Chapitre 2 :

Merde merde merrrdddeeeeee ! Fallait évidement que cette saloperie de voiture tombe en rade ce soir… fait chier ! je jette un coup d'œil à ma montre… 21h15… 45 minutes de retard et aucun moyen de joindre mon futur ex boss au point où j'en était. Du calme ma p'tite Heaven du calme… Oui sauf que le calme et moi ça fait deux… comment disait ce chanteur français déjà ? ah oui… « et quand son sang chaud ne fait qu'un tour, le calme prend un aller sans retour… ». c'est exactement ça… et c'est encore pire depuis que Danny… nan rien… bon aller cocotte va falloir foncer… Je laisse donc mon super 4x4 en rade sur ma place de parking et je file à la station de taxi la plus proche. Oui mais où est la station hein ? Je viens de débarquer à Vegas et bien sûr je connais que dalle. Je sais même pas aller à la superette du coin sans mon GPS alors prendre le taxi. Pis forcément dans ma rue et à cette heure-ci y a pas un chat ni même un rat. Bon bah plus qu'à y aller au pif, et avec mon super sens de l'orientation j'étais prête à parier que j'allais tomber sur la muraille de chine plutôt que sur une voiture. Enfin pas le choix. Je récupère mon sac dans le coffre et je file au p'tit trot vers l'inconnu. Déjà qu'a New York je me retrouvais pas, et pourtant j'étais née la bas, alors là… bah oui résultat j'ai fait deux cent mètres et je suis déjà complètement paumée. En plus c'est d'un glauque par là… ruelles mal éclairées, culs de sacs… la totale. Je reprends mon chemin, et là j'ai à peine rajouté cinquante mètres à mon départ initial que je tombe sur une agression en live. Y a au moins une dizaine de gars qui sont en train de rouer de coup quelqu'un qui est au sol. Mon sang ne fait qu'un tour et mon âme de flic résonne en moi. J'hésite pas un seul instant et je fonce dans le tas.

Police !

Il y a un moment d'égarement parmi la bande avant qu'elle ne se détourne de sa victime. Une partie des membres se casse en courant, mais il y en a trois qui s'avancent vers moi, menaçant. C'est qu'ils font flipper. Lentilles de contact digne de Manson, masques horribles… géniale c'est halloween avant l'heure. Je prends directement une position d'auto-défense. Ces gugusses allaient faire connaissance avec Heaven Fitzgerald. Ils m'encerclent en ricanant quand ils découvrent que je suis une nana et seule de surcroît. Comme d'hab' les mecs ne se méfient pas, mauvaise idée. Celui qui est à ma gauche est le premier à attaquer. Je l'accueille avec un direct à l'estomac suivit d'une clé de bras. Je sens son épaule céder sous la pression, il recule. Mais j'ai à peine le temps de refaire un pas que les deux autres me sautent dessus d'un accord tacite. Pas de chance pour eux j'ai deviné leur petit manège : un pas en arrière et ils se télescopent. Fallait timer les gars… oui bah au lieu de penser à ça j'aurai mieux fait de me méfier. L'un des deux revient à la charge et là c'est moi qui suis surprise, je me prends un crochet du droit et je dois dire que ça fait pas du bien. Je suis à moitié sonnée et un goût de sang se répand dans ma bouche. Yeurk je déteste ça. Je retrouve tant bien que mal ma lucidité, mais le deuxième est déjà debout. S'en suit un combat acharné avant que je réussisse à en défoncer un deuxième en me prenant bien sûr quelques marrons au passage et du coup le dernier taille en courant. Les deux que j'ai amochés sont encore à terre.

Mes cocos vous êtes cuit…

Je sors les menottes et je les attaches l'un a l'autre en passant les pinces autour d'une canalisation tout près. Je me dirige ensuite vers leur victime. Il a pris cher… je cherche un pouls, c'est faiblard mais y a quelque chose. Je compose le numéro des urgences et je signale l'agression. Je laisse deux minutes le gars pour aller voir ou je suis… bah ouais j'ai pas fait gaffe au nom de la rue moi…. Ils sont marrant eux… Je reviens vers lui en faisant bien gaffe de marcher là où j'étais passé tout à l'heure. Bah ouais à coup sûr les CSI allaient débarquer et si je faisais pas un minimum attention j'allais me faire allumer. Je détaille un peu plus l'homme à terre, et je remarque seulement son gilet… oh la vache c'est un gars de la scientifique… Au bout de dix minutes l'ambulance débarque suivit de près par une voiture de police. Tiens les collègues qui se ramènent… je laisse les médecins prendre le relais. Un homme, la cinquantaine se ramène vers moi. Costard claire et badge de flic sur la poche.

Capitaine Jim Brass, vous êtes ?

Oh bah tiens mon boss… comme le monde est petit… ahahah…

Heaven Fitzgerald…

Il ouvre de grands yeux surpris avant de se ressaisir instantanément.

Fitzgerald ? vous deviez pas être au LVPD il y a plus d'une heure ?

Alors lui il me fait marrer… je me fais à moitié arracher la tête pour sauver la peau du CSI et je me fais incendier par-dessus le marché. Bon ok il avait pas tort mais tout de même un peu de compassion.

Bah je vous explique... en fait…

Laissez tomber vos explications et dîtes moi ce qu'il s'est passé ici.

Pas commode le Brass…

Je suis passé par hasard par ici et j'ai vu l'agression, j'y suis donc allé.

Il voulait des explications rapides ? Il les avaient.

Le nombre d'agresseurs ?

Une dizaine…

Il me fixe un instant perplexe. Ça va je suis pas de Marseille mon pote…

Ils se sont carapatés quand j'ai annoncé que j'étais de la police. Y a que trois maboules qui sont venu se frotter à moi. Deux la bas et un qui s'est barré comme s'il avait le feu au cul…

Vous parlez toujours aussi spontanément ?

Ouais… pourquoi ça pose un problème ?

Il me répond pas et se contente de me fixer.

Et sinon ça vous prend souvent d'aller jouer les justicière contre toute une bande de dingue qui auraient pu vous faire n'importe quoi ? vous auriez fait quoi si vous vous étiez retrouvé dans le même état que Greg ?

J'allais pas le laisser se faire tailler en pièce tout de même !

Vous auriez pu appeler du renfort…

Oui et le temps que tout le monde se radine vous aviez un cadavre sur les bras…

Nous nous affrontons du regard. Sympa la relation avec le patron…

Je peux rien vous dire vu que vous n'étiez pas officiellement en service… mais à l'avenir ne joué plus les wonder-woman et surtout tâchez d'arriver à l'heure. Et aller vous faire soigner, et après je vous emmène au LVPD.

Ambiance… Le capitaine s'éloigne vers la première ambulance qui a pris en charge le CSI, une autre voiture s'est amenée entre temps et je reconnais les mêmes gilets que portait celui qui c'était fait, et je pèse mes mots, littéralement défoncé. Mais pas le temps de m'attarder sur les nouveaux venant que je me fais harponner par un médecin. Il fait son boulot et moi je subis en grimaçant. C'est qu'ils m'ont pas épargnée non plus ces enfoirés… bref dix minutes plus tard je suis libre mais avec une dizaine de points du suture à l'arcade et un beau cocard… chance pour moi pas de côtes cassées : juste déplacées. Saloperie de côtes flottantes va... Le boss me récupère et nous rentrons au Labo que partage scientifique et police criminelle. Arrivés là-bas, Brass me remet la documentation des p'tits nouveaux ainsi qu'un téléphone et mon arme de service. Quand je l'accroche à mon jean's je peux pas m'empêcher de faire un p'tit sourire. Marrant mais sans un flingue à la ceinture je me sens toute nue. Je suis ensuite mon boss jusqu'à son bureau. Il m'indique une chaise ou m'asseoir avant de prendre place dans son fauteuil.

Bon je vais clarifier quelques points : ici nous travaillons en équipe…

Oui bah ça j'ai compris…

On ne fait pas ce que bon nous semble et on attend mes ordres quoiqu'il arrive. C'est compris ?

Oui c'est compris.

Bien…

Son expression change du tout au tout, du visage sévère il passe au visage souriant.

Je te souhaite bienvenue parmi nous. Ici tout le monde se tutoie alors tu fais pareil.

Je suis limite déroutée par son changement d'attitude. Je reprends mes esprits et Brass m'emmène faire le tour du labo. J'ai l'impression d'être une touriste en visite avec son guide. Nous passons de salle en salle et j'ai le droit à la présentation de tous les biologistes. Mandy, Archie, Henry et Hodges. Ok c'est bien sympa mais vu que j'ai pas la mémoire des noms et que je ne suis pas non plus physionomiste ça sert pas à grand-chose. 'fin avec le temps ça viendra. Ensuite j'ai le droit à la visite de ce qui sera mon bureau : p'tite pièce pleine d'étagères ou tous mes cartons sont entassés dans un coin. Au moins eux ils se sont pas paumés entre New York et ici c'est déjà un bon point !

Je te laisse t'installer, je te présenterai à l'équipe des CSI quand ils seront de retour.

Ok

J'imagine bien que ça doit pas être marrant pour eux. Nan j'imagine pas, je sais ce que ça fait. J'ai déjà vécu une situation similaire. Je laisse les souvenirs remonter en mémoire. C'était une nuit froide d'hiver, une enquête qui devait être un truc de routine. J'étais avec Joshua, mon partenaire et meilleur ami. Une planque pour pincer un dealeur qui a viré au cauchemar. J'étais sortie nous chercher un café et quand je suis revenue, Josh avait la tête posée sur le volant…

Alors gros tu roupilles ?

« Gros »… pour un gars qui pesait soixante kilos tout mouillé… le surnom totalement en contradiction avec celui qu'il était. Sauf que le « gros » ne relèverait plus jamais la tête, il avait été exécuté : une balle dans la nuque. J'aurais dû rester avec lui… j'avais passé des semaines à ressasser ça dans ma tête. Je faisais plus gaffe à rien, plus de sourire, plus de rire, plus de blagues lourdes et vaseuses… Martin, mon frère, m'avait trainée chez un psy… sans aucun résultat vu que je n'avais pas moufeté. Quand on était sortis du bureau, ça avait viré à l'affrontement.

Heaven tu dois en parler…

Lâche moi Marty tu me les casses !

Techniquement c'est peu probable…

Et ma main dans ta tronche elle est peu probable a ton avis ?

Et ça avait failli finir en eau de boudin entre le frangin et moi. Sauf que Danny était intervenu… Le beau latino, tel un justicier sur son fidèle destrier, nous avait séparés. Martin était repartie à ses dossiers et moi… et bien moi je me retrouvais à arpenter le salon de Danny, un mug de café à la main. Et trois tasses plus tard je me retrouvais à pleurer dans ses bras. Et c'est à ce moment que tout avait commencé entre nous… il m'avait épaulée, consolée… et moi je m'étais mise à l'aimer. Je quitte mes songes en me tapotant les joues.

Abrutie…

C'est à moi que vous parlez ?

Je lève les yeux vers la porte, un des rats de labo, dont je n'ai pas retenu le nom, ça va de soi, se tient droit comme un i en me regardant d'un air méchant.

Mais non…

Bien sûr… comme si j'allais vous croire…

Et bien me croyez pas si voulez mais en attendant dégagez parce que rien qu'à vous voir je perds patience…

Elle se calme la nouvelle là ! nan mais oh vous vous croyez ou ?

Chez ma mémé… Allez tires toi ou je te dégage à coups de pieds au cul…

Alors lui il me gave déjà grave… Un petit sourire moqueur se dessine sur ses lèvres. Il se fout de ma gueule en plus. Je quitte ma place et m'avance tranquillement vers lui.

Je rêve ou t'es en train de te payer ma tête ?

Son sourire s'élargie.

J'ai eu du nez en vous cataloguant directement dans la classe des névrosées totalement hystériques…

Quoi ? nan mais je vais le démonter…

Une névrosée… et mon poing dans ta gueule il est névrosé lui aussi ? crois-moi que quand tu te le seras pris tu sentiras plus grand-chose…

Je m'approche un peu plus de lui et là, marrant mais je le sens faiblir…

Il se passe quoi là ?

Le capitaine Brass s'avance vers nous l'air suspicieux. Je lui fais un sourire en passant mon bras autour du cou du rat de labo. Je serre un peu plus que raison avant de m'adresser à mon boss.

Oh mais rien capitaine, je faisais juste un peu plus connaissance avec ce cher…euh comment déjà ?

Hod…ges…

Ah oui voilà c'est ça.

Il nous regarde toujours suspicieusement, j'emmène alors le dénommé Hodges dans le couloir, toujours en le serrant.

Allez on va aller boire un café ! t'es d'accord ?

Humpf… ouais.

Nous passons à côté de Brass, je lui décoche un nouveau sourire et j'entraine le laborantin dans mon sillage. Arrivés à la salle de repos, je le plaque contre le mur, en vérifiant au préalable qu'il n'y a pas d'oreilles indiscrètes autour de nous.

Ecoute bien mon « pote » tu m'insultes encore une fois de névrosée, et il se pourrait fortement que je le devienne vis-à-vis de toi… alors mesures tes paroles et retournes à tes joujoux.

Il hoche la tête et je le pousse sans ménagement à l'opposé de moi, avant de tranquillement aller me servir un café. « T'as été rude » me lance une petite voix. Marrant mais j'ai l'impression d'entendre Marty. Je souris… j'imagine déjà une reprise de cette chanson qui m'allait si bien et que mon frère se faisait une folle joie de me fredonner dans ce genre de circonstances… « Scandale au labo des CSI… ». Je secoue la tête avant de plonger le nez dans mon café pour dissimuler un fou rire. Heaven Fitzgerald n'est pas une névrosée, c'est simplement une… scandaleuse.