Note : Un énorme merci pour vos commentaires et vos encouragements ! ^o^ Je suis à la fois étonnée et hyper ravie, je ne pensais pas que ces ficlets sans prétention auraient un tel succès. En tout cas je m'amuse beaucoup à les écrire. J'espère qu'elles continueront à être mignonnes et rigolotes, et surtout à vous faire passer de bons moments !
En attendant le prochain chapitre, je vous invite à consulter mon tumblr sur lequel je compile des tas de trucs fun sur les Avengers : mooniecherry+tumblr+com (remplacez les + par des points)
3. Cry me a river
Le Capitaine Rogers est un fin stratège. Chacune de ses opérations militaires est mûrement réfléchie et soigneusement préparée. Tous les paramètres de la mission qui lui est dévolue sont étudiés avec minutie. Les hommes sont briefés, l'armement est passé en revue, les cartes d'état-major sont analysées... Bref, Steve applique à la lettre le précepte de la glorieuse assemblée des Boy Scouts d'Amérique : toujours prêt, que ce soit dans l'action ou la réflexion.
La tâche extrêmement complexe et dangereuse que Captain America vient de s'attribuer n'échappe pas à la règle. Certes, elle n'implique pas de combat quasi désespéré contre un énième super-vilain pris d'une soudaine velléité de domination du monde. Cependant, le péril est tout aussi grand. Quant à l'enjeu...
Le soldat fixe son reflet dans le miroir du vestibule. Il glisse ses doigts dans ses cheveux blonds sagement coiffés, lisse le devant de sa chemise à carreaux, vérifie qu'aucun pli ne déforme son pantalon beige. Uniforme, ok. Son autre main porte un sac contenant un DVD loué au vidéo-club du quartier ainsi que deux parts de shawarma. Munitions, ok.
Une dernière fois, son esprit évoque les phases successives de son plan : embusquer la cible sur l'immense et très confortable canapé du salon. Détourner son attention en lui faisant goûter l'un de ces délicieux shawarmas (Steve adore les shawarmas, et rien que pour cela ne regrette pas son saut de soixante-dix ans dans le futur. Ou le présent, tout dépend du point de vue.) Mettre la cible dans l'ambiance en regardant côte à côte une comédie romantique – chaudement recommandée par la gérante du vidéo-club, d'ailleurs celle-ci était prête à l'inviter chez elle pour un visionnage très privé, mais Steve a poliment décliné avant de prendre ses jambes à son cou. Effectuer un discret rapprochement vers la cible à mesure que le film se joue, pour terminer épaule contre épaule et genou contre genou. Laisser le générique de fin défiler, et aborder la dernière phase des opérations. Car c'est décidé, ce soir est le grand soir, et Steve Rogers va enfin embrasser Tony Stark.
Plan, ok.
La voix de Tony résonne alors dans le salon panoramique, largement ouvert sur les toits de New York.
« Cap', tu vas finir par user la glace à forcer de t'y mirer. Et je sais que mon vestibule est exceptionnellement bien agencé, mais attends de voir la salle de séjour. Une vraie merveille de design moderne.
— Tony, je suis déjà venu dans ton salon, fait Steve en fronçant les sourcils.
— Alors attends de voir la chambre. »
Le milliardaire lui lance une œillade, puis glisse un bras sous le sien avant de l'entraîner dans le loft.
La chambre. Steve sent une embarrassante rougeur grimper le long de son cou et s'installer durablement sur ses pommettes. Ne brûlons pas les étapes et concentrons-nous d'abord sur le plan n°1. De toute façon, nous ne sommes absolument pas prêts pour le plan n°2. Et d'ailleurs, nous ne connaissons pas encore tous les détails techniques du plan n°2 (note à soi-même : se renseigner auprès de l'un de ses collègues de travail. Certainement pas le Colonel Fury, ce serait trop gênant. Hawkeye n'a pas le contact facile, et Black Widow a une fâcheuse tendance à le rendre nerveux. Thor… à éviter, d'ailleurs le dieu de la foudre est toujours en Asgard, sans doute en train de concocter une punition à la hauteur de la trahison de son petit frère chéri – qui aime bien châtie bien, a prédit Natasha d'un ton lourd de sous-entendus qui a laissé Steve fort perplexe. Ne reste que le Dr Banner, et après tout pourquoi, c'est un brillant scientifique, qui se trouve en ce moment même à portée de main puisqu'il loge à titre gracieux dans les labos de la tour Stark.)
Les deux hommes s'installent sur le sofa. Le dos bien droit pour Steve, position plus avachie pour Tony, qui n'hésite pas à étendre les jambes et poser les pieds sur la table basse.
Le DVD est introduit dans le lecteur, Stark use obligeamment de la télécommande pour le mettre en route. Chacun pioche son dîner dans le sac. Steve se rend compte qu'il a l'estomac noué d'appréhension, et se sent sur des charbons ardents. Un coup d'œil en direction de Tony lui apprend que ce dernier n'a pas franchement l'air enthousiaste quant aux choix cinématographiques de son cher et tendre.
« Tu veux vraiment regarder ça ?
— J'ai plus d'un demi-siècle de culture à rattraper. Il faut bien que je commence par quelque chose », élude Steve, gêné.
Il ne peut pas avouer son but ultime, pas encore. Même si le titre du film, lui semble-t-il, ne laisse aucune équivoque sur ses intentions. Fort heureusement, l'attention de Tony est rapidement détournée par la nourriture, ainsi que la chope de bière qu'il vide d'un trait sans sourciller. Un sur deux en état d'ébriété, ça ne peut pas faire de mal, songe Steve avant de fixer son regard sur l'écran.
oOoOo
Plus tard, il ne saura dire avec précision à quel moment son plan a dérapé.
Les premières minutes se sont plutôt bien passées. Tony a lancé deux ou trois blagues douteuses concernant les acteurs, puis promis de ne pas raconter l'issue du film avant la fin.
Steve, quant à lui, s'est laissé prendre au piège de l'histoire. Bon sang, ce DVD n'était censé être qu'un prétexte, une mise en ambiance qui devait faciliter son rapprochement avec l'imbuvable playboy ! Et voilà qu'il se fait avoir comme un bleu, oubliant son plan pour finir totalement absorbé par cette histoire d'amour horriblement tragique.
Cela a commencé par un reniflement suspect. Suivi d'un agaçant picotement au niveau des glandes lacrymales. Et enfin, une suffocation de plus en plus prononcée au niveau de la poitrine.
L'actrice principale n'a pas encore rendu son dernier soupir dans les bras de son partenaire que Steve se sent incapable de retenir plus longtemps un bruyant sanglot. Et par là-même réveille Iron Man qui a fini par succomber à l'ennui et à une irrépressible envie de s'assoupir.
Tony sursaute, glisse un peu sur son siège mais se reprend aussitôt avant de se tourner vers le capitaine.
« Ouh là, qu'est-ce qui t'arrive ? » s'enquiert l'homme à l'armure, légèrement paniqué par l'état de profond désespoir du jeune homme.
« Ce… Ce n'est rien… balbutie Steve entre deux sanglots.
— Rien ? Ne te fiche pas de moi, tu ressembles à un gosse qui ouvre son cadeau d'anniversaire et découvre un tas de bouquins ennuyeux à place du camion de pompier qu'il a commandé.
— Je… suis vraiment… désolé ! » s'exclame-t-il.
Il commet l'erreur de jeter un coup d'œil à l'écran et fond en larmes pour de bon.
Tony ne sait comment réagir. Ce n'est pas tous les jours que le grand, le génial, l'étourdissant Tony Stark est pris en défaut, mais là… Il faut dire que la situation a quelque chose d'exceptionnel et de totalement déroutant.
Jamais il n'aurait pensé être le témoin privilégié d'une telle scène et voir Captain America, super-héros et symbole de la nation, chouiner comme une trentenaire célibataire et fière de l'être devant un film aussi gnangnan que Love Story.
« C'est… tellement triste ! braille Steve en cachant son visage dans ses larges paumes.
— Ah… oui », compatit Tony d'un ton dubitatif.
Il s'approche et tapote avec maladresse l'épaule du grand gaillard. Touché par ce qu'il considère comme une marque d'affection, Steve se met à pleurer de plus belle.
« Tu es vraiment trop sensible, grimace le milliardaire.
— Mais… mais non ! C'est… c'est le sérum…
— Le sérum ? » répète-t-il avant de comprendre.
Bien sûr, le sérum ! L'explication surgit dans son esprit avec une telle évidence qu'il se met à rire de lui-même. Ces fameuses injections ont eu pour effet d'améliorer de façon phénoménale les capacités physiques de Rogers. Mais en contrepartie, toutes ses émotions, tous ses traits de personnalité s'en sont trouvés eux aussi décuplés…
Steve est condamné à ressentir les choses avec une intensité surhumaine.
Tu parles d'un super-pouvoir. Une véritable arnaque, aussi pourrie que ce cœur de palladium incrusté dans sa poitrine et qui scintille comme des guirlandes de Noël dans un grand magasin.
Tony lâche un soupir et se dit que leur petite soirée risque de se terminer plus tôt que prévu. Son bras s'enroule autour des épaules tremblantes de Captain America, qui en profite pour poser sa tête au creux du cou du milliardaire.
Évidemment, c'est ce moment précis que choisit Bruce Banner pour faire sa grande entrée, lui qui jusqu'à présent s'est terré dans les labos comme un ours en hibernation dans sa tanière. Tony se demande si son colocataire ne le ferait pas exprès, histoire de l'enquiquiner et se venger de toutes les fois où Iron Man s'amuse à faire grimper en flèche son rythme cardiaque.
« Tony, ça ne te dérange pas si je jette un coup d'œil au prototype de ton générateur, afin de comparer les effets du palladium aux rayons gam... »
Bruce ne termine pas sa phrase. Son regard se pose sur le milliardaire, dont la main caresse distraitement la nuque de Steve, puis considère la grande carcasse de ce dernier, toujours secouée de sanglots misérables.
L'éminent Dr Banner en tire les conclusions qui s'imposent.
« Tony, qu'est-ce que tu as fait à Steve ? »
oOoOo
Petit extra
Bruce lève les yeux de son microscope et constate la présence de Steve Rogers derrière la porte vitrée du laboratoire. Avec un soupir, le scientifique délaisse sa passionnante observation et compose le code d'ouverture de la porte.
« Bonjour, Dr Banner, dit Steve sur un ton d'excuse.
— Comment va », salue Bruce d'une voix lasse.
Ce n'est pas qu'il n'apprécie pas la compagnie du capitaine Rogers au contraire, son calme et sa réserve ont quelque chose de très apaisant, et l'on ne peut pas en dire autant de certains membres de l'équipe des Avengers.
« Je ne vous dérangerai pas longtemps, commence le soldat.
— Bah, mon expérience peut attendre. Que me vaut le plaisir de votre visite ?
— C'est au sujet de ce que vous avez vu, hier soir. »
Le blond se tortille un peu, et Bruce ne peut s'empêcher de hausser un sourcil intrigué. Non parce que voir Captain America se tortiller et rougir d'embarras, cela vaut quand même son pesant de cacahouètes.
« Je suis navré que vous ayez dû assister à cette scène… Mais ce n'était pas la faute de Tony.
— Oh, vous savez, Stark est capable de tellement de choses. J'ai juste présumé qu'il vous avait sorti une de ces vacheries innommables dont il a le secret.
— Non, non ! se récrie le soldat avec une véhémence que Bruce qualifie aussitôt de suspicieuse. Il n'y était pour rien ! Tout ça, c'est la faute du sérum. Vous comprenez, il n'agit pas seulement sur mon organisme, mais aussi sur mes émotions. Alors en voyant ce film si triste…
— Ah. »
Bruce se contente de hausser les épaules. Niveau influence émotionnelle sur le comportement, on peut dire qu'il en connaît un rayon.
Et malgré tout, le scientifique a l'impression que quelque chose lui échappe, ou plutôt il devine la nature de ce quelque chose sur le visage cramoisi de Steve et son regard fuyant. Un sourire torve étire le coin de ses lèvres, et il ne peut s'empêcher de tenter une expérience.
« Je pense que c'est plutôt à moi de m'excuser, déclare-t-il, l'air de rien.
— Comment cela ?
— Eh bien, j'ai interrompu votre soirée en tête-à-tête. Vous m'en voyez vraiment désolé.
— Oh, ce n'était pas… enfin oui, c'était… Ça se voit tant que ça ? finit par demander Steve, et Bruce se sent à peine coupable de titiller l'innocent capitaine.
— Disons que Tony Stark n'est pas le seul à pouvoir se vanter de son brillant esprit de déduction.
— Vous croyez que tout le monde est au courant ?
— Non », ment-il en grimaçant.
Steve laisse échapper un soupir de soulagement.
« Je sais que Tony se moque du qu'en-dira-t-on au sujet de notre relation. J'envie sa liberté d'esprit, mais de mon côté, je ne me sens pas encore capable d'assumer… »
Les épaules de Steve s'affaissent, et les sourcils de Bruce se froncent un peu plus. Ainsi donc, le mot est lâché. L'affaire est donc plus sérieuse qu'il ne l'a soupçonné, et ce qui n'était sans doute qu'un simple flirt menace de perturber l'équilibre fragile de leur petite équipe de super-héros.
Il est temps de rassembler les autres Avengers pour une réunion de crise.
