Chapitre 3 : Harry Potter & Dudley Dursley

Harry s'ennuyait. Il s'ennuyait, s'ennuyait, s'ennuyait, s'ennuyait, s'ennuyait. Il voulait aller au parc jouer au foot avec les enfants moldus qui passaient parfois par là, mais il n'avait pas le droit d'y aller si Oncle Sev et Tante Pétunia n'étaient pas tous les deux à la maison. Tante Pétunia était encore au travail, et Oncle Sev était juste passé déposer Dudley avant de repartir en marmonnant à propos de connards qui laissaient à peine deux heures pour réagir. Dudley était plus intéressé par son livre que par autre chose, et Harry n'avait pas envie de l'embêter, mais au bout de trente minutes à ne faire absolument rien, il était prêt à craquer.

"Hé, Dudley," dit-il, s'affalant sur le canapé à côté de son cousin. Dudley leva les yeux de son livre.

"Hé," dit-il. Harry donna un coup de pied dans l'accoudoir du canapé.

"Tu veux faire un truc ?"

"Comme quoi ?" Harry haussa les épaules.

"On pourrait récolter des ingrédients," dit-il.

"On n'est pas censés le faire sans Oncle Sev," dit Dudley. "Et puis, tu le fais tellement mal que tu vas encore écraser l'armoise." Harry serra les lèvres ensemble comme faisait le Professeur Minerva parfois quand quelqu'un manquait de raison, mais il savait que Dudley disait la vérité.

"Mais je m'ennuie," dit-il. Dudley roula des yeux et se replongea dans son livre. Harry roula sur le ventre, essayant de retenir sa jalousie. Dudley était doué pour les trucs de sorciers, même s'il n'avait pas la moindre miette de magie. Il était doué pour découper des ingrédients et comprenait des théories magiques compliquées. La seule chose de magie que Harry était capable de faire c'était voler sur un balai, et il ne pouvait faire ça que quand ils étaient en vacances dans un endroit assez loin de tout.

"Hé, Dudley," dit-il. Cette fois Dudley ne leva même pas les yeux de son livre. "Dud-ley."

"Quoi ?"

"Tu penses qu'un jour je serai aussi doué que toi en magie ?"

"Sois pas ridicule," dit Dudley, du même ton de voix que Oncle Sev quand il était très sévère. "La magie c'est pas quelque chose qu'on peut apprendre dans un livre. Tu en as ; j'en ai pas. Ce qu'on apprend c'est combien on peut exploiter ce qu'on a."

"D'accord. Tu penses qu'un jour je serai aussi bon que toi à exploiter la magie ?"

"Je te dis, j'en ai pas. Même s'il y a une théorie que la magie est dans tout le monde, et que la différence entre les sorciers et les Moldus est que les sorciers en ont plus. Mais les seules personnes qui pensent ça sont ceux qui pensent que la magie c'est comme l'âme."

"Tu voudrais en avoir ?" Dudley haussa les épaules.

"Parfois," dit-il.

"Parfois j'aimerais bien pas avoir de magie," avoua Harry. Dudley cligna des yeux, sidéré.

"Pourquoi tu aimerais bien pas avoir de magie ?" demanda-t-il. Harry tira sur un fil de son jean.

"Je suis pas doué pour ça," dit-il. "Et puis, les sorciers ont pas le foot, et j'irai jouer pour Manchester United quand je serai grand."

"Peut-être que tu pourrais jouer au Quidditch à la place," proposa Dudley.

"Peut-être," dit Harry sans conviction. "Mais quand même, je parie que Oncle Sev préférerait que tu sois un sorcier et moi un Moldu. Il aurait pas besoin d'essayer de m'enfourner des bouquins de potions dans la tête."

"Je pense qu'il essaierait quand même," dit Dudley. "Mais sérieusement, je pense pas que ce soit si grave. Tante Charity m'a dit qu'elle avait toujours été nulle en potions quand elle était à l'école."

"Ouais, mais elle a jamais eu un Oncle Sev," grommela Harry.

"Ça t'embête vraiment, hein ?" demanda Dudley. Harry hocha la tête. "Écoute, même Oncle Sev dit que tu es doué pour faire des potions quand tu te concentres. Essaie juste de pas te laisser distraire et ça ira."

"Mais je me laisse toujours distraire," dit Harry. "Si je peux bouger ça va, mais on peut pas quitter sa potion une seconde, même pour aller pisser."

"Il y a d'autres choses que les potions que tu peux faire avec la magie," dit Dudley. "Tu vas peut-être être super doué en Métamorphose ou je sais pas quoi."

"Je vais quand même être nul en Potions," dit Harry. "Et tout le monde va me regarder et se demander comment je peux être aussi nul quand j'ai Oncle Sev."

"Tu crois que tu as la pression," dit Dudley. "Imagine comment je me sens. Oncle Sev a tiré des ficelles pour que mon dossier scolaire soit examiné, et si je me plante il va passer pour un snob avec des idées de grandeur." Harry roula des yeux.

"Tu vas pas te planter," dit-il.

"C'est parmi les meilleurs collèges du pays-"

"Et alors ? T'es le type le plus intelligent que je connais à part Oncle Sev et peut-être le Professeur Minerva, et eux ça compte pas parce que c'est des adultes."

"Ouais, mais tu connais pas tant de gens que ça. Je suis pas Stephen Hawking ou Cleopatra Cottle. Je suis juste moi."

"Ben, t'as juste dix ans-"

"Presque onze."

"Presque onze," accepta Harry, "donc tu as le temps de rattraper. Fais-moi confiance, quand tu seras grand tu seras beaucoup plus intelligent que Stephen Hawking."

"Est-ce que tu sais qui est Stephen Hawking ?" demanda Dudley.

"Euh… un type intelligent ?" Harry plissa les yeux, réfléchissant. "C'est pas le type en fauteuil roulant ?"

"Oui, c'est lui," dit Dudley. "Tu vois Harry, tu peux te concentrer quand tu veux. Il faut juste que tu passes de te rappeler les physiciens théoriciens dont je parle à te rappeler de remuer tes potions."

"Mais remuer c'est barbant," dit Harry, conscient de chouiner comme un bébé. "Pourquoi on peut pas juste inventer un sort qui fait ça pour nous ?"

"Les sorts et les potions peuvent se comporter de façon très instable quand on les mélange," dit Dudley. "Donc on le fait pas à moins d'en avoir besoin pour la potion."

"C'est trop nul," dit Harry.

"C'est une des Lois de Barker de Sorcellerie Intra-disciplinaire," rectifia Dudley. Harry roula des yeux et resta silencieux un moment.

"Pourquoi tu penses que Oncle Sev a été appelé ?" demanda-t-il. Dudley était généralement plus doué à deviner ce genre de choses.

"Je sais pas," dit Dudley. "On est que début juin, donc ça peut pas être à propos de l'année prochaine – ou peut-être que si. Peut-être que c'est à propos de toi."

"Pourquoi il devrait avoir une réunion à propos de moi ?"

"Ben, c'est un prof. Peut-être que le Professeur Minerva a peur qu'il te favorise." Harry eut un rire moqueur.

"Nan, elle a pas besoin d'avoir peur de ça," dit-il. "Oncle Sev est gentil, mais il est exigeant avec les potions."

"Ça sera pas bizarre de l'avoir comme prof ?" demanda Dudley.

"Ça va être bizarre de devoir l'appeler Professeur Rogue, c'est sûr," dit Harry. "À part ça, ça sera comme quand il essaie de m'apprendre des trucs de potions sauf que tu seras pas là pour montrer ton découpage parfait."

"Je suis bon pour découper," dit Dudley. "Peut-être que je vais devenir chef."

"Quoi, et donner à Tante Pétunia une raison de moins de se plaindre ? Elle adore dire que nous les garçons on mourrait de faim sans elle ! Mais je suis pas si mauvais. Je suis juste distrait et parfois je brûle des trucs."

"Je pense que brûler des trucs ça compte comme mauvais," dit Dudley. "Moi en tout cas je mangerais jamais un truc que tu as cuisiné."

"Ouais, eh ben toi, tu essaies même pas. Tu coupes juste des choses-"

"Si Oncle Sev peut être Maître de Potions et confondre les épices, je peux rester à juste couper et pas cuisiner."

"Il dit qu'il a l'excuse de pas être bouj- bouz-"

"Bourgeois ?"

"Ouais, ça." Harry se tortilla sur le canapé. "Dudley, je m'ennuie toujours."

"Oncle Sev a dit qu'il en avait pas pour longtemps."

"Mais je m'ennuie maintenant."

"Pas mon problème," dit Dudley. Harry se laissa tomber du canapé avec un bruit sourd.

"Je vais aller voir si l'Oreille de Gobelin a fleuri," dit-il.

"Si tu veux," dit Dudley, déjà replongé dans son livre. "C'est pas moi qui fais comme si pas jouer au foot pour une journée c'était la fin de la civilisation."

À suivre…