Écarte-toi de mon chemin, Bella !

- Ce n'est pas ce que tu crois, m'exclamai-je, horrifiée à l'idée d'imaginer Edward à la place de mes détracteurs au lycée.

- Ah oui ! Tu penses que je ne sais pas ce qui se passe ! Tu penses que je n'en ai pas assez de tout ça ! De te voir rentrer en pleurs… Ou de te regarder partir au lycée avec la boule au ventre… Il faut que cela cesse !

- Edward ne m'a jamais rien fait de mal, m'écriai-je.

- Il t'a fait pleurer !

- Non ! Ce n'est pas pour ça ! Arrête de chercher le numéro du Docteur et ÉCOUTE-MOI !

Charlie stoppa net ses mouvements, étonné par ma véhémence. Mon rythme cardiaque battait la chamade tant l'idée qu'il se faisait d'Edward m'horrifiait. Il ne pouvait pas être plus loin de la réalité.

- Edward ne me harcèle pas au lycée, dis-je, en prenant soin d'articuler chaque syllabe. Il m'aide. Il m'aide à supporter… les autres.

S'il était si facile pour tout le monde de déceler mes mensonges, j'espérais qu'il en était de même pour savoir quand je disais la vérité. Je soutins son regard lourd de suspicion sans faillir et après une longue minute silencieuse, il se releva, bras croisés.

- Il ne te harcèle pas.

- Non. Il n'a jamais… Jamais !

La tension quitta ses épaules et il souffla plusieurs fois. Je respirai aussi un peu plus facilement.

- Il n'a donc rien à voir avec cette vidéo de toi, aujourd'hui ? osa-t'-il à voix basse.

- Je… La vidéo… Non, c'est… Je…

Un coup de poing aurait été moins violent à encaisser. Charlie… Il savait ? Il m'avait vu ? Il m'avait vu me faire battre et humilier…

Impossible de continuer à parler, je me résolus à secouer la tête, ayant tout d'un coup beaucoup, beaucoup trop chaud. J'étouffais, c'en était déconcertant. Les sensations quittèrent mon corps avant que je ne m'en rende compte, remplacées par une couche paralysante qui m'écrasait. Qui me comprimait. Je ne pouvais plus rien faire de mes membres, parcourus de tremblements que je ne parvenais pas à contrôler. Mon environnement sembla ralentir et s'assombrir. Tout me parvenait avec une extrême lenteur.

Mon dos heurta quelque chose de dur. Je regardai un instant la clarté de la lampe du salon, accroché au plafond, puis la tête de Charlie, assombrie par le faux-jour, entra dans mon champ visuel au ralenti. Je discernais à peine ses lèvres qui bougeaient et je n'entendais rien de ce qu'il me disait, mis à part des sons déformés. Seul le bruit retentissant de mon cœur et le bourdonnement qui l'accompagnait me parvenaient nettement.

« Bella… Bellaaa… ! Fais wouf wouf à la caméra »

J'haletai, ne tournant que les yeux en direction de la voix à la clarté étonnante, puisque ma tête refusait de bouger. Mais je n'y voyais plus rien à part la lumière jaunâtre du salon qui devenait plus aveuglante au fil des secondes.

« Elle reste à quatre patte. On dirait une chienne ! »

« Sûrement pour ça que Cullen sort avec elle »

Je fus prise de hoquets et mes tremblements s'intensifièrent. D'un coup, ils furent là. Ils me surplombaient de tout leur mépris, me regardaient de haut.

« Fais wouf, wouf, Bella ! »

- FOUTEZ-MOI LA PAIX !

« Bella ! Chérie ! »

Charlie… très loin. Si loin que je ne pouvais pas le voir, ni déterminer d'où provenait sa voix. Mais eux, ils restaient. Ils riaient. Et ils me rabaissaient encore de leurs remarques dégradantes et de leurs gestes obscènes.

- LAISSEZ-MOI TRANQUILLE !

Et les coups s'enchainèrent. Je les évitai comme je pus, protégeant ma tête, remplie de rires gras et lourds. Je sentis leurs coups sur mon ventre. Je sentis leurs coups sur mes bras. Ils s'acharnèrent à maitriser mes jambes que j'arrivais à peine à bouger.

« Elle reste à quatre patte. On dirait une chienne ! »

« Sûrement pour ça que Cullen sort avec elle »

« Fais wouf, wouf, Bella ! »

« Souris à la caméra »

Je vis un portable me fixer. Non. J'en vis des dizaines. J'en vis des centaines. Je voulus les prendre tous un par un et les écraser par terre, mais mes mains, mes bras refusèrent de bouger. Ils se contentèrent de protéger ma tête des coups.

« Tu l'as entendu crier tout à l'heure ?... Ouais, ouais. Pas croyable ! »

« Elle est complètement tarée ! »

- JE NE SUIS PAS FOLLE ! JE NE SUIS PAS FOLLE ! LAISSEZ-MOI…

« Si, elle l'est... Si, elle l'est. »

« Qu'est-ce qu'elle fiche ici ? Elle devrait plutôt aller se faire interner. »

« Son père n'en a plus pour longtemps… Dirait un zombi »

Je vis un long coffre en bois devant moi. La couleur marron reluisait sous la lumière violente. Je m'avançai sans pouvoir m'arrêter. Non… NON, PITIE… Je ne voulais pas voir, mais impossible de m'arrêter. Arrêtez… Arrêtez ! Je n'y arrivais pas. Dans le coffre de mes souvenirs, assez long et large pour contenir une personne, l'image de ma mère endormie à l'intérieur m'hanterait à jamais. Mais, ce ne fut pas elle qui reposait dedans la personne qui la remplaçait m'horrifiait tout autant.

PAPA !

« …Suis là, Chérie… Calme-toi… Secours arrivent… Les secours arrivent…»

Sa voix me parvint, faiblarde et déformée. Mais, dans son cercueil, il ne bougeait pas. Il ne parlait pas. Blanc et sans vie, il était en paix, comme je ne l'avais jamais vu avant. Il était partit, lui aussi. Il était partit et j'étais coincée ici, sans personne. J'étais seule.

Il était partit.

Papa… Papa… PAPA ! PAPA NE ME LAISSE PAS !

« Pauvre Chef Swan… »

« C'est à cause d'elle… »

« A cause d'elle… »

« A cause d'elle ! »

PAPA ! NE ME LAISSE PAS ! PAPA !

« L'asile… C'est là qu'est sa place… »

Crier… ne servit pas à le réveiller. Charlie restait inconscient dans son cercueil. Comme ma mère avant lui.

Crier… ne servit pas non plus à amoindrir la douleur qui me rongeait la poitrine, et y laissait un trou saignant.

Crier ne fut d'aucune utilité pour dissiper le vide sombre qui m'enveloppait. J'avais réussi à tuer la seule famille qu'il me restait. J'étais seule. J'étais seule et j'avais si mal.

Toutefois, ce fut tout ce que je pus faire en cet instant. Crier et pleurer. Crier et pleurer. Encore et encore…

Ma gorge m'élançait et je criais sans cesse. Je voulais mourir. Je voulais tellement mourir en cet instant. Je ne voulais pas enterrer un autre de mes parents. Je ne le supporterais pas. Je voulais les rejoindre, les prendre dans mes bras et leur dire à quel point j'étais désolée. J'étais désolée d'être… comme ça. De les avoir fait souffrir. De les avoir tués.

Je voulais rejoindre Charlie là où il était à présent. Dans un autre monde et avec un peu de chance, peut-être que…

Peut-être qu'il serait dans un monde où sa fille ne serait pas si dérangée.


La suite arrive bientôt, mais en attendant, dites-moi ce que vous en pensez dans p'tite case juste en bas ! ;)