Rappel du Chapitre précédent:Tout allait très bien dans le meilleur des mondes... Jusqu'à ce que le Prince Arthur soit victime d'un sortilège un peu particulier... Le voilà transformé (pour notre plus grand plaisir) en jeune princesse. Notre pauvre Merlin tente tant bien que mal de gérer la situation.
Disclaimer: Les droits sur la série, le monde et les personnages de Merlin ne m'appartiennent pas. Si vous tenez à remercier quelqu'un, consultez la BBC ou ses créateurs : Julian Jones, Jake Michie, Johnny Capps et Julian Murphy !
Si vous cherchez après Colin Morgan : Ne cherchez plus, il est séquestré dans ma cave.
Si vous cherchez après Bradley James : Ne cherchez plus, il est dans celle de ma Beta-Lectrice !
Spoiler: Saison 3. Parfois quelques petites info fin Saison 3 pour les besoins (oups !)
Remarque: Oui, oui, je suis lente ! (C'est un euphémisme, Valou _ ) Mon excuse ?
Vous connaissez Supernatural ? Bien.
Vous connaissez donc Dean Winchester ? Parfait.
Avez-vous entendu parler d'un ange * so cute * nommé Castiel ? ... OUI ! Oui, mesdames, messieurs, j'avoue ! J'ai craqué pour ce pairing ! Honte honte honte ! Deux OS en préparation et v'là que tu laisses tomber tes lecteurs qui te donnent, eux, pleins de gentils commentaires sur ta Merthur... !
* Valou reprend son souffle *
Merci, merci pour vos réactions ! Je suis contente de voir que mon scénario vous intéresse un peu ;) Ce chapitre-ci pour poser encore quelque peu l'ambiance puis, hop hop, ça va démarrer ! (du moins, j'espère !)
Enjoy & Thanks l-a-nce-lot! !
Joyeux Noël à tous !
Rated: T
Things can be different :
Chapitre 2 : The Laughing Stock of Camelot
["La risée de Camelot"]
- Oh... par la Barbe du Roi...
-Laisse la barbe de mon père en dehors de tout ceci, veux-tu.
Les deux yeux de couleurs glace le fixent toujours avec autant d'intensité, guettant une réaction. Merlin, lui en attendant, tente tant bien que mal de prendre sur lui. D'abord, l'information doit s'imprimer dans son pauvre cerveau de serviteur, ensuite... Ensuite : ... Ah ! Telle est la question ! Que peut-il bien dire devant pareil spectacle ? C'est plus qu'il n'aurait jamais pu imaginer. Et... oh mon Dieu... Comment pourra bien réagir Uther face à ça ? Le peuple ? Les Chevaliers ? Guenièvre ?
Les conséquences de la malédiction qui s'abat sur le Prince donnent des vertiges au jeune sorcier, tant et si bien qu'il refoule cela tout au fond de son esprit. On s'en occuperait plus tard. Pour l'instant le problème, c'était ça.
- Dites-moi tout... chuchota Merlin presque pour lui-même, blanc comme un linge, fixant de bas en haut Arthur. Vous avez tenté de vous travestir et ça a mal tourné ?
- MERLIN ! Rugit-il de colère en serrant les poings.
- Avouez quand même qu'il y a de quoi se poser des questions ! Argumenta le valet, un petit sourire mutin naissant sur les lèvres.
Il détailla la transformation : La tenue de nuit du Prince était toujours présente, cependant froissée en tout sens. La chemise de coton beige et le pantalon fluide étaient à présent trop grands pour le corps qu'ils contenaient, cachant les nouvelles formes du Prince. Mais même sous ceux-ci, il pouvait discerner ses épaules amincies, ses bras affinés, ... Sa taille avait baissé légèrement, laissant à la nouvelle « jeune fille » l'avance de quelques centimètres par rapport à Merlin. Son visage s'était arrondi, ses mâchoires avaient perdu de leur caractère dur et masculin pour desservir des traits plus doux. Sa bouche s'était galbée et raffinée, devenant quelque peu plus pulpeuse. Les cheveux blonds cendrés tombaient maintenant en un rideau lisse jusqu'au bas de son dos. Seuls les yeux restaient définitivement identiques. Un regard étonnamment intrépide pour une femme.
Arthur croisa les bras, à la fois en un geste protecteur instinctif et en un signe de bouderie. L'échancrure de sa toilette, devenue trop grande, bâilla, laissant entrevoir la naissance de deux cercles de chairs.
- Tu vas rester planté là encore longtemps, à me regarder ?
Comme ayant été percuté par un dragon en plein vol, Merlin releva les yeux immédiatement. Seigneur... venait t-il tout juste de lorgner par inadvertance le décolleté d'Arthur Pendragon ?
...
Gaïus allait devoir lui préparer un sacré calmant à base d'Harpagomachin-truc pour qu'il s'en remette ! Affreusement honteux, le servant baissa le regard au sol.
- Je, euh... Bien sûr que non ! ... Que., emh... Voulez-vous que je coiffe vos cheveux ?
C'était la première chose à dire qui était passée par l'esprit du sorcier, voulant à tout prix cacher son embarras. Quant à Arthur, ses pommettes rougirent violemment, ses orbes océans balançant soudainement des éclairs.
Quoi ? Qu'avait-il encore dit de mal ?
- OH ! TOI ! Espèce de... !
Une tornade blonde bouscula Merlin et le paravent, se dirigeant vers la première table qu'elle trouva.
Dans des gestes saccadés par la rage, elle se saisit d'un gobelet estampillé aux armoiries du Château. Elle se retourna vivement :
- IDIOT ! Hurla-t-elle en balançant l'objet vers le valet qui écarquilla les yeux de stupeur, puis se baissa au dernier moment.
La cruche d'eau et le plateau ne manquèrent pas à leur tour d'être transformés en projectiles, les insultes plus élogieuses les unes que les autres suivants de près.
Si Merlin avait pu se questionner un instant, le doute n'était maintenant plus permis : pas une once des traits de caractère d'Arthur Pendragon n'avaient été entachés par la transformation qu'entraînait le maléfice, ... au grand damne de notre petit magicien.
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« Franchement, il en a de bonne lui : "- Dis au Conseil que je serai absent, trouve une excuse, ... n'importe quoi, mais soit convaincant. " »
Merlin ne pouvait s'empêcher de ruminer sa mauvaise humeur. Cette malédiction le mettait dans de beaux draps ! La pilule n'avait pas été facile à faire passer, et ce particulièrement au Roi qui l'avait fusillé à plusieurs reprises du regard. Le jeune garçon se souvenait alors avoir piteusement bafouillé quelque chose comme quoi l'Héritier devait garder le lit, qu'il était légèrement grippé... ou peut-être avait-il laissé échapper qu'Arthur avait une jambe cassée, il ne savait plus trop.
Ayant tôt fait de s'être débarrassé d'une pareille corvée, il s'était alors empressé de rejoindre son mentor, qu'il espérait bien trouver plongé dans ses bouquins, comme à son habitude, et pas en train de gambader à droite et à gauche, distribuant des remèdes.
Il ouvrit la porte à la volée, imperceptiblement essoufflé, trouva l'apothicaire attablé et balança l'information de but en blanc, dès qu'il eut Gaïus à portée de voix.
- Arthur est une fille.
Après un temps d'inaction, où les yeux de Gaïus ressemblaient à s'y méprendre à des fonds de louches, le vieil homme regarda son apprenti d'un oeil critique, un léger rictus indulgent accroché au coin des lèvres :
- Je te pensais plus observateur que ça, Merlin.
- Non, non ! Renchérit-il en se plaçant de l'autre côté de la table, posant ses mains dessus. Vous avez mal compris : Arthur... est une fille.
Nouveau temps d'incompréhension de l'autre côté du pupitre.
- Veux-tu dire : au sens littéral du terme ? ...
Merlin hocha la tête vivement, comme si l'effet d'affirmer la nouvelle oralement la rendrait complètement réelle.
- Juste Ciel..., murmura l'ex-sorcier abasourdi, reculant imperceptiblement sur sa chaise.
- Je ne vous le fais pas dire... Et encore, marmonna le brun en allant s'affaler un peu plus loin sur un des banc de la salle à manger, je ne pense pas que le Ciel puisse faire quoi que ce soit pour nous...
Gaïus se redressa, cherchant immédiatement à en savoir plus sur la situation. C'était cela que Merlin aimait bien chez son tuteur : il traitait les choses avec rationalité. Il ne comptait plus les fois où ses précieux conseils l'avaient aiguillé dans ses choix. Peut-être qu'ici aussi, il aurait un début de solution à apporter... ?
- Uther est-il au courant ?
Négation de la tête.
- Arthur s'est fait porter pâle pour l'Assemblée au Conseil... A vrai dire, il n'ose pas mettre un pied en dehors de ses appartements.
- Ce n'est pas étonnant quand on sait que c'est le Prince de Camelot ! Si une personne venait à faire le rapprochement, il serait la risée de la ville toute entière !
Le jeune garçon saisit un godet de terre cuite non loin de lui et se mit à jouer avec entre ses mains. Il sembla réfléchir un moment pour finalement déclarer lentement :
- Je ne pense pas que quelqu'un puisse faire le lien entre Arthur et sa transformation...
Ses yeux bleus avaient à présent pris une jolie lueur pensive.
- … Il ressemblerait davantage à sa soeur jumelle ou à une cousine. En fait, la seule chose qui serait en mesure de le trahir serait son caractère de crétin royal.
Gaïus lui envoya une oeillade réprobatrice. Le jeune sorcier haussa les épaules en retour, un air innocent planté sur le visage qui semblait dire : « Oui, je sais mais je ne dis que la stricte vérité... et qui a-t-il de mal à la dire, cette vérité, je vous le demande... ». Seulement, après quelques secondes, Gaïus avait repris un ton extrêmement sérieux qui posa la question qui finirait par devenir, de toute façon, inévitable :
- Et donc... Que comptes-tu faire ?
Les yeux du concerné manquèrent de sortir de leurs orbites, et sa machoire manqua de se décrocher :
- Ce que je compte faire ? Ce n'est pas moi qui ai transformé Arthur en jeune jouvencelle effarouchée !
- Sans doute, mais il va bien falloir trouver une solution, tu en conviendras... rétorqua le apothicaire.
Le brun se laissa aller vers l'arrière, allant même jusqu'à étaler le haut de son dos et sa tête sur la table derrière lui. Un intense soupir émana du plus profond de son être : une fois de plus, il n'aurait pas une minute à lui. Le destin lui envoyait encore une mission à résoudre, un nouveau problème à envisager. Que pourrait-il faire cette fois ? Pourquoi la situation devait-elle toujours autant s'envenimer ? Merlin maudit le nom de celui qui avait été capable de jeter un maléfice si pervers...
Gaïus, lui, couvait du regard son apprenti. Quoiqu'au fond de lui, il aimait plus à l'appeler fils qu'apprenti. Le médecin considérait comme une bénédiction, d'à son âge, avoir la chance de considérer quelqu'un comme de son sang. Plus aucune autre attache ne le retenait à Camelot depuis fort longtemps...
Son coeur se serra quand il remarqua des petites poches violacées sous les yeux du jeune garçon. Il devait être mené dans tant de directions, tant de challenges… : Protéger Arthur, Serviteur du Prince, Donner à Albion un Roi digne, Faire revenir la Magie à Camelot, … et Dieu sait quel autre encore épreuves l'attendaient.
« De si frêles épaules pour soutenir une si lourde destinée... », pensa-t-il.
Il aurait aimé l'aider davantage.
Il déposa sur son grimoire la loupe qu'il avait dans sa main noueuse et se dirigea à pas claudiquant vers une étagère qui recelait trésors de connaissance. Le sourcil blanc levé au plus au point, dans une mimique de concentration, il trifouilla dans son armoire pendant que Merlin relevait la tête, se demandant ce que pouvait bien fabriquer le Médecin. Ce dernier revint vers la table, les bras chargés.
- Eh bien, Merlin, tu sais ce qu'il te reste à faire...
Le vieillard y déposa une pile de bouquins qui devaient sans doute dater de l'Ancienne Religion. Tant de pages à examiner, analyser, ... afin de retrouver le maléfice dont était victime Arthur...
Merlin lui envoya un regard suppliant.
Aujourd'hui allait être une longue longue longue journée...
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« ... Comment est-ce possible ? ... Inimaginable... Pourquoi ? ... Incompréhensible... Pourquoi ? ... Pourquoi moi ? ... »
C'étaient les seules choses capables d'occuper l'esprit anéanti de cet être, là, assis simplement sur les draps froissés de sa couche. Ses pieds nus pendaient dans le vide, effleurant par moment les dalles glacées du sol.
Son poing se serra, retenant une partie des étoffes, le reste alla directement se planter dans la paume pâle de sa main.
- Aïe !
Ses ongles s'étaient encrés dans sa chair sans qu'il y prenne garde. Des cuticules longues qu'il n'avait pas l'habitude de côtoyer. « Des ongles de fille », se dit-il avec dégoût.
Comment avait-il pu en arriver là?
Pour l'instant, sa seule pensée se résumait à cette phrase. Il était trop choqué, bouleversé par ce qui était en train de lui arriver. Et d'ailleurs, qui aurait réussit à cogiter correctement, une fois dépossédé de son corps ?
Car c'était là ce qu'il s'était véritablement produit : Quelqu'un (qui avait tout du Diable en personne) lui avait retiré le droit sur son organisme. On venait de lui arracher l'image du Prince de Camelot, lui arracher une part de son identité et qui sait... peut-être par la même occasion une part de son âme.
Et ce n'était un secret pour personne : Arthur Pendragon avait toujours été fier de son corps (malgré les remarques de son imbécile de valet qui prétendait pour on-ne-sait-quelle-raison qu'un régime lui ferait le plus grand bien) et il y avait de quoi. Les longues heures d'entraînements, de tournois, de chevauchées à travers les bois, de batailles contre les créatures magiques avaient forgé sa carrure, taillé ses muscles, assuré sa confiance. Il était un homme fort et sûr de lui. Inébranlable.
A présent...
Il se retrouvait dans un corps frêle, presque chétif en comparaison, qu'il ne reconnaissait pas.
Le blond essayait tant bien que mal de rationaliser : on trouverait bien un moyen de lui rendre son apparence originelle. Ce n'était pas la première fois qu'un sortilège pareil l'atteignait. Son apparence avait déjà été modifiée auparavant.
Avec une certaine gène, Arthur se souvint de la fois où Gaïus avait été possédé par un Gobelin et l'avait réduit à se cacher dans sa chambre -comme aujourd'hui- : ses oreilles en gardaient un mauvais souvenir.
Mais l'enchantement avait cessé dès que le Gobelin avait été capturé.
... Ici, qu'en serait-il ?
Son instinct lui disait que cette fois, il lui serait plus difficile d'inverser le destin...
Lentement, il ramena ses jambes vers lui, puis attira les tissus vermeilles. Ses légers bras se croisèrent et se posèrent sur ses genoux. Enfin, sa tête s'installa sur ses avant-bras alors que sa longue chevelure soyeuse dévalait ses épaules, suivant de près ses mouvements.
De toutes ses forces, Arthur Pendragon tentait de ne pas faire taire cette lueur d'espoir qui résonnait dans le cobalt de ses yeux.
La réalité du monde lui semblait bien trop cruelle en cet instant.
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De l'eau jusqu'aux coudes, Merlin retint un cri de douleurs; le fluide chaud contrastant brutalement et désagréablement avec la température glacée de ses mains.
« Quel idiot, mais quel idiot ... ! »
Jamais, ô grand jamais il n'aurait dû retirer les bandages que Gaïus lui avait posés ce matin. Pourtant lorsqu'il s'était retrouvé devant la bassine brûlante avec ses pansements pour laver le linge, il s'était résolu à les enlever pour ne pas les tremper. Bien mal lui en avait pris, puisque maintenant, il sentait chacune de ses infimes coupures se rouvrir sous l'effet de l'eau bouillante et du fait que sa peau commençait déjà à se friper. Il espérait juste que les vêtements ne seraient pas tachés.
- Dis-moi, depuis quand fais-tu la lessive de Dame Morgana ?
Le brun releva ses yeux surpris vers une jeune femme qu'il reconnut quasi-immédiatement comme étant la servante qu'il avait croisé le matin même dans la buanderie.
- Annabelle !
Merlin sentit le rose lui monter légèrement aux joues, ses bras s'enfoncèrent plus loin dans l'eau, vaine tentative de cacher les étoffes dans le liquide troublé par le savon noir. La servante aux iris vert intelligents regardait le travail de son ami par-dessus son épaule.
- Pas du tout ! Finit par se défendre Merlin avec un certain embarras, je... fais la lessive pour une amie..., termina-t-il lentement.
La brune haussa un sourcil sarcastique et retint un petit gloussement.
- Tu veux dire que tu n'as pas encore assez avec les tâches que te confie Le Prince ? Il faut aussi que tu fasses le linge de tes conquêtes...
- Pas mes conquêtes ! S'écria le jeune garçon, se relevant brutalement, dont les rougeurs gagnaient le reste de son visage de secondes en secondes.
Dans son empressement à se justifier, en haussant les mains, il avait éclaboussé les alentours, y comprit le tablier de travail d'Annabelle.
- Désolé ! C'est simplement une bonne amie à qui je devais un service...
La domestique soupira, capitulant devant tant de véhémence à détourner la vérité de la part de son jeune ami. Elle posa les genoux au sol, pour se mettre à la même hauteur que Merlin, puis pris délicatement ses mains dans les siennes :
- Regarde-moi ça... Tu as retiré tes bandages de ce matin pour nettoyer le linge, c'est ça ? Souffla-t-elle.
Annabelle, sous ses airs de domestique, était en réalité une très belle jeune femme. Merlin ne comprenait pas pourquoi il ne l'avait jamais remarqué auparavant. Peut-être était-ce à cause des rayons de soleil de midi qui filtraient par la fenêtre de la buanderie et qui venaient rayonner sur sa peau pâle et donnait un ton particulièrement chaleureux et profond à ses cheveux châtain clair...
- Vas soigner tout ça, je m'occuperai de cette robe pour toi. Repasse la chercher dans la fin de l'après-midi, d'accord ?
Le brun revint à la réalité et laissa glisser ses mains hors de l'emprise des siennes.
- D'accord, répondit-il simplement. Merci.
Il se releva, lui offrit un léger sourire puis passa à grandes enjambées la porte, évitant le tumulte des larbins qui s'affairaient à droite et à gauche.
Dans les couloirs, il eut un regard derrière lui, comme pour constater que personne n'avait remarqué son manège, puis pressa le pas, descendant les escaliers du château à toute allure. Il se retrouva bien vite en dehors de ce dédale de pierres massives pour s'orienter dans la cours de la citadelle qu'il traversa sans même un regard pour autrui. Enfin, il se trouva parmi la populace et descendit cette rue qu'il finissait par connaître par coeur. Le menuisier, des étales de maraîcher, la foule des braves gens de Camelot menant leur vie quotidienne, des brebis attachées, un enclos où se pressaient vendeurs et acheteurs tentant de marchander le prix d'un cochon, ... La vie grouillait littéralement dans cette citadelle. Merlin se souviendrait à jamais de l'instant où il avait parcouru ce chemin pour la première fois, quand il ne connaissait rien encore de sa destinée. Il s'était senti chez lui. Il avait eu l'intime et secrète conviction que Camelot deviendrait un endroit où il pourrait être à sa place... un jour.
Il passa devant la taverne « The Rising Sun » non sans un regard et un souvenir pour son ami Gwaine qui aimait à passer par là, puis il arriva enfin à destination. Il tapa deux coups discrets sur le bois de la porte et quelques instants plus tard, cette dernière s'ouvrit sur le visage familier de Guenièvre, qui s'illumina à sa vue.
- Entre, intima t-elle. Je viens de finir de préparer à manger.
Le petit magicien ne se fit pas prier et bientôt, il fut attablé, une assiette devant lui, la bouche pleine de poulet. Guenièvre, elle, s'était assise de l'autre côté et chipotait dans son assiette sans grand appétit.
« Pourtant, se dit Merlin, ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de manger comme ça ! »
En effet, ce n'était pas monnaie courante de pouvoir se nourrir de viande, même blanche. Une fois par mois, quand on avait de la chance. Mais la servante avait été prévoyante tout le long de sa courte vie, ses économies lui permettaient une petite folie telle que celle-ci de temps en temps.
- Alors, dit-elle, tu as pu lui donner?
- Hm ? Grommela-t-il en réponse en mordant dans une cuisse. Ah, ghoui ! ... Ghnon, phash enghor.
Il avala.
- Il a fallu que je la lave avant.
- Je suis désolée, c'est tout ce que j'ai pu trouver, se consterna-t-elle. Si Morgana avait remarqué que j'avais emprunté une de ses nouvelles toilettes... Elle est très bizarre ces derniers temps, commenta-t-elle plus pensivement. Je n'ai pu que prendre une de ces anciennes robes qu'elle envisageait de jeter...
- Je l'ai confiée à Annabelle. Elle sera comme neuve, ne t'en fais pas, la rassura Merlin en mordant dans un quignon de pain avec une faim féroce.
Gwen sembla scanner son ami du regard. Puis avec un petit regard malicieux. Elle constata :
- Il semble que tu passes beaucoup de temps avec cette... Annabelle.
Le valet manqua d'étouffer avec la mie de pain qu'il avait en bouche. Il dû se taper quelques fois sur les bronches afin d'enfin pouvoir à nouveau respirer correctement. Que diable avaient les femmes de Camelot à lui coller des aventures amoureuses sur le dos ?
- Qhuoi ?
Il toussota encore une ou deux fois alors que le sourire de la soubrette s'élargissait.
- Non, non, non : tu n'y es pas du tout, Guenièvre, se défendit-il un regard gêné en coin. Elle ne fait que me rendre un service.
Bon sang, pourquoi avait-il l'impression de devoir se justifier pour ce qu'il faisait ? Il haussa les épaules et mordit plus précautionneusement dans son pain, prenant garde cette fois, à ne pas s'étouffer.
- Quoi qu'il en soit, tu ne devrais pas traîner Merlin. Il va falloir trouver une solution pour le Prince Arthur.
La mine du jeune sorcier s'affaissa sensiblement et un soupir lourd s'échappa de sa poitrine. D'un voix plus basse, presque rauque il chuchota:
- Penses-tu qu'Uther devrait savoir ce qu'il se passe ?
- Je pense... Dit-elle en se levant pour empaqueter dans un linge propre un reste de poulet, ... qu'il faut envisager toutes les possibilités avant de parler au Roi.
Le silence s'installa doucement, pendant que le brun continuait à mâcher son repas, pensivement. Qu'allait-il bien pouvoir faire ? Il le savait : tôt ou tard, il faudrait prendre une décision. Ce n'était pas faute d'avoir cherché des solutions mais il semblait que cette fois, le problème ne soit pas si facile à résoudre. L'excuse de la « maladie » que couvait Arthur ne durerait plus bien longtemps, jusqu'au lendemain tout au plus. Après cela, le Souverain demanderait une explication.
« Pourvu que nous trouvions une solution avant... » Pria-t-il à un quelconque Dieu qui de toute évidence, semblait lui aussi impuissant face à la situation.
- Je ne sais pas ce que je dois faire, chuchota-t-il finalement alors qu'il venait de racler son assiette avec le reste de son pain.
Guenièvre eut un regard empli de compassion à l'égard de son ami. Elle se rappela tout le chemin qu'il avait fait jusqu'ici A son arrivée : naïf, innocent, plein d'entrain. C'était ça qui l'avait séduite chez lui. Puis, il avait appris la vie, celle d'un valet plus précisément. Le garçon ne s'était pas révélé spécialement doué pour ce boulot, mais il l'avait toujours exécuté avec un dévouement rare. C'était sans doute le facteur dominant du pourquoi et comment, Arthur Pendragon, odieux et prétentieux petit avorton arrogant du Roi, avait finalement pris la décision de garder cet ... « incapable ». Puis, d'une façon inattendue, l'influence que l'un avait sur l'autre et inversement avait fait son effet, comme par magie. Arthur avait pris des qualités du jeune sorcier : la gentillesse, la compréhension, la compassion. D'un autre côté, Merlin avait aussi appris du Prince : le dévouement pour la juste cause, le courage, l'art de se battre -aussi bien mentalement que physiquement.
« Les deux faces d'une même pièce, pensa la servante avec un apaisement évident, ces deux-là étaient faits pour se trouver. »
Gwen n'était pas inquiète pour l'avenir. Elle était certaine que la situation pour l'Héritier de Camelot s'arrangerait tôt ou tard. Avec son serviteur dévoué à ses côtés, ce n'était qu'une question de temps avant de toucher du doigt la solution. Pour elle-même par contre...
- Ce n'est pas ta faute, cette malédiction, lui répondit-elle doucement à son désespoir apparent. D'accord ?
Merlin leva les yeux sur elle, toujours une lueur incertaine les habitants. Il hocha lentement la tête.
- Bon, dans ce cas, tout se passera bien. Gaïus finira par trouver une solution.
Le brun prit encore quelques instants, puis décida de ramener sa bonne humeur à bord : il ne servait à rien de se décourager, ce n'est pas comme ça qu'il réglerait ses problèmes ! Un sourire étira ses lèvres pleines vers le haut en une moue incroyablement positive.
- Tu as raison, Gwen. Ca finira par aller !
Il se leva avec une énergie renouvelée (sans doute l'effet de la nourriture), replaça sa chaise, salua son amie pour le repas :
- Je retourne aider Gaïus dans ses recherches.
- Tiens-moi au courant, lui dit-elle en lui tendant les restes de poulet qu'elle avait empaqueté un peu plus tôt.
Il les saisit avec gratitude mais elle vit Merlin hésiter avant de passer le pas de la porte.
- Au sinon, tout va bien pour toi, n'est-ce pas ? Le remède de Gaïus a fonctionné ?
Elle lui offrit un petit sourire rassurant :
- Oui, tout va bien, répondit-elle simplement.
Il hocha la tête.
- Fais-moi savoir si tu as besoin d'autre chose, la salua-t-il.
Et puis, il fut parti pour de bon.
Sa tête se secoua très doucement, d'un air de dire « Décidément celui-là... ». Merlin l'étonnerait toujours. C'était une de ses nombreuses qualités en plus de sa détermination.
Guenièvre prit une profonde respiration, sa main se posant naturellement sur sa hanche, déviant juste un peu, sur son ventre.
« Détermination... », pensa-t-elle comme pour se convaincre.
Puis, elle retourna à ses tâches ménagères, commençant par la vaisselle restée sur la table.
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Remonter les escaliers du Château de Camelot quatre à quatre demandait un certain entraînement, mais à présent, Merlin y arrivait sans trop de difficulté.
C'est pourquoi, lorsque son souffle se coinça dans sa gorge au détour d'un couloir, ce ne fut certainement pas la cause de son exercice jusqu'à présent.
- Morgana...
L'avait-elle fait exprès, de se retrouver là, à un tel moment ? Il en doutait jusqu'à ce qu'elle daigne ouvrir la bouche après lui avoir lancé un regard à vous glacer le sang :
- Merlin, constata-t-elle. Journée plaisante ?
Le concerné resta un instant muet, interdit face à cette conversation anodine. Il ne s'attendait guère à de pareils échanges en bonne et due forme.
- Parfaite ! Répondit-il d'un ton qui se voulait le plus neutre possible. Et vous, Dame Morgana... ?
Le pauvre Merlin avait l'impression d'être tombé dans une sorte de réalité alternative... La fille d'Uther laissa parcourir tranquillement son regard bleu électrisant sur le corps, puis le visage du jeune homme. Il en éprouva d'ailleurs un certain malaise en plus du fait qu'il ne savait comment réagir. Il se demanda un instant si elle savait qu'une de ces anciennes robes était destinée à son frère... Il ravala son sourire en entendant la phrase suivante :
- Comment se porte Arthur ? Demanda-t-elle plutôt.
- Je...h, Bien. Il se porte… bien.
- Ah oui ?
Un air innocent accroché au visage, mais d'une consonance si froide que le sorcier en devina immédiatement l'imposture.
« Elle sait quelque chose, réalisa-t-il. »
- Oui, affirma-t-il plus fermement. Arthur est juste un peu grippé, c'est tout. Gaïus lui a prescrit les remèdes nécessaires.
- Tu m'en vois soulagée, Merlin.
Soulagée ? Alors qu'elle rêvait de prendre la future place de son frère comme Reine ? Il en doutait fortement.
- C'est tout de même incroyable, fit-elle en ramenant un peu un des pans de ses manches vers elle, qu'elle lissa gracieusement.
Le garçon fronça les sourcils.
- ... ce que la destinée est capable de réserver.
Merlin se tut simplement face à cette révélation. Par cette seule phrase, Morgana affirmait son pouvoir sur lui, sur Arthur et par la même occasion sur tout Camelot en avouant presque sans métaphore qu'elle était à l'origine du problème qui le préoccupait actuellement. Les pensées du valet tournaient à une vitesse folle là-haut.
« J'aurais du le voir venir, j'aurais dû m'en douter, ... » ne cessait-il de se répéter comme si cela lui permettrait de ne pas exploser de colère au beau milieu du château.
Un danger supplémentaire alla se nicher au-dessus de sa tête, telle une épée de Damoclès supplémentaire : la soeur d'Arthur pourrait menacer de tout révéler à tout instant. Merlin se remit à respirer quand il constata qu'il avait bloqué ses poumons depuis presque une demi-minute.
- Remets mes bons rétablissements à Arthur, veux-tu ?
Le jeune sorcier ne manqua pas le léger sourire qui flottait au coin des lèvres de la jeune femme. Et lorsqu'elle tourna enfin au coin du couloir, il aurait presque cru entendre un doux éclat de rire cruel. Un frisson effroyablement glacé remonta le long de sa colonne vertébrale.
La robe et le repas d'Arthur attendrait.
Sans hésiter, il continua sa route, retrouvant Gaïus pour lui annoncer la nouvelle.
Il ne laisserait pas Morgana heurter plus les sentiments du Prince.
Jamais.
[ à suivre ?...]
