Chapitre 2 : Une journée d'enfer à Central Town

Mikan se réveille lentement. Les rayons du soleil éclairent son visage pâle aux yeux marron rieurs et espiègles. Après réflexion intense, elle se rappela enfin qu'elle était censée aller à Central Town avec Hotaru, Bouclettes, Luca, Tsubasa-sempai et Misaki-sempai. L'esquisse d'un sourire passa sur son visage avant de se souvenir qu'elle avait un nouveau partenaire pas très sympathique… Elle soupira. C'est dur la vie.

Natsume, lui, était debout depuis longtemps. Il regardait le paysage du haut d'un arbre. Il voit les évènements défiler devant lui : son arrivée à l'académie, ses nouveaux camarades de classe. Et puis Mikan Sakura. Il revit le sourire qu'elle lui avait fait. Il eût un léger sourire et se dit que Mikan était plutôt mignonne.

_Te voilà enfin ! , s'exclame Mikan en voyant arriver Bouclettes, qui avait l'air essoufflée et plutôt dépitée.

_Qu'est-ce que t'as ? Tu n'as pas l'air bien, demande Hotaru.

_C'est juste que… je voulais inviter le nouveau, Natsume Hyuga. Vu qu'il vient d'arriver, il ne connaît pas Central Town et j'aurais voulu qu'il vienne avec nous.

_Ah non, après ce qui s'est passé hier, non merci ! , réplique Mikan, furieuse.

_Toi aussi, en lui faisant un sourire de cloche, il a dû avoir peur, constate Hotaru, toujours aussi gentille et agréable.

_Ouais bon et alors ? Il a dit quoi ? , demande Luca.

_Ben… Je ne l'aie pas trouvé. Et puis, Mikan, c'est ton partenaire, non ? Ce devrait plutôt toi qui devrait t'en occuper.

_Elle a tout à fait raison ! dit une voix joyeuse.

_Tsubasa-sempai ! , s'exclamèrent Mikan et Bouclettes, ravies.

_Merde, l'ombrettiste, grommelle Luca.

_Zut, le sombre connard, marmonne Hotaru.

_Eh, un peu de respect vous autres ! , proteste Tsubasa, un garçon de 14 ans à la chevelure noire décoiffée en permanence (on dirait tout le temps qu'il sort du lit, avait un jour remarqué Luca) et aux yeux bleus pétillants de malice (et de bêtise aussi, avait rajouté Hotaru). Sous son œil gauche, une étoile. Sur son visage, un gigantesque sourire.

Iincho débarque soudain au milieu du groupe, un large sourire aux lèvres.

_Salut ! Je peux venir avec vous ?

_Bien sur, répond Bouclettes.

_Je peux amener quelqu'un avec moi ?

_Oui, qui…

Soudain, elle ouvrit grand la bouche et crie :

_IL EST LA !

Natsume se tenait derrière Iincho, l'air encore plus bougon que la veille.

_C'est lui le nouveau ? , demande Tsubasa, intrigué.

Après observation, il leva la tête et lança :

_Pff… il n'a pas l'air sociable ni agréable à vivre.

Mikan, sur le point d'approuver son sempaï préféré, fut coupée par Luca et Hotaru.

_Et c'est toi qui le fais remarquer, crétin ringard et associable ! , lancent les deux gamins.

Tsubasa, furieux, tire la langue à Hotaru avant de se diriger vers Luca, les mains tendues, tandis que Lapinou s'enfuyait vers une personne familière qui s'approchait…

Un rire moqueur interrompit les vaines tentatives de Tsubasa pour tirer les oreilles de Luca. Une jeune fille de l'âge de Tsubasa, aux cheveux roses flottants au vent et au sourire moqueur venait d'apparaître.

_Tu sais, d'un côté ils n'ont pas tort, lance-t-elle.

_Misaki-sempaï ! Tout le monde est là, maintenant, on va pouvoir y aller ! , conclut Hotaru, visiblement pressée.

Elle tenait un paquet à bout de bras, où était écrit : « Commande spéciale secret pas touche ».

Avant de monter dans le bus pour Central Town, Natsume se rendit compte que personne n'avait remarqué que Tsubasa avait légèrement rougi lorsque Misaki s'était adressée à lui. Il esquissa un sourire qui disparût lorsqu'il vit le troupeau de filles installées dans le bus qui le regardaient, l'air avide, la bave aux lèvres.

A peine le bus s'était-il arrêté que les élèves se jetèrent dehors. Saisis par le froid, la moitié retourna à l'intérieur afin de mettre manteaux et écharpes avant de retourner à l'extérieur. Mikan sourit en assistant à cette manœuvre.

_N'importe quoi ! , dit-elle.

Tsubasa, qui était encore vexé, remarqua que Luca fixait Mikan. Une occasion de se venger pour le collégien qui lance :

_Dis Luca, le shopping, tu ne m'avais pas dit que c'était pas ton truc ?

_Euh, oui, pourquoi ?

_Parce que si t'es là, c'est pour suivre Mikan, pas pour les boutiques, hein ?

_Espèce de…

Ne le laissant pas finir sa phrase, Misaki le saisit par les épaules en disant :

_Mais c'est vrai ça !

Soudain Hotaru agrippa Iincho par le bras. Ce dernier, surpris (et ravi, remarque Natsume) demande :

_Oui ?

_Viens avec moi, je vais livrer mon paquet.

_Ah euh, fait-il, embarrassé.

_Tu ne veux pas venir ?

_Si, j'arrive !

Pensées de Natsume

Bon sang, quelle bande de dingues ! D'abord, le gars qui s'appelle Tsubasa, ensuite ces deux là ! Un peu plus et je les siffle !

Fin pensées de Natsume

_Oh ! Où est Hotaru ? , demande Mikan à Natsume.

Ce dernier lui lance un regard encore plus froid que la neige alentour. Furieuse, la fillette se tourne vers Bouclettes et crie :

_Et tu voulais qu'on aille en ville avec ça ?

L'intéressée contemplait Luca aux prises avec Tsubasa. Elle se tenait la tête à deux mains. Mikan comprit avant tout le monde (pas mal pour une fille aussi lente à la détente ! ) .

_Elle va utiliser son alice !

Natsume posa son regard sur cet étrange spectacle. Des moustaches ornaient le visage de pimbêche de la gamine. Elle se jeta sur Tsubasa et tenta de le griffer au visage. Le jeune homme évita l'attaque mais lâcha Luca. Bouclettes sauta sur l'occasion et se réfugia dans les bras de Luca, lequel rougit jusqu'aux oreilles.

La bouche de Mikan s'ouvrit en un rond parfait tandis que Tsubasa, pris par surprise, se réfugia chez Misaki.

Quant à Natsume, qui ne pouvait plus se retenir, il siffla si fort les deux couples que les couettes de Mikan s'envolèrent.

_Mai-mais… MAIS CA VA PAS LA TETE DE SIFFLER SI FORT, IDIOT ?

_Désolé mais quand j'étais plus petit, on a reconnu que c'était moi qui sifflais le plus fort de toute l'école alors je continue à m'entraîner.

_Pff… Je te déteste !

Hotaru, qui avait assisté à la scène de loin, ne put résister à lancer une pique à Natsume :

_Félicitations, depuis que je te connais c'est la phrase la plus longue que tu aies dite.

Mikan, s'estimant un peu vengée par Hotaru, eût un grand sourire qui illumina son visage et celui de Natsume.

Cette fois-ci, il n'y eût que Tsubasa pour remarquer que le regard de Natsume s'était adouci en regardant Mikan.

L'alice du feu regardait aussi Iincho, qui tenait la main d'Hotaru. La jeune fille s'en aperçût mais ne fit rien. Elle regarda Luca encombré par Bouclettes, Misaki qui tentait de se débarrasser de Tsubasa qui essayait de la tenir par la taille et Mikan qui pestait de nouveau contre Natsume. Elle soupira puis dit :

_Décidément, ce qui devait être une journée de shopping tranquille entre amis se transforme finalement en une journée d'enfer.

Hotaru avait raison. Le pire arriva en fin de journée par une nouvelle dispute entre Mikan et Natsume au sujet de la température ambiante. En effet, pour Mikan, la logique était que Natsume les réchauffe grâce à son alice du feu, vu qu'il faisait très très froid. Natsume refuse, ce qui a le don d'énerver Mikan. Celle-ci le traite d'orgueilleux, de sans-cœur. Tsubasa tente de s'interposer mais il reçoit une boule de neige en pleine tête de la part de Natsume. Le collégien s'énerve, tandis que Hotaru, Luca et Bouclettes, toujours collée à Luca, rient aux éclats. Tsubasa, vexé, demande l'aide de Misaki mais la jeune fille enfonce le clou.

_T'es vraiment nul Tsubasa ! Ce n'est qu'un gamin, tu aurais très bien pu arrêter sa boule grâce à ton alice des ombres, idiot ! Tu es trop bête pour ça peut-être !

Et elle continue à lui envoyer des boules de neige. Intéressés par le jeu, Luca, Bouclettes et Hotaru se mettent à bombarder Tsubasa.

Le jeune garçon, humilié, a beau utiliser son alice, il se fait toujours avoir. Quand arrive le tour des boules téléguidées de Hotaru et lorsque les clones de Misaki apparaissent tout autour du garçon, l'attaquant de tous les côtés, Tsubasa craque. Profondément humilié, en public de surcroît, il s'enfuit en courant sous la neige, tandis que ses « amis » se réfugient dans un bar, morts de rire.

Les deux personnes totalement déroutées par les évènements, ce sont Mikan et Natsume. Tous deux restent plantées sous la neige. Natsume sort un paraneige, qu'il a acheté pendant la bagarre. Il s'abrite puis regarde Mikan. La jeune fille cherche son sempaï du regard avant de réprimander les autres qui ne l'écoutent même pas tellement ils rient.

_Puisque c'est comme ça, je vous laisse vous éclater entre idiots ! , crie-t-elle, furieuse.

Soudain elle éternue. Il fait trop froid, mais elle continue de marcher dans la neige à la recherche de Tsubasa, pestant contre Misaki-sempaï, Luca, Hotaru Bouclettes et le monde entier.

Natsume la regarde longuement. Puis, à la surprise générale, il s'avance vers elle et l'abrite avec lui. Il crée également des flammes réchauffantes et rassurantes autour d'eux. Le paraneige étant petit, ils sont obligés de se serrer. Mikan, tout émue, le remercie du regard. Ils marchent sous la neige, silencieux. Un peu plus loin, un homme aux cheveux blonds mi-longs et aux yeux verts pétillants et attendris, emmitouflé dans sa parka noire, les regarde. C'est monsieur Narumi. Il se rappelle une autre époque où c'était lui qui l'abritait, elle.

Il neigeait aussi, elle avait froid et ne savait pas où s'abriter. Monsieur Narumi soupira et posa un dernier regard sur les deux enfants, inconscients du monde qui les entoure, le regard vague et le cœur battant à tout rompre.

Dans le bar, l'hilarité est passée. Bouclettes tient la main de Luca. Celui-ci ne dit rien. Quant à Hotaru, elle s'est endormie sur l'épaule d'Iincho.

Elle fait des rêves où elle et celui-qu'elle-aime se baladent sous la neige, un robot de son invention tient un paraneige au-dessus de leur tête.

Quant à Bouclettes, elle rêve d'un beau paysage où tous les animaux font la ronde autour d'elle et de Luca. Le garçon lui sourit et tous les deux se baladent main dans la main, le soleil brillant de tous ses feux.

Mikan et Natsume (on en revient à eux) sont toujours dans leur monde. Ils n'ont plus conscience de la neige, ni du froid, ni du bruit, ni des regards posés sur eux. Ils sont comme des oiseaux qui volent de leurs propres ailes et qui ressentent de l'extase pour la première fois.

Monsieur Narumi rêve d'une époque où, abrité par un paraneige, il se baladait main dans la main avec elle.

Hotaru, qui émerge du sommeil si doux dans lequel elle était plongée, se dit que cette journée d'enfer s'était finalement bien terminée pour tout le monde. « Enfin, tout le monde sauf une. » constate-t-elle.

Dehors, dans le froid intense, abritée par le porche, Misaki regarde la neige tomber. Elle a le cœur lourd, noué par un sentiment de culpabilité énorme.

Elle ne peut baisser les paupières. Chaque fois qu'elle ferme les yeux, des yeux la hantent. Des yeux bleus blessés, humiliés, qui demandent pourquoi.

Misaki refoule ses larmes. Ce n'est pas le moment. Elle se rappelle un jour il y a longtemps où ces mêmes yeux lui avaient dit : « On est amis maintenant ? »

Fin du chapitre 2