Chapitre 3 – Spilled Emotions
Jack entra dans la cuisine et regarda leur petit déjeuner intact, un symbole manifeste de son échec. Les œufs étaient toujours dans la poêle sur la gazinière, une bouillie collante et froide à présent, et les toasts étaient dans le toaster, leur agréable arôme s'étant complètement dissipé. La tasse de Sam était posée sur la table, à moitié pleine du liquide noir froid. Il prit la tasse et s'apprêta machinalement à aller vers l'évier, mais s'arrêta et baissa les yeux dessus. « Elle n'est même pas restée assez longtemps pour finir son fichu café ! » Lorsque les derniers mots quittèrent sa bouche, sa colère explosa et il jeta violemment la tasse à travers la pièce, la regarda s'écraser contre le mur en créant une tâche sombre lorsque le contenu répandu s'écoula lentement sur le sol.
Il passa ses doigts agités dans ses cheveux courts et indisciplinés et fit une grimace à sa propre frustration. Du café, il lui fallait du café. Il prit le pot et récupéra sa propre tasse, oubliant brièvement qu'il était froid, il en but une longue gorgée et ferma immédiatement ses yeux pour supporter le goût du liquide amer et froid comme il emplissait sa bouche et attisait sa colère. Il avala rapidement et propulsa la tasse violemment à travers la pièce, frappant le mur en produisant une petite explosion alors qu'elle rejoignait sa partenaire sur le sol de la cuisine. Ses yeux suivirent les éclats qui jonchaient le carrelage et en moins d'un battement de cœur, il balança son bras en avant en un mouvement plein de fureur. Sa frappe arriva droit au but et le pot de café s'envola à travers la pièce. Le toaster suivit avec un fracas métallique alors qu'il l'envoyait valser du comptoir et il le laissa se balancer en un équilibre précaire, tenu seulement par le cordon d'alimentation, les toasts et les miettes tombant au hasard autour de lui. Il se tourna vivement vers la gazinière et levant la poêle, il la cogna à plusieurs reprises sur le plan de travail, envoyant les œufs voler partout, son bras absorbant le choc de sa rage à chaque coup qu'il donnait. Les assiettes suivirent, rejoignant leurs cousines, fragments inutiles fracassés par une rage implacable.
N'ayant plus rien à frapper ou à détruire, et leur petit déjeuner décorant à présent toute la cuisine, il se tint immobile et observa le résultat de sa colère. Il laissa échapper un profond soupir, posa un poing sur sa hanche et de l'autre main frotta lentement son front et ses cheveux. Il secoua la tête et marmonna à voix haute, « Jack O'Neill, tu es un putain de con ! » Au bout d'un moment, il baisse les yeux sur ses pieds nus, jurant doucement lorsqu'il se découvrit complètement entouré par des morceaux de verre brisé. N'ayant pas d'autre choix, il traversa précautionneusement la pièce, évitant autant que possible les éclats de verre, se tenant en équilibre sur un pied et utilisant l'autre pour ôter le reste tout en avançant.
Quand il atteignit finalement le couloir, il alla dans la chambre, finit de s'habiller et sortit immédiatement de la maison. Il faisait froid, mais il ne neigeait pas et quand ses pieds foulèrent le gravier de l'allée, il se mit à courir. Le temps qu'il atteigne le bout du pâté de maisons, il courait à pleine vitesse, poussant ses muscles à chaque foulée, sentant son cœur commencer à battre plus vite et consumer sa colère. Il continua à courir, jusqu'à ce que ses muscles lui hurlent d'arrêter, sa respiration cristallisant l'air devant lui alors qu'il soufflait comme un bœuf de grandes quantités de dioxyde de carbone et aspirait l'air froid et frais dans ses poumons.
Et il continua à courir. Ses bras puissants se balançant en rythme avec ses pieds frappant la surface dure de la rue, chaque action propulsant son corps imposant en avant et troublant la beauté tranquille du paysage enveloppé de neige autour de lui. Il ne ralentit pas, ne fit pas de pause, il courut simplement. Mais malgré son épuisement physique, son esprit continua à travailler, à questionner et à analyser, cherchant une solution. Il repensa aux années pendant lesquelles Sam et lui avaient travaillé ensemble, membres de SG1. Ils avaient bâti une petite unité de combat presque parfaite. C'était magique. Ca l'avait été dès la première fois qu'ils avaient franchi la Porte des étoiles ensemble. La communication avait toujours été là, s'accroissant et s'améliorant avec chaque année qui passait. Il savait ce qu'elle pensait d'un simple regard ou geste. Elle pouvait en faire de même. Ils n'avaient pas besoin de mots. Et il avait tenu à travers tout ce temps et les bouleversements, l'aimant de loin mais ne se permettant jamais de reconnaître vraiment ses sentiments.
Puis il avait été promu. Et promu à nouveau. Peu de temps après avoir reçu la nouvelle de sa seconde promotion, elle avait demandé une réaffectation en Recherche et Développement, voulant poursuivre son travail sur les technologies alien dont ils s'étaient procurées au cours des missions et se mettant, au passage, d'elle-même hors de sa chaîne de commandement, elle avait quitté le SGC. Et il en était heureux. Il ne lui avait jamais demandé de faire cela, mais il était heureux. Elle serait en sécurité sur Terre et, même si elle était à des milliers de kilomètres de lui, c'était mieux que des millions d'années lumière.
Après, cela avait été une progression naturelle pour eux d'être ensemble. 'Un jour' était finalement arrivé et Jack, enfin, vint à la maison. Daniel l'avait sauvé il y a de cela toutes ces années, mais Sam... Sam était la fin de son voyage, Sam était sa maison. Il ne savait pas s'il pourrait vivre sans elle maintenant, mais il savait qu'il ne voulait pas le découvrir.
Jack était à présent essoufflé, presque haletant, alors que ses jambes luttaient pour continuer à bouger. Sa vision se troublait et il se sentit pris de vertige comme il ralentissait inconsciemment son allure. Son esprit rejouait sans cesse le même scénario, mais sa colère s'était évaporée et l'épuisement la remplaçait, le terrassant lentement. Mais il continua, continua à courir, repoussant ses limites jusqu'à ce que, finalement, la réalité lui échappe et qu'il chancelle, tombant lourdement sur la chaussée. « Merde ! » Il réussit à proférer cet unique mot et posa la main sur sa tête là où cela lui faisait mal avant que ses yeux ne se ferment et que le monde devienne noir.
« Monsieur ? Monsieur, est-ce que vous allez bien ? »
Il grogna et grimaça avant d'ouvrir les yeux. Une jeune femme était agenouillée à côté de lui, le dévisageant avec inquiétude. Il se mit à se redresser et sentit sa main appuyer sur son épaule.
« Vous devriez peut-être rester où vous êtes pendant quelques minutes. Comment vous sentez-vous ? »
« Je vais bien. » Il prononça les mots avant d'avoir fini l'inventaire mental auquel il était devenu bien trop familier au cours des années. Son esprit était encore un peu confus comme il prenait connaissance de la surface dure au-dessous de lui et le paysage recouvert de neige autour. « Ma tête fait un peu mal. Et mes genoux, mais sinon... je vais bien. »
« D'accord, restez tranquille quelques minutes. Que s'est-il passé ? »
« Euh, je courais, j'ai trébuché sur quelque chose... j'ai dû heurter la chaussée en tombant. »
« Je devrais peut-être appeler une ambulance ? »
« Non, je vais bien, vraiment. » Il sourit et poussa sur l'asphalte pour se mettre en position assise. « Ow. »
« Depuis combien de temps couriez-vous, si ce n'est pas indiscret ? »
Jack cligna des yeux, essayant d'éclaircir sa vision et balbutia légèrement en répondant. « Oh, je ne sais pas... des années... toute ma vie. » Le gloussement amusé de la jeune femme le surprit et il leva les yeux sur elle.
« Quoi ? »
« Je voulais dire, maintenant... aujourd'hui. Depuis combien de temps couriez-vous ? Quelle distance ? »
« Oh ! » Jack leva son bras et regarda sa montre, surpris par l'heure. Il était presque midi. « Environ trois et demi, je pense. »
« Kilomètres ? »
« Heures. » Il pressa les doigts contre le point douloureux sur sa tête et reconnut la chaude et familière consistance poisseuse qui trempait ses cheveux. « Merde ! » marmonna-t-il silencieusement.
Il ne vit pas l'expression faciale de la jeune femme changer lorsqu'il répondit. Il ne la vit pas l'étudier attentivement non plus, se demandant s'il avait vraiment couru pendant tout ce temps. Il semblait en bonne forme et paraissait courir à bonne allure quand elle l'avait vu tomber, mais elle doutait qu'un homme de son âge puisse courir pendant trois heures et demie.
« Désolée, je n'ai à rien mettre sur ça. Etes-vous sûr de ne pas avoir besoin d'une ambulance ? »
« Non, c'est bon, c'est juste... salissant. »
Il sourit pour la première fois depuis qu'il avait repris connaissance et la jeune femme parut se détendre un peu. Elle prit une bouteille d'eau de sa ceinture et la lui offrit. « Prenez ça, alors. Vous devez être assoiffé. »
Jack engloutit l'eau, réalisant qu'il était probablement déshydraté ou pas loin de l'être. Puis il regarda autour de lui, essayant de se repérer. En fait, il n'était pas très loin de chez lui et pensait pouvoir y arriver par lui-même, après un peu de repos.
Ils étaient assis sur le trottoir quand un policier s'arrêta pour s'enquérir de la situation. Lui aussi offrit d'appeler une ambulance, mais Jack refusa. Il voulait juste rentrer chez lui et finalement, après un soin rudimentaire, l'officier lui proposa de le ramener. Jack se mit lentement sur ses pieds et était sur le point de dire au policier qu'il y arriverait seul quand le monde autour de lui commença à tournoyer à nouveau. Il tendit le bras et saisit l'épaule de la femme pour lutter contre le vertige et fit un sourire en coin. « Peut-être que je vais accepter votre offre, après tout, monsieur l'agent. »
« Pas de problème. » Le flic s'avança plus près de Jack, au cas où il recommencerait à perdre sa stabilité et ils se dirigèrent vers la voiture. Jack remercia la jeune femme, se présentant enfin, puis monta dans le véhicule de police. Peu de temps après, ils s'éloignaient.
Le policier s'assura qu'il était installé en sécurité dans sa maison avant de partir, conseillant à Jack de faire voir sa blessure à quelqu'un et Jack acquiesça. Il alla dans la cuisine et traversa le sol jonché d'éclats. Faisant crisser le verre à chaque pas, il se versa un verre d'eau et l'avala, puis s'en versa un autre et buvant doucement, il alla dans la chambre.
Il était fatigué et nauséeux, et les pensées de Sam dominaient une fois de plus son esprit. Il prit une serviette et la comprimant sur la coupure qui saignait toujours, il s'effondra sur leur lit. L'odeur de Sam assaillit ses sens alors qu'il se détendait contre son oreiller et se lovait dans le souvenir d'elle. La main qui appuyait sur sa tête se relâcha lentement, retombant inerte sur le lit alors qu'il glissait dans l'inconscience.
Sam fit crisser les pneus dans l'allée à 16h30 et sortit de la voiture, se précipitant vers la maison. Le Général Landry avait fait transféré jusqu'à son labo l'appel d'un policier inquiet lorsqu'il s'était rendu compte que cela concernait O'Neill. Ca n'avait pas semblé sérieux, mais quand Jack ne répondit ni au téléphone de la maison ni à son portable, elle s'était mise à s'inquiéter.
Elle ouvrit la porte d'entrée et l'appela sans tarder, s'arrêtant pour entendre sa voix. Silence. Un silence complet. Seule la lumière de la cuisine était allumée et elle se dirigea vers la porte, poussant un petit cri de stupeur lorsqu'elle atteignit l'embrasure. La pièce était un vrai capharnaüm, du verre brisé jonchait le sol et des restes de nourriture étaient éparpillés partout, certains pendant des murs et placards, et même un peu au plafond. Ses yeux s'agrandirent en visualisant la scène. Une poêle était en équilibre précaire sur la gazinière, près d'un toaster qui était suspendu par son fil et la poignée du pot de café se trouvait près du mur d'en face. Soit des vandales s'étaient introduits dans la maison, soit Jack était furieux. Même si elle pariait sur Jack, son anxiété croissait alors qu'elle appelait son nom. Prenant le pistolet dans son dos, elle se mit à descendre le couloir.
« Jack ! Où diable es-tu ? » Elle se dirigeait déjà vers la chambre lorsqu'elle l'entendit répondre et relâcha un soupir de soulagement audible en reconnaissant sa silhouette détendue couchée sur le lit. « Jack ? Jack ! » Elle poussa doucement sur son épaule et il roula immédiatement vers elle, exposant sa tête ensanglantée et la serviette derrière. « Jack, oh, mon Dieu ! Jack ! Réveille-toi ! Est-ce que tu m'entends ? » Elle le secouait à présent et pas avec douceur. Son cœur battait la chamade et était au bord des lèvres lorsque ses yeux prirent note de son visage pâle et du sang qui trempait l'oreiller. Elle tendit la main pour toucher délicatement sa tête, tentant de trouver la blessure. « Jack, est-ce que tu m'entends ? Réveille-toi, Jack, ouvre les yeux ! » Elle s'assit à côté de lui sur le lit et quand il ne répondit pas, elle se saisit du téléphone. Elle était déjà en train de composer le numéro quand ses doigts frôlèrent son bras.
« Sam ? » Sa voix était douce et rauque, comme s'il avait dormi pendant longtemps.
« Jack ! Est-ce que tu vas bien ? » Elle reposa en claquant le téléphone sur son support et se retourna vers lui. « Que diable s'est-il passé ? »
« Quoi ? » Il s'arrêta, refermant sa main autour de son bras et serrant légèrement. « Désolé, chérie, je n'avais pas réalisé que tu étais là. Je pensais que je rêvais. Quelle heure est-il ? » Il passa sa main sur sa peau, caressant son bras avec douceur alors que son regard, un peu confus, était fixé sur ses yeux.
« Il est, je ne sais pas, environ 17h. Jack, ta tête... Est-ce que c'est sérieux ? »
« 17h ? Et tu es déjà à la maison ? »
Sam laissa échapper un autre profond soupir. « Oui, Jack. La police a appelé la base pour voir si on n'avait pas perdu un Général. Quand Landry a compris qu'il s'agissait de toi, il a fait transférer l'appel jusqu'à moi et ils m'ont dit qu'ils t'avaient ramené à la maison. Bon, que s'est-il passé ? Ca ne te ressemble pas de trébucher et de tomber, Jack, du moins pas sur Terre. »
« Aïe ! Arrête ! » Il s'écarta et cria de colère lorsque les mains de Sam fouillèrent son crâne à la recherche de la blessure. « Sam, arrête ! Je vais bien. »
« C'est ce que je vois. On m'a appelé, Jack. Si tu allais bien, pourquoi n'as-tu pas répondu au téléphone ? »
« Je dormais ! Alors, est-ce que tu vas arrêter ? » Mauvais patient par excellence, Jack repoussa sa main.
Elle tapa la sienne en réponse. « Non, toi, tu arrêtes ! Je pense que tu saignes encore. Tu as probablement besoin de quelques points de suture, alors laisse-moi regarder. » Elle tourna son visage sur le côté et repoussa les cheveux, du sang suintant lentement entre ses doigts. « Tu as une sacrée bosse et une belle coupure. Qu'est-ce que tu as heurté ? »
« Aïe ! Sam ! Heurté ? Que veux-tu dire ? »
Elle relâcha sa prise sur lui et il se tourna pour la regarder. « Jack, es-tu sûr d'aller bien ? » Elle n'arrivait pas à dire s'il essayait juste de l'agacer ou si, vraiment, il n'arrivait pas à suivre le fil de la conversation. « Tu es tombé, tu te rappelles ? Qu'as-tu heurté ? »
« Oh, ouais ! La chaussée. J'ai heurté la chaussée, mais je vais bien, Sam. »
« Viens, est-ce que tu peux te lever ? » Il parlait d'une voix traînante et ses yeux étaient un peu étranges comme il tentait de concentrer son regard sur elle. Elle soupçonnait qu'il avait une petite commotion cérébrale.
« Oui, mais je préférais rester là. » Il passa ses bras autour d'elle et l'attira sur le lit près de lui. « Je viens d'arriver à la maison. J'ai à peine eu le temps de te voir. » Ses yeux riaient chaleureusement, la taquinant silencieusement, alors qu'il la tenait contre lui. Elle écarta sa main de sa tête et la tint levée pour qu'il la voie. Elle était couverte de sang frais. « Oh. »
« Allez, viens, maintenant. Tu as besoin de points de suture et si tu es un gentil garçon, le Dr. Summers te donnera peut-être une sucette. » Elle essuya en vitesse sa main sur la serviette et se leva, se préparant à supporter le poids de Jack s'il commençait à tomber. « Doucement, tu risques d'être un peu étourdi. »
Il se redressa aussi et le monde se mit à tourner à nouveau. « Whoa ! Tu crois ? » Elle gloussa et, bien que sa tête pulsait, le son de son rire lui réchauffa le cœur comme il la regardait.
« Tu sembles un peu ivre... monsieur, » taquina-t-elle en riant.
« Très drôle, Carter. Aide-moi, plutôt ! » Il tendit le bras et elle le passa sur ses épaules, l'aidant à soulever son imposante carcasse en position debout. Ils tanguèrent brièvement lorsqu'il se leva et Sam pensa un instant qu'ils allaient tomber, mais elle écarta un peu plus les pieds et le soutint, les stabilisant au bout d'un moment. Il se tourna pour la regarder avec un petit sourire niais sur les lèvres. « Ca va ? »
« Ouais. Et toi ? » Elle grogna doucement, soutenant son poids sur ses épaules comme ils traversaient la chambre. « Tu es sûr de pouvoir faire ça ? »
« Oui, ça va maintenant, je ne suis plus aussi étourdi. » Elle sentit la tension dans ses muscles se relâcher considérablement lorsqu'il se redressa et ôta presque tout son poids d'elle.
« Je jure, Jack, que ce tempérament d'Irlandais va te tuer ! »
« Quel tempérament ? » demanda-t-il, à nouveau confus, pensant que peut-être il avait une commotion parce qu'il semblait ne pas pouvoir suivre la conversation.
« J'ai vu la cuisine, » répondit-elle d'une voix impassible.
« Oh. J'ai, euh... renversé le café. »
Sam leva les yeux sur lui, les sourcils haussés, pour ne voir que son expression bien à lui du 'petit garçon adorable' dont il se servait invariablement quand il était dans le pétrin. « Et tu as donc décidé que tu allais fracasser la vaisselle plutôt que de la laver ? »
Il cligna des yeux, les fermant brièvement lorsque les ténèbres menacèrent de l'engloutir, mais il pouvait saisir une pointe d'amusement dans sa voix et il s'efforça de s'y accrocher. « Il nous en fallait de nouvelles, de toute façon ! »
Elle rit légèrement et ouvrit la portière de la voiture, l'aidant à monter dans le siège passager. Quand il fut assis et eut mis sa ceinture, elle allait fermer la portière quand il l'appela à nouveau. « Sam ? »
« Quoi ? »
« Il nous faut aussi un nouveau pot pour le café. » Il la regarda alors qu'elle fermait les yeux et se mordait sa lèvre inférieure, secouant légèrement la tête de droite à gauche. Il continua à parler lorsqu'elle ferma la portière et fit le tour de la voiture. « Et un nouveau toaster ! Un nouvel ensemble de batterie de cuisine... »
Cela prit deux heures pour que Jack soit nettoyé et soigné, puis ils furent à nouveau sur le chemin de retour. L'ambiance entre eux avait changé et ils roulaient maintenant en silence. Jack l'observait, se demandant ce qu'il avait raté. Elle avait été presque normale en allant à la base, réagissant normalement face à sa blessure et montrant ouvertement son inquiétude pour lui. Maintenant, elle était plus que silencieuse.
« Sam ? »
« Oui ? »
« Que s'est-il passé ? »
« Quand ? Que veux-tu dire, Jack ? »
« Quelque chose est... je ne sais pas... différent. » Sam lui jeta un coup d'œil mais reporta tout de suite son regard sur la route devant eux. Après une longue pause, Jack parla à nouveau. « Je la remettrai en état, tu sais... la cuisine. Je la nettoierai et remplacerai... ce qu'il faudra. » Il agita un bras en l'air, ce qui signifiait qu'il remettrait en état tout l'univers si cela la rendait heureuse.
« OK. »
'OK ? C'est tout, juste ok ? Alors ce n'était pas la cuisine.' Il resta silencieux quelques minutes, tentant de lutter conter le sédatif et de penser clairement aux événements de la journée et tout ce qui s'était passé depuis que le document officiel lui avait été délivré à sa porte. « Est-ce que quelque chose s'est passé à la base ? » Il vit les signes de tension traverser son visage alors qu'elle cherchait une réponse à sa question. « Très bien. Laisse-moi redire ça correctement. Que s'est-il passé à la base ? »
« Tu n'as rien remarqué ? »
« Pas vraiment. »
« Les regards en coin, les murmures et les gloussements à notre passage ? »
« Oh, ça. Oui, je pense. Et alors ? »
« Ca arrive très souvent, Jack. » Son front fut marqué de profondes rides en l'écoutant, essayant de se concentrer sur ses mots. « Depuis que je suis revenue à Cheyenne... et ça semble encore pire que quand tu étais là. » Elle fit une petite grimace, fixant la route attentivement, en disant la dernière phrase, sachant comment ça paraîtrait.
« Ah ! » 'Eh bien, nous y voilà, pensa-t-il, retour à moi.' « Et qu'y a-t-il donc, Sam ? Des rumeurs ? Quoi ? »
« Nous, Jack, toi et moi. Mais surtout sur moi. »
Il resta silencieux un moment et quand il parla, sa voix fut remplie d'exaspération. « Bon sang ! Je pensais que cela cesserait quand nous serions mariés ! »
« Quoi ? Que veux-tu dire par 'je pensais que cela cesserait' ? Est-ce que tu es en train de me dire que cela existait avant ? »
« Sam, je suis un peu dans les vapes là, mais tu savais sûrement qu'il y avait des rumeurs sur nous. »
« Sur moi, sur mon grade, sur ma capacité à commander, Jack ? Sur moi qui 'couche pour arriver en haut' ? »
« Non ! Juste si oui ou non nous étions... » Sa voix s'estompa lorsqu'il remarqua l'expression de son visage. « Ils sont juste jaloux, Sam. Ils n'arrivent pas à accepter le fait que tu sois aussi intelligente, ils inventent donc quelque chose qu'ils peuvent accepter ! »
« Je ne pense pas que ce soit ça et ça devient de plus en plus difficile à gérer. Tout d'un coup, je ne suis plus le Colonel Carter ni même juste Sam... Je suis la femme du Général ou Madame O'Neill ou d'autres choses qui ne sont pas aussi polies... et ça me met en boule ! »
Jack rit involontairement et elle lui jeta un regard assassin. Il leva les mains en réponse. « Désolé, désolé ! Je sais que ça te met en boule, mais tu n'as à accepter ces conneries de personne. Tu n'as qu'à leur dire 'd'aller se faire foutre !' »
« Ils ne le disent pas en face de moi, Jack ! »
« Eh bien, nous trouverons quelques chose. »
« Facile à dire pour toi, Général, Monsieur. » Elle accentua fortement son titre, puis continua d'une voix froide. « Tu seras à Washington ! »
« Sam... »
« Tu m'as ordonné de revenir ici, Jack ! J'aurais dû rester en R&D... »
« Sam, Landry a fait une requête pour que tu sois réaffectée là, il a besoin de toi. Mitchell a besoin de toi ! Et je pensais que tu ne voulais pas que je prenne de décisions influencées par notre situation personnelle ! »
« C'est le cas ! »
« Bon, dans ce cas que voulais-tu que je fasse quand Landry m'a appelé et demandé le meilleur scientifique pour SG1 ? T'attendais-tu à ce que je ne te recommande pas ? »
« Bon sang, Jack ! »
« Ca se tassera tout seul, Sam ! Laisse un peu de temps. »
« C'est justement ça, Jack, ça ne se tassera pas. As-tu oublié que Papa était Général ? Ca ne s'arrête jamais. » Son ton s'était transformé en un ton de défaite et Jack n'aimait pas du tout cela. Il pouvait supporter les cris et lutter tant que cela menait finalement à trouver une solution, mais il doutait que cela se produise dans un futur proche. Il prit une profonde respiration et se frotta le front.
« Nous savions que ce ne serait pas facile. » Il lui jeta un coup d'œil, essayant de la dérider par un sourire chaleureux, mais elle fixa simplement la route.
« Parfois, ça fait chier d'avoir raison. »
« Oui. » Jack la regarda un moment et se prit la tête dans les mains. Sa tête lui faisait mal et son esprit embrouillé cherchait désespérément une solution. Il ne voulait pas laisser cela se terminer ainsi, pas comme ça. Il trouverait un moyen. Ses yeux clignèrent alors que les médicaments commençaient à faire effet et quand il parla, ce fut d'une voix basse et les mots mal articulés. « Il y a toujours un moyen, Capitaine. » Puis ses yeux se fermèrent complètement et il se détendit dans un sommeil induit par les médicaments.
« Capitaine ? » Sam répéta le mot, surprise, mais il ne répondit pas et quand elle le regarda, elle se rendit compte qu'il dormait. « Capitaine. » C'était une assertion cette fois, son esprit repartant en Antarctique et l'insistance de Jack qu'ils retourneraient chez eux, lui ordonnant presque de ne pas renoncer même s'il savait qu'ils étaient désespérément coincés. Puis elle s'en voulut d'avoir commencé cette discussion. Il avait mal et ne réfléchissait sans doute pas très clairement, et elle était... De chaudes larmes glissèrent le long de ses joues et elle les essuya rapidement, tendant la main et caressant son bras. « Jack, est-ce que ça va ? Nous serons bientôt à la maison. »
« Sam... »
Les médicaments faisaient vraiment effet et le mot était plus faible qu'un murmure. Elle lui jeta un coup d'œil toutes dix secondes, se demandant comment elle allait le faire rentrer dans la maison toute seule. Elle prit finalement son portable et appela Daniel.
Il répondit à la deuxième sonnerie. « Salut, Daniel. »
« Salut, Sam ! Que se passe-t-il ? »
« Je me demandais si vous pourriez venir à la maison, Daniel. Et Teal'c, s'il est avec vous. »
« Euh, oui. D'accord. Est-ce que quelque chose ne va pas, Sam ? »
« Jack s'est cogné la tête et le médecin lui a donné des anti-douleurs. Il est complètement dans les vapes et je ne pense pas pouvoir le faire rentrer dans la maison toute seule. »
« Jack ? Ici ? Maintenant ? »
Elle gloussa doucement. Elle aurait pensé que le téléphone arabe du SGC l'aurait déjà mis au courant. « Oui. Nous sommes presque à la maison. Où êtes-vous ? »
« Oh, nous sommes à mon appartement. Nous partons tout de suite. On se voit chez vous. »
« Merci, Daniel. »
Avec Teal'c et Daniel, il n'y eut aucun problème pour s'occuper de Jack. Ils le portèrent jusqu'à la chambre, l'étendirent sur le lit et furent à peine essoufflés par l'effort.
« Merci, les gars ! Je ne suis pas sûre que j'aurais pu refaire ça. »
« Comment, vous avez déjà fait ça ? » lui demanda Daniel, perplexe. « Quand est-il arrivé ? Et que s'est-il passé ? »
« Il est arrivé la nuit dernière et il est sorti faire un jogging ce matin, après que je sois partie. Apparemment, il a trébuché ou quelque chose comme ça et il est tombé. Sa tête a heurté la chaussée. Quand je suis arrivée à la maison, il était inconscient et je l'ai emmené à la base pour voir le Dr. Summers. »
« Mince, ça n'arrive qu'à Jack ! »
Sam gloussa à nouveau. « Je sais ! Eh bien, merci de l'aide, ça ira maintenant. »
« Vous êtes sûre ? Nous pouvons rester. »
« Merci, Daniel, mais allez continuer ce que vous aviez prévu. Il dormira probablement jusqu'au matin. »
« Très bien. Bon, appelez si vous avez besoin de quelque chose. »
Sam acquiesça et regarda le couloir et vit Teal'c se diriger vers la cuisine. Il se baissa et ramassa un éclat de verre qu'il avait vu briller dans la lumière venant de l'entrée. Sam respira profondément. Elle avait espéré qu'ils ne verraient pas la cuisine.
« Colonel Carter, il semblerait... » Daniel le contourna et jeta un œil dans la cuisine, se figeant sur place, bouche bée.
« Bontés divines ! Que s'est-il passé, Sam ? Je pensais que vous aviez dit que Jack était tombé dans la rue ? »
« C'est le cas. »
Il reporta son regard sur elle, complètement surpris et ne croyant qu'à moitié, il attendit qu'elle fournisse plus d'informations. Elle regarda Teal'c qui la dévisageait aussi en attente de sa réponse. Son front se rida sans qu'elle s'en rende compte et ses lèvres se serrèrent pensivement. « Jack a renversé du café. » Puis elle haussa juste les épaules et sourit, comme si ça arrivait tous les jours et les reconduisit rapidement à la porte.
