Le lendemain de la bataille de Géonosis, le Haut Commandement Séparatiste se réunit à bord de la Main Invisible, vaisseau-amiral du Général Grievous; alors qu'elle entrait dans la salle, Sev'rance Tann s'efforça de garder un expression et un regard impassibles; mais en réalité, elle bouillait d'impatience. Le Comte Dooku lui avait promis une mission de première importance... Avec peut-être à la clé un rôle plus important dans la Confédération...
« Asseyez-vous, Général Tann. » lui ordonna le Général Grievous alors qu'elle refermait la porte derrière elle.
Sev'rance s'assit entre l'Amiral Ssran, un imposant pirate Quarren récemment engagé par le Comte Dooku, et l'Amiral Tonith, du Clan Bancaire Intergalactique; cette fois, c'est son mépris qu'elle dut dissimuler. Elle n'avait jamais compris comment un homme aussi honorable que le Comte Dooku pouvait s'allier avec des gens aussi ignobles: Grievous tenait à son avis bien plus du fou dangereux que de l'honorable défenseur de la Confédération, et ce prétendu chasseur de primes, Durge, ne valait pas mieux; Nute Gunray, San Hill et les autres hommes d'affaires qui avaient accepté de financer et d'armer la Confédération étaient des imbéciles lâches et complètement obsédés par l'argent; mais celle que Sev'rance haïssait le plus, c'était Assajj Ventress. Sev'rance avait déjà du mal à accepter que Dooku ait une autre Apprentie qu'elle, mais c'était encore plus dur quand l'autre Apprentie en question était une folle furieuse complètement dépourvue de bon sens; à cela s'ajoutait un sentiment de jalousie, car Sev'rance devait admettre que Ventress était plus puissante dans la Force qu'elle... Pourquoi fallait-il que de si grands pouvoirs aient été confiés à qui savait si peu s'en servir? Mais Sev'rance n'avait pas pour habitude de laisser ses sentiments lui dicter son comportement; elle était au service de la Confédération et du Comte Dooku, elle devait donc travailler avec ces gens. Du moins jusqu'à ce qu'elle ait assez d'importance au sein de la Confédération pour pouvoir les remplacer par des militaires compétents...
Tandis que Sev'rance s'assaillait, le Comte Dooku, qui n'était présent qu'holographiquement, achevait de donner ses ordres à l'Amiral Ssran.
«... Vous êtes donc libres de remplacer nos officiers par votre équipage; nous vous confions cette flotte. Si vous l'emportez, vous aurez toutes latitudes pour piller Palanhi et son secteur.
Le pirate sourit d'un air appréciateur. Dooku se tourna vers Sev'rance, qui sentit son rythme cardiaque s'accélérer; mais elle n'en laissa rien paraître, comme toujours.
« Quant à vous, Général Tann, malgré les doutes de certains (Sev'rance était sûre que le Comte visait Grievous et Ventress) à votre sujet, je vous ai réservé l'une des missions les plus importantes: vous partirez donc pour le système Siskeen, où vous trouverez la plate-forme orbitale Kaer, construite par nos alliés du Clan Bancaire Intergalactique; il y a là-bas des ressources en grandes quantités et de grandes usines de droïdes qui pourraient bien nous aider à remplacer les pertes subies sur Géonosis, et j'ai besoin de quelqu'un de compétent pour superviser la production de cette nouvelle armée...
-A vos ordres, Comte Dooku. »
Sev'rance aurait préféré une mission plus dangereuse, mais celle-ci était indéniablement vitale, car la Confédération avait besoin de nouveaux droïdes, et vite; c'était donc une preuve que le Comte avait confiance en elle. Il fallait qu'elle saisisse cette nouvelle occasion de faire ses preuves, car Sev'rance ne savait pas combien de temps elle allait supporter l'idée que c'était Grievous le bras droit de Dooku...
«La plate-forme orbitale Kaer, répondit Maître Plo Koon. Construite il y a quelques années par le Clan Bancaire Intergalactique dans le système Siskeen.
-Et qu'y-a-t-il de si intéressant, là-bas? demanda le Chevalier Jedi d'origine Twi'lekk Jor Drakkas.
-Le Clan Bancaire Intergalactique avait installé là de grandes usines destinées à fabriquer à la chaîne des droïdes lourdement armés, avant de se faire taper sur les doigts par la Cour Suprême pour violation des restrictions imposées aux armées protégeant les organisations commerciales; nous pensons que le Comte Dooku va essayer de les remettre en marche, et plusieurs témoignages récents confirment nos craintes. Vous devez vous préparer à une résistance soutenue, Général Drakkas; si les Séparatistes ont déjà commencé la production à votre arrivée... »
Général Drakkas... Jor n'aimait pas porter ce titre: il était un Chevalier Jedi, pas un tacticien; d'après lui, le Conseil et le Chancelier avaient eu une très mauvaise idée en transformant les Jedi en officiers de la Grande Armée de la République... Mais qu'importait, puisqu'il le fallait, il ferait de son mieux.
« Très bien, j'irais, Maître Koon; et si les Séparatistes ont vraiment remis les usines en marches, je les détruirais.
-Soyez tout de même prudent, Général Drakkas, conseilla Maître Windu. Le Comte Dooku a du confier la surveillance de ses usines à quelqu'un de dangereux, et nous ignorons combien de Jedi Noires ou de je ne sais autres horreurs il peut avoir à son service... Nous ignorons toujours qui a tué Maître Ur-Sema Du dans les catacombes de Géonosis; et il y a aussi cette Jedi Noire qui a tué quatre Chevaliers Jedi et le Padawan d'Echuu... Si les choses tournent vraiment mal, n'hésitez pas à vous retirer; trop de Jedi sont déjà morts...
-N'ayez crainte. A bientôt, j'espère. » dit Jor tout en prenant congé du Conseil des Jedi.
Cela devait arriver un jour ou l'autre... La Guerre des Clones, comme l'avait appelé Maître Yoda, avait commencé deux semaines auparavant; Jor aurait du s'attendre à recevoir une mission de ce genre, d'autant qu'il était considéré comme l'un des meilleurs sabreurs de sa génération, même s'il était loin d'avoir le niveau d'un Mace Windu, d'un Agen Kolar... Ou d'un Dooku. Savoir que ce grand Maître Jedi était à présent l'ennemi n'avait rien de rassurant; avant que Dooku ne trahisse l'Ordre Jedi, Jor, qui n'était alors qu'un jeune Chevalier Jedi de vingt-trois ans, avait eu l'occasion de voir le Comte s'entraîner au sabre-laser contre d'autres Maîtres Jedi, et il avait été stupéfait par la finesse et la rapidité de son style. Pour ne rien arranger, Dooku avait sûrement enseigné personnellement le combat au sabre-laser à cette Jedi Noire qui avait combattu sur Géonosis... Il fallait espérer que le commandant Séparatiste que Jor trouverait sur la plate-forme Kaer n'était qu'un humble officier Neïmodien ou Géonosien...
Jor se ressaisit. Peu importait ce qui l'attendait sur la plate-forme Kaer, il devrait de toutes façons y faire face, que ce soit un sous-fifre de la Fédération du Commerce ou une Jedi Noire. Le vrai courage ne consiste pas à ne jamais ressentir la peur; le vrai courage, c'est vaincre sa peur, se souvint-il.
«Vous partez, Jor? entendit le Chevalier Jedi Twi'lekk alors qu'il quittait le temple.
C'était Echuu Shen-Jon, un Maître Jedi Humain à la barbe noire avec lequel Jor avait autrefois mené quelques missions ; Jor sentit dans la Force un sentiment de profonde tristesse et de colère réprimée émaner de lui, et il se souvint que le Padawan d'Echuu était mort sur Géonosis.
-Oui. Le Conseil m'envoie dans le système Siskeen, où on soupçonne la Confédération d'avoir remis en service une ancienne plate-forme. Ils ne vous ont pas encore attribué de mission?
-Pas encore, non. (Echuu sembla hésiter un peu avant de continuer) Comme... Comme Stam est mort sur Géonosis, le Conseil a décidé de m'attribuer un nouveau Padawan; et justement, la sœur de Stam n'a plus de Maître, il a refusé de prendre part à cette guerre, estimant que c'était contraire aux principes des Jedi. Maître Windu s'y oppose, mais je crois que finalement, le Conseil va me donner la sœur de Stam, Naat Reath, à former.
-Toutes mes condoléances pour Stam, Maître Shen-Jon. Une idée de la mission que le Conseil vous confiera après cela?
-Rien de certain, mais d'après ce que m'a dit Shaak Ti, on devrait m'envoyer du côté d'Ando; apparemment, les Séparatistes comptent y installer une base pour prendre, par la force ou par la diplomatie, une planète neutre occupant une position stratégique dans le secteur...
-Quoi qu'il en soit, je vous souhaite bonne chance, Maître Shen-Jon. Que la Force soit avec vous.
-Vous en aurez plus besoin que moi pour le moment... Que la Force soit avec vous, Jor. »
Les deux Jedi se quittèrent. Echuu ne l'avait apparemment pas compris, mais par « bonne chance », Jor ne visait pas tant la future mission d'Echuu dans le Secteur d'Ando que la formation d'une nouvelle Padawan probablement au bord du Côté Obscur suite à la mort de son frère quand Echuu lui-même était encore sous le choc de la mort de Stam... Le choix de Naat Reath comme nouvelle Padawan d'Echuu n'était peut-être pas le plus judicieux qu'il fut, il risquait d'entraîner le Maître comme la Padawan vers le Côté Obscur; mais peut-être les sauverait-il tous les deux, après tout. Peut-être qu'ensemble, Echuu et Naat s'empêcheraient mutuellement de basculer du Côté Obscur...
Jor se demandait combien d'autres Jedi étaient ainsi endeuillés par la mort d'un Padawan, d'un Maître, d'un ami ou d'un frère sur Géonosis; et plus grave encore, combien seraient-ils à mesure que la guerre avancerait? Si cette maudite Guerre des Clones ne tuait pas les Jedi jusqu'au dernier, combien en entraînerait-elle du Côté Obscur? A combattre le Comte Dooku, ne risquait-on pas de créer plus de Jedi Noirs et d'assassins en général qu'on en supprimerait? C'était probablement là la raison pour laquelle l'ancien maître de Naat refusait de prendre part à la guerre, et celle pour laquelle, quatre mille ans plus tôt, le Conseil des Jedi de l'époque avait refusé d'aider la République dans les Guerres Mandaloriennes... Et le destin de Dark Revan leur avait largement donné raison: il suffisait qu'un seul Jedi bascule du Côté Obscur pour que l'ensemble de l'Ordre soit mis en danger; et si l'histoire venait à se répéter avec la Guerre des Clones...?
Le Padawan de Jor, Merasz Atren, également Twi'lekk, parut exagérément enthousiaste à l'idée de cette mission, d'après Jor; mais il était jeune, après tout. Il ne se rendait pas compte que cette mission n'aurait que bien peu à voir avec les négociations et les captures de criminels qu'on leur avait confié jusque là; c'était la guerre. Sachant qu'essayer de le convaincre que cette mission serait extrêmement dangereuse ne ferait que renforcer l'enthousiasme du jeune Twi'lekk, Jor passa leur voyage en hyperespace à s'entraîner avec lui au duel au sabre-laser; ils voyageaient dans un robuste Croiseur Acclamator avec les soldats clones placés sous leurs ordres, aussi eurent-ils de la place pour cela.
« N'oublies pas une chose lorsque tu te bats contre un autre sabreur, dit Jor à Merasz alors qu'ils s'entraînaient pour la dernière fois avant leur arrivée dans le système de Siskeen; tu dois bouger le moins possible pour parer les coups de ton adversaire. Si tu t'amuses à donner des coups grands et larges comme les Jedi que l'on voit dans les holofilms, tu seras épuisé en moins de cinq minutes, et tu perdras énormément de temps. Un simple petit geste du poignet pour réorienter ta lame vaut bien mieux que de décrire un large arc de cercle avec ton bras entier lorsqu'il s'agit de parer; c'est moins spectaculaire, mais bien plus rapide et moins fatiguant.
Merasz sourit.
-Je sais bien, Maître, vous me répétez cela depuis six ans...
-Certes, mais tes mouvements sont toujours inutilement larges... Les mouvements larges et circulaires sont l'apanage du Soresu, et ils sont très efficaces pour te protéger d'une tempête de tirs de blasters; n'hésites pas à les employer face à des droïdes. Mais contre un autre sabreur, tu dois songer à la rapidité de tes mouvements avant de songer à la puissance avec laquelle tu pares le coup ennemi; dans les combats au sabre-laser, ce sont les mouvements secs et précis du Makatchi et du Djem So qui prédominent... Et évidement, il y a le Vaapad de Maître Windu, mais il s'agit plus d'un état d'esprit que d'un style à proprement parler; et je le déconseille fortement à quiconque n'est pas un Maître Jedi expérimenté, car il amène son utilisateur au bord du Côté Obscur.
Merasz approuva d'un hochement de tête; Jor lui en avait suffisamment dit sur les dangers du Côté Obscur pour qu'il l'écoute au moins sur ce point.
-Bien sûr, reprit Jor, ce type de parades n'est permis que par la légèreté des sabres-lasers; un utilisateur de vibro-lames est forcé de mettre bien plus de force dans ses coups. N'hésites pas à en profiter, si un jour tu en affrontes un.
-Je tâcherais de m'en souvenir.
-Bien. En garde! »
Pour être sûr que cette fois, son Padawan avait bien compris, Jor frappa violemment sur le côté; comme il le craignait, Merasz fut un peu trop lent à réagir à cause d'un mouvement trop circulaire, mais c'était déjà mieux que ce qu'il avait fait précédemment et bien mieux que ce dont la plupart des Padawans de son âge étaient capables. Jor avait toujours mis un point d'honneur à ce que son Padawan sache bien se servir d'un sabre-laser. Merasz contre-attaqua aussitôt d'un puissant coup de Djem So, et Jor dut déployer de grands efforts pour le contrer; si Merasz avait des mouvements peu économiques en défense, il était en revanche excellent en attaque. Jor avait à peine paré l'assaut que Merasz frappait à nouveau du côté gauche; Jor bloqua à nouveau le coup, et avant que son Padawan n'ait eu le temps de comprendre ce qui se passait, glissa sa lame sous celle de Merasz tel un serpent. Le coup aurait éventré le jeune Twi'lekk si Jor ne l'avait pas arrêté à quelques centimètres de son Padawan.
«Pas mal, mais encore une fois, tu dois toujours partir du principe que ton adversaire sera assez rapide pour contre-attaquer dès qu'il a bloqué ton coup; aussi tiens-toi toujours prêt à ramener ta lame vers toi pour te défendre. En pratique, peu de sabreurs sont aussi rapides que moi, mais tu ne peux jamais savoir à qui tu as affaire; c'est pourquoi tu dois toujours être prêt à interrompre ton attaque. Si tu manques une occasion de vaincre ton adversaire, tu as toutes les chances de la retrouver à un moment ou à un autre; en revanche, on ne revient jamais d'une attaque trop risquée...
-C'est vrai; j'essayerais de faire plus attention la prochaine fois.
Jor faillit lui ressortir le vieil adage de Maître Yoda « Essayer ne veut rien dire », mais il estima finalement que Merasz l'avait probablement suffisamment entendu durant ses premières années au Temple Jedi.
-La prochaine fois risque de ne pas être un entraînement, Merasz; nous n'allons pas tarder à arriver dans le système Siskeen. »
Le Padawan sourit de plus belle; n'y-avait-il donc rien à faire pour le convaincre que cette mission pourrait bien être la dernière?
Une demi-heure avant la sortie de l'hyperespace, Jor réunit les officiers et sous-officiers clones en plus de son Padawan; tentant de se composer un visage de Général d'après ce qu'il avait vu dans les holofilms, il fit apparaître une holocarte représentant la plate-forme Kaer.
« Voici notre cible, la plate-forme Kaer, équipée de boucliers pour maintenir une atmosphère respirable; il y a quelques années, le Clan Bancaire Intergalactique l'a construite dans l'optique d'y créer des droïdes lourdement armés et blindés pour son armée privée, avant d'être contraint de l'abandonner. Le CBI y a cependant laissé ses énormes usines de droïdes ultra-modernes, capables de produire en un temps record, et des ressources destinées à la production de droïdes en grandes quantités; deux choses qui seraient très utiles à nos ennemis, s'ils parvenaient à mettre la main dessus... Plusieurs témoignages font état de forces Séparatistes dans les environs, et leur présence sur la plate-forme est donc presque certaine; dans l'hypothèse extrêmement improbable où les Séparatistes n'auraient pas encore pris possession de la plate-forme, notre mission consistera simplement à détruire les usines et à récupérer les ressources. Dans le cas contraire, un bombardement est hors de question, car la plate-forme est équipée de puissantes défenses anti-aériennes, et notamment de boucliers, près des usines; nous nous poserons ici, car cet endroit est éloigné des usines et avec un peu de chances, les Séparatistes n'auront pas eu le temps ou les moyens d'y remettre en marche les défenses aériennes. La suite dépendra de l'avancement de la production de l'armée ennemie à notre arrivée: si elle n'est pas encore assez achevée pour nous vaincre, nous devrons immédiatement détruire les usines; sinon, nous devrons ériger des défenses à partir du matériel que nous avons emporté et des ressources laissées par le CBI, et nous préparer à un rude combat... Des questions?
Un sergent clone leva la main.
-Avons-nous au moins une estimation de l'étendue des forces Séparatistes? En dehors des droïdes qu'ils sont venus produire, je veux dire.
-D'après les forces que les Séparatistes ont engagé sur le front, celles dont nous sommes à peu près sûrs qu'elles restent défendre des sites vitaux et les estimations du nombre de droïdes dont dispose l'ennemi, le Conseil a estimé que nos chances de l'emporter étaient raisonnables; le Comte Dooku n'a probablement pu consacrer que peu de droïdes à la surveillance des usines.
-Certes, mais dans ce cas, il a dû leur laisser un commandant compétent...
-C'est probable, oui; à ce propos, je dois vous prévenir que le Comte Dooku a certainement un ou plusieurs Jedi Noirs à sa disposition. Nous en trouverons peut-être un sur la plate-forme, auquel cas la bataille risque d'être encore plus acharnée que prévu... »
Cela ne sembla pas intimider les clones, qui en savaient bien peu sur les Jedi Noirs; quant à Merasz, il semblait encore plus excité à l'idée d'affronter l'un de ces légendaires adversaires des Jedi. Mais Jor, qui n'avait plus dix-neuf ans et qui savait par l'enseignement des Jedi de quoi étaient capables les serviteurs du Côté Obscur, sentait l'inquiétude le gagner; mais encore une fois, quoi qu'il trouve sur la plate-forme Kaer, il l'affronterait, il l'affronterait, parce que c'était son devoir de Jedi et de serviteur de la République.
« Les Jedi ont découvert votre présence, Général Tann, dit l'hologramme du Comte Dooku; un Croiseur Acclamator a été repéré dans le secteur, et selon toutes probabilités, il se dirige vers la plate-forme Kaer. Préparez-vous à une attaque imminente des loyalistes.
-N'ayez crainte, Comte Dooku, répliqua Sev'rance. Si des Jedi viennent ici, ils trouverons à qui parler... »
La communication prit fin. Sev'rance sortit du bâtiment construit à la hâte par les Séparatistes et contempla la base qu'elle et les ouvriers Géonosiens que lui avait donné le Comte Dooku avaient installé sur la plate-forme; suivants ses plans, ils avaient travaillé vite et intelligemment, et Sev'rance estimait qu'ils étaient parfaitement prêts à faire face à un assaut loyaliste, d'autant plus que la Force avait permis à Sev'rance de localiser les ressources du CBI en un temps record pour remettre en marche les usines, qui fonctionnaient maintenant à plein régime; chaque jour, droïdes-araignées nains, CAB et droïdes-araignées sortaient de leurs chaînes d'assemblage. Elle commandait pour le moment bien plus de forces qu'elle n'en avait sur Géonosis, et elle avait hâte de voir ce qu'elle pourrait en faire avant de les rendre au Comte Dooku.
En fait, une offensive loyaliste serait même souhaitable; ce serait probablement l'occasion pour Sev'rance de prendre un peu de galon...
Sev'rance consulta une holocarte de la plate-forme. Si elle avait été un commandant loyaliste conscient qu'il rencontrerait probablement une forte résistance, elle aurait choisi pour atterrir un site éloigné des usines, pour surprendre ses ennemis et se donner ainsi plus de temps pour installer une base; mais il fallait aussi que l'endroit soit proche d'une réserve de ressources installée par le CBI. Deux endroits sur la plate-forme correspondaient à cette définition tout en ayant assez de place pour permettre l'atterrissage d'un Croiseur Acclamator, l'un à l'extrémité est de la plate-forme, l'autre à l'extrémité nord; grâce à la Force, Sev'rance pressentait que ses ennemis choisiraient l'est.
Elle appela un officier droïde.
« Commandant, d'après le Comte Dooku, nous ne devrions pas tarder à recevoir la visite de forces loyalistes; qu'un groupe de soixante-dix Super Droïdes, quatre droïdes-araignées nains, deux droïdes-araignées et vingt ouvriers Géonosiens se rendent dans ce passage, au nord-est. Mais que seuls deux droïdes-araignées nains et vingt Super Droïdes se rendent aillent jusqu'au bout, à l'extrémité est; s'ils y rencontrent une résistance trop forte pour l'ensemble du groupe, que les ouvriers Géonosiens érigent des barricades et des tours avec le matériel disponible.
-A vos ordres, Général, répondit le droïde, qui n'était pas programmé pour discuter les ordres de ses supérieurs.
En revanche, le chef des Géonosiens prit la parole.
-Mais comment savez-vous que les loyalistes choisiront ce site pour atterrir, Général Tann? Il y en a au moins sept autres qui pourraient accueillir un Croiseur Acclamator, dont trois situés nettement plus près de nous...
-Je sais ce que je fais; je vous dis que les Séparatistes atterriront à cet endroit, et ils y atterriront. Alors arrêtez de discuter, et donnez-moi vingt ouvriers.
-Comme vous voudrez, Général » répondit le Géonosien d'un ton peu convaincu.
Sev'rance se demanda s'il aurait eu la même attitude avec le Général Grievous ou l'Amiral Ssran, ou si c'était parce que Sev'rance était une femme qu'il doutait tant d'elle... Quoi qu'il en fut, il découvrirait bientôt à quel point il avait tort.
« Alors? demanda Merasz d'un ton inquiet qui ne lui ressemblait pas. Les Séparatistes sont-ils bien là?
-Nos détecteurs sont formels, répondit le pilote clone de l'Acclamator. Il y a une forme de vie sur la plate-forme, et bon nombre de choses mécaniques mais en mouvement; sûrement des droïdes. Et il semble que les usines aient bel et bien été remises en marche...
-Ce n'est pas vraiment une surprise, commenta Jor. Allez-y, posez le vaisseau à l'emplacement prévu et débarquons; et vite, car les Séparatistes ont peut-être été avertis de notre arrivée. Apparemment, ils se sont déjà bien installés...
-Ils n'auraient pas dû, nous allons vite les chasser d'ici... » dit Merasz avec un sourire.
Il semblait avoir retrouvé son assurance, mais Jor ne s'y trompait plus; ce n'était qu'une façade. Le jeune Twi'lekk ne voulait pas l'avouer, mais il était encore plus inquiet que son Maître.
Le pilote clone posa le vaisseau sans ménagement, car ils n'avaient pas de temps à perdre; la surprise serait leur meilleure alliée. Jor, Merasz et les soldats clones descendirent de l'appareil; mais le dernier soldat clone était à peine sorti que des rayons rouges jaillirent et frappèrent les premiers soldats, qui s'effondrèrent.
« Des Super Droïdes! cria Merasz en désignant une vingtaine de silhouettes argentées qui s'avançaient en direction du Croiseur Acclamator.
Et pire encore, derrière les Super Droïdes venaient deux droïdes-araignées nains; les soldats clones ripostèrent aussitôt par un feu nourri. Les deux Jedi allumèrent leurs sabres et commencèrent à trancher en deux tous les Super Droïdes qui passaient à leur portée, tout en détournant les rayons mortels qui fusaient vers eux. Tous les Super Droïdes furent très vite transformés en pièces détachés, et les soldats clones achevèrent les deux droïdes-araignées nains au détonateur thermique; cependant, sept soldats clones avaient trouvé la mort durant la courte bataille.
« Une embuscade! Mais comment le commandant Séparatiste savait-il que nous atterririons ici? s'interrogea Jor. Il y avait plusieurs sites qui auraient bien mieux convenu...
-A moins qu'il ne se soit douté que nous ne choisirions pas la solution la plus évidente, suggéra Merasz, qui semblait avoir du mal à détacher les yeux des clones morts. Ou qu'il ait senti que nous atterririons ici grâce à la Force... Mais je me demande pourquoi les droïdes étaient aussi peu nombreux... Nous avons cent clones et cinq quadripodes; le commandant Séparatiste, quel qu'il soit, devait se douter qu'une force aussi réduite n'aurait pas raison de nous....
-Des éclaireurs... Il veut savoir combien nous sommes, si nous sommes bien armés, si certains d'entre nous sont des Jedi... Probablement pour savoir s'il doit adopter une stratégie défensive, en attendant que ses usines aient produit assez de droïdes pour être sûr de nous éliminer, ou nous attaquer tout de suite; manifestement, il connait son métier.
-Quels sont vos ordres, Général? demanda un commandant clone. Devons-nous immédiatement commencer à sécuriser la zone, puisque les Séparatistes savent déjà où nous trouver?
Jor réfléchit; ce serait la solution la plus logique dans une telle situation, car ils pouvaient être attaqués à tout moment... Mais d'un autre côté, s'ils commençaient déjà à s'ancrer dans la défensive alors que les Séparatistes étaient toujours maîtres des usines, ils seraient débordés tôt ou tard; pour une fois, la défense passerait en second.
-Non... Non, la priorité est d'empêcher le commandant Séparatiste de poursuivre la production de droïdes, sinon nous ne tiendrons pas longtemps; la principale réserve de duracier ne se trouve pas très loin d'ici, au nord-ouest; si nous nous en emparons et que nous la défendons, les Séparatistes devront rapidement stopper la production, ce qui leur laissera l'offensive immédiate ou la retraite pour seules options. Mais une fois que nous y serons, prenez garde, car les Séparatistes ne reculerons devant rien pour récupérer la réserve.
-A vos ordres, Général Drakkas. »
Les loyalistes se mirent en route, les quatre quadripodes prenant la tête de l'expédition; Jor songea que son Padawan et lui avaient l'air bien étranges au milieu du paysage métallique de la plate-forme, des véhicules d'assaut et des soldats en armure... Ils semblaient être les seuls êtres vivants dans ce milieu artificiel et désolé...
Averti par la Force, Jor interrompit brusquement sa rêverie: au beau milieu du corridor s'élevait une barricade apparemment construite avec tout ce que les Séparatistes avaient de métallique sous la main, hérissée de mitrailleuses laser, de canons soniques Géonosiens... Derrière, les loyalistes pouvaient apercevoir des Super Droïdes en grand nombre, des Géonosiens et même des droïdes-araignées; et tout ce monde-là leur tiraient dessus...
« Repliez-vous! » ordonna Jor, conscient que ses troupes ne pourraient franchir cette barricade sans subir de très lourdes pertes.
Fort heureusement, le puissant blindage des quadripodes résistait plutôt bien aux tirs ennemis, mais une bonne dizaine de soldats clones tombèrent avant que les loyalistes ne soient parvenus hors de portée des tirs ennemis.
« Qu'allons-nous faire, Maître? demanda Merasz lorsqu'ils furent de retour près de l'Acclamator.
-La seule chose qu'il nous reste à faire... Nous allons ordonner aux droïdes ouvriers de bâtir des fortifications ici, et y installer notre base... Ce qui m'inquiètes, c'est que nous avons apparemment affaire à un bon tacticien: le détachement qui nous a tendu une embuscade ne servait pas seulement d'éclaireur, il devait aussi nous ralentir pendant que le reste du groupe barricadait l'accès aux réserves de duracier; et j'imagine que si nous avions été suffisamment peu nombreux pour cela, il nous aurait immédiatement attaqué....
-Oui... Vous aviez raison, Maître: cette mission est bien plus dangereuse que je ne l'imaginais... Nous venons d'arriver, et nous avons déjà perdu près d'un cinquième de nos soldats clones... En fait, si le commandant ennemi est un Jedi Noir, même nous ne sommes pas à l'abri!
-En effet; mais c'est notre mission, celle que la République nous a confiée, alors nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour l'accomplir. »
« Nous avons fini d'installer les tours de guet, expliqua l'ouvrier Géonosien. Les loyalistes n'ont plus aucune chance d'accéder aux réserves de duracier sans perdre énormément de soldats.
-Très bien, félicitez vos hommes, ils ont travaillé vite et efficacement. »
Sev'rance Tann reporta son attention sur une holocarte représentant la plate-forme. Trois larges corridors permettaient d'accéder à l'endroit où les loyalistes avaient posé leur vaisseau; le premier, qui permettait également d'accéder aux réserves de duracier, était à présent barricadé. Restaient les deux autres... La tactique que Sev'rance aurait normalement adopté dans cette situation était tout simplement de les défendre également; ainsi, le commandant ennemi se sentirait pris au piège, paniquerait et ferait une bêtise; une simple embuscade en aurait alors eu raison. Un bon commandant ne devait pas prendre en compte uniquement l'aspect purement stratégique de ses tactiques, mais aussi leur impact psychologique sur l'adversaire; et Sev'rance Tann était une excellente commandante. Mais dans ce cas précis, Sev'rance sentait bien que son adversaire, un Jedi Twi'lekk d'après les Géonosiens qui gardaient la barricade, était d'une autre trempe; il ne perdait pas facilement son sang-froid, à l'instar de Sev'rance elle-même. Sev'rance l'avait vu lorsqu'il avait décidé de marcher droit sur les réserves de duracier, quand bien d'autres commandants auraient simplement installé des défenses pour se protéger contre une éventuelle attaque suivante. Assiéger la base loyaliste ne servirait donc qu'à retarder la production de droïdes, ce qui était tout sauf l'objectif... Cependant, c'était de toute évidence ce que le commandant ennemi attendait d'elle...
Sev'rance appela le chef des Géonosiens, celui-là même qui avait douté d'elle et lui témoignait maintenant bien plus de respect.
« Dites aux ouvriers qui ont bloqué le passage au nord de la base loyaliste d'aller en faire autant sur le passage ouest; qu'ils prennent pour escorte la moitié des droïdes de la première muraille (à présent que les Géonosiens avaient achevé leur travail, ce qu'ils avaient bâti était bien plus qu'une simple barricade).
Le Géonosien ne sembla pas comprendre davantage que la fois précédente; sans doute se demandait-il pourquoi Sev'rance faisait dégarnir la première muraille alors qu'ils avaient tant d'autres droïdes à disposition pour escorter les ouvriers. Mais cette fois, il ne protesta pas; il connaissait maintenant trop bien Sev'rance pour ignorer qu'elle savait ce qu'elle faisait.
« Comme vous le voyez, les enregistrements des éclaireurs sont clairs, affirma le commandant clone. Ces Géonosiens sont en train de barricader le passage ouest; et comme vous le voyez ici (il montra un autre enregistrement), il y a avant cela eu des mouvements de troupes sur la première barricade. Le commandant Séparatiste ne dispose donc probablement pas d'autant de droïdes qu'on aurait pu le craindre; et il est en train de nous enfermer dans notre propre base...
-Peut-être fait-il cela dans l'espoir que nous nous tiendrons tranquilles en attendant qu'il ait fini de produire ses droïdes? suggéra Merasz. Quoi qu'il en soit, si nous voulons réussir, c'est le meilleur moment pour lui voler dans les plumes; au lieu d'une muraille bien défendue, il en a maintenant deux faiblement défendues, dont l'une n'est même pas encore achevée...
-Mauvaise idée, répondit Jor. Notre adversaire est rusé; à mon avis, il tente de nous assiéger non pas pour nous forcer à le laisser achever la production ou à battre en retraite, mais pour que nous agissions exactement comme vous le suggérez. Je suis sûr que derrière ces quelques droïdes empruntés à la première muraille se cache une bonne centaine d'autres lourdement armés, et pourquoi pas notre mystérieux commandant ennemi en personne... Il veut que nous paniquions à l'idée de nous retrouver prisonniers de notre propre base ou que nous le sous-estimions pour que nous nous jetions dans une embuscade, j'en suis sûr.
Merasz sembla un peu refroidi à l'idée de se jeter tête baissée dans une embuscade Séparatiste, mais il ajouta tout de même:
-Et s'il s'agissait d'un coup de bluff? Peut-être que le commandant ennemi expose ainsi ses troupes justement dans l'espoir que nous croyions à un piège; mais en fait, il n'a rien de plus.
-Peut-être, oui. Mais es-tu prêt à parier ta vie, là-dessus, Merasz? Es-tu prêt à parier celle de nos clones là-dessus? Souviens-toi: Si tu manques une occasion de vaincre ton adversaire, tu as toutes les chances de la retrouver à un moment ou à un autre; en revanche, on ne revient jamais d'une attaque trop risquée...
-Certes... Cependant, vous m'avez aussi dit que plus nous attendions, plus l'ennemi construisait de droïdes; si nous n'agissons pas très vite, nous serons submergés, en plus d'être entourés de défenses Séparatistes...
-En effet, et ne t'inquiètes pas nous allons effectivement agir bientôt. Réfléchissons: si hier, les Séparatistes ont bloqué le passage nord et si aujourd'hui ils bloquent le passage ouest, il y a de fortes chances pour que demain, ils s'occupent du passage sud; c'est à ce moment-là, et pas avant, que nous passerons à l'action.
Le commandant clone intervint:
-Mais ne redoutez-vous pas une embuscade à ce moment-là aussi, Général?
-Si. En fait, je suis sûr que les Géonosiens seront accompagnés de loin par autant de droïdes que le commandant ennemi l'estimera nécessaire pour nous vaincre... Sauf que ce n'est pas dans le couloir sud que nous attaquerons, mais bien dans le couloir nord, qui sera logiquement encore plus dégarni qu'aujourd'hui!
-Je vois... approuva Merasz. Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué...
-C'est à peu près le principe, oui; le commandant Séparatiste n'a aucune raison de nous attendre au nord, car il nous sera bien plus facile d'attaquer des ouvriers Géonosiens et quelques droïdes qu'un rempart, même faiblement défendu... Et s'il s'agit finalement d'une embuscade... Eh bien, tout ce qu'il nous restera à faire, c'est nous retrancher derrière nos propres défenses -nos droïdes ouvriers n'ont pas chômé, même s'ils ne valent pas les Géonosiens- en espérant que cela sauve la plupart de nos soldats...
-Ça me va, comme plan, approuva le commandant clone.
-Je suis d'accord, dit à son tour Merasz. Il devrait nous permettre d'attaquer sans risquer de tomber dans une embuscade ennemie. »
Sev'rance Tann n'était habituellement pas du genre à afficher ses émotions, mais elle ne put s'empêcher de sourire en écoutant le sous-officier droïde qui dirigeait les forces de la muraille nord faire son rapport. Lorsque ce fut fini, le chef des ouvriers Géonosiens prit la parole:
« C'est à croire que vous avez toujours raison, Général; c'est la deuxième fois que vos ordres les plus tordus s'avèrent justifiés...
Sev'rance sourit encore plus largement; au temps où elle servait l'Ascendance Chiss, on avait trop souvent douté d'elle à cause de la famille où elle était née pour qu'elle n'apprécie pas le compliment.
-Même si le Jedi avait décidé de ne rien faire, mes ordres auraient été justifiés, car nous aurions alors pu cerner de défenses la base loyaliste... Mais puisqu'il a choisi d'attaquer la muraille nord, comme je l'avais prévu d'après ce que j'ai deviné de sa personnalité, nous pouvons passer à la suite du plan; et les loyalistes ne vont pas l'apprécier... »
Avec l'appui de la Force, Jor se hissa en haut du rempart à la suite de son Padawan et trancha en deux un sous-officier droïde qui finissait son rapport à son supérieur.
« Je répète: nous sommes attaqués, Général Tann! Il nous faut des renforts immédiats, les Jedi et les clones nous... »
Ce fut tout ce que Jor comprit avant que le Super Droïde ne fut mis hors-service par sa lame. Jor s'apprêtait à descendre s'occuper des artilleurs lorsqu'il entendit la voix de Merasz:
« Ne vous dérangez pas, Maître; j'ai déjà détruit tous les droïdes sans vous...
-Égoïste, va...
Jor sauta à terre et s'éloigna de la muraille; son Padawan était bien là, seul au milieu des carcasses de Super Droïdes.
-C'est bon, les quadripodes, vous pouvez y aller...
Les quatre véhicules d'assaut quadripodes ouvrirent le feu sur la muraille bâtie par les Séparatistes; ils ouvrirent une brèche en quelques minutes.
-Parfait. A présent que la voie est libre, allons nous emparer des réserves de duracier... »
Jor avait ordonné que les blindés passent les premiers, car les canons soniques installés par les Géonosiens n'avaient quasiment aucun effet sur eux; ainsi, seuls deux soldats clones avaient trouvé la mort lors de l'assaut contre la muraille. Deux de trop, bien sûr, mais cela aurait pu être bien pire... Jor songea qu'il ne faisait finalement pas un si mauvais Général... Jusqu'à ce que, après seulement dix minutes de marche vers leur cible, les loyalistes se retrouvent face à une véritable tempête de tirs envoyée par une véritable armée de droïdes-araignées, de Super Droïdes, de Droïdes de Combat... Avant que Jor n'ait pu faire quoi que ce soit, douze clones tombèrent et un quadripode s'effondra; les deux Jedi eux-mêmes ne durent leur survie qu'aux murs qu'ils créèrent autour d'eux grâce à leurs sabres. Mais il leur fallait renvoyer les rayons extrêmement vite, les droïdes étaient bien trop nombreux, et il était évident qu'ils ne tiendraient pas longtemps à ce rythme.
« Retraite! ordonna Jor. Les quadripodes, couvrez-nous; les clones, repliez-vous immédiatement! »
C'était donc bien une embuscade, ce mystérieux Général Tann avait compris que Jor n'attaquerait pas le passage sud... Les trois quadripodes restants ne parvinrent à détruire que deux droïdes-araignées avant d'être à leur tour détruits; fort heureusement, les droïdes n'étaient pas l'armée la plus rapide qu'il soit, et les loyalistes survivants parvinrent à se maintenir hors de leur portée pour le reste du trajet jusqu'à la base. Là, pensa Jor, ils seraient à l'abri, protégés par les défenses installées par les droïdes ouvriers...
Grave erreur, Jor s'en aperçut dès qu'ils parvinrent en vue de leur base; il n'y avait plus de défenses. A leur place se tenait une autre armée de droïdes, et leur commandante, une humanoïde à la peau bleue et aux yeux rouges... Soudain, une lame dorée, comme celle de Jor, jaillit d'un sabre-laser qu'elle tenait dans la main droite; une Jedi Noire, pour couronner le tout! Et pas n'importe laquelle... D'après les descriptions que lui en avaient faites le Conseil des Jedi, Jor comprit qu'il avait affaire à cette même Jedi Noire qui avait tué quatre Jedi sur Géonosis, dont Stam Reath...
Merasz s'arrêta brusquement, saisi par l'effroi en voyant ses pires craintes se matérialiser sous ses yeux.
« Ne tirez pas, ordonna la Jedi Noire qui de toute évidence ne pouvait être que le Général Tann.
-Très bien, ne tirez pas, confirma Jor aux soldats clones.
A sa grande surprise, les droïdes en firent autant; Tann avait apparemment un sens de l'honneur étonnement grand, pour une Jedi Noire.
-Quel est votre nom, Jedi?
-Je suis le Général Jor Drakkas; et vous?
-Général Sev'rance Tann, mais cela ne vous avancera pas à grand chose. Général Drakkas, vous avez bien combattu: bon nombre de commandants auraient attaqué dès que mes ouvriers ont commencé à cerner votre base de remparts; mais vous avez préféré essayer de me surprendre en attaquant le rempart nord...
-Oui... Mais à ce que je vois, vous aviez prévu cela...
-En effet. En réalité, la construction de la muraille ouest visait seulement à vous convaincre que j'essayerais également d'en installer une autre dans le passage sud; ainsi, lorsque vous avez su que des Séparatistes approchaient par ce passage, vous avez cru qu'il s'agissait de nouveaux bâtisseurs et vous avez attaqué le passage nord... Il ne vous ai pas venu à l'idée qu'il pouvait s'agir de l'avant-garde de mon armée, venu pour détruire votre base pendant que vous ne vous y trouviez pas!
-Malin. Je me demande quand même ce que vous auriez fait si je m'étais jeté dans ce que je croyais être une embuscade et que j'avais attaqué votre armée...
-J'aurais battu en retraite, et je serais revenu avec une armée plus grande; seulement, j'y aurais laissé plus de droïdes...
-Je vois... Et puis-je vous demander pourquoi vous restez là à bavarder au lieu de donner l'ordre de nous tuer jusqu'au dernier?
-Parce que je respecte votre courage et votre sang-froid, et que j'ai une offre à vous faire: retournez dans votre vaisseau, rentrez sur Coruscant et expliquez au Conseil des Jedi que la situation sur la plate-forme Kaer était intenable et que vous avez dû vous replier; mais laissez-moi finir la production. Je vous offre la vie sauve, pour vous, votre Padawan et vos hommes; en échange, vous repartez et vous me laissez finir ma mission.
C'était tentant, Jor devait l'avouer. Depuis son arrivée ici, il voyait ses soldats massacrés, il avait peur pour son Padawan; et bien sûr, il avait aussi peur pour lui-même. Une offre tentante, mais que Jor ne pouvait accepter; il avait juré de défendre la République et ses citoyens, le Conseil des Jedi lui faisait confiance pour faire tout son possible pour mener à bien cette mission. Et il n'abandonnait jamais, ne serait-ce que par principe. C'était comme cela qu'il était devenu l'un des meilleurs Chevaliers Jedi de sa génération, c'était comme cela qu'il avait réussi tout ce qu'il avait réussi; si cela devait aussi lui coûter la vie, ainsi soit-il. Mais il serait loyal à la République jusqu'au bout.
« Qu'est-ce que la Confédération a à y gagner, exactement? demanda Jor pour gagner du temps.
-J'imagine que la réponse est non, puisque vous essayez de gagner du temps (Jor grimaça; Tann lisait vraiment en lui comme en une datacarte en mode lecture...)... Mais pour répondre à votre question, vous et vos hommes pourriez éliminer beaucoup de droïdes avant de mourir; et j'estime qu'il serait plus bénéfique à la Confédération d'avoir plus de soldats que moins d'ennemis...
-Au final, c'est donc la Confédération qui y gagnerait?
-Au niveau des factions, oui. Mais vous pouvez aussi penser à la vie de vos hommes... Et à la votre, bien sûr.
-Je peux aussi penser à la vie de tous ceux qui mourront si la Confédération gagne; me prenez-vous pour un lâche, un égoïste? Vous avez raison, je refuse votre offre, je refuse parce que je ne trahirais jamais la République.
-Loyal à la République jusqu'au bout, donc? Vous prenez-vous pour un héros d'holofilms?
-Je suis loyal à la République comme vous semblez l'être à la Confédération; alors n'essayez pas de me faire croire que vous trouvez mon attitude ridicule pour me pousser à accepter votre marché, car je suis sûr que si nos rôles étaient inversés, vous auriez exactement la même.
Sev'rance Tann sourit.
-En effet. Mais êtes-vous sûrs d'avoir bien compris la situation, ou espérez-vous encore réussir votre mission? Car j'ai ici largement assez de droïdes pour vous vaincre, vous n'avez aucune chance; et si vous refusez, sachez que je ferais tout ce que je peux pour vous tuer, vous et vos hommes.
-Alors c'est ce que vous allez devoir faire, car je refuse.
-J'aurais essayé. Feu à volonté! »
La bataille fut tout simplement un massacre; les soldats clones étaient coincés entre le marteau constitué par l'armée droïde qui les avait chassés du passage nord et l'enclume constitué par l'armée de Sev'rance Tann... Beaucoup d'entre eux, Jor n'aurait su dire combien exactement étant trop concentré sur sa propre survie, tombèrent dès le début de l'engagement. Mais c'était les soldats clones; les survivants eurent tôt fait de se disperser pour augmenter leurs chances de survie face à l'artillerie lourde ennemie, et, comprenant que l'heure n'était plus à l'utilisation d'armes légères, lancèrent leurs détonateurs thermiques. Les droïdes étaient en formation très serrée; une bonne centaine d'entre eux, dont quelques droïdes-araignées nains, furent anéantis par les puissantes explosions.
Jor dut se jeter sur le côté pour échapper de justesse à l'onde de choc d'un détonateur, puis il renvoya le tir d'un Super Droïde à son expéditeur. Il savait que son dernier espoir, pour lui comme pour Merasz et les clones, résidait dans la fuite; aussi se servit-il de la Force pour renverser une douzaine de Super Droïdes qui se trouvaient entre lui et l'Acclamator. Il allait s'attaquer à un droïde-araignée pour poursuivre sa progression lorsqu'il vit que Sev'rance Tann se dirigeait droit vers Merasz... Ce fut plus fort que lui; il savait que ce n'était pas raisonnable, mais à la pensée que son Padawan était en danger, il était incapable de continuer à se tailler un chemin vers l'Acclamator. Le cœur de la bataille était envahi par les tirs des soldats clones et des droïdes, il semblait n'y avoir pas un centimètre carré d'espace libre, replonger là-dedans tenait du suicide; et pourtant, c'est ce que fit Jor Drakkas. Il ne lui était jamais sérieusement venu à l'esprit qu'il puisse perdre son Padawan, même lorsqu'il avait rencontré Echuu Shen-Jon; mais à présent que lui venait la pensée que cela pouvait lui arriver à lui aussi, il mesurait combien elle était insupportable. Il fallut à Jor toute son habileté au sabre pour parvenir vivant jusqu'à son Padawan, mais il y parvint.
Lorsqu'il arriva, le combat avait déjà commencé. Jor eut l'impression qu'un sarlacc tentait d'attraper son cœur lorsqu'il vit la lame d'or de Tann frapper d'un coup rapide et serpentin vers le ventre de son Padawan; jamais Merasz ne parviendrait à parer un tel coup... Et pourtant, si: avec une habilité exceptionnelle, surtout chez un Padawan, Merasz frappa brutalement vers le bas pour chasser la lame adverse... Qui n'était déjà plus là! Tann avait déjà retiré sa lame et frappait à nouveau, de haut en bas, cette fois; Merasz n'eut cette fois pas le temps de réagir, mais Jor était là. Il bloqua la lame de Tann et l'attaqua d'un puissant coup de Djem So, tandis que son Padawan en faisait autant de l'autre côté; Tann bloqua les deux coups à la fois en mettant son sabre à l'horizontale... Et, alors que les deux Jedi Twi'lekk s'apprêtaient à retirer leurs lames pour frapper à nouveau, elle fit pivoter sa main pour transformer sa simple parade en un coup qui aurait égorgé Jor s'il ne s'était écarté in extremis.
Jor n'avait aucun doute à ce sujet, la Jedi Noire était bien l'excellente sabreuse qu'on lui avait décrite; mais elle ne pouvaient espérer l'emporter contre deux Jedi à la fois, surtout contre Jor et Merasz. Alors que Merasz allait lui asséner l'un de ses puissants coups de Djem So qui faisaient l'orgueil de Jor, elle ordonna au droïde-araignée le plus proche d'ouvrir le feu sur les Jedi, qui durent se jeter à terre pour esquiver.
« Viens, ordonna Jor à Merasz, il faut que nous rejoignions l'Acclamator! »
Tann était toujours en vie, les Jedi avaient échoué dans leur mission, mais ce qui comptait avant tout pour Jor en cet instant, c'était que lui et son Padawan étaient toujours en vie; laissant Tann loin derrière eux, les deux Jedi entreprirent de se frayer un chemin parmi les droïdes à coups de sabre-laser.
« Venez! » cria Jor à l'adresse des derniers soldats clones, qui s'engouffrèrent aussi vite que leur permettait la fatigue dans le passage ouvert par les Jedi.
Ils devaient s'échapper, ils devaient s'échapper à tous prix... Une quinzaine de Super Droïdes séparaient encore les loyalistes de leur vaisseau... Jor et Merasz commencèrent à renvoyer leurs tirs...
« Tirez sur les réacteurs de leur vaisseau! ordonna Sev'rance à ses droïdes-araignées. Ils ne doivent pas s'échapper, la Confédération a déjà perdu trop de droïdes à cause d'eux! »
Les droïdes-araignées changèrent aussitôt de cible suivant ses ordres; Jor sentit la peur le gagner: combien de temps les réacteurs du Croiseur Acclamator tiendraient-ils face au pilonnage intensif qu'ils subissaient? Il fallait vraiment qu'il quitte la plate-forme très vite...
Alors qu'il entreprenait de découper les derniers Super Droïdes devant lui, Jor regarda comment s'en tirait son Padawan: le jeune Twi'lekk se débrouillait bien; en dépit du grand nombre de tirs dirigés contre lui, il parvenait à tous les renvoyer, le plus souvent sur ses adversaires... Tous sauf un. En dépit de son habileté, après quelques minutes de ce tir, un éclair rouge parvint à se glisser sous sa lame... Et le frappa en plein ventre. Devant un Jor Drakkas horrifié, le Padawan tomba avec un cri de douleur.
Non, pas maintenant! Pensa Jor. Pas maintenant qu'il croyait Merasz tiré d'affaire! Pas maintenant qu'ils venaient d'échapper à une puissante Jedi Noire!
Se rendant à peine compte de ce qu'il faisait, Jor détruisit les derniers droïdes proches et souleva son Padawan à l'aide de la Force; Merasz vivait encore, Jor le sentait dans la Force, mais pour combien de temps?
« Général, il faut y aller! » dit un soldat clone.
Jor reprit ses esprits; s'ils voulaient quitter cet endroit, c'était maintenant ou jamais. Lui et les soldats clones rescapés embarquèrent aussitôt à bord du Croiseur, emportant Merasz; la rampe était à peine refermée qu'ils coururent jusqu'au poste de pilotage.
« Combien de temps avant le décollage? s'informa-t-il auprès du clone qui avait pris le poste de pilote, sans être sûr de vouloir le savoir.
-Pas plus de deux minutes, si vous ne tenez pas trop à un départ en douceur.
-Et combien de temps les réacteurs tiendront-ils encore?
-Je n'en sais rien, mais pas longtemps! »
De toutes façons, Jor n'y pouvait rien; et s'il lui restait une chance de sauver Merasz, il devait la saisir. Jor s'efforça de garder son Padawan en vie grâce à la Force, mais il était mourrant; si seulement Jor avait su que ce jour viendrait, il aurait étudié les techniques de guérison Jedi avec bien plus d'attention...
Le sourd martèlement des tirs des droïdes-araignées résonnait dans le vaisseau, et Jor commençait à se dire que finalement, lui non plus ne reviendrait pas vivant de cette mission, lorsqu'enfin, le Croiseur décolla. Malgré tout, Jor avait réussi à survivre à cette mission désastreuse; mais à quel prix? Pour la première fois depuis la fin de la bataille, Jor s'inquiéta du nombre de clones survivants ; ils étaient six. Un vingtième de leur effectif de départ, et la survie de ces six-là tenait déjà du miracle.
Sev'rance avait beau savoir sa mission accomplie, elle ne put s'empêcher de ressentir une pointe de déception en voyant le vaisseau loyaliste s'élever au-dessus de la plate-forme; non qu'elle prenne plaisir à tuer, mais elle avait dit à Drakkas qu'elle le tuerait s'il refusait le marché qu'elle lui avait généreusement proposé. Toutefois, ce Jor Drakkas semblait être un guerrier comparable à elle, un excellent sabreur et un bon tacticien doté d'un grand sens de l'honneur... Un jour, Sev'rance en était sûr, ils seraient amenés à se recroiser. La Galaxie était trop petite pour que cela n'arrive pas.
Elle se tourna vers le chef des Géonosiens.
« Continuez la production; nous devrions avoir environ une semaine et demie devant nous avant que d'autres loyalistes n'arrivent. Le Comte Dooku aura son armée, je m'y engage. »
Elle était curieuse de voir quel commandement et quelle mission le Comte Dooku lui confierait après cela...
