Chapitre 3

Albafica ouvrit doucement les yeux, il tenait fermement son téléphone dans sa main droite. Il avait, en fait, très peu dormi. Son esprit le torturant sans cesse, lui disant qu'il avait été nul de ne pas avoir appelé son Griffon. Il regarda l'heure affichée sur le portable : huit heures vingt. Il avait de plus en plus envie d'entendre lui aussi le son de la voix de son soupirant. Il fouilla dans ses contacts pour trouver le numéro qui l'intéressait. Pendant de longues minutes, il observa le numéro se posant un millier de questions. Et puis, sans vraiment réfléchir Albafica appuya sur la touche permettant de lancer l'appel.

Son organe de vie menaça de s'extirper de sa poitrine devenue douloureuse. Ses membres se mirent à trembler. Il sentait son corps lui échapper. Tout cela, juste parce qu'il passait un coup de fil. La tonalité retentit plusieurs fois avant que quelqu'un ne réponde, là il cessa de respirer.

— QUOI ! dit une voix endormie mais agressive.

— Dé…désolé, j'ai dû me tromper en recopiant le numéro, s'excusa le bleuté.

— Une minute, Minos eut un pressentiment. Bloo…BloodyRose c'est toi ? demanda t-il en se redressant dans son lit et en amenuisant sa voix.

— Ou…. oui. Mais je t'ai dérangé, je suis désolé, Griffon. Je rappellerai plus tard, enfin si tu veux…

— Non ! Attends ma Rose. C'est moi qui suis désolé. Je suis toujours ronchon quand on me réveille. S'il te plait ne raccroche pas.

— Excuses-moi de t'avoir réveillé. J'ai tellement hésité hier soir à t'appeler que je me suis dit que je devais le faire ce matin, bégaya presque Alba.

— Tu as bien fait. Je ne t'en veux pas tu sais. Et puis c'est mon plus beau réveil. J'aime déjà entendre ta voix, dit suavement le juge.

— Tu as une belle voix aussi, avoua timidement le bleuté.

— Tu te lèves tôt ! Tu as déjà pris ton petit déjeuner ? demanda tendrement le juge.

— En fait … Je… je suis encore au lit, répondit gêné le botaniste.

Minos n'en crut pas ses oreilles. Sa douce Rose l'avait appelé à peine sorti des bras de Morphée ! Cela le rendit grandement heureux. Il s'était passé un petit quelque chose en lui, en apprenant cela, qu'il ne put cependant pas l'expliquer. Dans peu de temps, il pourra manipuler sa tendre Rose comme une marionnette et à ses yeux cela n'avait pas de prix…

— Alors que dirais-tu de prendre notre petit dej ensemble ? sourit l'argenté.

— Mais c'est que … je … je…..

Albafica venait de perdre contenance. Il ne voulait pas voir maintenant son Griffon. Non c'était trop tôt, et puis non pas au saut du lit !

— Pas de panique ! Je voulais dire, que pendant qu'on déjeune on pourrait continuer de se parler, expliqua tendrement Minos.

Le botaniste se sentit soulagé. Ses pommettes rougies revirent à leur couleur naturelle et son organe de vie reprit un rythme plus posé. De plus en plus, il se sentait attirer par son bel inconnu mais cela faisait si longtemps qu'il n'avait laissé personne s'approché de lui que tous ses sentiments se bousculaient en lui.

— D'accord, répondit au bout d'un moment le bel Albafica.

— Je suis content que tu acceptes de prendre ton petit dej avec moi, même si c'est au téléphone.

— … Moi … moi aussi…

La timidité que montrait Albafica était souvent en opposition avec l'audace qu'il pouvait parfois avoir et cela surprenait Minos qui ne s'attendait pas à ce genre de tempérament. Mais il devait bien s'avouer, qu'il aimait cela en sa douce Rose.

Tous deux prirent place dans leur cuisine respective et préparèrent leur collation. Ils discutèrent de tout et de rien mais également de leur week end au Mans. Le bleuté était enthousiaste à ce sujet et était pressé d'y être, tout comme l'argenté mais pas vraiment pour les mêmes raisons. Non, lui était pressé de le mettre dans son lit et d'accentuer son jeu avant de le jeter. Intérieurement, il sourit. Oui, il avait hâte ! Hâte de voir s'écrouler sa douce Rose, sa tendre proie.

Ils discutèrent durant près de deux heures au téléphone avant que Minos ne se voit obligé de couper la communication.

— Je suis désolé ma Rose mais je vais devoir te laisser. La belle au bois dormant vient de se réveiller. Je vais lui filer un truc pour la gueule de bois et le mal de tête.

— Oui, oui. Tu as raison, et puis s'il s'est enivré hier c'est qu'il ne va pas bien. Il doit avoir besoin de ses amis.

— Oui mais je ne suis pas son seul ami, et pourtant c'est toujours moi qu'il vient voir !

— C'est sûrement parce qu'il a plus confiance en toi qu'aux autres ou que tu sais mieux l'écouter.

— Je ne sais pas.

— Aller, file ! Passe une bonne journée, Griffon.

— Minos. Je m'appelle Minos…, dit-il sans vraiment sans rendre compte.

— Mi… Minos ! ? répéta Albafica décontenancé.

— Appelles-moi par mon prénom, murmura t-il.

— Bonne journée à toi, Minos, susurra le bleuté sans même s'en rendre compte surprenant du coup le chasseur.

— Je peux t'appeler dans la soirée ? se reprit-il.

— Oui, j'en serais ravi. Bye.

— Je t'embrasse, bye.

Et la communication s'acheva. Mais à peine s'était-il levé de sa chaise que le juge reçu un message sur son téléphone.

« Je m'appelle Albafica. Je n'ai pas osé te le dire, mais tu peux m'appeler ainsi. Je t'embrasse aussi. Bye ».

Minos sourit perfidement. Enfin, il connaissait son prénom. Tout lui plaisait en sa proie.

« Hmmm ! Très joli, mais pour moi tu seras toujours ma Rose. », lui répondit-il à son tour.

Derrière l'écran de son portable, Alba rougit puis sourit. Il se sentait bien. Grif non ! Minos avait une voix sécurisante, il était séduisant et avait un travail avec de lourde responsabilité. Il admit en ce jour qu'il était tombé amoureux de son bel inconnu mais ne savait pas trop comment gérer ses nouveaux sentiments. Il pensait à lui dès que son esprit n'était pas occupé. Il soupira avant de se diriger vers la salle bain.

Minos rejoignit Rhadamanthe qui s'était installé dans le canapé du salon. Il lui tendit un verre d'eau avec une aspirine dedans.

— Bois ça ! intima le propriétaire des lieux.

— Hmm, pas si fort, Minos ! tenta de dire le blond en se massant les tempes.

— Tu n'as qu'à pas te mettre dans cet état ! Ca fait six ans, Rhad ! Merde, passe à autre chose ! s'énerva l'argenté.

— Ne me dis pas ce que j'ai à faire ! grogna Rhadamanthe. Et tu crois que te t'amuser avec tes amants comme tu le fais c'est mieux ! l'accusa t-il.

— Ca ne te regarde pas !

— Ce que je fais de ma vie ne regarde que moi ! Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire ou pas !

— Mais merde Rhad ! Pandore est morte, et tes cuites ne la ramènerons pas ! fit le maître des lieux en tapant du poing sur la table.

Minos en avait assez de voir son ami se détruire ainsi tous les ans. Fierceness méritait de pouvoir passer à autre chose mais celui-ci le refusait. Le blond le toisait car il ne supportait pas que quelqu'un lui parle de sa fiancée et encore moins qu'on le mette face à la vérité aussi triste soit-elle.

— Je vais te dire quelque chose, Rhad ! Et je sais que tu vas m'en vouloir mais tant pis. Toi et elle, cela n'aurait pas fonctionné. Je ne saurais te dire pourquoi mais j'avais le sentiment que ça ne durerait pas. Elle t'aimait j'en suis sûr, mais quelque chose en elle me dérangeait et je n'ai jamais pu savoir quoi. Vous n'étiez pas fait pour être l'un avec l'autre. Vous étiez bien trop différent.

— Je t'interdis de dire une chose pareille surtout basé que sur ta seule intuition ! Files moi mes clés de voiture, j'me tire.

— Tu n'as pas payé ta note au bar. Je les ai laissé au patron.

— Bah tiens ! aboya le blond.

Rhadamanthe prit son portable et appela une compagnie de taxi. Les autres années, Minos venait avec Eaque. L'argenté payait sa note, récupérait ses clés de voiture qu'Eaque conduisait et la laissait devant l'appartement de Dukkespiller. Mais pas cette année. Près de quinze minutes plus tard, le taxi arriva et Rhadamanthe se rendit une nouvelle fois pour cette année dans ce bar où sa vie avait basculé.

Après être sorti de la salle de bain, Albafica appela Shion. Il devait lui parler de Minos, de ce qu'il ressentait, de son envie de le voir qui ne cessait d'augmenter. Le romancier l'invita pour le dîner le soir même, pour discuter de tout cela posément. Afin de calmer son stress et son angoisse face à tout cela, Alba se rendit dans l'un des dojos de Dohko, celui dans lequel le Chinois enseignait, près de chez lui. Une fois en tenue, Albafica devenait un autre homme. Son visage se fermait, ses yeux se plissaient et devenaient froids. Il donnait l'impression de me plus rien ressentir. D'être à l'égal d'une machine. Ce n'était pas pour rien qu'il avait gagné de nombreux tournois !

Depuis son bureau Dohko l'observait, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Albafica se donner à fond comme cela. Il pouvait ressentir toute la tension que subissait le corps de son ami. Il sourit en le regardant. Alba avait besoin de se défouler, il commençait à savoir pourquoi et il était heureux pour lui.

Durant plusieurs heures, Alba fit un entrainement digne d'un tournois important d'art martial. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas transpiré et souffert de la sorte, néanmoins cela lui faisait le plus grand bien. Pendant tout ce temps, il n'avait pas pensé à son bel inconnu. L'après-midi, le bleuté s'occupa à ranger et nettoyer son appartement puis alla faire quelques courses afin de remplir son réfrigérateur.

Le soir venu, Albafica prit sa voiture et alla chez Shion et Dohko. En bon invité, il avait apporté une bouteille de vin.

— Ah ! Te voilà, l'accueillit Shion.

— Tient, fit le botaniste en donnant la bouteille.

— Tu n'aurais pas dû, mais merci !

L'invité fut convié à entrer dans le salon où l'apéritif n'attendait plus qu'à être siroté. Les discussions allèrent bon train jusqu'au moment où Shion demanda à Albafica pourquoi il voulait lui parler le matin même.

— On… Je… je l'ai … appelé ce matin, avoua t-il difficilement.

L'écrivain et son amant s'entre-regardèrent, étonnés.

— Ha, oui ! Vous avez franchi un autre cap à ce que je vois, fit remarquer Shion.

— Oui, rougit l'invité.

— Alooooors ? le taquina Dohko.

— Mon amour ! Tu ne vois pas qu'il est déjà assez gêné comme cela, le reprit Shion.

— Ce … ce n'est rien. Nous avons parlé ensemble pendant qu'on prenait notre petit déjeuner. En fait,…. je l'ai réveillé !

— Hmmmm, ça veut dire que tu l'as appelé en de levant !

— Oui, finit par dire le bleuté au bout d'un moment d'hésitation. J'y ai pensé toute la nuit. En fait, je me sens de plus en plus attiré par lui.

— Serais-tu tombé amoureux sans même l'avoir déjà rencontré ? le questionna Dohko.

Alba baisa la tête et riva son regard dans son verre avant de répondre.

— Oui, murmura t-il.

Puis le téléphone d'Albafica sonna, c'était son bel inconnu. Il s'excusa auprès de ses amis et s'éloigna afin de parler plus tranquillement. L'écrivain lui fit signe d'aller dans leur chambre, le bleuté acquiesça d'un signe de tête.

Shion et Dohko furent ravis d'entendre cette nouvelle, même si une fois de plus l'écrivain se faisait un peu de soucis pour son ami. Néanmoins, Alba semblait heureux. Angoissé mais heureux. Alors, le romancier ne fit pas part de ce qu'il pensait. Son ami méritait d'être aimé et d'aimer et visiblement cela était le cas. Dohko servit une deuxième tournée d'apéritif pour fêter cela. L'alcool l'aidant, Alba donna plus de détail sur sa relation avec avec son Griffon et sur ses sentiments.

Durant tout le repas, le botaniste parla de Minos sans vraiment sans rendre compte, d'ailleurs. Cela ravissait ses hôtes car depuis quatre ans qu'il avait rompu avec son ex, Albafica n'avait pas regardé d'autres hommes et surtout il ne les laissait pas s'approcher de lui. Ce type devait être spécial pour avoir su prendre le coeur de leur ami.

Après que Rhadamanthe ait quitté son appartement, Minos alla se délacer sous une bonne douche. La cascade d'eau chaude, presque bouillante qui s'écoulait sur son corps tendu dénouait ses muscles. Son esprit partit à la dérive. Il repensa à son réveil. Entendre la voix timide de son bellâtre l'avait surpris mais comblé. Rien qu'en y repensant, son épiderme frémit. Un sourire sournois s'immisça sur ses lèvres. Son corps semblait déjà réclamer sa douce Rose.

Il sortit de la salle de bain, simplement avec une serviette autour des reins. Sa longue toison encore mouillée laissait des sillons d'eau s'écouler le long de son dos. Il allait se rendre dans sa chambre afin de trouver des vêtements pour s'habiller lorsque la sonnette de sa porte retentit. Il alla ouvrir, sans même passer un pantalon.

— Hmmmm, si je n'étais pas avec Rune crois-moi que je te sauterais dessus sans sommation, plaisanta Eaque.

— La ferme ! Que viens-tu faire ici à cette heure ci ? fit l'occupant de l'appartement en laissant la porte ouverte tout en se rendant dans sa chambre.

Le commissaire entra et referma la porte derrière lui. Il s'installa dans le canapé puis attendit que son ami de juge revienne. Minos s'habilla avec un jean et une chemisette blanche assez légère et resta pied nu. Il rejoignit Eaque avec deux tasses de café fumantes et lui en tendit une.

— Alors, Rhad n'est pas encore debout ! demanda le commissaire.

— Si, et il est parti.

— Hein ! Déjà ?

Eaque réfléchit puis reprit.

— A moins que tu ne lui aies dit des choses désagréables ! ajouta t-il.

— Juste les choses qu'il ne veut pas entendre ! Et cela ne lui a pas plu.

— Tu lui as dit tout ce que tu pensais sur elle ? Tu m'étonnes qu'il se soit tiré !

— Il est temps qu'il passe à autre chose.

— Oui, mais c'est sa vie et non la tienne. T'es-tu déjà demandé pourquoi il ne supportait plus tes frasques avec tes amants ? l'interrogea le commissaire.

— Je suppose que c'est parce que lui n'a plus celle qu'il aime alors que moi je rends mes amants fou amoureux de moi et qu'ensuite je les jette !

— Exactement ! Et toi tu joues toujours ! Sais-tu ce que cela fait d'être amoureux, Minos ?

— Non, c'est vrai je l'ignore. Mais pourquoi aimer si c'est pour perdre l'être cher ? Je préfère faire souffrir les autres avant qu'ils ne me fassent souffrir, avoua le juge.

Eaque ne sut quoi penser de cet aveu. En même temps, il dut s'avouer que l'argument de Minos était juste mais cela n'excusait pas son comportement.

— Rencontrer Rune est l'une des meilleures choses qui me soient arrivées. Il me complète et me tempère. Il me comprend et me respecte. J'aime le sentir près de moi quand je rentre du boulot. De savoir qu'il y a quelqu'un qui m'attend me rend heureux tout simplement. Et je te souhaite de tomber amoureux et de connaître ce bonheur.

— C'est bon ? T'as fini ? s'énerva l'argenté.

— Minos, tu ne peux pas continuer ainsi !

— Lâches-moi ! Si tu es venu jusqu'ici pour me faire la morale, tu peux repartir !

Eaque soupira. Il ne comprenait pas son ami. Pourquoi s'obstinait-il ainsi ?

— Ok ! Pourquoi ne m'as-tu appelé pour récupérer Rhad hier ? Comment as-tu fait pour sa voiture ?

— J'avais pas l'intention de régler sa note cette fois. J'ai récupéré Rhad mais j'ai laissé ses clés et sa voiture là-bas pour qu'il y aille lui même.

— Ha ! Et tu penses que comme ça il réagira ? questionna le commissaire en se caressant le menton.

— Mouais !

— T'es hard, mais je ne suis pas sûr que cela fonctionnera !

— Possible ….

Quelques temps plus tard, le commissaire quitta le domicile de son ami. Il n'espérait qu'une chose : que Minos se rende enfin compte que d'avoir quelqu'un auprès de lui pourrait être bénéfique pour lui. Mais cela semblait vraiment utopique.

Minos s'énerva tout seul après le départ de son ami. Il commençait à en avoir assez que ses deux comparses lui dictent ce qu'il devait faire ou non. Ce qu'il faisait des sentiments des minots qu'il mettait dans son lit ne regardait que lui et personne d'autre ! Afin de se calmer, il se saisit de ses affaires de sport et alla à la salle de boxe où il s'entraînait.

Il frappait le punching-ball comme un força. Encore, encore et toujours plus fort. Cela faisait prés de deux mois qu'il n'était pas apparu dans la salle et autant qu'il ne s'était pas défoulé. L'un des coachs le vit et vint le voir.

— Et bien, Minos cela faisait un moment qu'on ne t'avait pas vu ! s'exclama Valentine.

— Salut ! J'avais beaucoup de boulot, dit l'argenté sans arrêter de frapper le sac.

Valentine, de son surnom Val, faisait parti de l'équipe de coaching du club de boxe. Il avait à peu près la même corpulence que le juge. Ses cheveux courts possédaient la même teinte que ceux de Minos et ses orbes ressemblaient à deux soleils miniatures.

— Tu as l'air énervé. Je t'ai rarement vu cogner dans les sacs avec cette fougue ! fit remarquer le coach.

— C'est pas tes affaires !

— Ok, ok t'énerves pas ! Tu veux faire un match ? Il y a un gars qui cherche un adversaire ! demanda Val en montrant un type à l'autre bout de la salle.

Le juge observa le mec en question et sourit. Il avait l'air d'un gringalet alors qu'ils faisaient la même taille et à peu près le même poids. Idéal pour un combat de boxe. Ce gars avait les cheveux courts et indisciplinés un peu comme la crinière d'un lion, d'ailleurs ils en avaient la couleur. De l'endroit où se trouvait Minos, il ne pouvait voir la couleur de ses yeux mais pouvait en revanche y lire de la détermination.

— Hmmm. Pourquoi pas ! Ca me défoulerait un peu plus.

— Ok. OÏ ! AIOLIA, VIENT DONC PAR ICI ! cria Val.

— T'étais pas obligé d'hurler dans mes oreilles ! grogna le juge.

Une minute plus tard, le-dit Aiolia faisait face aux deux hommes.

— 'lut ! fit-il à l'intention de Minos qui répondit par un signe de tête.

— Minos est ok pour faire un petit match avec toi, dit le coach.

— Cool, c'est mieux que de cogner dans un sac qui ne se défend pas ! On y va ? s'impatienta le brun.

— Ok !

Valentine se dévoua pour être l'arbitre et les deux combattants montèrent sur le ring. Ils se mirent en position de combat, sautillant sur leurs jambes pour rester en mouvement. Ils se jaugeaient. Puis le premier coup fût lancé par Aiolia. Minos eut à peine le temps de positionner ses poings devant son visage. Il riposta dans la foulé avec un uppercut du gauche bien placé et toucha son adversaire qui fut déséquilibré.

Les deux hommes ne parlaient pas. Ils se repositionnèrent face à face, et le combat reprit de plus belle. Les coups pleuvaient sur la plateforme de combat. Chacun y allant de ses propres ruses pour faire faiblir l'autre. Coups de poing direct, crochets, uppercuts. A droite, à gauche. Droite, droite, milieu, gauche. Gauche, milieu, milieu, gauche. Autant de combinaisons qu'ils le pouvaient. Aiolia était fort mais n'avait pas l'endurance du juge.

Près d'une heure après le début de la rencontre, les deux combattants se faisaient toujours face. Aiolia venait de se relever pour une énième fois, alors que Minos sentait couler du sang au coin de ses lèvres. Ils haletaient. Ils avaient de plus en plus de mal à reprendre leurs souffles et leurs muscles endoloris les rappelaient à leur bon souvenir. Mais ils m'en avaient pas eut assez. L'affrontement continua jusqu'au moment où Minos, qui cognait en premier avec le poing gauche, surprit son adversaire en attaquant du poing droit. Décontenancé, le lion ne vit pas le coup arriver et s'écroula sur le tapis. L'arbitre entama le décompte, et tapa le tapis de sa main au chiffre dix, indiquant du coup la fin du combat et la victoire du juge.

— Tu es bon ! dit le brun essoufflé.

— Toi aussi. Ca fait un moment que je n'ai pas pu ne donner à fond comme ça. Merci.

— Oui, pareil ! On remet ça quand tu veux, l'invita t-il.

— Ok.

— Beau combat les gars, les félicita Valentine.

Aiolia et Minos se rendirent dans les vestiaires et prirent leur douche. Avant de quitter la salle de sport, Aiolia interpella Minos.

— Hey ! Ca te dit d'aller boire un verre ?

— Non, merci. J'ai à faire.

— Ok, une prochaine fois alors ! sourit le brun.

— Ouais, on verra.

De retour chez lui, Minos prit une bière dans son réfrigérateur et alla s'enfermer dans son bureau. Cet entrainement lui avait fait un bien fou, mais maintenant il repensait à ce qui s'était passé plus tôt et à sa Rose. Il regarda l'heure sur son ordinateur : treize heures vingt cinq. Il était un peu tôt pour l'appeler, et il devait penser à déjeuner. Tout en consultant ses mails, il sirotait tranquillement son rafraîchissement.

Après son repas, il se souvint qu'il devait travailler sur un dossier délicat pour une audience qui aurait lieu le lundi suivant. Il n'aimait pas faire ce genre de chose au dernier moment, et puis en ce samedi après midi, il n'avait rien d'autre à faire. Il se plongea corps et âme dans cette affaire.

Rhadamanthe avait changé d'avis dès l'arrivée du taxi en bas de chez Minos. Il ne souhaitait pas retourner au « Sanctuaire » aujourd'hui, pas dans l'état dans lequel il se trouvait, soit avec une super gueule de bois ! Il demanda au chauffeur de le conduire chez lui. Durant le trajet, il ne put s'empêcher de repenser à ce que lui avait dit Minos sur sa relation avec Pandore. Comment avait-il pu lui dire toutes ces choses fondées uniquement sur un pressentiment ? Parfois, il ne comprenait son ami.

Dans le taxi, il bougonnait au point que le chauffeur lui demanda s'il avait fait quelque chose qui lui aurait déplu. Rhadamanthe, surpris, dut lui répondre qu'il avait un fort mal de tête et que la radio résonnait dans son crâne. Le chauffeur s'excusa et coupa le son. Le juge avait en parti menti, mais il s'en fichait.

Arrivé chez lui, il tira tous les rideaux, reprit une aspirine et s'allongea sur son canapé. Le bras gauche posé sur ses yeux fermés, son esprit s'égara six ans plus tôt. Il revit entrer le malfrat avec son arme dans le café. Il entendit les clients hurler. Et puis des coups de feux, et le silence. Satané silence… Puis, le braqueur demanda la caisse avant de se tirer presque comme si rien n'était arrivé ! Il revit Pandore, sa bien-aimée, le regarder droit dans les yeux et s'écouler au sol emportant avec elle la chaise sur laquelle elle était installée. Puis, il se souvint de tout ce sang sur elle et sur le sol. Il l'appelait, criait, hurlait son prénom mais elle ne répondit pas. Lorsque les pompiers arrivèrent quelques minutes plus tard, il était trop tard. Elle était morte sur coup…

Il rouvrit ses yeux et se redressa d'un bond. Son coeur palpitait, et tout son corps tremblait. Il mit l'une de ses mains devant sa bouche comme pour empêcher des sons d'en sortir, mais cela n'évita pas une larme silencieuse de glisser le long de l'une de ses joues. On lui avait dit que le temps ferait son oeuvre, que la douleur diminuerait au fur et à mesure mais on lui avait menti, ils lui avaient tous menti !

Et puis, il se souvint des paroles de Minos sur les sentiments de Pandore. Qu'il ne les voyaient pas finir leur vie ensemble. Ses mots raisonnaient dans son esprit. Encore, encore et encore. Jusqu'à ce qu'il se rappelle. Il se leva et se précipita dans son bureau où se trouvait un meuble à rideau qu'il laissait fermé à double tour. A l'intérieur se trouvait les journaux intimes de sa douce Pandore, qu'il n'avait jamais ouvert. Mais les paroles de son vieil ami ne cessaient de raisonner dans sa tête et il devait en avoir le coeur net ! Sur quoi se basait-il pour affirmer tout ça ? Rhadamanthe prit le premier cahier et commença à lire, un pincement au coeur mais il lut.

Lorsque Minos releva la tête de ses dossiers, il était presque vingt heure. Il se saisit de son téléphone, il était temps d'appeler sa douce Rose. Il composa le numéro. Il était heureux de pouvoir passer cet appel. Il ressentait une toute petite, mais vraiment très petite, appréhension.

— Allo ! fit une voix au bout du fil.

— Ahhh, ma Rose… Comme je suis heureux t'entendre à nouveau ta voix.

— Moi aussi, je dois l'avouer.

— Tu as passé une bonne journée ?

— Oui merci et toi ? Et comment va ton ami ? s'inquiéta le botaniste.

— Ha, oui ! Rhad, on s'est engueulé et il est parti.

— Hein ! Et tu ne l'as pas retenu ?

— Non, je pense qu'il doit cogiter sur ce que je lui ai dit, en tout cas je l'espère. Mais parlons d'autres choses, veux-tu ?

— Oui, d'accord !

— Qu'as-tu fait ? demanda suavement Minos.

— Et bien je suis allé faire du sport, ensuite je me suis occupé de mon apparte, puis les courses et là, je suis chez des amis pour dîner avec eux. Et toi, tu as fait quoi aujourd'hui ?

— Je ne vais pas te déranger plus alors. Est-ce que je peux te rappeler plus tard ? fit Minos avec une petite voix, comme pour lui montrer sa peine de devoir le laisser.

— J'ai un peu de temps, tu sais mais oui, tu pourras me rappeler plus tard si tu veux.

— Ca me va. Et bien j'ai fait un peu de sport aussi, et puis je me suis plongé dans le boulot…

Les deux hommes restèrent au téléphone encore un bon quart d'heure. Minos était un charmeur né et Albafica s'en rendait compte mais cela lui plaisait de se laisser courtiser par le juge. Après tant de temps, il se sentait flatté bien que tout cela lui faisait également peur.

Rhadamanthe était toujours enfermé dans son bureau. Il ingurgitait tous les journaux intimes de sa fiancée. Ce qu'il y lisait le laissait parfois sans voix, alors qu'à d'autre moment il était à la limite d'enrager. Plus il lisait et plus il se rendait compte que Minos avait raison. Et dire qu'il l'adulait depuis toujours. Dire que pour elle, il se rendait chaque année au « Sanctuaire » pour se mettre un méchante cuite. Dire qu'il n'avait pas cessé de l'aimer. Il lisait et lisait encore, il voulait tout savoir. Oui tout !

Alba avait promis d'envoyer un message à Minos lorsqu'il serait chez lui. A peine le-dit message envoyé que le botaniste reçu un appel de l'argenté. Cette fois ils restèrent ensemble durant de longues heures. Parlant de tout et rien. Juste entendre la voix de l'autre était suffisant. Du moins pour Alba car Minos, lui, était toujours dans son jeu et il en prenait grand plaisir. Il se souhaitèrent bonne nuit, néanmoins ils avaient un peu de mal à raccrocher. Avant de couper le contact, Minos embrassa, à distance, sa douce Rose qui se pétrifia de gêne avant de lui souhaiter, à son tour, une bonne nuit.

A suivre …