« Le destin est ce qui nous arrive au moment où on ne s'y attend pas »
Marcel Proust

Chapitre 2:

Salut,

Si tu savais comme je suis content que tu m'aies répondu. A vrai dire je ne pensais pas que tu le ferais. Je m'excuse de ne pas t'avoir répondu plus tôt mais je suivais un stage d'hôtellerie pendant plusieurs jours.

Alors comme ça tu as le même âge que moi ? Quelle coïncidence, mais je trouve ça génial.

Tu maîtrise le kendo ? J'ai quelques connaissances dans cette discipline, tu commences les compétitions bientôt n'est-ce pas ? Si c'est bien le cas, je te souhaite bonne chance. Et j'espère sincèrement que tu deviendra le numéro 1 au kendo.

Concernant ta description, je suis dégoûté de savoir que tu es bien plus grand que moi, je ne fais que 1m65. Rhaa, j'ai horreur d'être plus petit ! Comment se fait-il que tu aies des cheveux verts ? Cette coloration est-elle due à un pari ? Ou c'est un goût personnel ?

Tu dis seulement réchauffer des plats tout prêts ? C'est mauvais pour ta santé de manger aussi mal, car généralement ce ne sont pas des plats très sains et ils n'apportent pas les éléments essentiels pour bien vivre. Surtout que, étant un sportif, tu devrais manger mieux. Mais bon, je dis ça, je dis rien. Disons que c'est une déformation professionnelle.

Bien sûr que j'ai des hobbies autres que la cuisine, je continue toujours le karaté, ensuite j'aime beaucoup lire au calme mais il est vrai que la majeure partie de mon temps tourne autour de la cuisine. Pour mon lycée, je préfère que ça reste secret, autant garder une part de mystère, hein?

Sinon, au sujet de mes lectures j'adore les romans de Poppy Z. Brite et de Stephen King. La musique pour moi, c'est le rock et enfin au sujet des films, j'adore les thrillers et les films d'horreur.

Enfin, si je n'ai pas signé par mon nom de famille, c'est parce que celui que l'on m'a donné n'est pas le mien. Je veux dire que je ne considère pas mon nom comme tel. Mais ça c'est une histoire personnelle.

Allez, à mon tour de poser des questions : Quels sont tes goûts à toi ? Surtout culinaires, c'est ça qui m'intéresse le plus. Qu'est-ce qui t'intéresse dans les études scientifiques ? Je veux dire, les maths, ça n'a pas l'air franchement cool. Et puis ce doit être dur de combiner cours de S et sport à plein temps. As tu d'ailleurs le temps pour faire autre chose ? Je pense à sortir en ville ou en soirées, prendre le temps de s'amuser avec d'autres personnes. Au fait, tu dis que tu as continué le kendo à cause d'une promesse, pourquoi ? Tu voulais arrêter avant ?

PS : tu voudrais pas m'envoyer une photo de toi, ouais je sais ça fait mauvais site de rencontre, c'est juste que ça m'intrigue d'imaginer quelqu'un avec les cheveux verts.

Sanji

Pour le coup, Zoro se demanda ce qu'était cette lettre, et puis le souvenir de la carte de la fraternité lui revint en mémoire. Que l'autre lui ait souhaité bonne chance lui fit extrêmement plaisir. Il est vrai que ses compet' arrivaient rapidement, précisément dans quatre jours. Stressé au possible, ce mot le rassura. Sensation très étrange.

Il prit le temps de répondre au blond alors qu'il était déjà en retard à son entraînement. Demanda si son stage c'était bien passé. Disant que oui, sa couleur était en premier lieu due à un pari mais qu'il s'y était ensuite habitué, et du coup, la renouvelait sans cesse. Que concernant sa « déformation professionnelle », il ne pouvait néanmoins pas la prendre en compte n'ayant pas le temps de cuisiner, ou d'apprendre d'ailleurs. Au sujet de ses propres goûts, il adorait: Lady Gaga - surtout le titre Judas - pour la musique, la cuisine japonaise comme les makis, Entre Dieu et moi c'est fini de Katarina Mazeti pour la littérature, Inception, et Pirates des Caraïbes concernant les films. Dans les sciences ce qui l'intéressait, c'était la biologie, comprendre le fonctionnement du corps humain était une chose passionnante, et pas les maths, surtout pas les maths. A propos des sorties, il n'avait généralement pas le temps, mais ses amis le lui faisaient prendre de force. Pour la dernière question, c'était personnel et il ne voulait pas en parler pour l'instant. Peut-être plus tard.

Il allait poster sa lettre quand une idée lui vint à l'esprit, il écrivit son adresse mail au dos de l'enveloppe, comme ça l'autre pourrait lui répondre plus rapidement à l'avenir.

Le lendemain soir un message envoyé par Sanji s'afficha dans sa boîte mail. Il répondait à la lettre de Zoro, le remerciait par la même occasion de lui avoir donné son email et renouvelait ses encouragements. Il exprima aussi son désarrois quant à la photo qu'il n'avait pas reçu.

La compétition se passa pour le mieux et Zoro fut classé premier lors des nationales de France, les compétitions les moins importantes car il n'y avait pas beaucoup de club de kendo dans ce pays, et se retrouva qualifié pour celles d'Europe. Le soir même, il fut de nouveau traîné à une fête par ses amis pour « célébrer dignement sa victoire ». Sous ses abords renfrognés, il espérait secrètement y rencontrer le blond de la skin. Son souhait ne fut hélas pas exaucé.

À son retour chez lui, lorsqu'il voulut se coucher tard - ou tôt selon les avis - son attention fut attirée par l'écran de son ordinateur. Peut-être avait-il un email ?

Sanji send you a message :

Alors, comment s'est passé ta compet' ? Tu as tout gagné j'espère.

Malgré la fatigue, Zoro prit la peine d'y répondre et s'endormit sur le sofa, ayant la flemme de se déplacer jusqu'au lit.

Les jours et les mois passèrent, Zoro et Sanji correspondaient souvent, se découvrant par les mots. Plaisantant via mails, racontant certains détails anodins de leur vie, et parfois plus importants, faisant de l'autre un confident lorsque quelque chose leur pesait sur le coeur. Au fil des mots, ils s'appréciaient de plus en plus, se plaisaient sans pour autant s'illusionner, après tout ils ne se connaissaient que par ordinateur. La réalité est toujours différente du virtuel. Qu'est-ce qui prouvait que tout ce qu'ils se disaient était vrai ? Malheureusement rien jusque là.

Ils apprirent néanmoins une partie de la vie de l'autre.

Zoro su que le blond était orphelin. Il fut un temps où un couple l'avait adopté et donné un nom. Mais ce couple étant jeune et immature, ils avaient rompu, cherchant toujours à donner l'enfant à l'autre pour ne pas qu'il « traîne dans leurs pattes ». Il avait alors fugué, ne supportant plus cette ambiance où personne ne le désirait. De cette époque,il gardait un souvenir et une idée déplaisante de la « famille ». Durant sa fugue, il avait rencontré un vieux cuisinier qui l'avait pris sous son aile et s'en occupait depuis.

Il y avait un an que, pour ne pas être un poids pour son sauveur, Sanji s'était trouvé un boulot ainsi qu'un appart. Le cuisinier, Zeff, qui avait pris la charge de tuteur, avait tout de même insisté pour que ce soit lui qui paye les études de Sanji. Ce dernier eut vite fait d'accepter. Depuis il vivait dans un quartier chaud, mais s'en accommodait. Il s'y était même d'ailleurs vite fait un nom. Il profitait généralement de son temps libre pour rendre visite au « vieux » comme il se plaisait à l'appeler. Celui-ci vivait à la périphérie de la ville, dans un petit coin chaleureux et paisible proche de la nature, bref dans un « bout de paradis ».

Sanji, lui, apprit que Zoro était le fils unique d'une riche famille conformiste. Leur faire accepter son homosexualité avait été très dur, et même aujourd'hui ils ne semblaient pas disposé à vouloir s'avouer qu'ils n'auraient jamais de petits enfants. Ils espéraient encore, et sans le cacher à leur fils, que celui-ci change de bord. Comme si son homosexualité n'était qu'une erreur de parcours. En plus de rêver à ceci, ils désiraient que leur enfant devienne un grand politicien, ou avocat. Un métier rehaussant le prestige de leur famille, c'est pourquoi ils n'avaient pas non plus accepté qu'il fasse du kendo au départ. Ils avaient même menacé leur fils de le déshériter si il continuait dans cette voie là. Menace que Zoro savait fausse car ses parents n'avaient qu'un seul enfant et donc un seul héritier.

Pour Zoro, le kendo était essentiel à sa vie. Cette passion lui venait de sa meilleure amie, Kuina. C'était elle au départ qui adorait ce sport, et elle aussi qui l'avait initié. Mais Kuina était atteinte d'une maladie héréditaire caractérisée par une viscosité anormale du mucus que sécrètent les glandes pancréatiques et bronchiques. Elle avait donc la mucoviscidose et n'atteindrait peut-être jamais la vingtaine. Peu à peu, sa respiration se ferait plus difficile à cause d'une trop grande quantité de mucus, et faire du sport lui deviendrait tout simplement impossible. Dès qu'elle l'avait su, elle en avait parlé avec Zoro. Dans la continuité, elle avait appris que les parents de Zoro lui avaient interdit de faire du kendo. Lui, ne savait pas quoi faire, il aimait ce sport plus que tout mais ne voulait pas froisser ses géniteurs. Kuina lui avait alors fait promettre de continuer « parce qu'il faut faire ce qu'on aime, et non ce que les autres veulent au détriment de nos sentiments », mais aussi de devenir le meilleur kendoka de la terre entière. Promesse qu'il s'efforçait de tenir depuis. Il avait dit à ses parents qu'il était hors de question qu'il cesse de pratiquer le kendo, il les avait mis au pied du mur: ou ils mettaient leur menace à exécution, ou ils acceptaient son choix. Tout ceci aboutit au final par un marché entre eux, Zoro continuerait son sport tant aimé s'il suivait aussi des cours et avait de bon résultats.

À ses seize ans, ses parents étaient partis en Amérique à cause de leur travail, lui achetant au préalable un appartement dans un quartier huppé et payant par la même occasion une femme de ménage qui venait tous les deux jours. Il recevait souvent des cartes d'eux, des présents et des coups de téléphone. Ils se disaient fièrs de sa réussite, tant pour les cours que pour le kendo.

Enfin, ils s'échangèrent des détails plus intimes : tous deux étaient gays et sans compagnon. Ils parlèrent de leurs anciennes relations, plutôt difficiles pour Zoro, à cause d'une rupture très douloureuse; et lassantes pour Sanji, ce dernier n'ayant plus rien ressenti pour son ex au bout de six mois. Ils découvraient les qualités mais aussi les défauts de l'autre, et leur « amitié » n'en devenait que plus forte.

Sanji réitéra plusieurs fois sa demande, celle concernant une photo de Zoro, mais à chaque fois l'homme aux cheveux verts lui répondait qu'il trouvait ça trop impersonnel d'envoyer des photos via ordi. Ce pour quoi Sanji lui proposa de se rencontrer. Seulement, aucun ne semblait libre au même moment que l'autre au cours du mois, ils fixèrent donc une date pour le mois suivant. Les jours défilaient et tous deux attendaient impatiemment le vendredi 13 novembre, date de leur rencontre. Dieu qu'ils avaient envie de se voir et de pouvoir parler en face.

La veille de cette date, Zoro reçu un mail du blond annulant leur rencontre du lendemain pour cause d'un empêchement imprévu. Il s'excusa et proposa une autre date.

Vexé et déçu, l'éphèbe aux yeux verts ne répondit pas. Il se remercia même intérieurement de ne pas avoir parlé de Sanji à ses amis qui auraient sûrement posé énormément de questions sur son « rencard » et demandé avec un sourire condescendant si « il était frustré de ce lapin ». Déjà qu'ils le charriaient encore avec le blond de la skin...

L'autre ne voulait pas le voir ? Tant pis. Après tout, qu'est ce que ça pouvait lui faire de ne pas le voir ? Ce n'était pas comme s'ils étaient vraiment proches... « Et puis je ne peux pas être certain de la véracité de tous les propos de Sanji » Pensa Zoro.

Il partit finalement se coucher pour ne se réveiller que le lendemain dans l'après-midi. Ne voulant rester seul chez lui, il enfila un jean cintré Lee Cooper que ses parents lui avaient envoyés quelques jours auparavant; un simple tee-shirt noir moulant son torse d'une manière outrageusement sexy agrémenté d'une veste blanche à capuche sur laquelle était inscrit Kaporal dans le dos. Une paire de Nike, un bracelet de tennis et quelques chaînes complétaient sa tenue. Ses cheveux de jade prenaient un effet saut du lit, d'un aspect assez coquin, comme s'il n'avait pas fait que dormir. Cet ensemble lui assura des regards plus que plaisants sur son passage, il releva néanmoins sa capuche sur sa tête, histoire d'avoir la paix et mit les écouteurs de son ipod.

Il marcha sans savoir où aller, et c'est surpris qu'il se rendit enfin compte du lieu où il se trouvait. Le point de rendez-vous avec Sanji, un parc situé dans le centre ville. Sans pouvoir s'en empêcher, Zoro scruta les environs pour voir si une tête blonde pointait le bout de son nez. Rien. Il repartit.

Perdu dans ses pensées, il ne vit pas la bande qui lui faisait face et rentra dans l'un d'eux. Ce n'est que lorsqu'il se retrouva les fesses à terre qu'il comprit ce qui venait de se passer.

- Hey mec, tu pourrais regarder où tu marches !

Zorro soupira et ne cherchant pas les ennuis, lâcha un simple « pardon » puis traça son chemin. Se faire ignorer de la sorte n'était pas du goût de ces jeunes qui le coincèrent dans une rue déserte. Zoro soupira une nouvelle fois, il avait horreur de se battre en dehors des tatamis.

- Oh, tu te fous de notre gueule pour nous ignorer comme ça ? Hein ?

- Non, je ne me fiche pas de vous, je me suis excusé et c'est suffisant.

- Oh non, c'est loin d'être fini. T'as jamais traîné par ici avant on t'y as jamais vu, tu viens d'où ?

- De là où tu viens pas. Maintenant lâche-moi.

- Tu rêves. Tu m'as l'air d'être un petit gosse de riche, tu dois bien avoir quelques petites choses à nous donner. Hein ?

- Des neurones, ça pourrait peut-être t'aider mais j'en suis pas sûr. Alors LA-CHE-MOI, répéta Zoro..

Un rictus mauvais étira le visage de son adversaire.

- Tu sais quoi ? Si tu m'avais donné gentiment ce que je t'avais demandé, comme ton joujou dans ta poche je t'aurais laissé partir bien tranquillement. Mais comme tu t'amuses à faire le malin...

- Facile, t'es pas très intelligent.

- Ta gueule. Tu viens de détruire toutes tes chances de t'en sortir indemne. Je vais t'exploser ta petite gueule d'ange.

- Humph, si tu y arrives.

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase, le brun se jeta sur l'émeraude, le plaqua contre le mur et leva son poing pour le frapper.

Poing qui fut arrêté par une main inconnue.

- Hey, qu'est-ce que vous foutez là les mecs ? C'est pas votre secteur ici ! Vous connaissez les règles n'est-ce pas ? Alors dégagez tout de suite d'ici, c'est notre territoire.

La bande trembla quelques instants de rage mais connaissant les règles ils lâchèrent Zoro et partirent en râlant. Perdant pied subitement, Zoro tomba au sol. La même main que celle qui avait fait partir la bande se tendit vers lui pour l'aider. En levant les yeux pour le remercier, sa capuche tomba de sa tête.

Zoro plongea subitement dans l'océan qui se trouvait devant lui, il y reconnut le blond de la skin. Tandis que l'autre se perdait dans la couleur vert absinthe de ses yeux.

- Ça alors ! dirent-ils avec une parfaite coordination, sans pouvoir dire quelque chose de mieux adapté.