Hey !
Bienvenue sur le chapitre 3 \o/ Qui est enfin de sortie après deux mois d'attente. Désolée, l'avancée assez étrangement spectaculaire de deux autres que vous suivez peut-être a fait que Kill it With Fire est resté légèrement sur le carreau (Chilblain et Spirits'Sekai, si vous voyez de qui je parle ^^).
Ma foi, pas d'indications supplémentaires :)
Merci à tous pour vos visites/reviews, et bonne lecture !
Rori H. Nemuri
Urahara lui fit un geste vague de la main tandis qu'Ichigo entrait dans son repaire, quelques trois semaines plus tard, se proposant de payer pour le service qui allait lui être rendu – ce dernier s'ennuyait dans un coin de son antre, et offrit une moue boudeuse à Ichigo en s'approchant de l'ilot d'oreillers.
« J'ai fini depuis une semaine, fit-il plaintivement.
Ce jour-là il portait un kimono dans les nuances de vert parcouru d'arabesques noires et étranges qu'Ichigo ne reconnaissait pas vraiment. Il laissa tomber le décodage et s'installa sur le tas central de coussins, au bord d'une table basse récemment posée là.
- Ce sont des brouilleurs qui nous permettront d'entrer par un Senkaimon régulier, lui expliqua Urahara en désignant les boucles d'oreilles présentes sur la table.
Puis il s'assit à côté d'Ichigo, leurs épaules se touchant alors qu'il se saisissait d'un des petits appareils.
- Il suffit juste de le mettre comme une boucle d'oreille, susurra-t-il en se penchant sur lui.
- Parfait, siffla Ichigo. Que font-ils d'autre ?
- Brise la sous ton pied et tu rentreras de suite à Karakura. »
Admiratif, Ichigo attrapa la dernière bille rouge sur la table, observant le brouilleur au creux de sa paume comme si c'était un bijou des plus précieux. La chose était tellement petite que même à son oreille Ichigo n'était pas sûr qu'on la remarque facilement, et il la reposa sur la table afin de ne pas la perdre. C'était du travail de maître, indéniablement.
« Vous traverserez ? S'enquit-il en se tournant vers Urahara.
- Je comprendrais si tu préférais recevoir toute la gloire de cette expédition tout seul, répondit ce dernier très théâtralement.
Ichigo rit franchement devant la mine défaite du blond.
- Ne faîtes pas l'idiot. Vous venez.
Son ton catégorique n'admettait aucune protestation et Urahara se sentit soudain horriblement joyeux sans aucune raison.
- Puis-je savoir au juste quel est ton plan ?
- Y aller, répondit-il comme si c'était une évidence.
Ce fut au tour d'Urahara de rire.
- Et juste y aller, histoire de leur passer le bonjour ? S'amusa-t-il. Voilà qui serait franchement ennuyeux, ajouta-t-il ensuite avec un sourire sibyllin.
- Et pourquoi ne pas détruire leur tour Blanche, le Soukyoku et ce Conseil de coincés entre deux bonjours ? » Proposa Ichigo avec indécence.
Incandescents, ses yeux semblaient perdus dans cette lointaine réalisation.
Détruire le symbole de tout un monde, c'était réduire en cendres toute son influence.
Et avant qu'Urahara n'ait pu le retenir, son esprit partit en vrille, étudiant les moindres détails de ce qu'il connaissait de l'arme suprême, de la pierre blanche de Seki inhibant le reiatsu, sachant qu'il faudrait une force titanesque pour renverser l'un ou l'autre, mais prêt à tenter le coup pour toute la ruine que ça apporterait à Soul Society.
L'idée était tout simplement géniale. Cataclysmique.
« Voilà qui risque de te coûter cher… »
Urahara était posé contre l'épaule d'Ichigo, respirant son odeur et fermant les yeux de délice.
« J'ai déjà réfléchi à un moyen de vous repayer ça, siffla Ichigo en se tournant vers Urahara.
Il était si parfaitement callé contre son épaule qu'on ne voyait plus de ses cheveux, blonds, éparpillés sur les vêtements sombres d'Ichigo comme une couronne de lumière, les fils dorés brillant faiblement à la lumière des innombrables bougies posées ici et là.
Amusé, Ichigo se laissa tomber en arrière, entraînant Urahara avec lui sur le tas de coussins dans leur dos.
- Je t'écoute, souffla celui-ci sans bouger.
En silence, il savourait avec paresse le confort des coussins contre son côté gauche, l'étreinte légère du bras d'Ichigo contre sa taille le poussant à se rapprocher afin de ne pas perdre une miette de sa chaleur.
- C'est un peu chiant, puisque ce qui me convient ne vous ira pas forcément, grogna Ichigo en étendant ses longues jambes sous la table basse.
Il soupira, agacé.
Cette fois-ci Urahara était étendu à sa droite, il pouvait donc apercevoir du coin de l'œil chaque mouvement, même minime, qu'il faisait. Néanmoins, cela ne l'empêcha pas d'être surpris lorsque de sa position passive de gros chat lové contre son maître, Urahara remua, s'appuyant sur son bras et se redressant pour faire face à Ichigo malgré la position allongée de celui-ci.
- Alors laisse-moi prendre ce dont j'ai besoin », lui murmura-t-il.
Ichigo lui sourit sincèrement, ses yeux plus fauves que bruns s'illuminant d'une lueur joueuse.
Leurs souffles se mêlaient, chauds et ardents, jusqu'à ce qu'Urahara se relève pour mieux se rasseoir à côté d'Ichigo, qui, toujours allongé, continuait de sourire. Il se redressa à son tour, observant Urahara bâiller longuement avant de l'entourer de ses bras pour ressentir encore plus de cette chaleur qu'il venait désespérément chercher ici.
Se tournant à demi, son ancien maître et désormais complice croisa le regard fauve d'Ichigo. Avait-il vraiment gagné le droit de prendre, juste prendre sans rien avoir à rendre en retour ? Il était sceptique. Pourtant Ichigo lui semblait prêt à accepter le deal… Urahara se détourna, observant d'un air distrait la pièce. Il pouvait tout aussi bien se tromper, mais quelque chose lui disait qu'il n'était pas si loin de la vérité…
- Demandez ce qui vous chante… Lui chuchota Ichigo à l'oreille, son souffle brûlant chatouillant sa peau et ses cheveux blonds emmêlés.
Du bout des doigts il fit glisser le kimono vert de l'épaule de Kisuke, dévoilant la chair blanche et nue qu'il embrassa comme pour sceller leur accord.
- Et je ferai mon possible pour vous le donner, acheva-t-il de nouveau à son oreille.
Souriant rêveusement, Urahara se laissa glisser en arrière, tombant doucement contre Ichigo qui le rattrapa et étendit autour de lui ses longues jambes engoncés dans un jean absolument immonde.
- Maintenant que tu en parles, si tu pouvais ramasser tes cigarettes et enlever ces vêtements pourris, ce ne serait vraiment pas un mal, le taquina-t-il. Oh, et ton bip sonne. »
Se relevant vivement sous le rire moqueur d'Urahara, Ichigo avança vivement jusqu'à son manteau, en fouilla rapidement les poches et jura deux ou trois fois au cours du processus.
C'était Pâques, la plupart des gens étaient en vacances, et cela incluait autant les médecins que les internes, alors on sortait du lit ceux qui ne prenaient pas de pause printanière, et peu importait qu'ils soient épuisés, parce que sérieusement, les patients n'attendaient pas. Ce coup-ci, c'était visiblement un accident plutôt meurtrier sur l'autoroute extérieure, et l'hôpital où travaillait Ichigo étant le plus proche, le gros des blessés arriverait donc là-bas.
« Prends ton temps, lui lança Urahara, accoudé lascivement à la table basse.
Son kimono aux nuances exotiques de vert dévoilait toujours son épaule et accentuait l'ouverture presque outrageuse sur le devant de son corps dont Ichigo n'apercevait qu'une petite portion depuis l'endroit où il se tenait. Les yeux verts d'Urahara étaient posés sur lui, le détaillant longuement.
- Tu ferais mieux de partir, ajouta-t-il ensuite.
Ichigo acquiesça, semblant toujours aussi perdu et comme peu sûr de ce qu'il devait vraiment faire.
- Qu'ils aillent se faire foutre, déclara-t-il soudain en balançant son manteau par-dessus son épaule.
- Vas-y, insista Urahara sans le quitter des yeux.
- Je vais démissionner un de ces jours. »
Profondément agacé, il ouvrit la porte et disparut rapidement dans le couloir sombre tandis qu'Urahara ne pouvait s'empêcher de sourire de façon particulièrement idiote.
Un miaulement étouffé éloigna son attention de la porte et il se releva, remettant précipitamment son kimono en place, puis se mit à chercher la source du bruit.
Ensuite, soudainement, un chat noir émergea dans la pièce, couvert de poussière, s'étira longuement, ses yeux ocres brillant dans la semi-obscurité de l'antre d'Urahara qui attrapa l'animal par la peau du cou après avoir resserré son obi.
« Ah, Yoruichi, qu'allons-nous bien pouvoir faire de toi… »
Le chat se tourna vers lui, le scruta, puis se détourna de nouveau, comme boudeur.
Depuis déjà onze années, l'esprit de Yoruichi avait été scellé dans son corps félin, empêchant tout retour à la normale et toute communication avec le monde extérieur. Sa prison de chair et de poils était sans doute plus horrible à supporter que n'importe quelle autre prison, mais celle-ci, Urahara ne pouvait pas en forcer la serrure pour la libérer. Son esprit était intrinsèquement bien trop lié à celui de l'animal, l'en sortir signifierait la tuer…
Encore un beau cadeau de Soul Society... Avait songé Urahara en la voyant revenir dans cet état un matin d'Août, sept ou huit mois après la capture d'Aizen et sa mise en exil dans une dimension punitive.
De rares moments dans la journée, la femme reprenait sa place et tentait de communiquer. C'était assez facile à voir, puisque la plupart du temps elle n'agissait absolument pas comme un chat, mais ça restait rare, de plus en plus rare. Voyant que c'était l'un de ces moments de conscience, Urahara la reposa au sol et alla chercher, enfermés dans une petite boîte, deux jetons de couleurs différentes, l'un vert, l'autre rouge. Yoruichi et lui pouvaient ainsi établir un simili de dialogue, même si la plupart du temps il monologuait, seul, en tentant de deviner ce pourquoi elle pouvait bien être venue le voir – d'ordinaire elle vivait dans l'autre boutique, avec Tessai.
« Tu viens pour Ichigo ? Devina-t-il en posant les jetons devant ses pattes.
Yoruichi toucha le vert et posa ses yeux d'un doré hypnotique sur lui.
- Pourquoi ?
Le chat resta là à le regarder comme s'il était le dernier des idiots, et s'assit, mimant presque un soupir agacé.
- Tu as peur pour lui ? Tenta-t-il de deviner.
Jeton rouge.
- Pour moi alors ?
Rouge.
- Tu me poserais presque une colle, s'amusa-t-il, assis en tailleur face à elle. Tu viens juste aux nouvelles ?
Jeton vert.
- J'ai finalement fabriqué cet objet dont je t'avais parlé pour rejoindre Soul Society.
Il se pencha pour attraper l'une des boucles d'oreille sur la table et les lui montra avant de les reposer. Yoruichi miaula longuement, semblant approuver.
- Et je dois trouver un moyen de détruire le Soukyoku, avoua-t-il avec un sourire crispé. Et la tour Blanche. Le Conseil des 46 est un aussi bonus non facultatif.
Cette fois-ci, le chat sembla s'étrangler.
- Oui, je suis parfaitement sérieux, protesta-t-il avec indignation, se sentant totalement capable de réaliser cette tâche malgré son ampleur inédite.
Jeton rouge, et air incrédule.
- Je vais le faire, souffla-t-il. Si c'est ce qu'il veut, c'est aussi ce que je veux. Et à moins que tu n'aies une meilleure idée…
Rouge encore.
- Voilà. Mais… Ichigo y a pensé avant moi, grommela-t-il en frissonnant. C'est même lui qui a proposé… Parfois il est effrayant, on dirait qu'il ne réalise pas bien ce qui est du domaine du possible ou de l'impossible.
Yoruichi se contenta de le regarder, dans l'expectative, une leur joyeuse brillant au fond de ses yeux. Sa queue s'agitait tranquillement, comme si elle partageait l'excitation d'Urahara à l'idée de cette prochaine aventure.
- Ah oui, c'est vrai que je ne t'ai pas raconté que lors de sa très récente visite d'il y a quelques minutes, Ichigo m'a demandé de trouver de l'accompagner à Soul Society, ce qui est possible grâce à ces boucles d'oreille…
Un miaulement plaintif résonna.
- Je ferais attention, juré, s'amusa Urahara, souriant. Il y a assez longtemps qu'on se laisser marcher sur les pieds, siffla-t-il, soudain vengeur, en caressant le haut de la tête de Yoruichi qui tenta de le griffer. Tu devrais rentrer avant de ne plus contrôler ta boule de poil », ajouta-t-il tristement en allant lui ouvrir la trappe par laquelle elle était entrée.
Un dernier miaulement en guise d'au revoir et Yoruichi avait quitté sa cachette pour rentrer à l'autre magasin. Son dernier passage remontait à une semaine à peine, et ça avait été le premier depuis près de quatre mois. Ses visites étaient toujours très épisodiques : à certains moments elle venait beaucoup et sans problèmes, tandis qu'à d'autres elle disparaissait purement et simplement.
« Bon… »
Urahara retourna à son laboratoire, maussade, en songeant qu'un jour ou l'autre l'esprit de la Shinigami serait happé par le félin et qu'elle disparaitrait à jamais. Survivre dans le corps d'un chat en n'ayant conscience que lors de moments discontinus avait une incidence de plus en plus puissante sur son mental, même si Yoruichi était bien trop fière pour le montrer. Une barrière de fourrure sombre ne le tromperait pas toujours, car même si la comprendre au travers n'était pas aisé, il la connaissait par cœur. Décoder ses moindres réponses, la rapidité de ses gestes, les lueurs dans ses yeux jaunes, ça faisait presque partie de lui depuis toutes ces années… Yoruichi avait été la guerrière la plus aguerrie qu'Urahara ait jamais connue. Alors, fatalement, la voir réduite à un tel état d'impuissance le renvoyait à sa propre inutilité, lui jetant le poids assommant de la culpabilité sur les épaules. Si elle en était là, c'était uniquement de sa faute à lui. Elle n'avait fait que suivre et son sort avait été milles fois pire que ne l'avait été celui d'Urahara dont les remords rongeaient ce qui lui restait de volonté.
Ces dix dernières années, comme toutes celles avant qu'Ichigo ne devienne Shinigami Remplaçant, il ne se souvenait pas les avoir vécues, pas même un seul jour, une seule heure, une seule seconde, même élusive. Rien. C'était juste un trou noir entrecoupé par les visites épisodiques de Yoruichi au magasin jusqu'à ce qu'un événement lui fasse ouvrir pleinement les yeux : la visite de Kuchiki Rukia. Et même si en l'aidant il avait parfaitement su – et comment ne pas se douter ? – de la manière dont Soul Society réagirait, il l'avait aidée. Alors, secrètement, il avait profité de cette occasion pour envoyer une sorte de bras armé jusqu'à Soul Society.
Kurosaki Ichigo.
A partir de là, c'était comme si tout ses rêves, même les plus dingues, mêmes les plus impensables, étaient devenus soudains réalisables, faciles. La radiance claire et lumineuse qui émanait de cet ado dont il connaissait le père, c'était la plus vivifiante lumière qu'Urahara ait jamais souvenir d'avoir vue. Iridescente, mélange sublime de milliers de nuances colorées, elle lui avait apporté sa chaleur, sa puissance, à tel point qu'elle semblait capable de briser l'idée même d'impossible. Et, dans un respect teinté de la plus profonde admiration, avec cette dévotion sans faille qu'on accorde qu'aux divinités, il avait fait de ce gosse sa religion.
. : : .
Quatre longues journées passèrent.
Lentement, Avril avancerait et laisserait place à Mai pour des lendemains plus chaleureux et joyeux. Le retour des beaux jours qu'Ichigo s'était mis à exécrer. C'était lourd. Agaçant. Comme tous ces gens heureux voletant avec oisiveté à droite à gauche sans se soucier, égoïstes qu'ils étaient, des dépressifs restés derrière. Non pas qu'il veuille être tiré de son état chronique d'indifférence, mais parfois Ichigo aurait apprécié qu'on lui tende une main secourable – pas vraiment secourable, puisqu'il pensait devoir s'en sortir seul, bien que le concept même de la chose fusse d'aider. L'idée était aussi fugitive que la vie d'un papillon coincé dans la toile d'une araignée velue et affamée. Elle disparaissait vite, car admettre avoir besoin d'aide, c'était admettre avoir un problème.
Et Ichigo se définissait comme quelqu'un n'ayant pas de problème – un être humain banal, blasé, lambda et souhaitant le rester, bien que sa vie personnelle chaotique en ait décidé autrement. Les gens en avaient par contre un avec lui, des problèmes – ils évoquaient entre autre son arrogance, sa froideur, son attitude hautaine et même une certaine dose d'indolence qui donnait envie de le claquer pour le réveiller - et par voie de conséquence, lui en avait avec eux. Mais ce n'était en aucun cas le premier à amorcer les conflits, car même s'il n'aimait pas non plus subir leur méchanceté, à tous ces idiots, il lui arrivait de les provoquer en agissant de telle ou telle façon. Juste pour leur renvoyer l'ascenseur. C'était gratuit et totalement puéril, mais il le faisait pour se sentir, quelque part, mieux.
« OH MON – »
La voix, stridente et aigüe, était bien évidemment féminine, et avait été coupée – par un chut intempestif, visiblement. Quoique, certains hommes criaient de façon relativement aigüe, donc ce n'était pas si évident que ça, au final. Mais c'était bien une femme, et une des principales sources d'inépuisables et ô combien fondés ragots qui circulaient sur sa personne dans l'enceinte de l'hôpital.
Ichigo lui sourit, narquois, en passant devant elle alors qu'il traversait le couloir.
C'était une petite interne là depuis quelques trois ans – il ne se souvenait pas très bien et c'était, honnêtement, une information d'importance minime. Brunette, elle avait porté ses deux mains blanches, fines, longues et méticuleusement manucurées, à sa bouche peinte d'un écarlate discret et rosé en signe de choc. Ses grands yeux noirs s'étaient illuminés dans un air de ravissement extasié se voulant choqué qui lui donnait une allure encore plus cruche que d'ordinaire, et elle avait sans doute fait la moue dans son dos, agacée par son attitude irrespectueuse d'ermite solitaire absolument affligeante. Et même malgré tous ces airs qu'elle se donnait, Ichigo s'était rendu compte qu'il devait y avoir quelque chose comme de la fascination derrière son attitude. Paraîtrait que les gars mystérieux attirent, mais pour Ichigo, un mec comme lui était juste un narcissique autocentré introverti et masochiste au passé plus lourd que n'importe quel fardeau… Pour elle c'était le méchant garçon torturé, compensant son manque de confiance en lui et sa timidité par quelque chose comme… Une attitude étudiée pour repousser les gens, mais qui était en fait un appel silencieux à l'aide. Quelque chose dans ce genre-là.
Bref, cette fille avait un béguin d'ado boutonneuse pour lui et ce n'était pas une bonne chose. Pas pour lui, et surtout pas pour elle. Lui aurait voulu une toute autre chose, mais il n'était désormais plus en mesure de la récupérer.
Je t'ai tellement voulu, se disait-il encore aujourd'hui, comme si c'était des siècles après, que ça m'a tué. Pourtant lui n'aurait pas gagné. Je ne lui aurais pas laissé ce privilège, et la réciproque était vraie. Nos égos, notre orgueil, se sont entrechoqués et il fallait que l'un des deux tombe. C'était juste ça.
Amer, Ichigo trouva tout de même le moyen de sourire en remarquant qu'il trouvait toujours le moyen de penser à Grimmjow. Ses doigts effleurèrent la cicatrice longiligne qu'il lui avait laissée comme autant de cadeaux marqués pour toujours dans sa chair, sous la couche protectrice des tatouages.
Ça avait été leur secret, aussi cruel et blessant qu'il avait pu l'être. C'était juste leur façon de s'aimer. Et ce qu'Ichigo retenait, toutes ces années plus tard, c'était qu'au final, pendant ce court instant à l'échelle d'une vie qu'il avait partagé avec Jaggerjack, il avait vécu, et qu'aujourd'hui, monter des plans, avancer vers l'objectif final de montrer à Soul Society qu'il existait encore, rencontrer Urahara - qui n'était sans doute pas dans un meilleur état que lui - provoquait cette même sourde excitation, cette impatience presque familière qu'au temps de son adolescence où les visites du fauve étaient si orgasmiquement cataclysmiques.
« Tu as entendu la dernière à propos de Kurosaki ?
- Nan, raconte !
- Oh lala. Mais j'te jure, celle-là tu vas pas y croire – ce mec est juste impossible.
- Encore histoire de se faire remarquer, j'parie…
- Ouais, et là… A fond quoi. »
Il n'était pas midi que les rumeurs avaient fait le tour de l'hôpital. Des gens se penchaient par les embrasures des portes, tendaient le cou dans les couloirs, se baladaient sur la pointe des pieds pour apercevoir la silhouette pas si gigantesque de Kurosaki avancer, branlante comme une vieille maison aux murs éventrés puant le moisi et le renfermé, et pourtant lourde sur ses appuis comme s'il y avait des aimants dans les semelles de ses chaussures, jusqu'à la chambre du prochain patient mourant qu'il allait voir pour lui dire que « tout allait bien ».
Vers Noël et même longtemps avant, Ichigo s'était senti comme ces types dans les lits d'hôpitaux. Du genre maigre, prostré, inutile. Entouré de quelques proches pas encore partis débordant d'un optimisme naïf et excessif, jouant les bouffons pour rassurer leur frère, sœur, père, mère, mari, ami mourant que cette fois, ça allait réussir. Qu'il allait vivre et que le cauchemar s'achèverait grâce au talent et à la persévérance des médecins, mais surtout parce qu'il n'avait pas perdu espoir.
« Ah Docteur, bonjour de nouveau ! »
C'était une mère et son fils – la soixantaine vieillissante, son gamin ayant autour d'une trentaine d'années – qui venaient régulièrement pour soigner le cancer des poumons du plus jeune qui en avait honnêtement marre de survivre si pitoyablement depuis déjà cinq longues années de thérapie qui ne résultaient pas sur grand-chose d'autres que toujours plus de métastases. Le chirurgien conversait, affable, avec la mère et avait posé sa main sur l'épaule du jeune homme tandis que les internes s'étaient mis en marche, agissant comme de gentilles poupées ne servant qu'à regarder le dossier, observer les constantes, vérifier quelques détails.
D'abord, Ichigo l'avait envié, ce type. Lui, fumeur actif depuis des années, incapable de développer un cancer alors que cet homme d'à peu près son âge était rongé par la maladie même s'il n'avait jamais touché à une cigarette de toute sa vie. Et puis ensuite, au vu des événements récents, il avait fini par se dire qu'il s'en foutait totalement, de ce mec et de son cancer. Il avait un plan.
Il reprenait le contrôle.
« Bon, nous allons vous laisser… »
Ils sortirent, souriant et chuchotant une fois la porte close des chances qui lui restaient. Le regard du chirurgien passait et repassait sur la crinière d'Ichigo qui avait repris ses couleurs d'antan. L'orangé tendait encore sur le sombre, mais rien que quelques shampoings successifs ne pourraient faire disparaître. Ses cheveux récupéreraient leur teinte enflammée à partir de maintenant. Urahara trouverait un moyen de leur offrir une revanche méritée – il leur avait ouvert les portes de Soul Society, restait-il juste quelque chose d'impossible à faire pour cet homme ? – et les choses prendront une autre tournure.
Les pensées d'Ichigo dérivèrent sur Soul Society et un sourire fugitif traversa ses traits. Il avait cette curieuse impression de redevenir lui-même, mais sans l'impétuosité et les accès de rébellion vivaces de l'adolescence. Comme si après toutes ses années, il redécouvrait sa vie, mais en la comprenant mieux. Pourquoi, entre tous, Rukia avait été celle qui l'avait sorti de sa torpeur, pourquoi, malgré la peine et la douleur, il était resté à vivre cet amour malade avec Grimmjow, et peu importait que leur liaison fut courte ou qu'elle se soldât par la mort de l'un des deux. Au final, en analysant un peu trop correctement sa vie, Ichigo s'était rendu compte que les rares personnes à qui il avait vraiment tenues étaient toutes mortes, et qu'à chaque fois c'était de sa propre faute. Indirectement ou non.
Peut-être qu'au fond, c'était pour ça qu'il avait fait le vide tout autour de lui. Jusqu'à ce que le périmètre de sécurité lui paraisse assez grand pour qu'il puisse de nouveau vivre sans risquer de tuer quelqu'un par inadvertance.
Il avait toujours été seul.
« Kurosaki, encore dans la lune ? Hé ! »
Sursautant presque, Ichigo posa les yeux sur un de ses camarades sans le voir, puis poursuivit sa route dans les couloirs, faisant le tour des chambres, suivant le chirurgien comme un petit chien incapable d'agir sans l'ordre d'un maître. Il se sentait faible. Et las. Horriblement las.
Il en avait marre, d'être seul, de vivre cette vie qui n'était pas la sienne.
Pourquoi suivre, au juste ? Se dit-il en s'arrêtant au milieu du couloir blanc, la foule d'internes en blouses blanches suivant leur patron dans l'hôpital, de chambres en chambres, de patients en patients. Il eut brusquement envie de sortir et s'en alla, tournant le dos à ses devoirs, jusqu'aux ascenseurs. Etrangement seul dans l'un d'eux, il retira sa blouse, la déboutonnant lentement, et la replia sur son bras avant de sortir de la boîte métallique à grandes enjambées, six étages plus bas, pour récupérer ses affaires dans son casier. Il jeta sa blouse dans une poubelle en sortant de l'hôpital, vida le contenu de sa serviette en cuir élimée avant de la balancer à son tour dedans.
Être ici ne lui servait pas. Ce n'était pas sa voie, de soigner des gens une fois les blessures faîtes. Ce n'était pas non plus la sienne de prévenir leurs blessures comme il l'avait fait en chassant les Hollows. Plus maintenant. Maintenant… Il ne savait pas ce qu'il voulait, parce qu'il y avait presque trop de choix. L'inconnu était grisant.
Il se mit à pleuvoir.
Mais peu importait, pas vrai ? C'était si dérisoire, la pluie, après toutes ces années.
Il était en vie. Il reprenait le contrôle.
Le reste importait peu.
. : : .
« Et bah, si j'avais su que tu serais revenu si vite, je me serais dépêché… »
Urahara se servait du thé.
Il avait déplacé la table basse un peu plus près de la porte, presque contre le mur, la rendant plus accessible. Il n'y avait qu'une seule tasse fumante, mais pourtant trois coussins autour de la petite table circulaire en bois vernis où reposaient la théière et un plateau sur lequel des onigiris mal faits et de tailles inégales s'alignaient, prêts à être dévorés par Urahara.
Ichigo retira son manteau et alla s'asseoir face à celui-ci.
« Quel bon vent t'amène ? Lui demanda Urahara, intrigué de le voir reparaître si vite. Si c'est pour le Soukyoku, je crains que tu ne soies revenu un peu trop tôt…
Il se gratta la tête d'un air dépité, un peu gêné d'avouer ainsi que la commande serait plus difficile à faire que d'ordinaire – remarque, détruire le Soukyoku n'étant définitivement pas ordinaire, et Urahara n'ayant pas d'horaires exacts, son client de cette fois ne pouvait décidément pas protester avec véhémence.
- Votre rapidité de l'autre jour n'était donc qu'un coup de génie provisoire ? S'amusa Ichigo, accoudé à la table.
- Moque-toi, mais sans mon esprit génial, tu serais complètement perdu !
S'esclaffant franchement, Urahara se reprit, agitant presque nerveusement le vieil éventail d'un blanc tendant sur le gris qu'il avait tiré de sa manche.
Aujourd'hui il portait un kimono gris sombre parfaitement ajusté, et un haori clair étrangement semblable à une blouse de scientifique était pliée sur une chaise près d'une seconde porte, cachée dans les ombres de la pièce principale. Les bougies trônaient un peu partout et leurs lueurs vacillantes semblaient plus vives que d'ordinaire, reflétées dans les yeux verts d'Urahara qui avait cessé de rire.
- Je ne vous le demanderai pas si je vous savais incapable de le faire, lui déclara Ichigo avec sérieux.
Puis il bâilla longuement, coupant son interlocuteur qui s'apprêtait à répondre.
- Je n'ai rien à faire pour un moment, donc je suppose que je vais rester ici jusqu'à ce que vous ayez terminé. »
Se relevant, Ichigo s'éloigna jusqu'aux coussins et s'allongea sur ceux-ci, son dos confortablement callé contre les oreillers moelleux tandis qu'il pensait faire une sieste. Surpris, Urahara le regarda faire sans réagir, l'odeur du thé fumant dans sa tasse se laissant occulter par la vision d'Ichigo somnolant, allongé sur ce qui lui servait de canapé. Il songea avec amusement que chaque visite de ce gamin, c'était comme aller prier dans un de ces temples ou une de ces églises humaines. Ça lui rendait un peu espoir et l'humanité ne semblait soudain plus aussi pourrie que quelques heures auparavant. Quand il était là, même simplement affalé sur les coussins, la notion d'impossible n'existait tout simplement plus.
Urahara reposa sa tasse, puis s'approchant précautionneusement. Il s'agenouilla au pied du tas de coussins et tendit sa main, laissant le dos de ses doigts courir le long de la joue pâle et tiède d'Ichigo.
« Dors… Je m'occupe de ça. » Lui murmura-t-il avec révérence.
Ichigo était capable de tout. Le dernier affront qu'on pouvait lui faire, c'était de ne pas y croire.
. : : .
Il y avait déjà cinq semaines. Le temps avait passé sans même qu'Ichigo ne s'en rende vraiment compte, les secondes emportant dans leur invariable avancée les journées toujours trop courtes que l'ancien Shinigami vivait, cette délirante impression d'être pressé s'enflammant au fond de lui à chaque foi qu'il repensait à son idée. Il suffisait qu'Urahara trouve quelque chose, et ils pourraient, ensembles, se libérer de leurs chaînes. Avec un peu de recul, même si peu, Ichigo avait finalement réalisé qu'il n'en voulait à personne d'autre qu'à lui-même pour toutes ces choses qui lui étaient arrivées. Il avait choisi de tuer Grimmjow. Il avait choisi de tuer Aizen – quoiqu'il lui en coûte. Les deux étaient juste arrivés si simultanément qu'il n'avait pas réussi à s'en sortir.
Mais maintenant, Ichigo avait le sentiment que c'était bon, qu'il avait repris le contrôle de sa vie et que ce n'était pas un quelconque tiers qui la gérait pour lui – non, il était son propre maître. Il avait cessé de travailler presque immédiatement après sa dernière visite chez Urahara et n'avait sans doute manqué à personne – il n'y était même pas retourné et avait géré sa démission par lettres interposées. Les papiers gisaient quelque part sur sa table, sous l'amas d'autres courriers et factures qui trainaient là, les mots noirs sur les feuilles blanches ayant soudain perdu tout sens, toute importance.
Soul Society… Ils n'étaient pas responsables de ses choix. Alors, plutôt que de les accuser de sa défaite, Ichigo les accusait de sa déchéance. Devenu un Shinigami presque par hasard, l'idée de se faire transpercer par le Zanpakuto d'un autre agent du Gotei 13 pour réveiller ses pouvoirs lui avait traversé l'esprit plus d'une fois – comment croire, alors, que ça n'avait pas traversé l'esprit dérangé des savants de la Douzième Division ? De Rukia ? Avec eux sa vie avait retrouvé un semblant de sens qu'elle avait reperdu aussi vite. Alors qu'il n'avait plus eu ni but ni objectifs, la vie de Shinigami et le monde des Esprits lui en avaient donnés. Il avait pris son pied avec un ennemi, avait vécu comme jamais chaque seconde, chaque minute de chaque combat, se sentant indubitablement vivant qu'il gagne ou qu'il perde. Rukia l'avait ennuyé, ses amis l'avaient ennuyé, il s'était lassé, ils n'avaient rien vu, il avait continué de faire semblant et Grimmjow avait été là. Le bon vieux temps avait été si vite révolu… Le monde avait pris un tel tournant.
Et alors qu'il pensait trouver sa place, la lumière qui le guidait s'était éteinte.
Purement et simplement.
Pourtant, son esprit résolu lui interdisait de se laisser ainsi réduire à néant; peut-être était-ce la raison pour laquelle il s'accrochait si ardemment à Urahara, dont l'esprit génial mais certes dérangé trouvait des solutions là où personne n'avait la moindre petite idée, inventait des choses auxquelles personne n'avait pensé. Il y avait néanmoins une chose qu'Ichigo hésitait à lui demander, sans trop savoir l'origine de son incertitude – payer le prix qu'il faudrait ne lui faisait aucunement peur, c'était même logique qu'il rembourse au moins un peu son ancien maître. Non, sa réticence venait d'ailleurs.
« Je ne te savais pas si pensif, s'amusa une voix provenant de derrière lui.
- Et je ne vous pensais pas voyeur, répliqua Ichigo en terminant d'enfiler son tee-shirt.
Urahara éclata de rire, nonchalamment assis au pied du lit d'Ichigo.
- Tu as laissé la fenêtre ouverte, dit-il comme si ça expliquait tout. A ce niveau-là, c'est plus qu'une simple invitation à entrer.
- Vous croyez ? Répondit Ichigo en s'adossant au mur de sa chambre, face à Urahara.
Souriant d'un air énigmatique, il soutint le regard de son ancien disciple avec une intensité surprenante.
- Ton œil n'y voit vraiment rien ? Demanda soudain Urahara sans bouger d'un pouce, son ton et son attitude étrangement décalés par rapport à sa question.
Il ne semblait pas s'en soucier, pas même un peu – son air semblait cependant suggérer qu'il y avait un côté positif au fait qu'Ichigo soit borgne.
- Pourquoi êtes-vous là ?
- Oh, voyons, répondre à une question par une autre question, s'indigna Urahara avec un air effaré.
- Pourtant ce n'est tellement pas nous, ce genre de situations, répliqua Ichigo avec le même ton et une pointe de cynisme.
- Quelle ingratitude de votre part...
Son ton était redevenu joueur et taquin. L'atmosphère sembla soudain similaire à celle de leurs entretiens, et Ichigo songea avec amusement qu'il ne manquait plus que les bougies colorées et un peu d'encens – l'ampoule grésillante et son paquet de clopes feraient l'affaire.
- Que puis-je faire pour obtenir votre pardon ? Souffla-t-il en s'approchant.
Urahara portait ce vieux kimono vert, ses getas, son bob et cette cape sombre et épaisse qu'il promenait parfois lors de ses sorties. Sa canne reposait contre le mur, sous la fenêtre, et il était assis en tailleur, sa tête reposant dans sa paume, accoudé à son genou gauche.
Il attendit qu'Ichigo se baisse juste devant lui pour répondre, un fin sourire malicieux.
- Je n'en ai pas la moindre idée, répliqua-t-il, espiègle. Trouve quelque chose. Ou plusieurs choses.
- Je crains que « chose » ne soit trop abstrait, se plaignit Ichigo en approchant son visage de celui d'Urahara. Précisez un peu.
- Ce serait trop facile, lui répondit son détracteur d'un ton joueur. Une surprise n'en est plus une si je sais ce que contient mon cadeau.
Leurs regards étaient ancrés l'un dans l'autre, dans un duel ne souffrant d'aucun égal – pourtant aucun des deux n'aurait su dire ce qu'ils cherchaient. Le jeu était attrayant dans sa poursuite, pourquoi y mettre fin en clamant un trophée ?
- Imaginez que je me trompe, siffla Ichigo. Vous ne saurez toujours pas ce qu'il contient, mais la surprise sera gâchée par mon erreur – nous ne voudrions pas que ça arrive, n'est-ce pas ?
- Là est donc ta question, s'amusa Urahara. Quelle chose pourrait donc me plaire à coup sûr ?
Il rit silencieusement, ses lèvres closes.
- Te répondre reviendrait à te donner la solution de cette énigme. Bien joué, mais non.
Ichigo lui sourit, narquois.
- Vous pouvez m'aiguiller sans me donner de nom, contra-t-il, une flamme dans ses yeux.
- Malheureusement tout se résume en un seul petit nom, répondit Urahara d'un ton presque défaitiste.
Lui-même ne semblait pas certain de vouloir sa chère surprise – paradoxalement, qu'il réclamât ainsi indiquait à Ichigo que sa dernière demande avait été satisfaite.
- Même pas un petit indice ? Paraphrasez. Vous savez le faire mieux que moi.
Urahara le fixait sans ciller. Il était si figé dans sa contemplation qu'Ichigo se demanda un instant si sa phrase avait été entendue – pourtant, plutôt que de répéter, il attendit. Kisuke écoutait toujours, même lorsqu'il faisait le pitre. La moindre petite phrase que vous pouviez dire face à lui restait enregistrée quelque part, jusqu'à ce qu'il y trouvât une utilité.
- Je suis plus borné que toi, lança Ichigo avec assurance. Soul Society peut attendre encore dix piges, comme ta putain de surprise…
Il n'y avait pas d'énervement. Il chuchotait presque, son souffle caressant les lèvres d'Urahara, toujours arquées en ce même sourire mystérieux.
- Je ne suis pas sûr que tu soies si patient, poursuivit-il en faisant glisser ses doigts sur le col d'Urahara.
- Essaie, murmura celui-ci sans le quitter des yeux. Tu aimeras peut-être, qui sait ?
- Je trouve que j'ai déjà trop deviné, contra Ichigo. Ton tour.
- N'est-ce pas toi qui m'a dit de faire ce que je voulais ?
Le regard d'Ichigo se fit brûlant.
- Je t'ai dit de prendre ce que tu voulais. Fais-le, proposa-t-il.
Le ton était presque langoureux tandis que leurs murmures emplissaient la chambre.
- Je ne peux pas simplement prendre cette chose-ci, même avec ta parole – je ne nie pas que l'idée soit alléchante, ajouta-t-il ensuite.
- C'est juste un nom, siffla Ichigo, insistant avec un charme diabolique.
- C'est un verbe, corrigea gentiment Urahara.
- Alors ordonnez.
L'éclat amusé au fond des yeux de Kisuke se transforma en incertitude tandis que son sourire se fanait. Ichigo resta statique, attendant une réponse, vrillant son regard du brun clair le plus pur dans celui d'Urahara qui se voila.
Puis il détourna les yeux, son regard se promenant sur le visage d'Ichigo. Il leva les doigts jusqu'à sa joue, caressa la chevelure flamboyante s'attarda un peu, perdu dans une admiration sans nom. Puis son sourire revint, saisissant d'une ironie toute nouvelle où on sentait les pointes douloureuses de l'amertume.
- Tu me donnes envie de crever, siffla-t-il à Ichigo.
Il retira sa main et s'éloigna dans un bruissement de tissu jusqu'à la fenêtre encore ouverte.
Figé par cette petite phrase, ces six ridicules petits mots autrefois sorti de sa bouche, Ichigo se figea. Le vent tiède de Mai agitait les vêtements d'Urahara qui s'était saisi de sa cane et le regardait depuis l'ombre de son bob, insondable.
Qu'Ichigo les lui montre ou non, Kisuke savait qu'ils étaient là, sous la fine épaisseur de ses vêtements. L'ombre de l'un d'eux sur le bas de son dos, les dernières lignes claires et enchevêtrées d'un autre sur le bras, la photocopie d'une étrange scène presque religieuse peinte de bleu, de vert, de turquoise et même d'or sur son avant-bras gauche dont on ne voyait presque plus la peau.
Ichigo fut secoué par un petit ricanement.
- C'est ma réplique, siffla-t-il avec froideur.
L'intrigante couleur fauve de ses yeux s'était faite glacée.
- Tu ne me raconteras pas ?
C'était purement rhétorique, car Kisuke savait que cette liaison était jalousement gardée secrète par Ichigo qui s'y complaisait, alimentant le lourd souvenir de l'Arrancar d'explications pas toujours utiles. Parfois, certaines choses arrivent sans qu'on puisse se l'expliquer, Ichigo, songea amèrement Kisuke.
- Tu le sais déjà. Tu sais tout… C'était le Loup et l'Agneau. Au final je ne suis pas mort mais j'ai fini bouffé exactement pareil, fit Ichigo, sarcastique au possible. Je ne pouvais pas l'avoir, alors il ne m'a pas eu non plus. Toujours maintenir le statu quo. Quitte à ne pas gagner, faire ça bien.
- Et ensuite ? L'encouragea Urahara en essayant de ne pas paraître trop impatient vu la morbidité du récit.
L'ambre glacé d'Ichigo se réchauffa. Il détourna le regard, sa main droite inconsciemment posée sur le tatouage de son avant-bras gauche.
- J'ai fini par céder, mais il ne m'a pas tué. Au bout du compte, c'est moi qui aie terminé le travail, avoua-t-il d'un air absent.
- Ça te hante, statua Kisuke.
Le détail de l'histoire, il l'avait ignoré jusqu'à ce que finalement la curiosité se fasse trop forte. Que s'était-il passé ? Chaque tatouage cachait-il vraiment une cicatrice devenue blanche avec les années ?
- Il y a longtemps ça a été le cas… Maintenant, ce ne sont que des vieux souvenirs ressassés faute de meilleure occupation, poursuivit-il d'un ton désabusé. Ce qui nous ramène au même problème.
Urahara s'était arrêté au bord de la fenêtre, le regard d'or foncé d'Ichigo posé sur lui.
- Qu'est-ce que tu veux ? Souffla-t-il avec hargne, décidé à en finir avec cette histoire-là.
Kisuke enleva son chapeau qu'il laissa choir au sol, tout comme sa canne.
- Ce que je veux ? S'amusa-t-il en approchant. Ce que je veux ? »
Il éclata de rire, semblant réellement distrait par cette question, et s'arrêta face à Ichigo.
« Toi », souffla-t-il en l'embrassant passionnément.
