-Alors, commença House tandis que Wilson mordait finalement dans son sandwich. Récapitulons ce que nous savons de vous... Vous êtes incapable d'avoir une relation longue durée avec quelqu'un du sexe opposé...
-Hey ! protesta Wilson, la bouche pleine.
-...Vous êtes un oncologue, ce qui veut dire que vous avez soit des nerfs solides, soit une furieuse envie de vous suicider... Mais le fait que vous soyez un profond crétin prêt à se sacrifier pour les autres me fait pencher pour la thèse du suicide.
Wilson avala sa bouchée et fit une grimace.
-Vous avez trouvé tout ça en m'observant ? Vous avez pensé à faire carrière comme liseuse de bonne aventure ?
-Il paraît je suis trop barbu pour le job, répondit House en haussant les épaules.
-Et comment savez que je suis un... C'était quoi la phrase ?
-Un « profond crétin prêt à se sacrifier pour les autres ».
-Voilà.
House posa ses coudes sur le lit, et son menton dans ses paumes.
-Vos poussées de fièvres ne sont pas subites.
-Huh huh... fit Wilson, sceptique. Vous m'avez suivit avec un thermomètre télécommandé pendant ces derniers mois ?
-Non, mais je vous ai observé cette après midi. Ca faisait déjà dix bonnes minutes que vous aviez pâli, et cinq minutes que vous respiriez laborieusement avant que vous ne tombiez à mes pieds.
-... Et ça vous dit que je suis un profond crétin.
-Eh oui... Parce que si vous avez ignoré ces symptômes alors que vous côtoyez des malades immunodéprimés tous les jours, c'est que vous ne vous êtes pas aperçu que c'étaient des symptômes. Si vous ne vous êtes pas aperçu que c'étaient des symptômes, c'est que vous devez être habitué à ressentir ce genre de chose. Si vous y êtes habitué, c'est probablement parce que généralement, vous travaillez jusqu'à ce que vous vous écrouliez de fatigue et que votre corps est souvent stressé. Ce qui me fait parvenir à cette conclusion : vous préférez sacrifier vos heures de sommeil et votre santé plutôt que de manquer à un seul de vos soit disant devoirs de médecin. Vous êtes donc un profond crétin prêt à se sacrifier pour les autres. CQFD.
Wilson resta figé pendant un long, long moment, les yeux sur House qui lui rendait son regard d'un air presque ennuyé. Et puis il leva la main droite pour se gratter le bras gauche. House sursauta et lui attrapa la main pour la retirer brusquement de son bras.
-Hé ! s'écria Wilson. Lâchez moi, ça va pas ?!
-Ca gratte ?
-Euh... Oui ? dit-il, incertain.
House attrapa la manche gauche de sa blouse et la remonta petit à petit. Wilson regarda avec horreur sa peau rouge et enflée révélée au grand jour.
-C'est quoi, ça ?!
-Ca, c'est un rash, informa House d'un ton calme, observant attentivement le bras de Wilson.
-Je sais ce que c'est, j'ai fait médecine moi aussi ! s'énerva ce dernier. Pourquoi j'ai ça ?!
House ne répondit pas. Il relâcha son bras et tourna des talons pour sortir de la pièce sans rien dire. Il étégnit la lumière en partant, laissant Wilson dans le noir et sans réponse.
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Wilson ne resta pas longtemps seul, car à peu près un quart d'heure plus tard, le Dr Cameron entrait dans sa chambre. Elle stoppa un moment en voyant la chambre plongée dans le noir, mais lorsqu'elle actionna l'interrupteur, elle avait un sourire chaleureux sur le visage.
-House m'envoie m'occuper de votre rash...
Wilson roula des yeux mais la laissa faire. Quelques minutes passèrent avant que Cameron ne demande :
-Vous connaissiez le Dr House avant ?
-Pardon ? fit Wilson, étonné. Non, je l'ai rencontré cette après-midi... Pourquoi ?
Cameron se redressa et commença à ranger ses instruments. Elle avait l'air un peu gênée.
-Dr House va très rarement voir les patients.
-...Hum ? l'encouragea Wilson qui ne voyait pas bien où elle voulait en venir.
-En fait, statistiquement, il a passé plus de temps avec vous qu'avec chacun de ses patients de ces six derniers mois. C'est pourquoi je me demandais s'il vous connaissais, d'une manière ou d'une autre...
-Euh... Non, on ne se connait pas plus que ça.
Cameron lui sourit.
-Dans ce cas, c'est qu'il vous trouve intéressant.
-Hum... Je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment ou une insulte... étant donné qu'il est complètement barje, clarifia-t-il en se vissant l'index sur la tempe pour illustrer son propos.
La jeune femme se mit à glousser.
-C'est un génie, dit-elle. Choisissez plutôt le compliment !
Cameron s'apprêtait à partir lorsque la porte de la chambre s'ouvrit. House entra de sa démarche claudicante, et derrière lui, peinant sous l'effort, Foreman et Chase le suivaient en portant un grand tableau blanc. Wilson les regarda impassiblement poser l'engin dans un coin de sa chambre, et puis décida d'interroger House du regard. Celui-ci ne le regardait cependant pas.
-Qu-qu'est ce que vous faites ?! s'étonna Cameron.
-Je délocalise mon bureau ! fut la réponse.
-Okay... Je veux savoir pourquoi ? demanda la jeune femme.
-Probablement pas. Sauf si vous êtes médecin, que vous travaillez pour moi, et que votre patient est cet homme assis dans ce lit... Oh, attendez une minute, c'est le cas !
Cameron leva les yeux au ciel et marcha résolument vers la porte.
-Je dois amener ces prélèvements au labo. Je reviendrais quand vous aurez décidé d'arrêter de jouer bêtement.
House attendit que la porte se referme derrière elle pour lui tirer la langue, et Wilson pouffa, s'attirant le regard désabusé de Foreman qui se demandait visiblement comment il faisait pour trouver ça drôle alors que House s'amusait ostensiblement à ses dépends.
-Et moi ? demanda l'oncologue. Je veux savoir pourquoi vous délocalisez votre bureau dans ma chambre ?
House tira à lui une chaise en se servant du pommeau de sa cane et s'assit dessus à l'envers, faisant face au tableau.
-Je veux qu'on vous surveille de près. Le bras gratte encore ?
-Hum... Non.
-'hum non' ou 'non non' ?
Wilson leva un sourcil.
-C'est important ?
Le médecin haussa les épaules. Il agrippa sa cane et tapota sur le tableau blanc.
-Nous avons listé ici vos symptômes, Docteur, informa-t-il. Maintenant, le Dr Chase ici présent (il tapota le bras de Chase avec sa cane) pense que vous faites une mauvaise réaction à un médicament. Idée stupide, si vous voulez mon avis. Mais accordons lui le bénéfice du doute. Le Dr Foreman ici présent (il tapota Foreman, un peu plus fort que nécessaire) pense que c'est un virus, dans le genre d'Epstein Barr. Ce qui serait possible, si d'une façon ou d'une autre votre corps avait du mal à faire avec cet intrus dans votre organisme, et qu'il commençait à danser une java tout seul dans l'espoir de le dégoûter à jamais de la boîte de nuit du coin et qu'il se casse vite fait.
House se tourna finalement vers lui.
-Votre avis ?
-Euh... fit Wilson, pris au dépourvu.
Il tourna lentement ses yeux vers la tableau blanc et lu pour la première fois les inscriptions gribouillées :
WILSON, James.
Juif.
Fortes fièvres récurrentes
Complexe du Sauveur des Mondes
Blancs irréguliers
Rash sur le bras gauche.
-Comment avez-vous su que j'étais juif ? s'étonna Wilson. Je ne vous l'ai pas dit.
Foreman et Chase firent d'affreuses grimaces horrifiées, mais House se contenta de sourire d'un air machiavélique. Wilson haussa les sourcils d'un air soupçonneux, mais préféra abandonner la partie :
-Okay, oubliez que j'ai posé cette question... De toutes façons jusqu'à preuve du contraire, ça n'a rien à voir avec mes symptômes... Pas plus que mon « complexe ».
-Ca reste à prouver, dit House tranquillement. Tant qu'on ne connait pas la maladie, comment savoir qu'est ce qui est un symptôme et qu'est ce qui ne l'est pas...
-Waoh... Humeur philosophique ? demanda Wilson.
-Nope. Logique, mon cher Wilson.
-Huhu...
-Vous ne m'avez pas répondu, reprit House. Laquelle des deux théories ici présentes vous paraît la plus plausibles ?
Wilson leva les yeux vers les deux acolytes de House et fronça un moment les sourcils.
-C'étaient quoi, ces théories ?
House resta une fraction de secondes à l'observer silencieusement avant de répéter docilement les deux options proposées. Wilson reporta son regard sur le tableau blanc et sembla passer un certain temps à déchiffrer les écritures. Il tourna finalement sa tête vers House pour lui demander, étonné :
-Comment avez-vous su que j'étais juif ? Je ne vous l'ai pas dit...
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