Chapitre 2


2 ans plus tard

Une fine pluie tombait sur le cimetière Parisien. Un vent frais dégagea une mèche rousse qui tombait sur le visage de Chloé. Autours d'elle, des parapluies noirs s'ouvraient. Peut lui importait que sa robe noire soit trempée. Plus rien ne comptait d'ailleurs. Chloé n'était plus vraiment de ce monde. Le regard fixé sur le cercueil, installé 20 mètres sous ses pieds, elle tenait une rose rouge qui ne voulait pas s'élancer dans le trou.

Quelle était la nature de ses sentiments pour ce cercueil ? De la colère, de l'indifférence, de la peine… ou était-ce en fin de compte un peu d'amour ?

Pendant 17 ans, elle n'avait cessé de se demander ce qu'elle ressentirait ce jour. Longtemps elle avait imaginé qu'elle déverserait sa colère, le mépriserait ou serait heureuse de la mort de ce bourreau. Mais la jeune femme s'étonna du nœud dans l'estomac qui lui rongeait les entrailles et de la boule qui commençait à l'étouffer en faisant remonter des larmes inavouées. Elle se sentait aussi un peu coupable de toutes ces manifestations, ayant la sensation de trahir sa mère. Chloé avait mit du temps à comprendre que fuir son passé ne l'aiderait pas à l'accepter.

Elle avait réalisé que sa colère contre son père ne tenait pas uniquement à la mort de sa mère, mais également à ce sentiment de trahison, d'abandon qu'il lui avait laissé. Car, c'était après tout contre ce temps où elle l'avait aimé et lui avait fait confiance, que le souvenir du meurtre de sa mère se battait et se heurtait sans cesse.

Puis l'amitié nouée avec Delphine et sa fille, l'avait poussé à dépasser ses limites.

« Je ne supporte pas d'être vue comme une victime » n'était ce pas ce qu'elle avait dit à Mathieu ?

Louise était introuvable ? Plus pour très longtemps ! N'était-elle psychologue après tout ? Travaillant dans une brigade criminelle qui plus est ! Elle parvenait à retrouver des criminels presque chaque jour, alors pourquoi ne pourrait-elle pas retrouver cette garce ?!

Elle remplissait une partie de sa dette en s'occupant de la fille de Mathieu et du deuil de Delphine mais, si elle-même voulait faire son deuil, désormais elle le savait, elle devait stopper Louise ! A défaut d'avoir pus protéger Mathieu…

Et pour cela, elle devait rentrer dans sa tête… à la source. Le contacte avec son père.

Pour comprendre pourquoi Louise s'était faite passé pour sa sœur avant de vouloir être elle, Chloé devait s'aider du témoignage de son père afin de dresser le profil de son ennemie et éventuellement retrouver le passé de Louise. Ayant comme excuse la recherche de Louise, elle s'était progressivement rapprochée de son père.

Et sans s'y attendre, elle avait déversé d'un seul coup, toute sa colère et sa frustration.

Lequel, à sa grande surprise, était tombé en sanglot.

D'abord révoltée, Chloé avait finalement vaincue son conflit intérieur et acceptée de se laisser envahir par les souvenirs de son passé et par les explications de son père ; sa rencontre avec sa mère, ses souvenirs de famille, ses sentiments.

Ayant comme excuse la recherche de Louise, elle s'était progressivement rapprochée de son père réalisant qu'elle partait à la rencontre d'un homme, en fin de compte, inconnu.

Elle l'avait connu petite mais la vision du meurtre de sa mère avait brouillé la vision qu'elle avait pus avoir cet homme. Aujourd'hui, adulte et psychologue, elle voyait les choses sous un autre angle…

Lentement, le monstre avait disparut de ses cauchemars.

Chloé ravala sa salive sans se détacher de la tombe.

La fille de sa mère, la fille de son père… elle ne savait plus précisément qui elle était.

Une semaine auparavant, Chloé et son père se promenaient le long des quais St Michel en parlant de Louise.

« Qu'est ce qui se passera une fois que vous l'aurez capturée ? »

« Qu'est ce que tu veux dire ? »

« …entre toi et moi. »

Chloé s'était stoppée et avait fixé son père.

« Je sais que tu me hais mais…j'aimerais »

« Je ne suis pas prête. Désolé mais je ne pense pas que…c'est impossible. Nous reprendrons nos vies comme avant.»

Mr Fischer l'avait alors affronté du regard, ravaler sa salive et soupiré.

« Je comprends »

Un étrange sentiment de culpabilité avait envahie Chloé.

« Tu as tué maman ! Même si je veux bien accepter l'idée que je puisse avoir des moments heureux avec toi, le corps de maman me hante, je ne me sens pas en confiance et…et avec ce qu'à fait Louise je crois que je… »

« Chloé stop. Je comprends. »

Par certains moments, les dialogues avec son père lui rappelaient la présence de Mathieu.

« Je ne peux pas t'aimer maintenant. »

« Chloé… »

« J'ai accepté mon lien parental avec toi mais… »

« Chloé, attention ! » Furent les derniers mots qu'il lui avait dit.

S'écrasant contre elle, il s'était effondré dans ses bras. Impuissante elle avait vainement tenté d'empêcher l'inévitable mort. D'abord interdite, Chloé s'était ensuite effondrée, fondant en larmes. Des larmes de colère. Contre l'assassin mais aussi contre le destin.

Comment un événement pouvait-il se reproduire trois fois de suite ?

- Chloé…les experts ont trouvés ça dans le manteau de ton père. Avait murmuré une voix familière et compatissante.

Fred tenait, gênée, une photo de famille… SA famille ! Dans un moment heureux de leur existence.

Aujourd'hui Chloé réalisait qu'il y avait trop longtemps qu'elle fuyait son passé. Un passé qui ne cessait de l'a rattrapé. Et elle ne pouvait pas se le permettre. Elle ne pouvait pas simplement tourner la page et fuir. Car même s'il elle ne semblait plus rien avoir, elle avait tellement plus qu'avant son insertion dans la police. Tellement plus qu'au tout début de son deuil. Elle avait un passé désormais.

Chloé Fischer et Chloé St Laurent étaient les parties distinctes d'une même personne qui venaient de se réunifier. Bien plus encore qu'à son père, elle s'était pardonnée et avait acceptait définitivement acceptée qu'elle n'était en rien responsable de la mort de sa mère.

Elle se sentit calme, sereine, emplie d'une paix intérieure qu'elle n'avait put trouver depuis des années. Elle lança finalement la rose rouge vers le cercueil, qui alla s'écraser contre le bois.

Et tandis que ses ses amis et connaissances lui présentaient leurs condoléances, dans son esprit, son objectif n'avait jamais été aussi clair. Pas même lors de la mort de Mathieu Pérac. Stopper Louise.


Chloé rentra dans son appartement. Cet enterrement l'avait vidée. Mais il lui avait également permit de prendre une décision.

- Salut Popie.

Derrière le fauteuil, un pékinois beige sortit et fit des petits bruits. Il attendait impatiemment un retour de sa maîtresse.

Popie était arrivé le jour de la mort de Kiki son poisson rouge. C'est qu'elle s'y était attachée à ce poisson !

Grégoire avait raison, un animal l'aidait à se sentir mieux et améliorait ses rapports avec le monde extérieur. Il la forçait à ne pas s'enfermer dans une solitude coupée du monde et l'obligeait à sortir. A vivre avec une autre présence.

Elle ne l'avait pas choisi. C'était lui qui l'avait suivit alors qu'elle enquêtait avec Fred sur un meurtre. Impossible de s'en séparer ! Et il l'écoutait. Son flaire l'avait aidé et ses petits bruits étranges qu'il minaudait, mélange d'aboiements et de gazouillis, ses expressions, et ses « réponses » avait inspiré Chloé dans cette enquête. L'harmonie était telle qu'à la fin de l'enquête, Chloé n'avait pus se résoudre à laisser Popie à la SPA.

La jeune femme s'assied sur le canapé et trouva du réconfort à travers un très gros câlin et des petits coups de langues. Elle s'aperçut alors que son ordinateur clignotait.

Vous avez reçu un message. Imprimer le message ?

Fronçant les sourcils elle cliqua sur « OK ». L'imprimante se réveilla et avala du papier. Une première feuille en ressortit, puis une autre… remplies de photos de la fille de Mathieu, de Delphine, de Fred, et de Lamarck faîtes à leur insu.

Une phrase finalisait ce dossier :

Je t'ai déjà prit Pérac. Qui sera le prochain ?

Retrouve-moi seule à seule

Louise.

Chloé s'assied le cœur battant, pensive.

Sa revanche s'offrait à elle comme sur un plateau d'argent. S'emparant du téléphone elle composa le 17. Parallèlement elle prépara son sac et son manteau. Le téléphone était sur liste d'attente.

Contenant difficilement son impatiente Chloé fixa les photos, relisant la phrase. L'image de son équipier baignant dans son sang, hanta son regard, s'alliant à celle de son père.

Et soudainement, la main de Chloé cessa de trembler.

« Bonjour, vous êtes bien chez Chloé St Laurent. Laisser un message après le bip. »


A suivre