Me revoici !
Bon, rien ne dit que je continuerais longtemps à poster à ce rythme, alors, profitez-en ! Comme toujours, un petit mot de remerciement pour les reviews "anonymes" - les autres ayant déjà eu leurs réponses par MP ! - et une petite courbette pour ma bêta et son incroyable travail à mi-chemin entre la noble conscience professionnelle et la douce maniaquerie.
Petite note stupide. J'étais très très fière de moi quand j'ai trouvé ce titre ! Je le trouvais si imagé, si poétique, si bien accordé au manga et au chapitre... Alalala. Je vous assure, je ne me sentais plus. Jusqu'à ce que je me retourne pour voir attraper un tome de Bleach au pif sur mon étagère. Le dix-neuf. Bien évidemment.
Ceci étant, je vous prie - par pitié - de ne pas me haïr dès le début de ce chapitre, et de ne pas m'insulter (contrairement à ce que préconise généralement la célèbre Temi-Chou). Vous n'aviez qu'à mieux lire l'absence de pairing en cliquant sur cette fic.
3
Dark Moon Rising
La couette moelleuse formait un cocon de douceur et de chaleur. Rukia ouvrit un œil, laissa son regard se perdre par delà la fenêtre : le ciel automnal se faisait triste et grisâtre, enveloppant la ville dans une bruine persistante. Pas un jour pour se lever. Elle sentit Renji glisser son bras autour de sa taille, ce qui lui arracha un sourire. En prenant garde à ne pas le réveiller, elle se tourna. Du bout des doigts, elle redessina ses tatouages qui se perdaient dans sa nuque.
Elle s'en voulait de lui mentir, à lui aussi. Elle regrettait la comédie de la veille. Ce n'était pas vraiment qu'elle ne lui faisait pas confiance, mais il était le bras droit de son frère et Byakuya Kuchiki ne la laisserait plus sortir de chez elle si jamais il apprenait combien elle était mal en point. La greffe ne viendrait pas plus vite de toute manière, alors autant profiter de la vie.
Ses doigts continuaient de suivre les arabesques, les frôlant avec tendresse. Attentive au rythme de sa respiration, elle se délectait de le voir si paisible.
D'aussi loin qu'elle s'en souvînt, il avait toujours été son ami. L'affection qu'ils se portaient mutuellement les avait poussés à une relation dépourvue de repères, si bien qu'elle ignorait ce qu'elle éprouvait réellement pour l'homme aux cheveux rouges. Ils jouaient si souvent au chat et à la souris, pour ensuite n'être que les meilleurs amis du monde que lorsqu'elle se réveillait dans ses bras, elle se demandait toujours comment elle avait fait pour atterrir là. Peut-être une passion incontrôlable, se disait-elle.
Elle écouta sa respiration quitter la phase de sommeil, se faisant moins profonde, puis le vit ouvrir les yeux doucement, battre des cils pour chasser la torpeur.
-Bonjour, sourit-elle.
-Tu vas mieux ?
Elle acquiesça, s'efforça de chasser les remords de son esprit, goûta ses lèvres d'un chaste baiser. Il l'attira un peu plus contre lui et elle savoura ce contact, cette proximité. Dans ces moments-là, elle se sentait invincible, capable d'affronter n'importe quelle journée, aussi pluvieuse fût-elle.
-Tu m'as fait peur, avoua-t-il tout bas.
-Je suis désolée.
Il soupira.
-Tu ne devrais pas te surmener de la sorte. Je sais qu'Ukitake t'encourage dans cette voie, mais…
Elle s'écarta de lui et le darda d'un regard furibond, furieuse qu'il pût gâcher un moment pareil en paroles superflues :
-Tais-toi.
-Rukia…
Elle ne se laissa attendrir ni par son ton, ni par sa moue et encore moins par l'insistance de son regard. Cela lui tapait sur les nerfs, à la fin. Pouvait-on cesser de la traiter en grande handicapée, avec un pied déjà dans la tombe en prime ? Elle avait besoin de vivre ! Elle se redressa, s'assit au bord du lit. Il y eut un instant de flottement tandis qu'elle regardait la pointe de ses pieds frôler la moquette. Elle secoua la tête, attrapa un kimono de soie qui traînait au sol qu'elle enfila à la hâte avant de s'enfermer dans la salle de bain. Dos contre la porte, elle écouta attentivement ce qui se passait dans la pièce à côté. Elle entendit clairement le soupir las et résigné de Renji, puis le grincement du lit lorsqu'il se leva. Le déclic discret du briquet quand il alluma sa cigarette. Elle se dirigea vers la douche, se débarrassant à la hâte du peu de vêtements qu'elle portait pour chercher le réconfort sous l'eau froide. Elle leva la tête vers le haut pour accueillir le jet sur son visage, en priant pour que cela puisse chasser le battement sourd de son cœur qui résonnait jusqu'à dans ses tympans. Elle retint sa respiration pour ne pas que l'eau infiltre ses poumons, s'apaisa des goutes qui ruisselaient sur sa peau.
Apnée…
-Pense à fermer à clé en te cassant ! entendit-elle hurler malgré la paroi et le bruit de l'eau.
La porte claqua, faisant trembler les murs.
Elle rebaissa la tête, inspira une grande goulée d'air, rageusement.
-Alors, c'est quoi, c'que tu avais à me montrer ? interrogea Ichigo, dévoré par la curiosité.
En guise de réponse, Chad poussa la lourde porte du garage. Un nuage de poussière aussi volumineux que dense s'éleva, charriant au passage une forte odeur de renfermé et de cambouis. Le roux porta la main à sa bouche, toussa pour chasser cette saloperie de ses poumons, plissa les yeux.
-Je n'ai pas encore eu le temps d'aérer ou de nettoyer, s'excusa Chad. Je viens seulement d'en hériter.
Ichigo se demanda un instant quel drôle d'héritage pourrait recevoir son ami, d'un grand-père décédé depuis quelques années déjà. Il ne tarda pas à le deviner lorsqu'il distingua dans la pénombre une voiture – du moins, semblait-il – recouverte d'une bâche. Chad appuya sur l'interrupteur en pénétrant dans la pièce, et la seule ampoule restante renvoya un pauvre éclairage sur l'endroit, révélant l'ombre d'étagères, d'outils, de pièces tout un bric-à-brac de mécanique, paradis du mécanicien. Le plafond étant bas, il ne lui fallut guère longtemps pour visser des ampoules un peu partout. Néanmoins, la lumière émise n'en demeurait pas moins terne et jaunâtre, et ne permettrait pas de travailler dans l'atelier. Un grand ménage et quelques travaux s'imposeraient, mais l'endroit était parfait. Situé en banlieue, dans le quartier du port, il serait possible d'y bricoler à n'importe quelle heure du jour de la nuit sans importuner quiconque. Sans compter la surface dont Chad disposait : on pouvait y garer deux prototypes comme celui de Renji sans le moindre problème tout en disposant de suffisamment de place pour travailler.
Chad s'approcha de la voiture, au centre du garage chichement éclairé et entreprit de retirer délicatement la bâche du véhicule dissimulé afin de ne pas créer un nouveau nuage poussiéreux.
-Un prototype ! s'exclama Ichigo.
Du moins, ce qu'il en restait. Le rouquin en fit rapidement le tour. Il ne s'agissait pourtant que d'une voiture American Muscle, à première vue. Mais, au même titre que les différentes équipes de la Soul Society, la marque de la voiture était indéterminée et représentée par un symbole. Les jantes, toujours en place, étaient frappées de ce même symbole et leurs rayons n'avaient rien de commun. La carrosserie, rouillée et cabossée, demandait déjà pas mal de travail. Il n'imaginait même pas le reste. Trouver toutes les pièces pour remettre d'aplomb ce bijou serait un véritable cauchemar. Un coup d'œil sous le capot lui indiqua aussi que le moteur brillait par son absence. S'en procurer un ne serait pas de la tarte.
-Comment t'as appelé ça ?
-Un prototype, répéta Ichigo. Il y a une entreprise, la Soul Society, qui développe ce genre de caisses pour le compte de l'armée et qui les testent illégalement.
-Urahara, mon patron, a déjà mentionné la Soul Society quand les deux mecs sont passés pour qu'on aille chercher une Alfa Brera salement enfoncée.
Ils se fixèrent quelques instants, tandis qu'Ichigo pensait à toute vitesse : une Alpha… celle de Rukia ? Les deux mecs en question ne seraient-ils pas tout simplement Ikkaku et Renji ? Urahara, le prof complètement barge de l'école, qui se baladait constamment avec un bob rayé ? Ichigo prit un vieux carton pour tabouret de fortune, enfouit ses mains dans ses poches, prenant ses aises. Il semblerait qu'ils aient pas mal de trucs à se raconter.
Assise en tailleur, à même le sol dans le séjour du minuscule appartement d'Ichigo, Rukia vidait d'une traite un gigantesque verre de grenadine. Le rouquin, quant à lui, s'efforçait de ne pas laisser paraître sa mauvaise humeur. Il avait comme l'impression que rien ne servait de s'énerver, que Rukia avait déjà subi les conséquences de sa comédie de la veille. L'air peiné de Renji, la peur de la perdre, peut-être, ainsi que la réaction glaciale de son frère n'avaient pas dû la laisser indifférente. Néanmoins, lui-même avait eu une sacrée frayeur. Même en tant que copilote, elle ne se ménageait pas. Il avait réellement craint pour sa santé pendant un moment et ne pouvait pas vraiment blâmer son entourage qui devait constamment vivre dans cette même inquiétude. D'un autre côté, il comprenait que Rukia voulût absolument faire ses preuves : elle n'en pouvait plus d'être préservée en toute circonstance. Puis autre chose le tracassait et il espérait que, pour une fois, elle n'éluderait pas sa question. Il s'assit sur l'accoudoir du canapé et croisa les bras.
-Rukia, tu ne m'as jamais donné de précisions sur tes problèmes de santé, précisa-t-il.
Il avait fait un effort pour ne pas paraître accusateur ce qui n'empêcha pas la jeune femme de lui lancer un regard torve. À ce rythme, elle y aurait le droit toute la journée. Ichigo soupira et poursuivit :
-Je veux juste savoir à quoi m'attendre, Rukia.
Certes. Ça, elle pouvait le comprendre. Il était son copilote après tout, il devait être en mesure d'effectuer les premiers gestes de secours pour assurer sa survie. Et s'il devait passer quelques minutes supplémentaires pour comprendre ce qu'elle avait, c'était mettre sa vie en danger plus qu'elle ne l'était déjà. Et puis, si jamais quelqu'un de la Soul Society lui parlait d'elle et qu'il affichait une tête d'ahuri parce qu'il n'était au courant de rien, ils seraient probablement démasqués.
-Promets-moi que tu ne me lâcheras pas une fois que tu sauras, consentit-elle finalement.
-Promis.
-Malformation cardiaque, c'est héréditaire.
Ichigo fronça les sourcils et retint in extremis une remarque qui aurait attiré les foudres de Rukia. Oui, elle devrait arrêter, attendre patiemment une greffe si cela était possible non pas surmener le pauvre organe en le shootant à l'adrénaline. Pas étonnant que son entourage se fît du mouron. Face au silence du rouquin, Rukia se leva :
-Je peux me servir une autre grenadine ?
-Fais comme chez toi.
Ce qu'elle faisait déjà de toute façon, songeait-il. Elle se glissa jusqu'au coin cuisine, ouvrit les placards avec une désinvolture sans avoir besoin d'aucune indication. Voilà qui confirmait les pensées d'Ichigo. Quand diable avait-elle trouvé le temps d'explorer son appartement dans les moindres recoins ?
-Au fait, il y a une course, ce soir.
-Deux soirs de suite ?
Rukia haussa les épaules :
-Ce ne sont que les sélections, tu sais. Quand ça deviendra plus sérieux, on en aura moins : les circuits seront plus élaborés, les voitures modifiées entre chaque course. Parfois, il faudra bouger aux quatre coins du pays, aussi. Donc ça demandera plus de préparation.
Logique. Ichigo se demandait néanmoins ce que signifiaient des circuits plus élaborés. Les pistes classiques ne seraient pas du goût de la Soul Society et ses membres complètement barrés, ça il en était certain. Mais que pourraient-ils inventer, alors ? Il se gratta la tête, pensif, avant de demander :
-Ai-je raison de m'inquiéter ?
-Mais nooon. Pas du tout. Il faut juste tester les voitures sous tout un tas de terrains différents, c'est tout. C'est très amusant ! Une année, j'ai eu l'occasion faire une course avec Sodeno Shirayuki sur la glace…
Ichigo pouvait jurer que des étoiles brillaient dans le regard de Rukia. Il ignorait s'il devait sourire gentiment ou bien flipper carrément.
-Tu as gagné j'espère ?
-Au début, j'étais bien partie. C'était magique. Cette voiture est faite pour la glace. Mais le capitaine Kenpachi, avec son prototype de barbare, a failli tuer tout le monde.
Okay. Maintenant, il était complètement flippé.
-En fait, poursuivit Rukia, il conduit une espèce de tank. Je suis étonnée que cet engin puisse rouler aussi vite, avec un tel blindage et des roues aussi énormes. Ceci étant, il pouvait rouler très vite sur la glace, mais avec son poids, nous étions tous certains qu'il ne pourrait jamais passer le premier virage. On était loin de se douter qu'il avait monté des espèces de harpons de chaque côté de sa voiture pour faire pivot. À chaque virage, il se plantait profondément dans la glace du côté où il voulait tourner avec des crochets rétractiles, amochait méchamment la piste dans la foulée, pour repartir sur les chapeaux de roues. Un truc complètement dingue. Les débris de glace ont mis pas mal de pilote hors course. C'est depuis ce jour que l'équipe de la conception a décidé d'améliorer le blindage des voitures. Même si ça les a rendues bien plus lourdes.
Tout en expliquant, Rukia avait attrapé un carnet et des feutres dans son sac pour faire un schéma à son ami. Ichigo fronça les sourcils. Des bolides multicolores, des pics de glaces qui les transperçaient, des visages grotesques… Ce n'était pas du niveau école maternelle, ça ?
-Tu as toujours été aussi nulle en dessin ? Ou bien c'est une séquelle d'un accident ?
Pour toute réponse, il reçut un oreiller en pleine face. Un coup bas qu'il lui rendit presque aussitôt. La bataille fut néanmoins de courte durée puisqu'Ichigo, déséquilibré, tomba de l'accoudoir et atterrit parterre, sur le dos.
-Merde, marmonna-t-il entre ses dents, s'assurant qu'il n'avait rien de cassé.
La tête de Rukia apparut au-dessus de lui, depuis le canapé :
-Ça va ?
Il grommela un vague « ouais » en se frottant la tête et se redressa. Il se jura intérieurement qu'il allait lui faire payer. Vraiment. Mais une autre fois, songea-t-il, alors qu'il jetait un coup d'œil à l'heure qu'affichait son lecteur DVD.
-On devrait y aller, les cours commencent bientôt.
Il acquiesça et partit chercher son sac posé sur la table à manger.
-Au fait, Rukia… Si tu as déjà du travail à la Soul Society, qu'est-ce que tu fais à l'école ?
Il faillit ajouter qu'en plus, elle devait probablement profiter de la richesse incommensurable de la famille Kuchiki, mais jugea plus sage de s'abstenir.
-Pour commencer, ça me permet de ne pas rester enfermée toute la journée dans un bureau. Ensuite, j'approfondis mes connaissances qui, d'une manière ou d'une autre, s'avèrent profitables pour la Soul Society. C'est un cursus assez courant, en fait. Shûhei et Renji aussi, viennent à l'école, par exemple.
Logique, dans le fond, songea Ichigo. Le visage de Rukia s'éclaira d'un sourire moqueur.
-Enfin, crois-le ou non, mais mon département est chargé de trouver du personnel pour la Soul Society. Pilotes comme employés de bureau. Le genre de personne qui pullulent plutôt là-bas.
Décidément, cette Soul Society était toujours plus gigantesque aux yeux d'Ichigo. De si nombreux pilotes, ingénieurs, mécaniciens… Une véritable institution.
-Ça doit être chiant, non ? De toujours courir contre son équipe.
-Comment ça ?
-Bah, vous êtes tous de la Soul Society, non ?
Rukia se mit à rire, tout en ramassant ses affaires.
-Non, non. Le tournois porte le nom de la Soul Society parce que cette année, c'est à nous de l'organiser. Mais on a des concurrents. Sinon, ça n'a pas d'intérêt. D'ailleurs, nous ne serons pas seuls, à la course de ce soir.
Ichigo attrapa sa veste et s'engagea dans la cage d'escalier à la suite de Rukia après avoir pris soin de fermer la porte de l'appartement à clé.
-Qui sont les autres ?
-Tu verras !
-Quoi ? Mais, Rukia !
Elle lui tira la langue pour couper court à ses protestations et s'élança en courant dans la rue. Quelle gamine, s'attendait-elle vraiment à ce qu'il la poursuivît à travers la ville pour simplement se rendre en cours ? Elle se fourrait le doigt dans l'œil et jusqu'au coude ! Du moins, songea-t-il jusqu'à qu'il la vît se précipiter au volant de sa nouvelle voiture. Ichigo resta comme deux ronds de flan.
-Une Lotus Elise ?
-Modifiée par les soins de la Soul Society ! cria Rukia en retour.
On voyait tout de suite où passait l'argent de l'illustre et richissime famille Kuchiki.
-Autant dire que je n'ai aucune chance, marmonna Ichigo, sans se dégonfler pour autant. Bon joueur, il démarra sa Golf, prit le temps d'allumer la radio avant de suivre une Rukia survoltée.
Le professeur Shihôin termina de noter une formule au tableau, puis fit face à l'amphithéâtre rempli :
-C'est fini pour aujourd'hui. Sachez que cette partie de cours magistral est à savoir pour le devoir du professeur Urahara, en fin de semaine.
Les soupirs de mécontentement et les murmures de protestation parcoururent l'amphithéâtre. Yoruichi Shihôin laissa transparaître un sourire satisfait. Alors qu'elle frottait ses mains pour en chasser toute trace de craie, son regard s'éclaira : un peu plus, et elle oubliait. Elle se pencha sur le micro du bureau :
-Kurosaki, viens me voir.
Le rouquin fronça les sourcils. Il voulait rentrer direct, lui. Puis, pourquoi était-elle si familière avec lui ? Les autres étudiants allaient se faire des idées. Génial. Bougon, il descendit les marches jusqu'à l'estrade où se trouvait le bureau de la prof.
-Vous m'avez appelé ?
Elle opina du chef, sans prendre la peine de lever les yeux sur lui, obstinément focalisée sur son agenda qu'elle semblait remplir. Poli, il ravala son impatience, jusqu'à ce que l'amphi fût déserté de ses étudiants.
-Bon, Kurosaki. La rumeur court que tu es copilote de Rukia Kuchiki, à la Soul Society.
Elle rit en voyant l'air outrageusement surpris de l'élève.
-Tu pensais vraiment que ce genre de chose ne se savait pas, Kurosaki ?
Oh, il se doutait bien qu'Urahara aurait eu vent de ses petites escapades nocturnes, vu qu'il le savait d'ores et déjà mêlé à toutes ces affaires grâce à Chad. Un peu plus tôt, il apprenait aussi que de nombreux élèves de l'école n'étaient en fait que des employés de la Soul Society. Soit. Mais que tous les profs se passaient le message, il ne s'y attendait pas vraiment. Il répondit d'un haussement d'épaules quelque peu bourru. Après tout, Rukia ne lui avait même pas donné de précisions sur le règlement – qui devait probablement exister – et il se trouvait donc dans l'incapacité de dire si, oui ou non, il pouvait parler librement au professeur qui le guettait d'un air espiègle.
-Bon, reprit-elle, Urahara voudrait te voir à son garage, après la course de ce soir.
-Pourquoi ?
Ichigo ne s'étonnait même plus du fait que ses professeurs savaient pour les courses.
-C'est une surprise !
Yoruichi rangea ses quelques affaires à la va-vite dans son sac avant de sortir, sans laisser le temps à l'élève de rétorquer ne serait-ce qu'un mot. Ichigo ne savait pas s'il devait se montrer ravi qu'on lui accordât tant d'attention, ou bien s'il devait être furieux du comportement énigmatique de ces curieux personnages. Une surprise, hein ? N'importe quoi. Il ne savait même pas s'il pouvait leur faire confiance, d'autant plus que la Soul Society semblait se méfier d'Urahara, d'après ce qu'il avait compris du récit de Chad.
Il soupira avant de quitter la salle de classe, yeux mi-clos, pestant intérieurement.
-Tu cours pour la Soul Society, hein ?
Ichigo crut qu'il allait frôler la crise cardiaque. L'étudiant qui lui faisait face remonta ses lunettes du bout des doigts et toisa son camarade de lycée.
-Ishida, mais qu'est-ce que tu fous là ?
-J'ai un cours, ici. Dois-je te rappeler que les étudiants de l'école de médecine et ceux de l'école d'ingénieur partagent les mêmes amphithéâtres ?
-Ah bon ?
-On en parlait pendant le pique-nique, l'autre jour, Kurosaki. Mais tu devais être trop préoccupé par ces pseudos bolides.
Ichigo commençait à en avoir sa claque, de ce ton suffisant. La condescendance d'Uryû Ishida lui avait toujours tapé sur le système. Plus encore depuis qu'il semblait lui aussi relié d'une façon où d'une autre à la Soul Society. Un sourire arrogant se dessina sur les lèvres du futur médecin, pour qui le silence outré d'Ichigo était une victoire bien délicieuse.
-On se voit à la course de ce soir, Kurosaki.
-Quoi ?
-Tu m'as parfaitement entendu.
Il disparut à son tour, presque aussi rapide que cette fourbe de Shihôin. Le rouquin enrageait face à tant de mystères. Était-ce si amusant que ça de jouer avec ses nerfs ?
Sodeno Shirayuki trouva sa place parmi les nombreuses voitures de la Soul Society. Rukia coupa le contact et ils sortirent. Pour l'occasion, ils formaient un drôle de couple, quelque peu décalé parmi la population des lieux. Lui, qui avait toujours préféré les vêtements serrés, portait un jeans étroit et un simple polo, quand les autres préféraient pour beaucoup les larges pantalons et les t-shirt moulants mettaient en valeur des musculatures avantageuses. Quant à Rukia, elle s'obstinait à porter l'une de ses jolies robes évasées, tellement en désaccord avec la coutume vestimentaire – qui consistait à porter le moins de tissu possible – des filles du milieu.
Ichigo porta un regard sur le nombre incroyable de voitures garées dans le stade :
-On est si nombreux à courir ?
-Ce sont des courses par quatre, et par niveau. Le but est de marquer des points.
-Et à quel niveau seras-tu ?
Le rouquin se félicita intérieurement de ne pas avoir utilisé la première personne. Officiellement, c'était Rukia qui courrait.
-Je n'ai pas fait énormément de courses, mais on ne court pas si loin des vices-capitaines, fit-elle dans un sourire.
-Renji, Rangiku et les autres vont courir ? s'étonna Ichigo.
Ce serait bien la première fois qu'il allait voir des « pilotes de légende » à l'œuvre. Peut-être même verrait-il des capitaines ?
-Non, pas les capitaines, le taquina Rukia, comme si elle avait lu dans ses pensées. Allez, viens, on va voir l'horaire de ma course.
Elle l'entraîna vers le grand panneau d'affichage, passa devant Renji, l'ignorant avec une superbe à peine dissimulée. Ichigo remarqua ce détail malgré lui. N'étaient-ils pas amis, ces deux là ? Ne l'avait-il pas ramenée la veille ? Il fronça les sourcils face au regard plein d'animosité que lui lança Renji. Il n'aimait pas ça, pas du tout. Plus tard, peut-être, il interrogerait Rukia à ce sujet. Il la suivit docilement jusqu'au point d'observation, c'est-à-dire l'endroit où les gigantesques écrans permettaient de suivre les courses.
-Tiens, Kurosaki ! Je me demandais si tu comptais arriver un jour.
Ichigo pivota pour se trouver face à Ishida, planté devant le panneau indiquant les participants aux différentes courses, peu soucieux de gêner la vue. La condescendance semblait définitivement être un trait de caractère des plus indélébiles chez l'étudiant en médecine.
-Qu'est-ce tu fous ici, Ishida ?
Rukia se tourna vers le rouquin, étonnée :
-Tu connais ce type ?
-Oui, un ami du lycée, fit Ichigo. Pourquoi ?
Rukia et Ishida se toisèrent quelques instants. Kuchiki craignait le pire. Elle connaissait ce visage, pour l'avoir vu dans les dossiers et les journaux. Elle ne s'étonnait pas tellement que son « copilote » fût si peu au courant de l'actualité. Mais son ignorance pourrait coûter cher. Elle fronça les sourcils :
-Tu es l'hériter de la Quincy Corporation, n'est-ce pas?
-Exact. Et toi, tu es la fille adoptive de l'illustre famille Kuchiki.
Ichigo tourna la tête à droite, vers Rukia, puis à gauche, vers Ishida, suivant leur conversation un air perplexe sur le visage. Il se sentait con, pour le coup. Vraiment. Ishida poursuivit :
-Si cela peut te rassurer, Kuchiki, je n'ai pas extorqué d'informations à Kurosaki. Maintenant, si vous permettez, j'ai une course à gagner.
Il se fraya un chemin parmi la foule, laissant enfin l'accès au panneau d'affichage :
« Course de 23H12 : Kuchiki, Ishida, Shiba, Fisher. »
-Putain, c'est pas vrai !
-Prêt ? demanda Rukia.
Silencieux, Ichigo acquiesça. Il jeta un regard en biais à la voiture d'Ishida – un prototype trop blanc, marqué du logo de la Quincy Corporation d'un bleu nuit – et tentait de se remettre un peu de ses émotions. Depuis qu'il était au lycée, il avait dans sa classe l'héritier de la Quincy Corporation, un concurrent de la Soul Society, et il ne l'apprenait que maintenant. Quelques jours auparavant, il ignorait tout des courses qui sillonnaient la ville, tout de ces bolides hors du commun, de cette véritable institution. Bientôt, il apprendrait que c'était l'un des moteurs du tourisme de la région et ne pourrait même plus s'en étonner. Il avait l'étrange impression de se réveiller, comme si depuis quelques temps, il découvrait la face cachée de son univers. Comment avait-il pu rester aveugle aussi longtemps ?
Un vague angoisse noua le ventre du pilote remplaçant. Mains sur le volant, il se concentrait, essayait de comprendre quelles avaient été ses erreurs. Lors de la dernière course, le fait de rouler dans l'ombre n'avait pas été une prise de risque inutile. Prendre le virage à la dernière seconde alors qu'il n'était pas certain de sa maîtrise avait été un acte stupide.
-On ne peut pas se permettre de rouler sans feux, signala Rukia.
-Pourquoi ?
Du bout des doigts, elle actionna l'écran tactile du tableau de bord qui afficha alors une carte du circuit.
-Voilà pourquoi. On traverse la ville. Si les routes sont barrées, un accident peut vite survenir : un promeneur nocturne, une poubelle renversée, n'importe quel obstacle en fait. Sodeno Shirayuki a une grande maniabilité, mais cette voiture n'est pas le tank de Kenpachi.
-Je vois.
Finis les coups fourrés, donc. Il ne pouvait compter que sur lui, que sur ses propres capacités. Ce n'était pas un grand nombre de concurrents comme sa course précédente. Ils n'étaient que quatre. Quatre représentants d'entreprises différentes. Pour une fois, ce ne fut pas Rangiku qui se trouva sur la ligne de départ : il ne fallait pas uniquement des gens de la Soul Society. À sa place, Mila-Rose, une afro-américaine étroitement liée aux courses via tout un réseau dans les bas-fonds de la ville, en relation avec la onzième division. Bien entendu, c'était le genre de choses qu'Ichigo ignorait, si bien qu'il ne s'inquiéta pas du sourire en biais qu'elle adressa à un homme parmi les spectateurs pressés contre les barrières de sécurité. Il se contentait de songer qu'elle était vêtue aussi courtement que les autres et se réjouissait que Rukia faisait des entorses au règlement vestimentaire.
-Ready ?
Ichigo sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine, comme à chaque fois. Il ne pouvait pas perdre. Pas contre Ishida. Il ne pouvait pas pardonner à son ami de lui avoir caché un tel secret.
-Steady ?
Il ne pouvait pas perdre, car ce serait compromettre Rukia. S'il la connaissait que depuis peu, il voulait qu'elle pût réaliser ses rêves. Il pouvait l'y aider. Il suffisait juste qu'il devînt meilleur. Plus rapide. Plus habile. Oui, un meilleur pilote.
-GO !
Les moteurs rugirent dans la nuit, couvrant musique, encouragements et autres sons. Quelques secondes plus tard, les voitures tournaient déjà au bout de la rue, s'élançant dans les méandres de la ville. Un parcours qui traversait aussi bien les grands boulevards que les ruelles sombres, justes assez larges pour y faire passer les bolides.
Au volant, Ichigo rageait. Il n'avait pas réussi à dépasser Ishida avant le moment crucial où ils s'engageaient dans une série de petites allées : impossible de dépasser avant d'avoir parcouru la majorité du circuit. De plus, il peinait à ne pas se laisser distancer, l'autre faisant preuve d'une dextérité au volant assez incroyable. Rukia, aussi, demeurait coite. Non pas qu'elle n'avait rien à dire ou aucun conseil à proférer, mais elle craignait de briser la concentration de son pilote. Il ne s'en sortait pas trop mal – pas aussi bien qu'elle l'aurait fait néanmoins – et ne pouvait que le féliciter de ses progrès en si peu de temps. Elle observa quelques instants son profil que les lampadaires éclairaient par intermittence et nota son regard déterminé fixé sur la route, ou plus spécifiquement sur les phares arrière du prototype Quincy. Cela finit de la convaincre de se priver de remarques.
-Rukia, dans combien de temps avant qu'on retourne sur les grands boulevards ?
Elle consulta l'écran de Sodeno Shirayuki.
-Pas avant les derniers kilomètres…
C'était juste. Beaucoup trop juste. Ils le savaient tous les deux. Elle plissa les yeux, zooma plusieurs fois pour obtenir un plan en trois dimensions des rues. Jusqu'à y trouver leur salut.
-Ichigo, il va y avoir un parking sur ta droite, après le prochain virage !
Il hocha la tête, ne se donnant pas la peine de regarder le plan de peur de perdre le contrôle. Il se fia uniquement aux descriptions de Rukia : normalement, il devrait y avoir une grille à l'entrée qui ne ferait aucun poids face aux pare-chocs du bolide, et une barrière à la sortie.
-N'aie pas peur d'y aller à fond.
Le virage vînt. Sec, mais contrôlé. Ichigo fonça dans la grille sans même ciller. Heureusement, le parking était désert, il pouvait lancer la voiture à pleine vitesse sur toute la longueur du parking pour rattraper son retard. La sortie se fît de manière un peu plus délicate. Trop rapide. Trop violente. Il passa à quelques millimètres de la collision, que ce fût avec le mur de l'allée et ou la voiture d'Ishida. Mais il l'avait dépassé ! Un large sourire se dessina sur son visage alors que son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine.
-Il s'en est fallu de peu, murmura Rukia.
-Ça va ? s'enquit le pilote.
-T'inquiète pas pour moi, et surveille ton rétroviseur, crétin.
En effet, Ishida, une fois la surprise passée, avait repris du poil de la bête et leur collait furieusement au train. Une fois sur les boulevards, ils devraient s'attendre au pire. Peut-être même avant.
Ils débouchèrent comme des fous, les pneus crissèrent sur le béton. Virage trop large, encore. Rukia pesta, une fois de plus, tandis qu'Ichigo redressait le prototype. Ils avaient encore un tout petit peu d'avance… Il ne pouvait pas perdre.
-Ichigo !
Il ne répondit en rien au cri de Rukia.
Il ne pouvait pas perdre.
La sueur glissait le long de son front, de son dos.
Il ne pouvait pas perdre.
Ils étaient côte à côte…
Il ne pouvait pas perdre.
La ligne d'arrivée se profilait, ils s'approchaient à toute vitesse.
Il ne pouvait pas perdre !
L'amer goût de la défaite. Il n'avait pas fini premier. Il s'en était fallu de si peu ! Appuyé contre la voiture, les yeux rivés sur les écrans de diffusion, Ichigo ruminait ses sombres pensées. Est-ce qu'ils marquaient des points pour la Soul Society, au moins, avec ce classement ? Il s'apprêta à poser la question à Rukia, un sourire d'excuse aux lèvres. Mais la pilote de la treizième division ne le remarqua pas, fronçant les sourcils à la vue de son ami d'enfance qui approchait.
-Ex aequo ? Tu me déçois un peu, Rukia, fit Renji, ses prunelles emplies de suspicion et d'animosité fixant le roux.
Ichigo lui rendit un regard semblable, n'appréciant guère les sous-entendus que la réplique supposait. Il admettait volontiers que Rukia avait toujours été meilleure que lui, c'était évident. Mais, qu'on critique sa façon de conduire l'horripilait. Ainsi que le manque de précaution du vice-capitaine. Après tout, s'il s'était trompé ? Se doutait-il seulement du mal qu'il aurait pu faire à Rukia ? Le mal qui lui faisait, par conséquent ? Car, ce n'était que lui rappeler sa maladie. S'il avait été un ami véritable, il se serait d'abord préoccupé de ce qu'elle ressentait. Il s'apprêtait d'ailleurs à répliquer quelque chose dans cette idée, mais fut devancé par la jeune femme :
-Je te déçois, Abarai ?
Elle croisa les bras en attente d'une réponse qui ne venait pas. Elle poursuivit, d'une voix rendue sourde par la colère :
-Et bien, magne-toi d'aller gagner ta course, si tu ne veux pas connaître le véritable sens du mot déception.
L'homme aux cheveux rouges secoua la tête, darda encore une fois sur Ichigo un regard méprisant, avant de tourner les talons en direction de son prototype, Zabimaru. Le pilote remplaçant attendit quelques instants qu'il fût suffisamment éloigné, avant de siffler à Rukia :
-Tu m'expliques ?
-Plus tard, éluda-t-elle, en se dirigeant nonchalamment vers les écrans.
Ichigo la retint par l'épaule.
-Il te soupçonne, Rukia. Il me soupçonne.
-Je sais. Il me connaît trop bien… Mais il ne pourra rien prouver, j'y veillerai.
Elle se dégagea, plantant un Ichigo déboussolé. À son tour, elle se dirigea vers son prototype et fila. Il fallut plusieurs minutes à ce pauvre Kurosaki pour réaliser qu'elle venait de le planter là. Et qu'il ne savait pas comment rentrer. Il aurait bien demandé de l'aide à Ishida si ce dernier, blessé dans sa fierté, n'avait pas décidé de rentrer aussitôt la course terminée.
Il poussa un profond soupir et songea à interpeller Ikkaku qui passait par là. Mais ce dernier ne l'entendit pas, trop occupé à se diriger vers les écrans. La rumeur excitée traversa la foule à la vitesse d'un tsunami : « C'est au tour des vice-capitaines ! ». Tous se collaient aux écrans. D'après Ichigo, les spectateurs devaient être deux fois plus nombreux que lors des premières courses. Était-ce donc si spectaculaire ? Sachant qu'il ne pouvait pas rentrer immédiatement, il devait bien avouer qu'une distraction serait bienvenue. Sans compter que l'observation faisait aussi partie de l'apprentissage.
Toujours hanté par le regard suspicieux de Renji, Ichigo traversait la ville à pied, profitant de l'air nocturne, frais et revigorant. Il avait laissé Ikkaku le déposer devant chez lui, puis n'avait pas eu le cœur à prendre la voiture pour se rendre au garage d'Urahara. Un bon bout de chemin pour prendre le temps de réfléchir. Aux courses époustouflantes auxquelles il avait assisté et donc à son besoin évident de progresser. Au comportement de Rukia, pour commencer, qu'il peinait à comprendre. Aux éventuelles conséquences de ses actes, aussi. Car ils trichaient. Renji l'avait-il deviné ? Et s'il en parlait à ses supérieurs ? Que se passerait-il ? Ce n'était que maintenant qu'Ichigo réalisait sa bêtise : la Soul Society travaillait pour l'Armée. Tout ce bordel, c'était classé « secret défense ». Dans ce genre de cas, que faisait-on des petits rigolos qui jouaient aux pilotes par substitution ?
Il fut coupé dans ses pensées à la vue du garage. Une autre interrogation : qu'est-ce que Urahara et Shihôin manigançaient ? Le garage était vide.
-Il y a quelqu'un ? appela-t-il.
Le rouquin fit quelques pas dans l'obscurité.
-Urahara ?
L'appel résonna dans un écho curieux. La lumière s'alluma d'un coup, aveuglante, et Ichigo se trouva nez à nez avec le professeur Urahara, son éternel bob vissé sur la tête, éventail entre les mains.
-Bonsoir !
Il manqua de peu de tomber à la renverse, pesta, gesticula :
-Mais vous êtes complètement malade !
En y songeant bien, la folie d'Urahara n'avait rien de nouveau. Peut-être fallait-il songer à se résigner. Ou à se préparer à ce genre de petites farces, à l'avenir. La main sur son cœur, comme si cela pouvait arrêter le rythme erratique de ses battements, Ichigo lança un regard impétueux au professeur.
-Moi qui croyais que tu aimais les sensations fortes !
-N'importe quoi !
Oui, il aimait les sensations fortes. Il aimait sentir le battement rapide, puissant et régulier de son cœur lorsque la course le rendait fébrile. Il n'aimait pas être terrorisé par un vieux fou qui le prenait par surprise dans un garage au beau milieu de la nuit.
Un rire familier parvint à ses oreilles. Ichigo releva la tête, pour apercevoir Yoruichi en haut des escaliers. Elle les descendit de sa démarche féline, un sourire mutin aux lèvres :
-Tu ne serais pas ici si tu n'aimais pas les sensations fortes, Kurosaki.
Elle n'avait pas tort.
-Justement. J'aimerais bien connaître la raison de ma présence, maugréa l'étudiant.
Yoruichi lui fit signe de la suivre. Ichigo s'exécuta à la suite d'Urahara après un bref moment d'hésitation, sans parvenir à chasser la méfiance de ses pensées.
-Et voici Zangetsu ! s'exclama le propriétaire du garage, soulevant la porte d'un box situé dans le fond.
-C'est mieux d'avoir sa propre voiture, hein ? fit Yoruichi, visiblement aussi ravie qu'Urahara de leur petit effet.
Et pour un effet, c'était un sacré effet. Le prototype était d'un noir profond aux reflets pourpres, dénué de tout motif. Les phares formaient deux fentes étroites dont la lumière d'un blanc éclatant tranchait l'obscurité. Ichigo en fit le tour plusieurs fois. C'était trop beau pour être vrai. Il devait y avoir une mention quelque part, un détail qui lui échappait…
-Sa propre voiture ? répéta-t-il bêtement, à court de mots.
Les professeurs approuvèrent de concerts. Où diable était le piège ?
-Tu ne veux pas faire un tour avec ? s'étonna Urahara.
Si, bien sûr que si ! Il n'avait qu'une envie ! Son propre prototype, le conduire, le dompter, l'adapter toujours au mieux ! Mais, avant, il devait savoir…
-J'ai juste besoin de collecter des données, lui assura Urahara. Ce prototype est de ma propre conception. Mais je ne peux pas le conduire, il nous faut bien un pilote.
À l'air mystérieux qu'affichait son interlocuteur, le rouquin comprit qu'il devrait se contenter de cette explication pour le moment.
Ichigo attrapa les clés, ouvrit la portière, mit le contact aussitôt. Du bout des doigts, il caressa le tableau de bord électronique, plus simple, plus intuitif que celui de Sodeno Shirayuki.
-Zangetsu, souffla-t-il.
Zangetsu.
Ne me tapez pas, hein.
Enfin, si vous désirez protester, la review est là pour ça, sinon ! Mais ne m'achevez surtout pas, ô grandes fans du IchiRuki. Parce que, sinon, vous ne saurez pas la fin.
Donc, à bientôt !
