Cette fic est écrite dans le cadre des Nuits du FoF, sur le thème "Axe", en une heure.
Et voilà pour le troisième et dernier chapitre de ce soir. Ici, on aborde pas mal de trucs tirés du bouquin – notamment les Sauteurs – mais c'est pas important de savoir ce que c'est, pour l'instant. Au contraire, ça vous met au même niveau que Vany.
Bonne lecture !
Trop en dire, ou pas assez
Il n'y a pas que des chemins pour voyager, dans La maison. Enfin, il n'y a pas que ces chemins précédemment évoqués. D'après ce que Vanité a entendu dire. Il y a des bruits qui courent, des murmures qui lui parviennent de temps à autre, des conversations échangées qu'il capte brièvement, bien qu'elles ne lui soient pas destinées. Des histoires comme des légendes. Et, bien sûr, personne ne veut répondre à ses questions sur le sujet.
« - Les sauteurs ? Où t'as entendu ça ? » Flammèche – celui qui se rapproche le plus d'un ami pour lui – répond.
« - C'est Sans cœur qui parlait de ça avec Rose, au réfectoire.
- Si Sans cœur en parlait ave Rose, alors ça ne regarde que Sans cœur et Rose.
- Tu sais pas c'que c'est ?
- C'est pas à moi qu'il faut demander ce genre de chose.
- Ça répond pas à ma question.
- C'est tout ce que j'ai à te dire. »
Vanité soupire. Il déteste quand le rouquin agit de la sorte, en éludant ses questions. Il ne sait pas vers qui se tourner, hormis lui. Alors il fait le tout de son petit monde en espérant grappiller quelques graines pour apaiser sa faim de savoir. Il doit bien y avoir quelqu'un capable de l'aider, ici.
« - Les sauteurs ? Genre les sauterelles, tu veux dire ?
- Non, les sauteurs. C'est comme ça que Sans cœur a dit.
- Jamais entendu parler. » Souffle se redresse immédiatement, armé de sa béquille. « Mais j'peux chercher avec toi ! Ça m'intéresse.
- Ouais non, j'vais demander à quelqu'un d'autre. »
Déçu, le blondin se rassoit sur son lit, l'air dépité. Il offre à Vanité un regard désappointé, qui titille désagréablement sa conscience.
« - Bon bon, ok.
- Ouais ! Tu vas voir, j'suis super efficace !
- Mais chacun cherche de son côté, j'te veux pas dans mes pattes.
- Dans tes roues plutôt, non ? »
Dans son immense mansuétude, le noiraud décide de ne pas relever la blague. Il envoie plutôt son camarade chez les Oiseaux, puisque c'est avec leur chef que Sans cœur parlait. De son côté, il va interroger celui qu'il pense susceptible de savoir, tout autant qu'il pourrait se révéler complètement ignorant.
« - Les sauteurs ?
- Ouais.
- Oula, qui c'est qui t'a parlé de ça ?
- J'ai entendu des bruits. »
Soupirant Saltimbanque secoue la tête. Il pose sa guitare sur le lit, préoccupé.
« - C'est pas qu'je veuille pas t'aider mon gars, mais c'est pas un truc dont on parle trop ici. »
Ah, enfin une piste.
« - Pourquoi ?
- Ça fait partie des règles. Faut pas trop en parler, ni de ceux-là ni des autres.
- Des autres ?
- Ceux qui maitrisent pas. Le contraire des sauteurs. Enfin pas vraiment l'contraire, mais t'as compris le truc quoi. C'est genre … Un autre pendant d'un même groupe. Mais pas un groupe comme les Log ou les Faisans hein. J'veux dire … T'as ceux qui maitrisent, et ceux qui maitrisent pas.
- Ceux qui maitrisent quoi ? »
Peut-être que les fameuses explications de Saltimbanque le perdent plus qu'elles ne le guident, finalement. Il n'est pas bien sûr de comprendre cette histoire. Plus l'autre parle, et moins Vanité capte.
« - C'est compliqué. J'te dis, j'peux pas trop en dire, et là j'en ai déjà beaucoup dit tu comprends ? J'sais pas si c'est pas trop, et si j't'en dis plus et que j'en dis trop, ce s'ra trop tard. »
Le corbeau pose encore une ou deux questions, dans un vain espoir. Mais il obtient plus de questions que de réponses, et il repart la tête toute embrouillée. Cet échange l'a plus perdu qu'il ne l'a aidé, au final.
Il ne se laisse pas démonter pour autant, et il reprend sa quête. Ciel est automatiquement éliminé de sa liste, puisqu'il ne peut de toute façon pas répondre à ses questions. Ou si, mais ça leur prendrait trop de temps à tous les deux. L'illusioniste, il est plongé dans un livre. L'illusionniste ne répond jamais, si on lui parle quand il lit. Leur chef n'est pas vraiment d'une grande utilité. Décidant d'élargir un peu son cercle de recherche, il passe chez les rats et échange quelques mots avec Rocaille, qui a lui aussi vaguement entendu parler de ce genre de chose sans jamais rien en comprendre, et Chance, qui lui propose de lui répondre s'il gagne contre lui aux cartes. Bien évidemment, il perd. Dépité, il revient sur ses pas. Chez les Oiseaux, aucune trace de son second.
« - Eh ? Quelqu'un a vu Souffle ?
- Ouais ! Il est passé y a même pas une heure ! Pourquoi ?
- Bah parce que j'le cherche. Il est parti où ?
- Chercher à bouffer en passant par le Secret qui mène à la réserve, avec Lune. »
La bouffe, bien évidemment. Sitôt parti en mission, il l'a vie oubliée pour aller se remplir la pense. Le noiraud aurait dû s'y attendre. On ne peut pas compter sur Souffle, il est trop changeant. Trop volatil – et pourtant c'est un Log, pas un Oiseau. Résigné, Vanité se tourne vers la seule solution qu'il lui reste. Pas la plus rassurante, pour sûr. Mais celle qui aura le plus de chance de lui apporter une réponse claire et nette.
« - Les sauteurs ?
- Vous allez tous me faire répéter ?
- Tu n'es pas censé connaitre ce mot, pardonne mon étonnement. »
Sans cœur se redresse calmement, abandonnant la souris qui court entre ses mains. Il la repose délicatement dans sa cage de fortune, une boite à chaussure percée de quelques trous. Autour de son cou, son collier de griffes pendouille. Elles contrastent avec sa peau tannée, comme ses cheveux trop clairs pour vraiment lui appartenir. Tout, chez ce type, donne envie de détourner le regard, malgré une certaine beauté que Vanité lui reconnait.
« - T'en parlais avec Rose. C'est quoi ?
- Oh, tu écoutes aux portes maintenant ?
- Z'aviez qu'à pas parler trop fort. »
Le jeune homme sourit. Le noiraud a l'impression d'avoir mis les pieds dans une toile.
« - Si tu ne trouves pas la réponse toi-même, alors je ne peux rien te dire. »
Et voilà. Encore une de ses réponses foireuses.
« - J'suis pas près de trouver, si tout le monde me dit ça.
- Tu n'as pas besoin que quelqu'un te réponde. Tu comprendras quand ça arrivera.
- Super, et ça arrive quand alors ?
- Quand il le faudra. » l'étrange plante son regard dans le sien. « Ce soir, demain, dans un mois, jamais. Qui sait.
- Ok, et en vrai ? »
Sans cœur, qui a les yeux aussi jaunes que les siens, le regarde longuement. Il doit fouiller dans son âme, Vanité en est sûr. Et ça ne lui plait pas.
« - Tu n'es pas encore sur le bon axe. Elle ne t'appellera pas pour l'instant.
- Ouais bien sûr, et c'est qui Elle ?
- Tu comprendras quand tu la verras. »
Pire que Saltimbanque. A la réflexion, le teigneux préférait encore les réponses de Flammèche, elles étaient bien plus claires que ces élucubrations saugrenues qui lui ont retrouvé la tête. Il s'en retourne déçu, perdu, à moitié convaincu qu'on s'est foutu de lui. Qu'ils aillent tous se faire foutre.
Quand il recroise Souffle, plus tard, ce dernier se perd en excuse pour avoir oublié leurs recherches. Les résultats du teigneux le déçoivent, mais il oublie aussitôt pour aller jouer aux échecs avec L'illusionniste, un jeu bien trop calme dont il se lasse au bout de quelques minutes. Vanité pousse son fauteuil jusqu'à son lit avant de s'y glisser, grognon. Même les plaisanteries taquines de Flammèche ne suffisent à le faire sortir de sa mauvaise humeur. Il se couche agacé, s'endort, et il faut bien attendre le lendemain matin et une bonne nuit de sommeil pour qu'il oublie ces futiles histoires de sauteurs et de bon axe. Il n'y aurait même sûrement jamais repensé, sans le petit papier posé sur sa table de chevet qu'il trouve à son réveille.
« Attention. La forêt n'aime pas les impatients. »
La suite sur une prochaine nuit du Fof ?
