Sanji papillonnait des yeux d'un air hébété, un peu ahuri sur les bords, mais bon, on ne mourrait pas tous les jours non plus, alors ça pouvait se comprendre. Puis, son regard se planta dans celui de Zoro. Qui ne trouva rien de mieux à dire que:

-...Oh !

Sanji se mit à tousser comme un désespéré, alors que leur capitaine s'écriait:

-Tu étais mort il y a quelques minutes! Zoro ! Zoro ! Sanji s'est réveillé !

Un bruit sourd résonna dans la pièce. Zoro avait laissé tomber son précieux Wado Ichimonji, qui roulait désormais docilement sur le sol du bateau. Il avait l'air surpris au plus haut point, mais ne pouvait-on voir quelque lueur de soulagement au fond de ses prunelles de jade ?

-...Zoro ? demanda Luffy, un peu inquiet.

Le sabreur se dépêcha de détourner le regard, et fit demi-tour, titubant sous le choc, au point de devoir s'appuyer sur les murs.

-Hé, Zoro ! Où est ce que tu va ? Zoro ! s'exclama Luffy une nouvelle fois

-Zor...o

Ce dernier manqua de s'écrouler. Il porta une main tremblante sur sa bouche. Le sang battait dans ses tempes à une vitesse folle.

Le premier mot de Sanji depuis son 'réveil' était son prénom. Il crut mourir en entendant sa voix. Il lui en voulait certainement terriblement

Il avait trahi sa confiance.

Il l'avait blessé.

Il l'avait violé.

Il l'avait tué.

La seule chose qu'il pouvait faire c'est ne plus jamais se présenter devant lui, et espérer de toute son âme qu'un jour, le blond pourrait l'oublier. Zoro serra les dents en sentant l'aura si apaisante, sensationnellement attirante de cet homme. Il allait tellement lui manquer...

-Zoro ... Attends … !

Sanji tenta de se relever, mais son pied cassé se rappela à son bon souvenir. Il retomba presque immédiatement, alors que le vert s'éloignait d'un pas fiévreux.

Merde, pensa t-il, Je... Je dois lui dire !

-Luffy ... Rattrape-le !

-OK !

Luffy se jeta littéralement sur Zoro, et le plaqua au sol.

-Zoro ! Attends ! Sanji est réveillé, tu te souviens ? Où est ce que tu va ?

Il ne répondit pas, se redressa légèrement, alors que Luffy le maintenait à terre. Il haletait, son souffle s'affolant.

-Zoro... Qu'est ce qui ne va pas ? dit leur capitaine d'une voix douce. Pourquoi ne veux-tu même pas regarder Sanji ?

À l'annonce du nom de sa victime, le sabreur se crispa légèrement fermant ses yeux le plus fort possible en espérant rêver.

-Zoro, repris le blond en rampant à moitié jusqu'au sabreur en question, je veux... Te le dire...

Sa voix... Celle que j'ai tellement voulu entendre... Mais maintenant ?

-Désolé Luffy mais... Est-ce que tu pourrais nous laisser ... quelques minutes ? J'ai besoin de lui parler. Finit Sanji en effleurant le dos de Zoro du bout de ses longs doigts agiles.

En sentant la grande main pâle contre lui, le sabreur sentit les larmes affluer à ses yeux.

Sa main... Elle est chaude.

Il est vivant !

Luffy esquissa un petit sourire peu dupe qui n'étonna même pas les deux hommes, trop occupés à ruminer leurs pensées noires, puis s'éloigna.

Ouah ! Usopp va pleurer... Constata-il en voyant les trous de deux mètres de diamètre dans les murs.

Il sauta sur le quai d'un geste souple, puis sourit à nouveau.

Je te laisse le reste... Sanji

.


.

« Sanji... Tu es vivant... Tu es vivant, et tu va devoir vivre avec ça ! »

Sa main douce effleurait toujours le dos du Bretteur. L'odeur du blond éclatait en lui comme un feu d'artifice. Quelques embruns couleur soleil atterrissaient sur le pont et sur leurs corps ensanglantés. Puis, ce fut violent, soudain.

Zoro éclata en sanglots, longs et amers. Il se sentait tellement mal ! Des larmes douloureuses roulaient sur ses joues à la peau dorée. Il criait. Pour tout ce qu'il avait vécu, autant que pour tout ce qu'il avait fait vivre. Il ne se sentait plus capable de s'arrêter.

-Aaaah ! Haaa !... Aaaah !

Sanji resta un instant interdit, puis pris délicatement Zoro dans ses bras. Il l'attira doucement contre lui, de la même façon qu'il l'avait déjà fait plus tôt dans la nuit.

-Zoro... Zoro... chuchotait-il au creux de son oreille, comme une prière.

C'est ma faute... Tout ça. pensèrent-ils en même temps.

Les larmes de l'ancien chasseur de pirates ne s'arrêtaient plus. Elles semblaient faire la course, à laquelle irait le plus vite s'écraser sur le pont du navire, pour rejoindre les embruns et les taches de sang.

Ma poitrine me fait mal.

Zoro essaya vainement de se contenir. Il agrippa la chemise du blond, en nichant son nez dans le cou si parfumé de Sanji. Malgré ses efforts, il n'arrivait pas à mettre fin aux gémissements de souffrance qui s'échappaient de ses lèvres.

-Zoro... Ne te retiens pas. Pleure un bon coup, ça ira mieux après.

Ça ira mieux ! Comment ça pourrait être pire ?!

J'ai été... Tellement stupide, pensèrent-ils ensemble.

Zoro se surprit à oublier de respirer tellement le parfum naturel de Sanji l'ensorcelait. Il s'étouffa presque en remplissant ses poumons d'air.

-P... Pardon... réussit-il à glisser entre deux sanglots.

Sanji serra les dents.

Ne t'excuse pas... Ne t'excuse pas s'il te plaît...

-Ce n'est absolument... Pas ta faute. Déclara t-il finalement, sa voix, cette traîtresse, se cassant en plein milieu de sa phrase.

Abruti ! J'ai été un parfait abruti ! Ce sont mes actes qui nous ont envoyés au point où nous en sommes ! C'est de moi... Que te viens toute cette souffrance !

-A quel point tu t'en voulais ?... Zoro... A quel point ça a été difficile pour toi ?... Excuse moi, Zoro, excuse moi... murmura-il en effleurant ses cheveux, comme plus tôt dans la nuit.

Zoro sursauta légèrement, et fixa de ses yeux absinthe noyés de larmes le visage du blond. Il avait laissé retomber ses cheveux ambrés devant son si beau visage aux traits fins.

- Ça ne devrais pas... Se passer comme ça. Si tu pense m'avoir blessé... Ce n'est pas vrai. Ce qui a été fait ne peut être défait, mais en tant qu'homme ... non, en tant qu'humain, je ne suis pas faible.

Le blond planta son regard si bleu dans celui du sabreur.

-Tu es tellement important pour moi ! reprit-il, Tu ne dois pas te sentir mal à cause de ça. C'est... C'est entièrement ma faute !

Le blond ferma les yeux en sentant des larmes affluer, et les rouvrit en sentant une main calleuse effleurer sa joue, doucement, comme on caresserait un petit chat. Il releva les yeux vers le visage de l'ex chasseur de pirate, qui lui fit un sourire beau à en pleurer. Il lui chuchota d'une voix douce après avoir sommairement essuyé les larmes perlant aux coins de ses yeux améthyste :

-Tout a l'heure, pendant mon ... différent avec Luffy... Il m'a dit que nous étions tout les deux les mêmes crétins finis. Je suis d'accord avec lui.

Il regarda encore quelques instants les yeux si bleus du cuisinier, puis l'attira dans une étreinte un peu bourrue, mais bon on parle de Roronoa Zoro, alors on ne va pas chipoter.

-Alors... On pourrait peut être ... être crétins ensemble?

Un sourire doux rayonna un instant sur le visage de Sanji, alors qu'il rendait son étreinte au sabreur, se laissant doucement aller dans ses bras puissants.

-Sanji...

Ce dernier ne releva pas les yeux, mais devina les pommettes rouges du bretteur.

-Je sais, repris t-il, que ça ne se reproduira plus jamais. Je deviendrais plus fort.

Sanji ne répondit pas, perdu dans les bras du sabreur aux cheveux verts. Il souhaitait que le reste de ses compagnons n'arrivent jamais, que Zoro continue de le bercer dans ses bras si puissants. Il s'en voulait terriblement d'avoir autant fait souffrir le bretteur.

-...Et toi, arrête de penser que c'est de ta faute, nom d'un chien ! Grogna le sabreur contre lui d'un air contrarié.

Il releva finalement le visage, faisant face a Sanji et lui décrocha un magnifique sourire. Pas un sourire moqueur, même pas un sourire amoureux, mais un sourire soulagé, heureux d'être en vie, aux côtés du Cook. Il lui rendit son sourire, puis lentement il sentit ses yeux se refermer, et ne résista pas à Morphée qui le prenait dans ses bras. Les couleurs dansaient devant ses yeux bleus, lui donnant une légère nausée.

Il se laissa tomber sur le sabreur, qui écarquilla les yeux, troquant son sourire contre un air affolé et inquiet.

-Oii... Oii Cook ! Me fais pas ce coup là ! Hey, meurs pas ! S'écria t-il en agrippant les épaules de Sanji

-La ferme, Zoro, tu vois pas que je dors ? Ronchonna t-il, mais ne pu retenir le sourire léger sur ses lèvres rougies par le sang.

Le Sabreur se calma alors, et du se faire violence pour ne pas caresser ses cheveux si doux du cuisinier. Il ne lui en voulait pas, mais cela ne voulait pas dire pour autant qu'il était pardonné. Il se releva, et pris le corps endormi de sa victime involontaire avec mille précautions et la déposa sur son dos. Il marchait lentement, savourant les secondes et le contact de la peau nue tu torse du blond sur les muscles de son dos puissant.

Ouah ! Usopp va pleurer... constata le vert en passant par un des énormes trous des murs de la réserve pour sortir de celle-ci, ramassant Wado Ichimonji au passage.

Il descendit du bateau comme s'il portait une statue de cristal et de porcelaine, lui qui avait l'habitude de sauter sur le quai et de compter sur ses réflexes surhumains pour retomber sur ses pieds.

Il aperçu Luffy, adossé a une sorte de pierre. Il lui adressa un regard lourd de sens, et Zoro répondit à ce test informulé par un sourire mélancolique.

-Luffy... Je peux revenir dans l'équipage ? Demanda presque timidement le Sabreur

-Je comptait pas te laisser partir tu sais, contra le brun avec un sourire faisant trois fois le tour du visage, Bon, je pense qu'il a grand besoin de voir Chopper.

Le vert ne fut même pas surpris par l'éclair de maturité du capitaine, trop occupé a ruminer ses pensées noires.

-Luffy... Pardon, et... Merci.

-Shishishishishi, content d'avoir été utile ! S'écria le carnivore, Ah et au fait, tu devrais expliquer ce qui s'est passé a tout le monde, ils se font du souci tu sais.

Le bretteur sourit, et se mit en marche vers l'hôtel.

-Oui... Je le ferai.

.


.

-Bande de crétins! Vous n'êtes pas un petit peu en retard?! On était super inquiets!

Le bretteur soupira, maudissant ses compagnons installés à l'auberge qui l'assaillaient de questions depuis qu'il avait posé un orteil à l'intérieur.

La demoiselle à la voix aiguë qui leur vrillait les tympans et aux cheveux roux écureuil attrapa Sanji par le col, et s'apprêtait à lui en coller une pour réveiller le gentleman qui lui avait fait tellement peur.

Le vert sortit alors de son mutisme, et attrapa le poignet de la rousse, qu'il serra doucement dans sa grande main à la peau dorée. Il regretta presque immédiatement en voyant la peur dans les yeux de la jeune fille et le regard que son capitaine lui lançait. Hm, il devait être plus effrayant qu'il ne le pensait.

Il la lâcha mais ne manqua pas de lui lancer un regard noir qui la dissuada de toucher de nouveau le cuisinier.

Il déposa délicatement Sanji sur un lit et tous purent constater l'état déplorable dans lequel se trouvait le cuisinier. La rousse poussa un petit cri, réalisant la gourde qu'elle aurait commis si le vert ne l'avait pas arrêté, Chopper se mit a courir partout dans la pièce en hurlant a l'aide, avant qu'Usopp lui rappelle que c'était lui le médecin. Il se reprit, et déshabilla sommairement le blond pour cautériser ses plaies.

Le vert n'avait toujours pas prononcé un mot depuis son arrivée.

Le semi-renne éjecta tout le monde dehors, le sabreur compris. Il fut a nouveau assailli de questions, mais resta muet encore une fois.

Il bascula en avant sur un lit devant ses compagnons inquiets. Mais il n'avait pas encore touché le matelas qu'il s'était déjà endormi.

Le lendemain, un calme mêlé de gêne tomba sur l'équipage quand Zoro se réveilla. Les chapeaux de paille s'appliquaient à regarder ailleurs,, a ne pas croiser le regard du bretteur. Même le petit renne avec qui le bretteur s'entendait d'habitude si bien garda les yeux rivés sur le plancher de l'auberge. Nami se racla la gorge, avant d'annoncer d'une voix faible et peu sure d'elle sans quitter son petit déjeuner des yeux.

-Sanji... Sanji c'est réveillé et... Il nous a tout raconté.

Zoro ne répondit pas, restant désespérément muet. Il se sentait vraiment mal, et pouvait comprendre la gêne de ses amis. Après tout, il n'y avait évidemment jamais eu de viol dans l'équipage, malgré les interminables périodes d'abstention au bord du Sunny. Les amis se respectaient beaucoup trop pour ça. Usopp continua, comme à regret :

-Il nous a dit que tu n'était pas... Dans ton état normal. Chopper a fait des tests pendant ton sommeil, et... Oh, Zoro, on a retrouvé des traces de drogue !

Zoro savait. Il avait vu les traces d'aiguilles sur ces bras ce matin, et savait additionner deux et deux. Mais il resta muet, encore une fois.

-Pourquoi... Pourquoi tu ne nous a rien dit ?!

Le vert réagit enfin en entendant la voix de la rousse se casser sur cette phrase désespérée. C'est en relevant les yeux qu'il réalisa. Ses amis ne fuyaient pas son regard. Ils essayaient de masquer leurs larmes.

Alors il craqua. Il leur raconta tout. Willy, le barman, la jeune fille, Nami, Sanji, le retour du Cook, le viol, le meurtre, le retour a la réalité, ses efforts désespérés pour faire revenir le blond, sa résignation devant son échec, le combat contre Luffy, le réveil du blond, et son arrivée a l'auberge, pas très fier de lui.

Il n'omit aucun détail, atrocement conscient de l'horreur et de la monstruosité que ses paroles apporteraient aux membres de l'équipage.

Quand il releva les yeux, les mugiwara avaient salement blêmi. Pour tout dire, Robin qui avait déjà la peau pâle, ressemblait à un cadavre.

Il se demandait comment il allait se sortir de cette situation cette fois-ci. Même le petit renne était sérieux pour une fois. Et les larmes qui ruisselaient sur son pelage étaient le reflet de la trahison bien involontaire du sabreur. Il serra les dents et se leva.

Il se dirigea, silencieux encore une fois vers la porte qui menait au lit du blond, mais au moment ou il allait rentrer, une main lui agrippa le bras. Peut-être ses camarades ne voulaient-ils pas que le bretteur parle à Sanji après ce qu'il lui ait fait, au risque de le traumatiser encore plus? Il pouvait les comprendre, après tout.

Il se retourna lentement, résigné.

Mais ce n'était pas des visages fermés qui l'accueillirent. Ses amis tout sourire contrastant fougueusement avec les larmes ruisselant sur leurs joues.

-Et pourquoi tu ne nous à rien dit, crétin ? Soupira Luffy, sérieux ça aurait été nettement plus facile avec nous, non?

Les autres hochèrent la tête en essuyant leurs larmes. Puis Luffy lui envoya un sourire tellement contagieux que le vert sentit les commissures de ses lèvres se relever.

-Yosh, dépêche toi d'aller voir Sanji, il nous demande toutes les cinq minutes si tu est réveillé, pire que moi quand j'ai faim ! Grogna t-il avec une moue boudeuse.

Le petit groupe rit de bon cœur devant la bouille naïve de leur capitaine.

-Merci les gars, souffla Zoro, un sourire plein de reconnaissance sur le visage.

-Y'a pas de quoi, Zoro. Allez, file t'envoyer en l'air avec ton amoureux, avant qu'on ne décide qu'on aie rien d'autre à faire de mieux que rester ici! Déclara le capitaine.

Le sabreur sourit, puis entra dans la pièce, loupant ainsi le regard abasourdi de l'équipage au brun souriant. (Ben quoi, c'est Ace qui m'a appris!)

Il ouvrit la porte et la referma doucement derrière lui. Il se retrouva dans la petite chambre de l'infirmerie du Merry, et fut surpris de trouver le lit vide. Il jeta un coup d'œil à droite: Rien.

Un autre à gauche : Rien non plus

La salle n'était pas grande, il y avait seulement un lit, une armoire à pharmacie, un petit bureau et un lit. La fenêtre donnant sur la mer était ouverte, faisant ondoyer les rideaux blancs doucement. Mais ou pouvait bien être Sanji s'il n'était pas la?

Il fouilla la petite pièce, pensant que le blond pourrait lui faire une mauvaise blague, mais elle était désespérément vide. Il paniqua légèrement, et revint dans la pièce principale alerter ses amis. En voyant leur air sincèrement surpris, le vert commença sérieusement à s'affoler. Ils retournèrent le bateau ensemble, fouillant chaque pièce, pensant qu'il avait voulu faire un tour et s'était évanoui quelque part. Mais rien, rien du tout.

Sanji avait disparu.