Hey bande de gens !

On se retrouve aujourd'hui pour le chapitre 2 de Bella Ciao ! Enfin, oui, je sais ! La Fac m'occupe beaucoup, alors je n'ai pas énormément de temps pour écrire ( et ça m'embête vraiment, honnêtement... ). Bon, et je dois aussi l'avouer, je retombe à pieds joints dans mon vieux travers L'Attaque des Titans. Du coup... Je lis beaucoup moins d'Hetalia en ce moment ( loin de moi l'idée d'abandonner Hetalia, jamais ! Mais c'est vrai que là je fais une « pause » SnK pour le coup... ).

BREF. Si je devais résumer ce chapitre en une phrase, ce serait « Les tomates sont cuites ». Je vous laisse lire pour comprendre x,)

Bonne lecture et on se retrouve en bas pour les notes de fin~

PS : Une playlist est disponible pour Bella Ciao ! Vous la trouverez à cette adresse ( www. youtube [point com]/ playlist?/ list= PLOgqtnIgobzznjJhCrStxLbCiMl19GUyK )( en enlevant les espaces ) ou en cherchant tout simplement Bey0nd sur YouTube !


CHAPITRE SECOND :

LA BELLE TRAQUEE

xXx Septembre 1943, Rome xXx

La porte claqua violemment, faisant trembler les murs de la maison tandis que le claquement sec de la serrure verrouillait l'habitation. Lovino se retrouva alors, pantelant, adossé contre la cloison, reprenant difficilement son souffle alors que ses jambes flageolantes finirent par le laisser tomber lourdement, les deux fesses sur le paillasson, les yeux clos et la tête renversée en arrière.

_ Fratello... ?

Le jeune Romain rouvrit faiblement les paupières, observant la fine silhouette encore à moitié endormie sur son bol de chocolat fumant qui émergeait à mesure qu'il réalisait la présence de son aîné dans l'entrée. Feliciano se leva rapidement de sa chaise et s'approcha de son grand frère, complètement affolé.

_ Fratello ! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?! Tu as couru ?!

_ Baisse d'un ton, cazzo. Ta voix de crécelle me vrille les oreilles...

_ Mais-

_ Ta gueule j'te dis ! Je vais bien, arrête de me saouler ! J'ai pas le droit de faire un peu de sport le matin, bordel de merde ?

_ … Mais Fratello, tu ne fais jamais de sport sans y être obligé d'ordinaire...

_ Et bah là j'avais envie ! Maintenant, laisse-moi tranquille, idiota !

Lovino repoussa sans ménagement son cadet qui tentait de l'aider à se relever, puis fila ni une ni deux dans sa chambre. Après un long soupir, il se débarrassa nonchalamment de son foulard et de sa veste qui atterrirent sur sa commode. Ses yeux se posèrent un instant sur les précieux documents qu'il avait réussi à conserver, et il eût le réflexe de rabattre un pan de sa veste sur ces derniers pour les dissimuler un peu ès quoi, il fit ensuite un rapide tour dans la salle de bain, ôtant sa chemise trempée de sueur pour passer sur sa peau un tissu humide qui le fit frissonner de tout son long.

Pas le temps de faire chauffer de l'eau, tant pis.

Il nettoya également son visage et sa nuque moites, ses yeux d'ambres jonglant entre le lavabo rempli d'eau et la glace qui lui renvoyait un reflet à la fois épuisé – bien qu'il ne soit qu'aux alentours de 6h30 du matin, angoissé... Et, oui, excité. Pour la première fois de sa vie, pour la première fois depuis qu'il s'était pleinement dédié corps et âme à la Résistance, il s'était senti vivant. Il ne s'agissait plus seulement de distribuer quelques petits papiers insignifiants. Non !

Il avait peut-être en sa possession ce qui permettraient aux bouffeurs de patates d'être défaits par les armées alliées !

Le cœur battant la chamade, il se força à se calmer en se plongeant la tête dans l'eau froide qui baignait devant lui, s'arrachant une grimace. Grelottant légèrement, il se frictionna vigoureusement à l'aide d'un drap propre, puis enfila un haut sec avant de retourner dans sa chambre.

Pour trouver Feliciano, assis bien sagement sur son lit, les documents subtilisés entres les doigts, s'affairant consciencieusement à tenter de les déchiffrer.

_ A-Ah, Fratello- s'écria le jeune homme en sursautant, après avoir remarqué la présence de son frère dans l'encadrement de la porte.

_ Lâche ça, abrutit !

Le plus vieux se jeta presque sur son cadet, lui arrachant littéralement des mains les feuilles de papiers. Feliciano eut un léger mouvement de recul accompagné d'un petit couinement apeuré, alors que son regard était figé dans celui de Lovino. Et croyez-le ou non, si un regard avait pu tuer, le petit Italien aurait déjà succombé aux pires tortures terrestres à cet instant.

_ C'est pas pour toi cazzo ! Cela ne te regarde en rien !

_ C'est faux et tu le sais aussi bien que moi, rétorqua le plus jeune d'une voix mal assurée. C'est en rapport avec la Résistance... ?

_ Qu'est-ce que ça peut bien te foutre ? Cracha furieusement Lovino. Et depuis quand tu fouilles dans mes affaires d'abord ?! C'est du vol et de la violation de vie privée ! J'te jure, si Nonno était encore là, il t'aurait passé un de ces savons-

L'aîné s'interrompit brusquement en voyant les yeux de son jeune frère s'humidifier instantanément à l'évocation de leur défunt parent. Merde. Il avait oublié que Feliciano était toujours à fleur de peau à ce sujet.

Le brun sentit sa colère retomber vitesse grand V alors que de grosses larmes roulaient sur les joues de son cadet.

_ Hé... Feli, ne pleure pas... Excuse-moi, j'ai encore oublié. J'en parlerai plus, promis, bafouilla Lovino en s'adoucissant sensiblement, venant caresser affectueusement les cheveux doux du plus jeune.

Feliciano ne répondit rien, se contentant de hocher légèrement la tête en se laissant câliner par son grand frère. Lovino étouffa un soupir, et s'assit aux côtés de son cadet en douceur.

_ Écoute... Je ne vais pas le nier, ces documents ont un rapport avec la Résistance. Mais ils n'en ont aucun avec toi, alors ne t'en mêle pas. D'accord ?

_ Hum...

_ Tu me fais confiance, n'est-ce pas ? Je suis ton grand frère après tout. Je ne ferais jamais rien qui puisse te mettre en danger. C'est pour ça que je ne veux pas que tu aies un quelconque lien avec ces documents. Compris ?

_ Mais tu te mets toi en danger, Fratello... répliqua dans un murmure Feliciano.

_ Bien sûr que non. Je tiens à la vie, je ne me mettrais pas en danger inutilement, sois en sûr.

De longues minutes durant, Lovino s'attela à réconforter son petit-frère, dévoilant son arsenal de gentillesse et de patience qu'il ne consacrait qu'à ce dernier. Il avait une nouvelle fois réussi à rattraper le coup, mais il ne savait pas combien de temps encore cela durerait.

Mais il devait être fort pour Feliciano.

Et ce, même si lui non plus n'avait pas encore fait le deuil de leur grand-père. Il fallait laisser croire au plus jeune que c'était le cas pour l'amener lui aussi à tirer un trait définitif sur leur enfance. C'était douleur pour l'un comme pour l'autre, mais quel autre choix avaient-ils ? Aucun.

Les Boches ne leur en avaient laissé aucun.

Sentant la rage bouillonner dans ses veines, Lovino s'obligea à quelques instants de profondes respirations, une main caressant évasivement la tignasse auburn de son frère. Après un long soupir, il se leva enfin, s'époussetant légèrement en reprenant.

_ C'est bientôt ton anniversaire, non ?

_ Euh... Pas vraiment, Fratello- commença le cadet en balbutiant, coupé court par son grand frère.

_ Le 2 juin, c'est dans moins d'un an non ?

_ O-Oui...

_ Alors c'est dans pas longtemps, trancha le brun avant de poursuivre avec un petit sourire. On fera un truc spécial pour tes dix-sept ans.

_ On ira voir la mer ? Quémanda Feliciano avec un peu plus d'enthousiasme. Cela fait longtemps que nous n'y sommes pas allés...

_ Peut-être. Si on arrive à avoir un Ausweis pour quitter Rome. Ce qui sera sûrement compliqué puisqu'on est très certainement fichés dans la famille d'un ancien Résistant actif. Mais on essayera, promis, conclut Lovino après une courte pause.

Gagné. Le plus jeune afficha un large sourire, sa tristesse s'étant passée. Avec soulagement, l'aîné se dirigea vers la porte en lançant par dessus son épaule à l'attention de Feliciano.

_ Allez. Habille-toi vite fait, je t'emmène chercher le rationnement hebdomadaire.

Le cadet soupira longuement avec envie, se hâtant d'enfiler une veste en suivant son grand-frère à la trace.

_ J'espère qu'il y aura des pasta cette semaine...

xXx

Antonio se laissa lourdement retomber sur son canapé avec autant de grâce et d'élégance qu'un pachyderme en fin de vie. Oh, certes, il était loin d'être un pachyderme.

Mais un individu en fin de vie, ça, oui.

Une plainte manqua de lui échapper alors qu'il tendait sans conviction son bras pour attraper le téléphone qui trônait sur une petite table près de lui. Il n'allait pas couper à la colère de Gros Sourcils... L'Espagnol soupira longuement, déjà à bout de nerfs. Il sentait que cela allait lui prendre la tête, et très franchement, il avait autre chose à faire que de se crêper le chignon avec ce bastardo.

Du genre, retrouver des papiers importants.

Il décrocha le combiné, fit tourner plusieurs fois son doigt dans le petit composeur percé. Tac Tac Tac. Il laissa ensuite sonner deux fois, puis raccrocha et attendit patiemment qu'on rappelle ce qui ne traîna pas en vue du caractère légèrement maniaque de son employeur. Aucun son ne lui parvint du combiné, si bien qu'on aurait pu croire qu'il n'y avait personne au bout. Seulement, ceux qui penseraient cela ne seraient pas des initiés, et ne se douteraient donc pas qu'une personne attendait patiemment une réponse au bout du fil.

_ Britannia Angel.

_ Carriedo, lui répondit une voix un temps soit peu nasillarde et rendue un peu plus aiguë -quoique- par le grésillement de l'appareil après un court instant de pause.

Son nom cela voulait dire que la ligne était protégée et/ou que son interlocuteur était seul présentement. De son côté, Antonio veillait toujours à être seul lorsqu'il devait prendre contact avec Londres il n'y avait donc aucune chance qu'ils soient espionnés. L'Hispanique soupira subtilement, sentant de plus en plus l'heure de son glas sonner alors que le Britannique avec lequel il s'entretenait reprenait, le ton semblant quelque peu gêné de prononcer ces mots.

_ Comment sont les tomates ? Demanda-t-il enfin.

Antonio aurait réellement aimé pouvoir répondre qu'elles étaient bien mûres.

_ Les tomates sont cuites, Kirkland.

Oh, un bruit strident de vaisselle qui s'écrase au sol. Il y en a un qui allait devoir investir dans un nouveau service à thé.

_ J'espère que c'est une BLAGUE, Carriedo ! Fulmina Arthur au bout du fil.

_ Tu penses sincèrement que je blaguerais à ce sujet ? Rétorqua le brun d'un ton énervé.

_ Mais comment t'as fait ton compte ?! C'était pas un plan compliqué pourtant, Bloody Hell !

_ Il y a eu un imprévu, ce n'est pas de ma faute !

_ Quel genre d'imprévu ?

L'Espagnol se crispa à ces mots, les mâchoires serrées, et garda le silence. Très mauvaise idée était-ce que d'ignorer ce sale Britton toujours aussi paranoïaque et suspicieux.

_ Carriedo. Réponds, now.

_ Un gamin a récupéré les documents avant la ronde de six heures de Beilschmitt. J'y suis pour rien ! Se justifia l'Espagnol alors que son interlocuteur semblait se retenir de véritablement exploser à l'autre bout du fil.

_ Et tu n'as pas songé à sécuriser le périmètre avant ?

_ Il était même pas six heures du matin merde ! Comment aurais-je pu me douter qu'un gosse serait dehors à fouiner à cette heure ?!

_ T'aurais dû prévoir ! Dammit, pourquoi est-ce que je t'ai mis sur cette affaire...

_ A tout hasard, je cite : « parce que [tu] ne supportais plus de me voir à Londres, alors [tu t'es] arrangé pour me faire partir loin, très loin ». Sans rancune, ce sont bien tes mots non ?

Un long silence lui répondit dans le combiné, signe que le Britannique ne savait quoi répondre. Au loin, comme venue du fond de la pièce dans laquelle se trouvait Arthur -son bureau très certainement, une espèce de rire étouffé lui parvint faiblement, si bien qu'Antonio crût l'avoir rêvé.

Sauf qu'à l'ouïe de la réaction du blond à ce rire, ce n'était en rien une hallucination de la part de l'Hispanique.

_ You- qu'est-ce que tu fiches dans mon bureau, wanker ?! […] I don't give a damn about what you're saying ! Get out now, fucker ! […] W-wait ! Rends-moi ce téléphone ! Que- No !

Un vacarme pas possible retentit dans le combiné, preuve que le blond bataillait pour la prise du téléphone, jusqu'à ce qu'une nouvelle voix, bien connue de l'Espagnol, ne réponde gaiement.

_ Tonio, mon ami ! C'est bien toi ?

_ Franny ! Cela fait un bail mi hermano ! Se réjouit le brun, toujours heureux d'avoir des nouvelles de son meilleur ami. Toujours aussi chiant le Rosbif, hein ?

_ Ne m'en parle pas mon cher ! Il est exécrable ces derniers temps... ! Geint le Français avant de couiner de douleur, sûrement frappé par la furie anglaise.

S'il y avait bien quelqu'un en qui Antonio avait une confiance aveugle, c'était Francis. Amis de longue date, ils s'étaient rencontrés quelques années avant le début de la guerre, alors qu'ils n'étaient encore qu'étudiants, lorsqu'Antonio avait profité de son jeune âge pour « découvrir le monde » et « ouvrir son esprit à la diversité » -c'était du moins ce qu'il avait trouvé de mieux à dire à ses parents ( Avouez que cela passe tout de même mieux que « Non non, je veux juste passer quelques temps à l'étranger à me bourrer la gueule au vin rouge et à folâtrer avec des donzelles en chaleur ». En tout cas, Mama Carriedo ne l'aurait jamais laissé partir pour de telles raisons... ! ). Cela avait été « l'Amour au premier regard », entre eux. Camarades de beuverie, ils ne lésinaient jamais sur les bêtises, et ceux malgré leurs faibles rentes dues à la crise. Ils vivaient au jour le jour, ne se souciant pas franchement de leur futur et se moquant ouvertement de ce qui se passait autour d'eux -sauf si cela concernait de jolies demoiselles, auquel cas ils étaient toujours tout ouïe.

Et, ils devaient bien l'avouer, ils étaient, comme beaucoup d'autres en France, de ceux qui avaient bien rit de la montée en puissance de ce « Adolf Hitler ». « La petite teigne moustachue », « Dolfie », « Dodolf », et il en passait. Même si tout cela se produisait à la frontière de leur territoire, ils faisaient mine de ne rien voir. De ne pas savoir. On riait bien de ce petit énergumène agité, qui crachait ses discours dans la langue ignoblement guturale et revêche qu'était l'allemand tout en imitant en de grands gestes les opéras wagnériens. Il fallait dire que c'était à se tordre de rire.

Sauf que la situation avait très vite tourné au vinaigre pour la France.

Deux semaines. C'était le temps qu'avait nécessité l'invasion de la France par l'Allemagne Nazie après le fiasco de la ligne Maginot. Deux semaines. Moins que la Pologne. Une humiliation sans précédent pour la grande puissance qu'était l'Hexagone. Le Gouvernement qui fuit la capitale.

La Honte.

Les Allemands qui défilent sur les glorieux Champs Élysées. Pétain qui signe l'armistice.

La Honte.

L'Alsace et la Moselle annexées. La population opprimée, affamée. Rabaissée au rang de peuple inférieur et soumis à l'Allemagne. Aux Aryens. A la race supérieure.

La Honte. La Honte. La Honte.

Peu après, les grandes lignes de l'idéologie aryenne leur était parvenue, à Paris. La grandeur des héritiers de l'ancien peuple Germain, les blonds aux yeux bleus. La classification des races inférieures. Comment les Allemands leur ordonnaient, le plus possible, de « se reproduire entres êtres supérieurs pour purifier la glorieuse race ».

Très vite, Francis s'était retrouvé mêlé à ces histoires de « purification raciale ». Blond aux yeux bleus et au visage d'Ange, pas bien étonnant, direz-vous. Vous êtes si naïfs que c'en est mignon.

« L'Affaire Francis », comme ils se plaisaient à la nommer, témoignait à elle-seule du vice qui rongeait cette idéologie nazie. Peu de personne le savent sûrement – et si Francis n'en avait pas fait les frais, Antonio l'ignorerait très certainement encore, mais ces fanatiques avaient créé ce qui pouvait être assimilé à des « usines de reproduction aryenne ». En clair, ils avaient ouvert des maisons closes un peu partout dans les territoires conquis, y enfermaient de jolies jeunes filles correspondant aux critères de la race supérieure, et les forçaient littéralement à se reproduire avec des Aryens choisis sur le carreau pour faire proliférer la race aryenne. Quel rapport avec Francis, demanderez-vous. Effectivement, si l'on s'arrête là, il n'y en a pas. Mais le fait est que ces hommes, qui vouent une haine immodérée aux « Dégénérés », ne peuvent pourtant pas renier leur nature d'homme, avec ses désirs et ses frustrations qui peuvent être assouvis par une femme.

Ou un homme.

L'Affaire vous apparaît plus claire à présent, non ? Si seulement cela pouvait être une plaisanterie... Ces hommes pensaient donc que pour amoindrir leur dégénérescence, ils devaient se trouver un partenaire de la race supérieure. C'est ainsi que Francis avait passé près d'une année enfermé dans un de ces lieux sordides, puis que, par un concours de circonstances, ils avaient fini par se retrouver un matin dans un des nombreux couloirs du Parlement londonien. Antonio ne connaissait que les grandes lignes de ces événements, et son frère de cœur se gardait bien d'en parler. Mais même s'il était vraiment curieux à ce sujet, l'Espagnol respectait le silence du blond. S'il ne voulait pas lui en parler maintenant, c'était son choix. Et il n'avait rien a y dire.

Depuis leurs retrouvailles -l'Hispanique travaillait déjà aux services des renseignements britanniques, Francis s'était progressivement joint aux affaires concernant la Résistance en territoire français son bon vivant et sa loyauté s'attirant les faveurs de son entourage malgré ses origines de « Froggy » lui permirent finalement de devenir l'un des principaux coordinateurs de la Résistance Française à Londres. Ou plus précisément, il faisait le job dont personne ne voulait c'est-à-dire servir d'intermédiaire entres ses contacts Français et le terrible coordinateur britannique Arthur Kirkland.

Toutes les autres tentatives de bonne entente avec ce dernier s'étaient soldées par un cuisant échec, cet espèce d'ermite ronchon, cynique et pas aimable pour un sou envoyant tous les coordinateurs français au tapis en à peine quelques semaines de travail commun – pour surmenage, paraît-il. Enfin, toujours était-il que cela faisait à présent un peu plus d'une année complète que les deux hommes se côtoyaient tous les jours, et même si l'on avait plusieurs fois frôlé une nouvelle Guerre de cent ans entres eux le Français tenait bon et supportait plutôt bien son homologue britannique tout bonnement imbuvable du point de vue de l'Hispanique.

Et si vous voulez son avis, il lui semblait également qu'Arthur trouvait de moins en moins désagréable la présence du « Frog » à ses côtés.

_ On ne le refera plus à présent, il est trop vieux pour ça ! Rit Francis alors que ses paroles étaient accompagnées d'un cri outré du britannique qui luttait toujours pour récupérer le combiné.

_ Je suis plus jeune que toi, shit beard !

_ Ce que tu es vulgaire, Thuthur, soupira le blond, le surnom faisant pouffer l'Espagnol.

_ D-don't call me that, stupid Frenchie !

_ Aïe ! Arrête de me frapper, enfin !

Une série de protestation houleuse fusa de nouveau, alors qu'Antonio soupirait sur son téléphone. Irrécupérables, ces deux-là.

_ Franny, repasse-moi Gros Sourcils, je ne veux pas avoir ta mort sur la conscience.

_ Oui m'sieur ! Babilla le blond avant de reprendre d'un ton sournois. Je te rappellerais plus tard, on pourra parler des jolies Italiennes comme ça hm ?

_ Oui oui, si tu v-

_ Mais aïe ! Arrête, Arthur ! Espèce de hooligan mal appris !

La voix du Français fût bien vite écartée du combiné malgré ses vives protestations et ses cris outrés, alors que l'Anglais reprenait le contrôle du téléphone. Cependant, la discussion ne s'éternisa pas plus, et Arthur se contenta simplement de lui dicter ses prochaines directives ou plus précisément ce qu'Antonio comptait faire depuis le début.

_ Bref. Retrouve ses documents dans les plus brefs délais ou on sera vraiment dans la merde, Carriedo.

_ J'avais pas besoin de tes lumières pour le savoir, merci bien, ironisa le brun.

_ Je suis sérieux, Antonio ! A la prochaine connerie tu vas avoir de sérieux problèmes, et moi avec ! Je peux pas te couvrir sans cesse ! Alors tiens-toi à carreau, compris ?

_ Compris, répondit finalement l'Hispanique après une courte pause. Je te recontacte quand j'ai des nouvelles.

_ De bonnes nouvelles, si possible.

Et sans autre forme de jugement, le blond raccrocha, laissant Antonio seul avec ses pensées. Après avoir reposé le téléphone sur son meuble, l'Espagnol se laissa basculer sur le canapé, les yeux fixés au plafond, plongé dans d'intenses réflexions.

Que faire pour retrouver ces documents ? Il n'avait ni le nom, ni l'adresse de son petit « voleur ». Rien donc qui puisse l'aider à l'identifier et à le pister, si ce n'était sa description physique. Mais il ne pouvait pas arpenter au hasard les rues de Rome des jours durant en espérant tomber sur lui ! Non. Il devait exister un autre moyens .

Réfléchis Antonio... Réfléchis... !

Il lui fallait un moyen assez rapide d'identifier quelqu'un avec une simple description physique. Un portrait serait l'idéal... Ou une photographie tout au plus. Même sans couleur, les principales caractéristiques physiologiques demeuraient encrées sur le papier.

Mais où trouver une photographie de ce jeune homme... ? Un jeune homme mineur, qui visiblement ne faisait pas les Jeunesses... Il ne pouvait donc pas fouiller dans les archives de l'enrôlement.

Quelque chose de similaire à l'enrôlement... Un moment où on aurait classifié la population... Où on l'aurait recensée...

Minute.

Antonio se redressa d'un bond, les yeux brillants. La voilà, sa solution ! Le recensement de la population romaine à l'entrée de l'Italie dans l'alliance militaire de l'Axe ! Ces dossiers devaient être conservés à la Kommandantur... Un large sourire s'étira sur les lèvres de l'Hispanique.

Il avait exactement la personne vers qui se tourner pour s'infiltrer dans les archives de la Kommandantur sans se faire remarquer.

L'Espagnol se jeta cette fois-ci sur son téléphone, composant rapidement la ligne directe du bureau du jeune Lieutenant, qui ne tarda pas à répondre – comme son employeur britannique, drôle de coïncidence pour deux maniaques, non ?

_ Beilschmitt.

_ Ludwig, j'ai besoin de consulter les dossiers du recensement de 1938. Cela pourrait me permettre de retrouver notre voleur. Maintenant, lâcha de but en blanc Antonio, prenant de court l'Allemand qui bafouilla un instant.

_ C-c'est que... Là, maintenant... Enfin, je suis occupé... Ce n'est pas possible...

_ Quand cela sera-t-il possible dans ce cas ? Continua sèchement le brun.

_ D-demain. Demain matin, au retour de la ronde de six heures. Je t'y accompagnerai moi-même, promis le jeune homme.

_ C'est trop aimable, voyons, railla légèrement l'Espagnol avant de se reprendre.

Après tout, c'était le petit frère de son employeur allemand s'il le froissait, il aurait des ennuis.

_ Au fait, Ludwig. Sais-tu quand Gilbert rentrera à Rome ?

_ Il ne t'a pas prévenu ? S'étonna l'Aryen au bout du fil. Étrange, cela fait pourtant des semaines qu'il me bassine avec ça...

_ Alors, quand ? S'impatienta le brun.

_ Dans deux ou trois jours. Une semaine, tout au plus.

Le cœur de l'Hispanique manqua un battement tant il s'était emballé d'un coup. Et, d'une voix un peu moins assurée, il souffla à Ludwig avant de raccrocher.

_ On a intérêt à vite mettre la main sur ses documents, Luddy.

xXx

xXx Septembre 1943, Vienne xXx

Il était en retard. Très en retard. La représentation avait commencé depuis déjà une bonne demi heure, et il entrait seulement dans la loge, au balcon, qu'il avait réservée il y avait bien de cela plusieurs semaines au Weiner Staatsoper.

Après tout, on se battait presque, dans l'aristocratie autrichienne, pour assister à un concert de la -magnifique- pianiste soliste de l'orchestre philharmonique de Vienne.

Avec un léger soupir soulagé, Gilbert se laissa tomber sur son fauteuil confortablement rembourré, et s'attela à ôter ses gants de cuir noirs puis à desserrer un temps soit peu sa longue veste de SS. Ayant ôté son couvre-chef en entrant dans l'Opéra, il s'attira quelques regards intrigués de ses voisins de balcon, auxquels il répondit par un sourire aimable avant qu'on ne le salue immanquablement avec respect. Et ces gens-là avaient tout à fait raison.

Il vallait mieux avoir les faveurs d'un Generaloberst plutôt que de lui déplaire.

Un nouveau soupir lui échappa alors que son regard se posait un instant sur ses insignes oranges, puis sur celles, plus récentes, rouges carmins. S'installant un peu plus confortablement dans son fauteuil, il ferma les yeux et se laissa bercer par la mélodie qui lui parvenait tant de la fosse que de la scène.

La salve d'applaudissements que reçurent les musiciens à la fin de la représentation le sortit de son demi-coma psychadélique, alors que machinalement il se mit lui aussi à applaudir, peut-être même deux fois plus fort qu'une personne normale. Après tout, rien d'exceptionnel ; il était génial, non ?

Il se hâta ensuite de sortir, même s'il fût une nouvelle fois retenu à plusieurs reprises pour quelques salutations bien trop formelles et flatteuses pour être sincères. Il mit donc un certain temps à sortir du bâtiment ; preuve étant qu'il ne dût pas attendre la personne qu'il était venue voir, contrairement à cette dernière, dont la fine silhouette gracile épousée par une longue robe noire au dos nu et aux épaules couvertes d'un châle léger se découpait aisément sur la façade illuminée de l'opéra. Les reflets dorés sur les bijoux de la Belle créaient de petits éclats scintillants dans la nuit.

Un large sourire au coin des lèvres, l'Albinos descendit rapidement les quelques marches menant au trottoir de l'avenue viennoise Goethegasse, jusqu'à se présenter à hauteur de la jeune femme en se découvrant.

_ Guten Abend, süBere Fraulein, dit-il d'un ton malicieux, offrant un baise-main à sa compagne.

_ Guten Abend, Gilbert, lui répondit-on. J'ai bien failli attendre, dis-moi.

_ Désolé pour ça, Maggie. J'ai été retenu à l'intérieur.

_ Je ne t'ai pas vu non plus au balcon lorsque je suis montée sur scène, ajouta ladite Maggie en haussant un sourcil.

_ Encore une fois, retenu au travail et en arrivant ici. Ah, mais tu comprends, Princesse, tout le monde veut serrer la main de ma géniale personne ! Rit l'Allemand en offrant son bras à sa compagne, qui l'accepta sans objection.

_ Tu ne perds donc jamais une occasion de te vanter, hein ? Commenta l'Autrichienne avec un petit soupir amusé.

_ Je ne me vante pas, j'énumère mes qualités en toute humilité. Nuance !

_ Nous avons une vision différente de l'humilité alors.

_ Sûrement même, kesese~ En tout cas, tu es resplendissante, ce soir, complimenta Gilbert en observant une nouvelle fois de haut en bas la jeune femme à son bras.

_ Je sais, répondit avec un sourire malicieux la demoiselle.

_ Mein Gott, on aurait dit moi ! Rit l'Albinos.

_ Tu as une très mauvaise influence sur ma personne, apparemment.

_ Je te traînerai en Enfeeeeeer~ éructa Gilbert d'une voix exagérément grave, avant de reprendre plus sérieusement. Une voiture pour raccompagner la Dame ?

_ Volontiers. Je ne me sens pas de rentrer à pied, soupira la jeune femme en venant poser sa tête contre l'épaule de l'Albinos.

Avec un sourire, Gilbert laissa sa compagne se reposer alors qu'il levait un bras pour signifier qu'ils avaient besoin d'un véhicule. Et bien sûr, on ne peut décemment rien refuser à un haut-gradé de la Wehrmacht. Aussi, ils n'attendirent que peu avant de s'installer à l'arrière d'une berline Volkswagen, qui roula bientôt en direction de l'hôtel particulier viennois bientôt centenaire de la famille von Edelstein. Hôtel particulier qui était à présent la propriété de l'unique héritière de la fortune familiale : la jeune, magnifique et génialissime comtesse Magdalena von Edelstein, pianiste émérite dont on vantait les talents partout à travers le Reich.

Bon. Certes, ils avaient tenté d'être discrets. Au début. C'est-à-dire à peine quelques semaines. Mais maintenant, ce n'était plus un secret pour personne, que le jeune – et superbe. Et génialissimement génial – prodige de la Wehrmacht avait été vu plusieurs fois avec à son bras la belle aristocrate Autrichienne.

L'Albinos soupira doucement, laissant le vrombissement de la voiture le bercer silencieusement, une main caressant délicatement les mèches chocolat de sa compagne.

_ Tu es arrivé très en retard, tout à l'heure ? Demanda Magdalena, en relevant la tête vers Gilbert.

_ J'ai manqué tout le premier morceau. Le Bruckner, expliqua l'Allemand avec un sourire. Mais j'ai écouté le reste. Et je dois dire que j'ai particulièrement aimé la troisième pièce. Une Fantaisie de Bach, non ?

_ Exact, confirma la jeune femme avant de continuer. Est-ce une simple coïncidence si c'est le seul que tu aies entendu que j'ai joué en soliste ? S'amusa-t-elle.

_ Et si c'était le cas ? Je suis venu pour t'écouter toi, pas les autres, Maggie. Et puis, je n'y peux rien si tu es aussi géniale que moi, et que les autres, ne t'arrivant pas à la cheville, sont éclipsés par ton jeu.

Un petit rire traversa les fines lèvres colorées de rouge, alors que les deux améthystes parées de lunettes brillèrent de malice.

_ C'est adorable, Gil. Merci, dit-elle avec un sourire attendri, venant placer un léger baiser sur les lèvres de l'Albinos.

Ce dernier se laissa faire sans broncher, un petit sourire fier au coin des lèvres. Puis, une pensée lui retraversa l'esprit alors qu'ils se séparaient.

_ Dis-moi, Maggie... On m'a annoncé que je devais rentrer, dans quelques jours, et-

_ Et tu voudrais que je t'accompagnes, termina la brune.

_ ... Euh, oui ?

L'Allemand fût pris de court par la réponse de l'Autrichienne, qui semblait s'amuser plus que de raison à le taquiner. Cette dernière sembla réfléchir un instant, puis elle reprit rapidement.

_ Cela devrait être possible. Après tout, je pense être en mesure de donner quelques concerts, là-bas.

_ Quand même ! S'ils ne te laissent pas jouer, c'est qu'ils n'ont aucun goût ! Et au pire, j'irais moi-même le leur demander. Cordialement. Et sans faire d'histoires, promis, rajouta-t-il progressivement sous le regard perçant de sa compagne.

_ L'uniforme ? Rit la brune.

_ Toujours, Schatzie.

Un autre rire fit écho à ses paroles, alors que Magdalena se serrait de nouveau contre lui. L'Albinos ferma les yeux, apaisé. Il était réellement impatient. Il allait enfin revoir son petit Lulu ! Après un an d'absence !

Il était grand temps que l'Aigle rentre au nid. A Rome.


Lexique :

Fratello : frère ( italien )

cazzo : putain ( italien )

→ Nonno : Papy ( italien )

I don't give a damn about what you're saying : Je me fous de ce que tu dis ( anglais )

don't call me that : M'appelle pas comme ça ( anglais )

Bloody Hell : euh... Juron britannique, équivalent de Bordel.

Dammit : putain ( anglais )

mi hermano : mon frère ( espagnol )

Guten Abend : Bonsoir ( allemand )

süBere Fraulein : adorable / délicieuse demoiselle ( dans un sens mi affectueux, mi « trop poli » )

Schatzie : Trésor ( allemand )

xXx

→ Un Ausweis est un laisser passer qui était nécessaire pour n'importe quel déplacement en dehors de votre ville. Sinon vous étiez recalé à la sortie par les postes fixes allemands.

→ Les insignes oranges désignent les membres de la police politique ( Gestapo en l'occurence pour Gilbert ). Ajoutés aux insignes rouges carmins, qui indiquent qu'il fait partie de l'Etat-Major Allemand. En gros il a un grade qui dépote sa grand-mère, du coup vaut mieux être son ami que son ennemi sinon t'as de grandes chances de finir soit à la question soit avec une balle dans la nuque.

→ Petite note si ça vous intéresse : les morceaux interprétés par Autriche dans la partie 4 sont, dans l'ordre :

_ une pièce pour piano seul " Errinerung " de Anton Bruckner ;

_ le concerto pour piano n°1 de Ludwig van Beethoven ;

_ la Fantaisie chromatique et Fugue en Do mineur de Jean-Sébastien Bach ;

_ et le concerto pour piano n°5 de Ludwig van Beethoven.

Ces trois compositeurs étaient " autorisés " à être joués sous le Troisième Reich, parce qu'ils étaient Allemands et qu'ils n'avaient pas composé de la " Entartete Musik " ( musique dégénérée ). Vous pouvez les retrouver sur la Playlist de Bella Ciao, dont le lien figure dans l'introduction de ce chapitre ;)


Lolilol, le jeu de mot entre le symbole royal de la Prusse et celui impérial de l'Empire Romain, tu la sens ma grosse culture générale hein ? Tu la sens bien ! *ahem*

Vous vous rendez compte que j'écris alors que je suis sensée réviser un contrôle d'Histoire médiévale pour lundi et un partiel blanc d'Histoire ancienne pour mercredi ? ARGH !

Je suis si fatiguée... ;^;

Bon. J'espère que cette fiction vous plaît toujours, et je m'excuse une nouvelle fois de mes temps de publication qui se font de PLUS en PLUS longs... Ne me haïssez pas ;^;

Moi j'vous nems toujours, hésitez pas à laisser une review ça fait toujours très très plaisir !

J'vous fais de gros poutoux baveux sur les deux joues et je vous dis au prochain chapitre~