Une clé tourna dans une serrure. Un homme entra, et accrocha son chapeau et son manteau. Jounée fatigante, encore une fois. Soudain, il eut l'impression qu'il y avait quelqu'un dans sa maison. Le maître des lieux alluma la lumière de son salon.
" Qui es-tu ?"
En face de lui se tenait une jeune fille entourée d'une cape noire qui lui camouflait même la bouche. Fiiit. Le sifflement d'une lame, puis le bruit d'un corps qui tombe. La fille regarda le cadavre à ses pieds avec une parfaite indifférence. Elle se pencha et trempa un doigt dans le sang qui inondait le plancher. Puis elle traça une étoile à côté du corps, suivi d'une inscription : Black Star. Son travail accompli, elle sortit de la maison et s'éloigna dans la nuit.
Deux semaines s'étaient écoulées depuis que Riza avait franchi la porte. A présent, les résistants s'étaient habitués à elle, mais la confiance n'y était pas encore. Que lui importait. Roy était le seul à lui adresser la parole, ça c'était important. Parce que si lui se mettait à l'ignorer, c'était la fin du monde.
Riza participait de temps à autres aux activités des résistants : faire circuler des informations, saboter les convois nazis ou leur tendre des embuscades étaient à présent son quotidien. Elle s'en sortait bien, et mettait un point d'honneur à protéger le Roy de ce monde. Comme quoi, il était des choses qui ne changeaient pas.
" Oh non !" fit Roy ce matin-là.
" Quoi donc ?" demanda Riza depuis une des fenêtres de la ferme.
" Encore un chef de réseau qui s'est fait assassiné."
" Toujours Black Star ?" demanda Jean qui nettoyait un fusil.
" Toujours." répondit Roy en refermant le journal clandestin qu'il lisait.
" Qui est ce Black Star ?" interrogea Riza en se retournant.
" Un assassin très connu dans le milieu résistant. Personne ne la jamais vu, mais il utilise des armes blanches et dessine toujours une étoile avec son nom près du cadavre." répondit Roy.
" Ca fait cinq mois qu'il sévit. Et il a déjà pas moins de sept chefs de réseaux à son actif. Comme par hasard, les nazis arrivaient ensuite pour finir le travail, en embarquant tout le monde." ajouta Jean en posant l'arme près de lui.
Riza jeta un oeil à Roy. Il pourrait être le prochain sur la liste. Elle allait devoir le surveiller encore plus près que jamais. Riza reprit sa contemplation à la fenêtre. Roy se demandait ce qu'elle pouvait bien trouver de si intéressant à regarder les heutes herbes. En admettant que ce soit bien ça qu'elle regardait.
Quand il l'apercevait à sa fenêtre à l'étage, il lui semblait que la jeune femme admirait plutôt l'horizon.
Et puis, Riza affichait un air mélancolique en permanence qui l'intriguait. En fait, elle l'étonnait toute entière. Riza avait un courage, une détermination et surtout un don avec les armes qui n'en finissait pas de le surprendre. Et puis elle était solide comme un roc, ne perdait jamais espoir. Roy admirait et aimait cette femme comme aucune autre avant. Si seulement il parvenait à lui insuffler un peu de joie de vivre ... bon, c'est vrai qu'en temps de guerre, c'était plutôt difficile. Mais Roy ne désespérait pas de la faire sourire un jour.
" Quel est le programme pour aujourd'hui chef ?" demanda Jean en achevant de remonter un pistolet.
" Vu les circonstances, je pencherais pour quelques jours de repos. Mais ce serait montrer que ce genre de mort peut nous affaiblir. Et on ne peut pas se le permettre." répondit Roy.
" Donc on continue à les attaquer." devina Jean.
Roy acquiesça en silence. Toutefois, il n'était pas rassuré avec ce nouveau meurtre.
Black Star arriva en vue d'une maison pour le moins ordinaire. Elle ouvrit une porte et monta les escaliers. Dans le salon de cette maison un homme l'attendait, entouré de soldats.
" Tu as réussi ta mission encore une fois, je te félicite." dit-il.
La jeune fille ne répondit pas, et garda un visage neutre.
" Notre contact a trouvé une nouvelle cible pour toi. Une de celle qui nous cause beaucoup de soucis." reprit l'individu en s'avançant.
Il lui tendit un dossier, et s'en alla suivit de ses soldats. Black Star ouvrit alors le dossier :
Nom de la cible : Mustang
Prénom : Roy
Réseau : Flamme de l'espoir
Dernier repaire : champ du père Mathieu, 30 km de la ville
Nombre de partisans : quinze environ
S'ensuivait ensuite un descriptif de toutes les activités de ce réseau, autrement dit cinq pages. Black Star referma le dossier et le jeta sur le bureau. Elle sortit ensuite à son tour du bureau, et alla dans une chambre. Là elle ôta sa cape qu'elle mit sur un cintre. Elle comptait bien se reposer avant de s'attaquer à sa nouvelle cible.
" Roy, je me pose une question."
" Je vous écoute Riza." répondit le brun en la regardant tendrement.
" Comment se fait-il, avec toutes les précautions que les réseaux prennent, enfin je suppose, que nos ennemis arrivent à connaître les chefs de réseaux ?"
Les résistants levèrent la tête vers elle. En voilà une question qu'elle était bonne.
" Remarque très intéressante." fit Kain.
" Nous-même ne connaissons pas les leaders, on ne le sait que par les journaux clandestins. Alors eux ..." ajouta Heymans.
" Je crois qu'il n'y a pas trente-six solutions." dit Roy.
Les regards se dardèrent sur lui.
" Il y doit y avoir un traître dans les rangs de la résistance. Quelqu'un de haut placé qui connaît tous les réseaux et leurs chefs."
" Si jamais je le chope, je lui fait bouffer ses c ... euh, je le massacre." corrigea Jean en se rappelant de la présence de Riza.
" Si c'est le cas, on ferait bien de le démasquer avant qu'il ne fasse mourir la résistance. Mais comment, ça c'est la question." énonça cette dernière.
" Il faudrait être au sommet pour ça. On y va pas avant la traditionnelle réunion mensuelle. Et elle est déjà passée." rappela Roy.
" Alors nous avons un mois pour agir. Et ne vous avisez pas de me dire que c'est infaisable, autrement je vais vous prendre pour des lâches." reprit Riza.
" Hé ho ! Restez polie ! Je vous trouve bien naïve de croire qu'on se pointer là-bas la bouche en coeur. A chaque fois c'est dans un lieu différent, et on n'est mis au courant que la veille." lança Falman.
" Sans déconner ? répliqua Riza en plantant son regard dans le sien. N'empêche qu'on doit faire quelque chose, autrement la France restera allemande pour les générations futures."
" Certes, ce n'est pas ce qu'on souhaite. Mais les obstacles sont bien trop compliqué pour qu'on y arrive à temps." ajouta Roy.
Riza le regarda étonnée. Ah non, il n'allait pas s'y mettre lui aussi ! Devant le manque d'enthousiasme des hommes, elle sut qu'elle allait devoir se débrouiller seule. Et comme elle en avait l'habitude, cela ne lui posa pas de problème. Riza quitta la salle de réunion des résistants, et alla dans sa chambre. Là, elle prit deux pistolets, plusieurs chargeurs, des balles encore puis rassembla quelques vêtements dans un sac. Roy frappa à sa porte, elle lui donna la permission d'entrer.
" Mais qu'est-ce que vous faites ? Vous partez ? Où ça ?" dit-il l'air inquiet.
" Devinez ? Je vais sauver la résistance puisque que vos hommes ne sont que des chiffes molles." répliqua-t-elle.
" Et vous vous êtes complètement insensée." reprit Roy en la retenant par le poignet.
" Cher monsieur Mustang, apprenez que quand on veut on peut." riposta Riza avant de se dégager.
Elle sorti sous les regards surpris des autres combattants. Roy la regarda partir les sourcils froncés. Puis il monta à toute vitesse dans sa chambre pour faire une valise à l'arrachée.
" Jean, je te confie le commandement du réseau." annonça-t-il en revenant.
" Hé quoi ? " fit l'intéressé.
Jean se leva et rattrapa son chef :
" Mais où tu va ?" demanda-t-il.
" Je vais aider Riza."
" Décidément t'as plus toute ta tête depuis que t'as rencontré cette fille." reprit Jean.
" Tu ne peux pas comprendre. N'empêche qu'elle a raison, on ne peut pas rester les bras croisés. Je suis sûr que tu t'en sortiras très bien." répondit Roy.
Il partit en courant qaund il vit Riza sortir dans un des véhicules. Il balança son sac à l'arrière, puis parvint à monter. Tout à coup, le lieutenant freina brusquement, l'envoyant buter au fonds. Roy jura.
" Qu'est-ce vous faites là ?" demanda Riza, à l'extérieur.
" Je pensais que vous partiez en balade, alors j'ai eu envie d'en être." sourit-il.
" Très drôle. Descendez de là et rejoignez les autres."
" Je ne reçois d'ordre de personne, Riza. Même s'ils viennent d'une aussi belle femme que vous." répliqua Mustang.
" Il faut un début à tout. Allez, je n'ai pas de temps à perdre."
" Très bien."
Roy descendit du camion, mais alla s'asseoir à l'avant, côté passager.
" Au cas où vous l'auriez oublié, votre base est là-bas." reprit Riza en désigant la ferme et la grange.
" Je suis au courant. Sauf que je n'ai jamais dit que j'y retournais."
Puis, comme elle le regardait sans comprendre, il précisa :
" Je viens avec vous. Vous êtes dans le vrai, on ne peut pas rester sans rien faire. Et je n'admettrais aucune protestation de votre part. Sans moi vous n'arriverez à rien, vous ne connaissez pas le coin."
Riza soupira, puis remonta côté conducteur. Roy afficha un sourire satisfait pendant qu'elle démarrait.
De son côté, Black Star avait débuté sa nouvelle mission. La tueuse avait interrogé les rares survivants des attaques menés par la Flamme de l'espoir. Ainsi, elle avait pu obtenir une description précise de sa cible. Elle savait exactement comment procéder : épier une quelconque manifestation de résistance, même la plus infime, ensuite capturer l'auteur de cette initiative afin de pouvoir remonter lentement mais sûrement la filière résistante. C'était ainsi qu'elle avait pu coincer les sept chefs de réseaux. Pourquoi changer donc.
Black Star trouva donc ce qu'elle cherchait au bout de quinze jours. Un petit distributeurs de tracts. Le coincer fut facile. Le début est toujours facile. Face à ce regard métallique et si froid, il était mort de peur. Il parla abondamment. Black Star n'eut plus qu'à aller voir dans le réseau de résistance qui avait engagé le mioche.
Bien sûr, cela n'alla pas sans un petit carnage en bonne et due forme. Le chef du réseau devina alors qui elle était. Il était stupéfait d'avoir enface de lui le fameux assassin des résistants.
" Mais ... tu n'es qu'une gamine !" s'exclama-t-il.
Fiiiiiit ! Le type hurla et s'effondra par terre, un couteau planté dans la cuisse.
" Dites-moi ce que vous savez du réseau de la Flamme de l'espoir." dit Black Star.
" Mais rien ! On ne sait rien sur les autres chefs, question de prudence !"
Fiiiiit à nouveau, cri de douleur encore.
" J'attends." reprit Black Star.
" Puisque je te dis que je ne sais rien !"
" Alors dis-moi qui pourrait me renseigner."
Le chef donna le nom d'un homme qui aurait fait partie du réseau de Roy, avant de monter le sien. La tueuse le remercia avec un couteau en pleine tête.
Riza et Roy arrivèrent le lendemain pour découvrir le carnage.
" Oh non !" dit-il.
" C'est cet assassin ?" demanda Riza.
" Sûrement, je ne vois pas qui d'autre. Reste à savoir qui sera le suivant."
Riza se retint de répondre vous. Son intuition lui soufflait qu'il serait le prochain à recevoir la visite de Black Star.
" Je pense qu'il a dû lui donner le nom d'un gars qui me connaissait." avança Roy.
" Tout comme il aurait pu ne rien dire." dit Riza.
" Je ne pense pas. Il a été torturé, et peu de gens sont capable de résister à la torture. Lui je le connaissais par le bouche-à-oreille. Courageux mais pas dur au mal." expliqua Roy.
" Et qui est ce type que tu as connu ?" interrogea la jeune femme.
" Grégoire Rochasse. J'ai gardé le contact avec lui. Si Black Star va le voir, on doit faire vite."
Tous deux quittèrent rapidement la maison, et montèrent dans le camion. Roy indiquait la route à Riza, qui conduisait comme un cascadeur. Son passager se cramponnait où il pouvait. Mais où diable avait-elle appris à conduire comme ça, se demanda-t-il. Aucun homme de sa connaissance n'aurait pu rivaliser avec Riza.
Grégoire regarda l'enfant qui se tenait devant lui. Elle venait de massacrer ses trois lieutenants en quelques secondes. Pour le moment il la tenait en joue espérant que ses gars allaient arriver vite.
" Comment une enfant comme toi peut-elle être une tueuse ?" demanda-t-il.
Pas de réponse. Black Star tenait un couteau prêt dans sa main, cachée sous sa cape. Elle attendait le bon moment pour frapper. Tout à coup, la porte s'ouvrit avec fracas. Black Star se retourna et lança son couteau, rapide comme la foudre.
" YAAAR !" cria Roy.
Il avait eu le réflexe se lever son bras pour se protéger de la lame. Grégoire hésitait à faire feu, c'était quand même une enfant. Black Star elle, n'hésita pas. Envoyant un autre couteau sorti de nulle part, elle désarma le résistant. Puis elle s'apprêta à tuer sa cible. Riza s'interposa, mettant la gamine en joue. En voyant le visage de la jeune femme, la tueuse marqua un temps d'arrêt.
" Maman ?" demanda-t-elle.
Ce fut au tour de Riza de faire un arrêt.
" Maman c'est toi ?" reprit Black Star.
Roy ôta le couteau de son bras. Il saignait abondamment.
" Riza qu'est-ce que vous faites ?" demanda-t-il.
" Maman ... maman tu es revenue !" s'exclama Black Star.
Des pas résonnèrent dans le couloir. La tueuse brisa une fenêtre et se sauva. Roy aperçut des uniformes nazis. Aussitôt lui, Grégoire et Riza filèrent par la fenêtre.
Black Star les regarda s'enfuir, les Allemands aux trousses. Elle sortit deux lames qu'elle envoya sur les nazis. Elle profita de leur surprise pour les descendre un par un. L'enfant perçut ensuite des coups de feu. Vite elle quitta la cour, pour découvrir les résistants encerclés par les nazis. Black Star vit rouge. Les lames fusèrent, tuant les Allemands dans le dos. Riza et Grégoire achevèrent les autres.
" Roy ! Mon dieu tu es blessé !" s'exclama Riza en se penchant vers le brun.
Le brun avait reçu une balle dans le flanc.
" Il faut qu'on l'emmène se faire soigner. Je connais un dispensaire qui ne fera pas trop de manière." dit Grégoire.
Lui et Riza soulevèrent Roy. Black Star les suivit, et passa devant eux quand d'autre soldats se pointèrent. La jeune fille fit place nette, et prit le pistolet de Riza quand elle fut à court de lames. Roy fut installé dans à l'arrière du camion. Grégoire prit le volant, pendant que Riza et Black Star montaient à l'arrière.
La tueuse déchira un pan de sa cape pour faire un pansement de fortune.
Riza était bien trop préoccupée par l'état de Roy pour se soucier d'elle. Grégoire démarra sur les chapeaux de roues.
