THE WHEEL OF TIME
Chapitre 2
Retour. Ca me remue encore parfois. Trop. Ca faisait longtemps en fait que ça n'avait pas été si violent. De le poser par écrit me fait revivre ces instants avec une précision et une méticulosité perverses.
J'ai l'impression de faire tafiole là…
Non, ce n'était pas une pause pipi Potter…
Allez souris…. Tu ne vois pas que j'essaye de détourner l'attention là ?
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Digory était Poufsouffle. J'étais Serpentard.
Il venait d'une famille de tristes ploucs, bien que sorciers, et moi je suis issu de « La » famille Malefoy…
Nous avions en commun d'être beaux comme des Dieux.
(Tu vois ce fameux réflexe inconscient de vouloir conserver les apparences…)
Allez, ce n'est pas le nombre de nos conquêtes ni nos aspects physiques qui nous ont réunis…
Car force est d'admettre que nous n'avions rien à faire ensemble.
Mais nous sommes faibles parfois.
Et moi aussi j'ai eu mes moments de faiblesse.
Même à Poudlard.
Peut-être même là plus qu'ailleurs…
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Tu vois Harry, je viens de lever la tête pour regarder la lune qui brille et qui illumine mon bureau…
C'est bien sûr une fuite.
Et je me demande pourquoi je t'écris tout çà.
Ultime résistance peut-être à aller encore plus avant…
Alors je m'invective : écris, écris, écris… Et si ce n'est pas pour lui, fais le pour toi…
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Préfet officieux des Serpentards (avant l'officiel à venir), fils Malefoy, je me contrefoutais royalement des règles.
Toi tu les brisais par jeu, par curiosité et sinon, par obligation… Pour avancer…
Moi je les niais. Simplement. Par arrogance. Par défiance. Par inconscience… Pour ne pas crier.
Rusard était corruptible, Rogue m'avait à la bonne et Dumbledore n'avait aucun intérêt à m'emmerder.
D'autant plus que je ne faisais rien de mal.
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La salle sur demande existe depuis des lustres Harry.
Je la connaissais bien avant toi.
Un soir d'hiver, en première année, je suis tombé dessus complètement par hasard.
Encore que trouve t-on jamais cette salle autrement que par hasard ?
Je n'avais pas la super forme… Va savoir quelle crasse tu m'avais faite ce jour là.
Bon d'accord, peut-être étais-je en colère contre moi-même pour une crasse loupée contre toi !
J'ai simplement eu besoin de m'évader.
J'avais envie de m'exténuer sur un piano.
Il y en a qui courent. Qui font des mots croisés. Qui tapent, cognent ou d'autres qui discutent, parlementent…
Moi je me défonce sur un piano.
Chacun son truc. Toi tu planes bien sur un balai non ?
J'ai tout appris par moi-même.
Sans magie.
A l'insu de mes parents.
C'est mon jardin secret.
Cà t'en bouche pas un coin ça Potter ? Allez reste assis et appelle moi maître !
(Dis moi là tu bous ou tu te marres ? Moi je me marre. Et bizarrement, mon rire me sonne plus vrai que bien d'autres fois… Est-ce cela la sincérité ?)
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Bref, tu connais le truc : tu passes à côté de la salle, volontairement ou non, et au même moment tu désires… Et paf, c'est le gros lot.
J'ai donc eu mon piano.
J'ai été tranquille pendant des lustres comme çà.
Trois ans.
Pour la première fois, j'avais un lieu à moi. Apparemment inconnu de tous. Un lieu où être…
Puis, en début de quatrième année, avant même que le tirage au sort des prétendants à la coupe n'ait eu lieu, Cédric m'a surpris…
Tu savais qu'il jouait du piano ?
Il avait la même démarche que moi depuis des années. On ne s'était jamais croisés. C'est tout.
Je n'avais pas innové sur ce coup là finalement.
Et mes rêves d'intimité étaient finalement bien fragiles…
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On ne peut pas refaire l'histoire.
Sauf que ni lui ni moi n'avions la méga pêche cette nuit là.
Il était anxieux à la perspective du tirage et il subissait une certaine pression des élèves, des professeurs, sans compter les mesquineries quand se croisaient les membres des différentes écoles…
Je ne le sais que trop bien.
Tu penses bien que je ne me suis pas privé pour lancer des rumeurs assassines sur Delacour ou Krum.
Okay, je devais être béat d'admiration devant Durmstrang mais bon… J'étais à Poudlard. Pour le meilleur et pour le pire… Donc voilà…
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Cédric avait la pression.
Moi j'avais la dépression.
Pour être exact, c'était plus de la déprime parce que la dépression, je m'y suis plutôt confronté en sixième année. Mais chaque chose en son temps.
Le Malefoy junior faisait donc sa petite déprime automnale tranquille pépère, dans son coin, à l'abri des bienheureux et des simples d'esprits (tu as raison je pense bien à Crabbes et Goyle là…), isolé du monde… Et qu'est-ce qui arrive quand on se croit seul au monde…. Ben forcément, on se laisse aller… Genre la grosse brute insensible qui s'emporte par la propre mélodie qu'il pianote en baisant ce foutu instrument de toutes ses forces et de toute son âme….
Puérile et sentimentale adolescence !
Je me lâche.
Je me vide.
Oouh ! Cà fait du bien.
Je me retourne pour partir, le mouchoir en main pour effacer toute trace d'un tel écart, la baguette dans l'autre pour finir le travail au besoin…
Et Digory face à moi….
Les joues sillonnées par les larmes…
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J'aurais pu le tuer.
Ca m'a traversé l'esprit.
J'étais Draco Malefoy.
Il brisait en une seconde une intimité et un sentiment de sécurité de trois ans. Quand l'illusion vole en éclat, ça fait mal.
L'envie de meurtre en devenait presque licite…
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Mais il pleurait.
Et, sans faire cas, il s'est installé à son tour au piano.
Feignant d'ignorer ses larmes.
Feignant de ne pas voir les miennes.
Qui cherchait-il à abuser à ce moment là ?
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Je suis resté.
Sans trop savoir pourquoi.
Puis après une heure, nous nous sommes quittés sans avoir ni l'un ni l'autre ouvert la bouche.
Liés par le secret. Intime. Troublant. Etrange et fascinant.
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Nous avons fait ainsi trois, quatre séances les nuits suivantes.
Je n'avais jamais été autant dans la salle sur demande.
Nous faisions des concours improvisés.
Des défis silencieux.
Toujours sans un mot.
Je ne saurai jamais mettre de mots corrects sur ces instants.
C'était irréel.
Le plus surréaliste étant que toute méfiance était éteinte en moi…
Ridicule naïveté.
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Et un soir, je lui ai joué « Clair de Lune »
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La roue du temps Harry…
J'étais quelqu'un d'autre à moi-même et c'était simplement bien.
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Quand, sans mentir et sans prétention, j'ai eu fini de jouer comme un virtuose, Cédric s'est approché de moi.
Il s'est assis à califourchon sur le tabouret où j'étais face à l'instrument, plutôt content.
Il m'a pris la main.
Surpris de cette… tendresse ? J'ai tourné la tête vers lui…
Et avant que j'aie pu faire quoi que ce soit, il me roulait la pelle du siècle…
(C'en est presque gênant. Même à écrire. Même quelques quatre ans plus tard.)
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J'aurais pu le tuer.
Ca m'a encore traversé l'esprit.
Je n'étais pas prêt à cela.
C'était trop violent.
J'ai donc tout gâché.
Nos premiers mots ont été posés par moi lui indiquant qu'il se méprenait sur ma personne…
Il m'a alors dit que c'était moi qui me méprenait !
Qu'il était, et très bien, avec Cho Chang.
Qu'il avait juste voulu répondre à la beauté de l'instant et me remercier.
De sa personne.
Pour ce que je lui donnais depuis quelques temps.
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J'admets que j'étais plutôt content d'être assis. Vraiment.
Mais comme j'étais un petit con de Serpentard entraîné à afficher une certaine apparence, entretenu dans une certaine image, j'ai persévéré à lui afficher ma tête de contrarié prêt à lui bondir dessus…
Même si à l'intérieur, j'étais renversé et incapable de faire le moindre geste.
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Alors comme il était un grand connard de Poufsouffle, il a cru bon de m'indiquer, qu'en temps normal, il me méprisait à la hauteur du baiser qu'il m'avait donné et qu'il ne fallait donc pas que je m'en fasse…
Il n'y avait aucun malentendu et aucun qui proquo.
D'ailleurs, il s'abstiendrait dorénavant de revenir ici.
Que j'avais raison.
Qu'il avait été impulsivement idiot de croire que somme toute, je pouvais être autre chose.
Et il s'est barré.
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Cà faisait quand même beaucoup en peu de temps.
Même pour moi.
Ce genre d'émotions, c'était nouveau pour moi.
Cà avait été tellement bon.
Pourquoi m'étonnais-je alors du mal que ça faisait en disparaissant ?
J'en ai chialé des nuits et des nuits, Harry.
Quinze ans d'entraînement ne laissèrent rien paraître et mes jours se dissocièrent totalement de mes nuits.
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Le tirage a eu lieu le lendemain.
Et tu nous a fait ta méga surprise à la Fol'œil.
Ma frustration de l'épisode avec Digory, c'est clair, je l'ai digérée à travers toi…
D'où l'idée des badges.
Mais ce que personne ne sait Harry, c'est que j'ai gardé le tout premier que j'ai fait.
Celui où j'avais marqué « Draco Malefoy pue ! »
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Je n'ai jamais pu réparer cette connerie avec Cédric.
J'en ai crevé d'envie tout au long de l'année mais, j'ai été trop lâche !
Bon, d'accord, je me suis encore laissé bouffer par mon ineffable fierté à deux gallions trois mornilles…
Résultat, fin de la troisième épreuve : mon père a aboyé (et je le soupçonne presque de s'être pissé dessus sans que je puisse te dire si ce fut de joie ou de peur…) quand son maître l'a sifflé.
Et toi, toi tu as ramené le corps de Cédric.
Et si d'aucuns m'ont vu sourire Harry, c'était parce qu'il était beau comme un ange et que cette beauté qu'il offrait fut une réminiscence de son fougueux et pur baiser…
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Tout le monde – et même mes camarades - s'est alors concentré sur toi.
Je dois t'en remercier.
J'ai pu filer à l'anglaise à mon aise...
J'ai joué toute la nuit dans la salle sur demande. Tout mon répertoire. Je m'abrutissais.
C'est Dumbledore qui m'a tiré de là.
Comme par hasard quand j'ai eu terminé avec « Clair de Lune »
Comme par hasard, au moment où je commençais à m'interroger pour la première fois de ma vie sur mon futur. Son utilité. Sa nécessité. Son sens.
Il est juste entré dans la salle en faisant le maximum de bruits indiscrets pour me signaler son arrivée et que je ne sois pas dans la surprise…
Il l'a fait exprès Harry.
Aujourd'hui j'en suis certain…
Pourquoi ?
Il y avait toi.
Il y avait le retour de son ennemi juré.
Il y avait Cédric qui était mort.
Tout ce que ces trois éléments réunis impliquait.
Pourquoi ne m'a-t-il pas surpris pour me prendre dans ses bras de vieil homme paternaliste et chaleureux ? Comme il l'aurait fait avec toi…
Je sais que je me mens.
Laisses moi me mentir.
Je veux croire que j'aurais été capable d'accepter de l'aide…
Mais je ne le méritais pas.
Je ne pleurais pas la mort de Cédric.
Je pleurais son incidence sur moi. Purement égoïstement.
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Je n'étais pas prêt à changer. Pas encore.
J'ai joué à notre vieux directeur la grande scène de l'outragé trahi dans son intimité…
Et pour couper court, je lui ai fait une tirade sur le retour de Voldemort…
(Ne me demande pas comment je le savais… Je n'avais pas de marque des Ténèbres, je n'avais pas de hiboux portatifs, j'avais encore moins de liens télépathiques avec mon père… Mais je le savais. C'était fort en moi. C'était lourd en moi.)
Dumbledore n'a rien dit.
Sans doute me connaissait-il trop bien. A mon insu.
Je l'ai donc invité à faire attention maintenant que les temps changeaient… etcetera… etcetera…
J'ai été odieux.
Ca ne m'a même pas fait de bien.
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Ce dont je suis certain c'est qu'au banquet de départ, j'ai joué l'innocent et le bienheureux (oui, j'avais des maîtres experts en la matière…) à l'annonce du retour du Mage Noir.
Mais le souvenir m'a rattrapé trop vite et trop brutalement.
Je sais sans l'ombre d'un doute que Dumbledore nous a vu ne pas nous lever au toast porté à Cédric. Mes camarades ont suivi leur chef.
Là où je ne le vis pas trop mal, c'est que j'ai la conviction intime que Dumbledore savait que j'avais les jambes qui flageolaient tellement que j'étais incapable de me lever sans m'écrouler…
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Bien évidemment, il m'a fallu un palliatif.
Et c'était qui mon dérivatif préféré en la matière : mon Potty adoré bien sûr !
Avec les deux cailloux sur pattes qui me servaient de gorilles, je suis venu te narguer dans le train du retour.
Tu allais mal.
Ca se voyait.
Tu n'avais pas mon entraînement pour dissimuler.
Tu ne l'as toujours pas d'ailleurs…
Je t'ai volontairement poussé à bout.
Avec un peu de chance, tu irais loin, tu me ferais mal à la hauteur de la souffrance que je contenais et que j'aurais ainsi pu libérer…
Mais toi, tu n'as qu'une fierté relative.
Et puis finalement tu souffrais sans doute trop.
Vous avez eu le soutien inopiné de vos compères « Weasley paire et Lee »…
Et, vous avez joué la maternelle.
J'attendais un Doloris et j'ai eu droit à un sortilège de Jambencoton et d'endormissement…
Sans commentaires.
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Mais le mal qui m'habitait était trop vivace et, à votre insu, je suis resté conscient.
Je t'ai donc entendu donner l'argent du tournoi aux jumeaux… Je t'ai entendu leur dire que tu avais besoin de rire….
Et là, Harry, là par ses simples mots, je me suis rendu compte que ce qui grignotait sa place dans les vides en moi, c'était toi….
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Besoin de souffler. Je vais faire un tour. Je reprendrai un peu plus tard….
Je n'aurais jamais cru que ce serait si éprouvant…
(et çà je ne me serais jamais cru capable de l'admettre alors de l'écrire… à toi… Harry…)
A plus tard…
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La roue du temps glissera lentement sur vos imaginations débridées avant de révéler la suite… le 26 septembre prochain (ben oui pas en 2007 quand même !)
Pour gérer la frustration une seule solution : ça s'appelle "submit review" - La colère, itou - L'éternelle reconnaissance, idem - Votre haine farouche de l'écrivaillon dépravé qui dénature les personnages que vous encensez, c'est pareil - L'admiration sans borne et le culte que vous voulez m'instituer, même refrain... Menaces terroristes, c'est là aussi... Doléances pour la prochaine présidentielle, allons-y ! Vos émois et commentaires sur la rentrée, pourquoi pas ? Courrier du coeur ? (faut peut-être pas charrier)
Bref SUBMIT REVIEW est pour vous ! En plus, c'est gratuit ! Profitez ! Abusez ! (Pitié dîtes moi ce que vous en pensez...)
A très bientôt
P.O.L.
