Bonjour~

Me revoici pour le 3ème chapitre de Behind the Beast!

Disclaimer: fic librement inspirée de La Belle et la Bête, les personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya.

Note: Désolée de poster si longtemps après le deuxième chapitre, mais j'ai été quelque peu prise par une pièce de théâtre puis par Seguimi O Uccidimi... J'espère ne pas vous décevoir avec ce chapitre, moi j'ai adoré l'écrire. Les mots ont glissé tous seuls, et franchement, c'était un plaisir. Ah, j'aime ces périodes de motivation où ma productivité m'épate moi-même...

Merci pour l'intérêt manifesté à cette fanfic!

N'hésitez pas à laisser une review!


Chapitre III

Lorsque Roderich se réveilla, au petit matin, il fut le premier surpris. Il ne se souvenait pas avoir jamais aussi bien dormi… Fait surprenant que ça lui arrive dans un lieu totalement inconnu et réputé hostile.

Peu après, on frappa à la porte. Le majordome, Arthur, l'ouvrit doucement et passa la tête dans l'ouverture.

-Bonjour, Monsieur. J'espère que vous avez bien dormi? s'enquit-il.

-Etrangement… Oui.

-Je vous apporte le thé du matin.

Décidément, les gens du château avaient une façon bien particulière de traiter leurs prisonniers. Mais Roderich n'allait pas s'en plaindre, au contraire…

Il laissa le blond s'approcher du lit et déposer sur la table de nuit un petit plateau en argent, sur lequel trônait une tasse et une théière d'une qualité admirable. Ca changeait de la vieille bouilloire cabossée de chez les Edelstein…

Arthur démontra son savoir-faire et servit une tasse d'un thé léger, orangé, qu'il tendit à Roderich.

Alors que celui-ci savourait le breuvage chaud qui lui fit le plus grand bien pour chasser les dernières bribes de sommeil de son esprit, Arthur l'interrogea:

-Aurez-vous besoin d'aide pour votre toilette, Monsieur?

-Pardon?

-Il y a une salle de bains attenante à votre chambre. Mais, aurez-vous besoin de moi pour vous vêtir?

-Heu… Non, je… Saurai parfaitement me débrouiller… marmonna-t-il, incrédule.

-Je n'en doutais pas. Néanmoins, si je puis me permettre une remarque, Monsieur, il me semble que le précédent occupant de cette chambre vous dépassait en… En taille et en largeur. Le château regorge d'autres chambres et je sais où trouver des vêtements qui vous siéraient mieux.

-Non, écoutez, je n'ai pas envie de déposséder qui que ce soit de ses vêtements…

-Il y a des lustres qu'il n'en a plus besoin, Monsieur, rassurez-vous. Et, en tant que majordome, je ne pourrais me résoudre à vous laisser quitter cette chambre dans des habits trop grands, cela serait fort peu esthétique et fort peu convenable de ma part.

-J'imagine qu'il n'est pas nécessaire de protester, Arthur?

-C'est exact, Monsieur.

Le majordome sourit puis se dirigea vers la porte, mais Roderich le retint.

-A ce propos, Arthur… Pourriez-vous arrêter avec tous ces "Monsieur"? Je ne suis qu'un villageois, c'est assez gênant et… Assez lassant. Appelez-moi Roderich.

-Je tâcherai de m'en rappeler, Monsieur Roderich.

Il ne se départit pas de son sourire et quitta la pièce alors que le brun levait les yeux au ciel.

De nouveau seul, Roderich termina sa tasse de thé et se leva, s'étira, puis partit en quête de ladite salle de bains, qu'il trouva sans peine –c'était la pièce sur laquelle donnait la porte en face de la garde-robe monumentale qui ne lui servirait à rien.

Il se passa de l'eau sur le visage, ôta une chemise de nuit qu'il avait trouvée, pliée sur le lit à son attention, la veille après le repas, et se rafraîchit tout le corps. Sur le bord du bassin de marbre se trouvait un flacon de parfum. Il ignorait si on l'avait placé là pour lui ou s'il appartenait à ce fameux ancien propriétaire, aussi n'en utilisa-t-il pas –question de respect– mais il ne put s'empêcher d'en respirer la fragrance… Une douce odeur de forêt, mêlée à un soupçon d'agrume et de jasmin.

Arthur reparut bientôt, les bras chargés de vêtements plus beaux les uns que les autres. Il les disposa dans un placard de la chambre mais garda un ensemble bleu nuit dont il revêtit Roderich. Le jeune homme avait tenté de le faire lui même mais, n'ayant jamais eu affaire à des atours si compliqués, il rendit les armes.

Ce fut à peine s'il se reconnut lorsque, passant devant un miroir qui trônait dans un couloir, il se contempla revêtu de ces hauts-de-chausse et gilet de soie d'un bleu sombre, par-dessus une chemise légère mais d'un tissu plus doux et raffiné que ce qu'il connaissait. Il se fit l'effet du plus noble et distingué aristocrate, et il était persuadé que personne, au village, n'avait jamais vu de si beaux atours.

Roderich eut encore besoin d'Arthur pour retrouver le chemin de la salle à manger. Une fois arrivés, le majordome disparut en cuisine, abandonnant le brun à la même place qu'hier. Et toujours avec un seul couvert. Des cuisines, il entendit une exclamation étouffée, un claquement qui ressemblait vraisemblablement au bruit d'une gifle, et un éclat de rire. Les sourcils froncés, le villageois vit bientôt le cuisinier, Francis, sortir de son atelier, comme il aimait appeler les cuisines. Il avait l'air guilleret, et pourtant sa joue gauche s'ornait d'une légère teinte rouge –ce qui confirmait l'hypothèse de la gifle.

Il apportait des paniers de pain brioché, différents bocaux de verre remplis de confitures diverses, un plat d'œufs brouillés, une assiette de saucisses frites, du pain d'épices…

-Je vous souhaite un bon appétit! déclara-t-il avec son habituelle voix chantante.

-Attendez! le retint Roderich. Vous croyez vraiment que je vais arriver à manger tout ça? Tout seul? Pourquoi suis-je seul à prendre le petit-déjeuner?

-C'est que, répondit le cuisinier avec gêne, la maison n'a pas d'autre invité pour le moment.

-Je ne suis pas un invité.

-Certes, mais vous m'avez compris.

-Et est-ce l'habitude du maître de maison de laisser un prisonnier vivre et manger comme un Comte tant que le Châtelain vit comme un prisonnier?

-Ne vous inquiétez pas de la santé de Gilbert. Il a mangé de bonne heure ce matin. Je suis persuadé que votre intérêt quant à son alimentation lui fera plaisir.

-Mais…

-Bon appétit.

Francis disparut de nouveau à son office.

oOo

En cuisine, Arthur dégustait un thé lorsque le chef revint, et déjeunait avec une simple tranche de pain.

-Oh, Arthy, mon cœur, tu me fais de la peine avec ton pain sec et ton eau aromatisée…

-Ca s'appelle du thé, 'spèce d'ignorant. Et mon pain me convient très bien.

-As-tu à ce point mal pris ma salutation matinale que tu ne m'accordes pas un regard?

-Y a une nette différence entre une "salutation matinale" et un baiser sauvage, et d'ailleurs je te prierai de…

-Plus un mot! l'interrompit Francis, tendant l'oreille vers l'escalier qui débouchait dans les cuisines depuis les quartiers des domestiques. Voilà le petiot.

-Je t'ai entendu, bastardo. grogna une voix d'adolescent encore à moitié endormi.

-Bonjour, Lovino. l'accueillit Francis. Tu sembles de bonne humeur, ce matin! C'est à cette heure-ci que tu arrives?

-Y a un problème? Si t'as des réclamations à faire, va voir le connard qui m'a laissé toute la vaisselle de la journée d'hier.

-Qui donc a eu l'impudence de t'exploiter de la sorte? s'interrogea ironiquement le blond. Allez, viens t'asseoir, je t'ai préparé de quoi me faire pardonner, Cuoco.

Lovino lui lança un regard furieux en traversant les cuisines pour s'asseoir –ou plutôt se laisser tomber– à côté d'Arthur sur un banc, disposé près d'une longue table de chêne pour que les domestiques puissent prendre leurs repas à leur aise.

La table, assez éloignée de la porte donnant dans la vaste salle à manger, se trouvait au milieu de la pièce, dont les murs étaient occupés par des fourneaux, des armoires, des placards, des fours et autres meubles de cuisine. Francis, quant à lui, se tenait adossé à un placard et couvait ses deux collègues d'un regard à la fois pétillant et bienveillant.

-Qu'est-ce que t'as fait? s'impatienta Lovino.

-Un fondant au chocolat pour le thé de cet après-midi. Mais j'en ai fait de trop, par le plus grand des hasards, et vois-tu, ça me ferait mal de devoir le jeter.

-C'est bon, amène.

-…S'il te plaît. compléta Arthur tandis que Francis ouvrait un garde-manger et en ressortait un gâteau miniature.

-Fais-toi plaisir, Lovino. déclara le cuisinier en le déposant devant son assistant. Après, il va falloir éplucher les pommes de terre et les carottes, désosser le poulet, nettoyer la salade et préparer le…

-Ca va, ça va! bougonna Lovino. J'vais les faire, tes corvées. Laisse-moi juste cinq minutes pour manger sans y penser.

Arthur sourit en terminant sa tasse de thé. Quoiqu'ils pouvaient se dire et s'envoyer comme vacheries, les deux cuisiniers aimaient travailler ensemble, il le savait. Et ils formaient un incroyable duo, capable des plus périlleuses prouesses gastronomiques.

-Allez, bonne journée. Je vais continuer mon travail. annonça Arthur, qui, quittant la cuisine, passa repêcher Roderich pour le ramener à sa chambre.

En chemin, il lui vint une idée, qu'il soumit aussitôt à leur hôte.

-Cela vous plairait-il de visiter le château?

Le brun fronça les sourcils.

-En ai-je le droit? Je veux dire, est-ce que je peux déambuler dans le château à ma guise?

-Il y a évidemment des lieux auxquels vous n'aurez pas accès, pas plus que quiconque ici. Certains endroits sont condamnés, où seul notre maître est autorisé à aller. Mais il y a nombres de lieux où vous pourrez vous rendre et où il sera plus agréable de passer le temps. Me suivez-vous?

-Avec plaisir.

Ils commencèrent la visite par l'étage des chambres. Vraisemblablement, Roderich en était le seul occupant…

Puis Arthur le fit descendre au rez-de-chaussée, remontra la salle à manger et le hall d'entrée. Il y avait de nombreuses portes closes dans ce dernier, et Roderich eut bientôt le privilège de découvrir différents salons, une salle de réception –et dire qu'il trouvait déjà la salle à manger immense, une galerie de peintures et un jardin d'hiver. Comme Arthur n'en fit qu'un tour rapide, Roderich résolut de revenir et d'admirer le tout plus en détail.

Ensuite, ils remontèrent et visitèrent le premier étage. Il n'y avait que deux portes, monumentales, à deux battants décorés de dorures.

Lorsque le villageois pénétra dans la première pièce, il eut le souffle coupé.

Devant lui, une vaste salle parquée, baignée par la pâle lumière d'un soleil d'hiver qui arrivait par d'immenses baies vitrées donnant sur des petits balcons ouvragés.

Le plus époustouflant, c'était les instruments.

Des cuivres, des bois, des cordes… Tous disposés en arc de cercle, au centre duquel trônait un piano à queue de bois vernis. Une pièce magnifique.

-Y a-t-il donc tant de musiciens parmi les habitants du domaine?

Arthur eut une moue consternée.

-Ils ne sont plus guère nombreux. Mais, il fut un temps où ce château ne connaissait jamais le silence. Monsieur était un pianiste d'exception, et il jouait jour et nuit pour notre plus grand plaisir. Et lorsque nous recevions des invités, nombreux étaient ceux qui jouaient, et la fête devenait un prétexte pour rassembler les meilleurs musiciens de l'aristocratie du royaume et se délecter de leur art. Vous le voyez, un orchestre aurait pu tenir dans cette pièce et accueillir un bal en ce même lieu. De plus, lorsque, l'été, on ouvrait les portes vitrées, il était possible de prendre le thé où le dîner sur les terrasses que vous pouvez deviner d'ici.

-Cet endroit est… Plus beau que je ne l'aurais cru.

-Il vous reste la bibliothèque à voir. C'est juste à côté.

Roderich eut des difficultés à s'arracher à la contemplation de la salle de musique. Et à réprimer son envie de s'asseoir au piano et de l'essayer, d'entendre un morceau résonner dans ce lieu à l'acoustique probablement optimale.

Cela dit, il ne fut pas déçu de découvrir la bibliothèque, qui était au moins aussi large que la salle voisine, aussi claire et aussi élégante.

Les murs étaient tapissés de hautes bibliothèques soutenant des livres aux riches reliures chatoyantes. Des échelles couraient de l'une à l'autre pour atteindre les planches les plus élevées.

Au centre de la pièce, les bibliothèques formaient un labyrinthe menant à un petit espace circulaire, avec des tables basses, des lampes et des fauteuils rebondis pour lire confortablement.
–Avec la permission de mon hôte, je pourrais passer des heures ici. déclara Roderich, rêveur.

Mais ils ressortirent, et Arthur reprit les escaliers pour monter au deuxième. Arrivé à la porte de sa chambre, le villageois remarqua d'étroits escaliers, au bout du couloir, qui offraient un passage à travers un couloir de pierre froide.

-Excusez-moi… On ne monte pas?

-Je n'ai pas le droit de vous emmener aux étages supérieurs. C'est la tour Sud, je vous interdis formellement, au nom de mon Maître, de vous y aventurer.

-Pourquoi?

-Vous n'avez pas le droit d'y aller.

-Mais qu'y a-t-il là-bas que je ne peux voir?

-Pas seulement vous, mais tout le château. Personne n'y va jamais sans l'autorisation du Maître. Par mes aïeux, je ne sais depuis combien de temps on y a pas pris les poussières…

-Et qu'est-ce que votre maître cache là-bas?

-…Un atelier de peinture. L'atelier de Romeo, l'ami du Comte Ulrich Beilschmidt. Il est sinistre. Fermé depuis sa disparition. Mon maître s'y rend de temps en temps, mais Feliciano, le petit-fils de Romeo qui a hérité de son talent de peintre, a son propre atelier dans le parc, attenant au château. A présent suivez-moi, je vous reconduis à votre chambre.

Le majordome s'était exprimé plus froidement qu'auparavant, ce qui inquiéta Roderich. Avait-il mis le doigt sur quelque chose de louche? Assurément. A moins que le fantôme du peintre ne soit resté hanter son ancien domaine, il n'y avait aucune raison d'en interdire l'accès… Quelque chose devait être caché là-bas. Quelque chose d'honteux, que l'homme-loup voulait à tout prix dissimuler aux yeux de tous.

Le villageois se laissa raccompagner, et n'osa pas ressortir de la chambre. Il s'était suffisamment fait remarquer pour aujourd'hui…

Mais être enfermé dans une pièce sans distraction était le meilleur moyen de se laisser aller à la réflexion, et sans qu'il ne s'en rende compte, Roderich commença bientôt à échafauder toutes sortes de théories saugrenues sur l'objet caché dans cet atelier.

oOo

Au village, Lili n'était pas au bout de ses peines. Ca faisait une semaine depuis le départ de Roderich, et chaque jour, Vash partait explorer la forêt un peu plus profondément, en quête d'une trace quelconque ou d'un indice. A son retour, il la questionnait. Toujours les mêmes questions. "Où étais-tu?", "Où étais-tu réellement?", "Avec qui?", "Où est Roderich?". Et lorsqu'elle affirmait qu'elle ignorait où son professeur avait disparu, il l'accablait de reproches.

"C'est à cause de toi s'il a disparu! Il était parti à ta recherche, et Dieu sait ce qui a pu lui arriver dans la forêt!"

Il était tellement hargneux que Lili avait plusieurs fois terminé la conversation en sanglots. Ce qui avait l'art de déstabiliser son frère, qui ne savait pas comment réagir. Au moins, il arrêtait de crier ou de parler. Il la regardait pendant quelques secondes, maladroit, ne sachant que faire. Il lui caressait ensuite les cheveux, marmonnait des excuses et sortait, passant le reste de la journée à la forge.

Lili n'avait pas dit un mot concernant Gil. Pas un indice. Elle ne savait pas pourquoi elle voulait le protéger, mais elle était persuadée que révéler son existence aux villageois n'était pas une bonne idée.

Elle était également persuadée qu'il avait déjà trop souffert pour lui ajouter des ennuis –lui faire subir les foudres de Vash et salir à nouveau sa réputation dans le village, qui ne croyait plus vraiment à la légende et évitait seulement par superstition et tradition de s'aventurer du côté du vieux château des Beilschmidt.

L'éclat triste et terne de ses yeux la hantait. Elle comprenait qu'il se cachait là une souffrance non dite, et son ego surdimensionné n'était qu'une façade qui cachait autre chose, une blessure bien plus profonde que celle de son apparence.

Elle était presque certaine qu'au fond, au-delà de sa tristesse mal dissimulée, au-delà de sa fierté, il avait un cœur brisé.

Pour quelle raison, elle n'en savait rien, mais elle espérait pouvoir l'aider à le réparer et en apprendre plus sur la cause de ce chagrin.

Lorsque Lili fut certaine que Vash était parti, elle enfila une cape et quitta la maison.

Elle avait rendez-vous avec Gilbert…

oOo

Vash Zwingli avait beau avoir une réputation d'homme irascible, il était loin d'être bête. Aussi, il n'était pas dupe. Lili tramait quelque chose. Ou en tout cas, elle lui cachait quelque chose.
Il était sorti de la maison pour aller chercher du bois à la réserve, pour le feu, lorsqu'il entendit la porte du logis claquer. Bientôt, il vit Lili rejoindre la rue principale et se diriger vers la porte du village.

Voilà qu'elle recommençait.

Il rentra à la maison, s'équipa pour une petite balade dans les bois et puis suivit le même chemin que sa sœur.

Elle avait de l'avance sur lui, tant mieux: elle risquait moins de le remarquer. Néanmoins, malgré la distance qui les séparait, Vash pouvait toujours suivre ses mouvements des yeux. Elle avançait, sans méfiance, à travers les bois. Elle s'arrêta dans une petite clairière et s'assit à même le sol, contre un tronc d'arbre renversé, et sembla attendre. Vash dénicha un poste d'observation qui lui permettait de voir sans être vu.

Il y eut bientôt du mouvement dans les fourrés près de Lili, et quelque chose en sortit.

C'est là que Vash n'en crut plus ses yeux.

Hé bien tout devient clair…

oOo

-Gil!

-Hé, comment vas-tu, petite Lili? demanda le loup qui lui faisait face.

Elle se précipita sur lui et enserra son encolure entre ses bras.

-Je vais bien. Et toi?

-Pas trop mal. Mon invité ne me donne pas trop de fil à retordre.

-Comment se porte Roderich?

-Oh, il va bien. Il est aux anges, même. Il a découvert la bibliothèque du vieux Beilschmidt, et depuis, il y passe ses journées. Tiens, Arthur doit même aller le rechercher dans les profondeurs des étagères pour le forcer à manger. Si mon majordome n'était pas là, il n'aurait pas passé la semaine.

Elle rit, remplissant le cœur de Gilbert de joie.
Le rire d'un enfant…

Le château en regorgeait, autrefois. Jadis. A une douce époque révolue de rire, d'insouciance… De musique et de danse. Une époque agréable et lointaine, bien trop lointaine.

Ce son rappelait douloureusement ces heureux moments à Gilbert tout en lui rappelant qu'il y avait encore de l'espoir. Son monde s'était peut-être écroulé, ne se résumait peut-être plus qu'à une vieille tour désolée, mais le monde des autres continuait de tourner. Et lui aussi, il pouvait y prendre part.

-Oh, Lili, je t'ai apporté quelque chose…

Il lui présenta un petit panier.

-Lovino les a préparés exprès pour toi. dit-il en sortant un sac de toile rempli de petits biscuits ronds en pâte d'amande.

-Qui c'est, Lovino? demanda Lili.

-Il prendrait très mal ta réflexion… En fait, il me priverait de désert pendant un mois si il apprenait que je ne t'ai jamais parlé de lui. C'est mon cuisinier, le second de Francis… Enfin, second, ils se valent. Il en a eu marre que je rapporte tes éloges à Francis après chacune de mes visites, alors il a voulu sa part de compliments.

Lili croqua dans un biscuit et déclara:

-Ils se valent, en effet! Tu lui diras que je l'apprécie déjà et que ses biscuits sont divins!

-Je n'y manquerai pas. Il sera ravi, même s'il n'en montrera rien.

Et la discussion continua, dérivant sur les contes favoris de la jeune fille et sur le château de Gilbert.

Lorsqu'il n'y eut plus aucun biscuit, Gilbert dit:

-Il est temps que je parte, et que toi tu rentres chez toi.

Lili s'y résolut avec un soupir. Se relevant, elle enlaça Gilbert et puis, avant de partir, lui dit:

-Tu diras à Roderich que je travaille toujours mes morceaux… Et que… Vash s'inquiète beaucoup pour lui. Au revoir, Gil. A la semaine prochaine.

-A bientôt, Lili.

Il n'eut pas le cœur à demander qui était Vash. Il appréhendait la réponse. Aussi se contenta-t-il de rebrousser chemin et de rentrer au château à grandes foulées.
Une fois de retour, Arthur l'attendait avec des vêtements propres. Il reprit son apparence la plus proche d'un humain et se rhabilla.

-Au fait, Arthy… Où est Roderich?

-Il prend le thé dans le jardin d'hiver, il discute de botanique avec Antonio.

-Très bien, pourrais-tu lui transmettre un message?

-Bien sûr.

oOo

Roderich aimait beaucoup le jardin d'hiver. L'œuvre d'Antonio.

Une pièce à l'arrière du château, entièrement murée de verre, ce qui offrait une vue magnifique sur le parc et les bois alentours et donnait l'impression d'être à l'extérieur, alors qu'en réalité, ils étaient bien au chaud à l'intérieur, enfoncés dans des fauteuils à hauts dossiers tendus de velours vert, assis à prendre le thé et à bavarder au milieu des plantes et arbustes en pots qui bénéficiaient des soins attentifs du jardinier amateur.
Arthur fit irruption dans la pièce, avec sa discrétion et sa distinction habituelles, et les interrompit d'un petit raclement de gorge.

-Monsieur souhaite vous dire que…

-Pourquoi ne vient-il pas, s'il a quelque chose à me dire? demanda Roderich d'une fois douce.

Derrière Arthur se dessina une silhouette dans l'ombre, et la voix de Gilbert s'éleva.

-J'ignorais que vous tolériez un monstre. Il y a meilleure compagnie pour prendre le thé.

-Permettez-moi, avant de juger de la qualité de votre compagnie, d'apprendre d'abord à vous connaître. J'aimerais savoir qui vous êtes. Qui vous êtes réellement, en dehors des légendes. Quelqu'un qui possède un si magnifique château, une si remarquable bibliothèque et une salle de musique à ce point impressionnante ne peut être un monstre impitoyable, sanguinaire et insensible. Je suis navré de vous avoir insulté et offensé... Je vous présente mes excuses.

Le cœur de Gilbert se serra. Il avança pour se trouver dans la lumière et capter le regard de Roderich.

Ca lui faisait un bien fou d'entendre ça… Il allait répondre aux excuses du villageois lorsque celui-ci reprit:

-J'ai vu la salle de musique, et j'ai cru comprendre que vous étiez un pianiste émérite… Croyez-vous que…

Le visage de l'homme-loup se ferma à l'évocation du pianiste émérite. Il coupa le brun dans sa question:

-Je voulais vous dire que Lili m'a demandé de vous transmettre un message. Elle travaille toujours ses morceaux, et Vash s'inquiète beaucoup pour vous.

Roderich parut gêné et décontenancé par cette annonce, et par le ton abrupte qui avait succédé à un éclat nouveau dans le regard de Gilbert, après qu'il eut entendu ses excuses.

-Merci pour la commission.

Le maître des lieux ne répondit rien et s'en retourna vers la sortie.

-Dinerez-vous avec moi ce soir?

-Non.

Il fit quelques pas supplémentaires, laissant un Roderich médusé et déçu, puis reprit la parole.

-Au fait, le pianiste émérite… Ce n'était pas moi. C'était mon petit frère.

Et il quitta les lieux.


Here we are! J'espère que vous avez aimé. J'attends votre avis!

Traductions:

Bastardo : bâtard (italien)

Cuoco : cuisinier (italien)

Le parfum respiré par Roderich est inspiré du parfum Addict de Dior... Parce que j'étais en manque d'inspiration et que c'est le mien u_u Ils le décrivent comme un parfum de jasmin, de mandarine de Sicile et de bois de Santal, voilà. Je ne sais pas si j'aurai l'occasion (ou la présence d'esprit) de l'intégrer dans la suite, mais sur le coup ça me plaisait bien, même si c'est un détail.

Merci de votre lecture et à bientôt, à tout de suite si vous me faites l'honneur et le plaisir de laisser une review !