CHAPITRE III

« La chance appartient à tout le monde, il suffit

d'y croire ... » Jacques Caron

Septembre 2089

C'était vraiment étrange. Elle était menacée par un simple bout de bois, mais un frisson de peur l'a parcouru. Ce n'était pas tellement futile puisque l'homme dégageait une espèce d'aura et sa baguette était plus impressionnante qu'au premier abord. Elle était longue, faite dans un bois foncé, elle était brillante, comme si on la lustrait tous les jours, sans rayure et sans défaut. Ses yeux restaient fixé sur cet objet, comme hypnotisée. Puis son poignet décrivit un arc de cercle avant de s'abaisser brusquement, à ce moment-là toutes les lumières s'éteignirent. Des rayons de lumières fusèrent de partout, provenant toujours de cette même baguette. Les sortilèges frappaient les portes et les fenêtres, empêchant toute fuite. Cette fermeture forcée enclencha l'alarme et les cris qui retentissaient dans le service des Urgences continuèrent de plus belle.

Azraël leva alors les yeux vers le sorcier. Il était tout à fait banal, il ressemblait à monsieur tout le monde et on ne pouvait en aucun dire qu'il s'agissait d'un sorcier en le regardant. Le bout de la baguette vint chatouiller son menton, la menaçant clairement de ne faire aucun geste brusque.

- Lâchez votre arme.

Le Bourbon … Dans son dos, elle entendit nettement le bruit du métal qui frappa lourdement le sol et elle le vit apparaître sous ses yeux comme par magie. Elle était estomaquée. Comment avait-il pu faire cela ? C'est alors qu'elle sentit son arme bouger dans son dos, se déloger et atterrir dans la main de l'homme. C'était incroyable. De sa main libre, le sorcier la pris par le bras et la jeta littéralement dans les bras de l'homme et dans la foulée, une corde sortit du bout de sa baguette. Mu par une force invisible, ils s'enroulèrent autour des poignées du Bourbon et d'Azraël. Il ne s'intéressait qu'à eux seul, les autres étaient bien trop apeurés et inexpérimenté pour faire quelque chose. Eux, ils travaillaient avec la police, il les avait entrevus sur le terrain.

- Comment avez-vous fait hein ? Vous, de simples moldus.

Il cracha presque ces derniers mots, comme une insulte.

- Les simples moldus ont tout simplement compris votre façon de penser jusqu'à établir un portrait psychologique. Et nous voilà.

- Tais-toi Azraël !

Une telle arrogance dans le ton qu'elle avait employé, cela ne pouvait que contrarier le sorcier. Mais il paraissait un peu intrigué, voire même intéressé.

- Non non ! Allez-y ! Décrivez-moi ! Non … vous décrivez-moi, vous semblez être le patron.

La baguette se tourna vers le Bourbon Kid qui ne sourcilla pas, fixant le sorcier sans peur, sans frisson, sans tremblement.

- Vous aimez le pouvoir, vous savoir important. Mais vous n'étiez rien ni personne dans votre monde. Après la mise à nu de votre monde, vous avez décidé de montrer que quoi vous étiez capable et surtout pour vous intégrer plus facilement et passer inaperçu. Vous avez blessé onze personnes, seule la première est morte mais ce n'était pas votre faute …

- Ces crétins d'ambulanciers moldus ont mis treize minutes à arriver sur place.

La colère se lisait parfaitement sur son visage.

- Nous savions que vous étiez là ! Barricadez la porte et montré que vous avez des agents spéciaux à vos pieds.

- Pourquoi vous voulez m'aider ?

- Je ne le veux pas …

Azraël fronça les sourcils, les yeux rivés sur le sol. Le sorcier, lui était plus menaçant que jamais mais sa main ne tremblait pas. Il dressait sa baguette avec fermeté et folie. Puis, il la baissa légèrement, intrigué.

- Vous avez dit « nous savions » …

- Non, j'ai dit ''nous savons'', répondit le Bourbon après quelques secondes de silence.

- Quelle importance, trancha Azraël en faisant claquer sa langue contre son palet.

Le regard du sorcier se posa un instant sur elle.

- Parce que ton copain a envie de m'aider même s'il ne veut pas se l'avouer … Pourquoi ?

Azraël vit le regard du Bourbon devenir noir, comme si une colère grondait en lui et ne demandait qu'à sortir.

- Parce qu'ils savaient que vous étiez là et qu'ils m'ont envoyés ici avec une gamine stupide.

Ces mots furent pires qu'une gifle, c'était une pluie de coups. Une gamine stupide … Pourquoi ? Pourquoi disait-il cela ? Ça n'avait aucun sens. Son esprit tournait en quête de réponse, et elle en trouva une.

- Ils m'envoient à la mort, je ne vois pas pourquoi je leur faciliterai les choses.

Un rire froid franchit les lèvres du sorcier. Il semblait satisfait, satisfait de voir quelqu'un d'aussi tordu que lui, quelqu'un qui était sous-estimé. Il avait l'impression d'être avec un frère d'arme.

- Et puis, continua le Bourbon, placez des gens devant la porte. Les agents derrière voudront la faire sauter et ils mourront en même temps. Une bavure de ce genre, ça ne pardonne pas.

- Vous êtes un sacré tordu, répliqua le sorcier avec un petit sourire.

- Je vous ai trouvé comment à votre avis ?

L'échange devenait de plus en plus intéressant, et de plus en plus pesant aussi. Tout le monde avait les yeux rivé sur le Bourbon. Pourquoi il ne les aidait pas ? Azraël le regardait, déchiffrant son esprit. Plusieurs minutes passèrent et on pouvait entendre du mouvement derrière la porte principale.

- Je peux vous demander un service.

Le sorcier haussa un sourcil mais acquiesça d'un signe de tête.

- Les chances de sortir d'ici vivant sont minces …

- Et alors ?

- J'aimerai régler son compte à la morveuse pour m'avoir entraîné dans ce trou à rat et d'y laisser ma carrière et ma peau.

Le regard sombre de l'homme dévia sur elle, la détaillant sans aucune gêne apparente. Le silence était maître et Azraël attendait son jugement. Un sourire étira son visage et le regard de la jeune femme s'écarquilla.

- Faites-vous plaisir !

Il avait osé. Sans attendre une minute de plus, le Bourbon se jeta sur elle. Il lui assénait des coups de pieds dans le ventre, plusieurs fois. Et le sorcier rigolait bien, oui, ça le faisait marrer de voir quelqu'un d'aussi tordu que lui martyriser une personne. Puis il cessa. Azraël se replia sur elle-même en toussant, prenant une position fœtale et tournant le dos au sorcier et à son bourreau. Le tueur la regardait avec un plaisir non feint. Son regard se tourna vers son complice, puis jusqu'à ses pieds. Là, un détail attira son attention.

- Qu'est-ce que c'est que ça !

Sentant le danger, il pointa sa baguette en direction du Bourbon, mais c'est à cet instant qu'Azraël se retourna, revolver à la main. Son doigt pressa la gâchette et un coup de feu retentit. La balle alla se loger juste entre les deux yeux, la tête bascula en arrière, le corps suivit le mouvement pour s'écraser au sol dans un bruit sourd. Les épaules de la jeune femme se soulevaient rapidement, suivant le rythme rapide de son cœur et de son souffle. Tout était enfin terminé.

/… … … … /

Adossé au mur, Azraël savourait une tasse de café en se massant légèrement les côtes. Il n'avait pas fait semblant de la frapper, mais la distance entre eux et le sorcier était trop courte, il aurait remarqué le pot-aux-roses.

- J'avais peur que tu ne comprennes pas alors j'ai frappé plus longtemps pour que tu puisses prendre le revolver. Désolé pour ça.

Azraël eut un sourire et tourna la tête pour fixer le Bourbon dans le blanc des yeux. Néanmoins, par rapport aux autres fois, la froideur menaçante était partie, son regard restait froid mais un peu plus accueillant tout de même. Un premier pas ?

- Un enfant de douze ans frapperait plus fort.

Elle se redressa, lui asséna un coup de poing amical dans l'épaule avant de tourner les talons.

- Joli tir, lui cria-t-il avant qu'elle ne disparaisse à l'angle d'un couloir.

Juste de la chance. Elle n'avait même pas pris la peine de viser.

Son travail était terminé, elle allait pouvoir rentrer et découvrir son appartement. Ce matin, sur son bureau à la cave, elle avait découvert un trousseau de clef avec un petit mot. Le patron lui offrait un logement tous frais payés en échange de son travail. C'était vraiment parfait. Trop occupée à fixer les clefs, elle ne vit pas la personne devant elle et lui rentra dedans. D'ailleurs, cette dernière ne l'avait pas vu non plus, si bien que la collision fut plutôt brutale et Azraël perdit l'équilibre. Tout se passa alors rapidement, deux bras puissants vinrent coller son corps contre celui de l'inconnu, et au lieu de tomber sur le carrelage froid de l'hôpital, elle rencontra un corps musclé et un regard qui ne lui était pas inconnu : des yeux noisette avec cette note de vert subtile et une étincelle de malice.

- Je vais finir par croire que c'est le destin.

Azraël ne s'attarda pas, elle se releva rapidement et le jeune homme en fit de même. D'ailleurs, elle en profita pour le détailler un peu plus. L'autre jour, elle n'avait vu que son regard, et aujourd'hui, elle découvrait une homme d'une vingtaine d'années, plutôt grand et mince, des bras musclés, tout comme son torse, qui montraient une certaine endurance. Il avait un charme indéniable qu'il devait à ce sourire et ce regard malicieux, on aurait presque dit une seconde nature chez lui. Il avait des cheveux bruns coupés courts mais juste assez pour y mettre une pointe de gel et donner cette allure un peu « saut du lit ».

- Se rencontrer en si peu de temps, je me dois de vous demander votre nom, mademoiselle.

Malgré son caractère un peu froid et distant, Azraël ne put s'empêcher de sourire face au ton mi sérieux, mi amusé de son interlocuteur. Cependant, elle ne répondit pas à sa demande, elle se contenta de le regarder sans rien dire, les bras croisés.

- Si vous voulez, je vous dis le mien. Je m'appelle John, répondit-il en espérant la faire parler.

Son sourire ne fit que s'élargir, et d'un pas, elle franchit l'espace qui les séparer.

- Et bien John, puisque c'est le destin qui nous réunit, nous nous reverrons sûrement. Et peut-être qu'à ce moment-là je vous direz qui je suis.

Sur ces derniers mots, la silhouette féminine s'en alla et disparut au tournant d'un couloir. Il était temps de rentrer maintenant. Avec toutes ces histoires, il faisait déjà presque nuit, le ciel ne tarderait pas à recouvrir entièrement la ville de Londres de son long manteau noir. Le bruit de ses pas résonnait dans les rues vides de la ville. C'était un quartier discret et calme qu'il avait choisi pour elle, et tant mieux. Azraël aimait être au calme. Elle arriva devant la grille d'un immeuble plutôt chic de la capitale et composa le code qu'avait inscrit le boss au dos du petit mot. Elle entra sans problème alors dans une sorte de petite cour pavée et magnifiquement fleurie. Tout était bien entretenu, propre, repeint récemment, c'était vraiment agréable. La jeune femme resta un instant au bout milieu de la cour, respirant cet air de tranquillité qui planait sur les lieux.

Finalement, elle rentra dans l'immeuble et se retrouva dans un hall d'entrée spacieux et agréable, dans des tons de rouge. Il y avait un ascenseur plutôt moderne au bout et sur le côté, une petite pièce qui faisait office de salon pour les habitants de l'immeuble, utilisés sûrement pour les réunions entre propriétaires. Son index poussa le bouton de l'ascenseur et les portes s'ouvrirent immédiatement avec un petit tintement. Un sourire amusé franchit ses lèvres, c'était comme dans les films. Quelques secondes plus tard, elle était dans son appartement et admirait les lieux. Elle était au troisième étage, pas le plus haut mais cela lui suffisait amplement, elle avait un petit balcon qui donnait sur la rue, mais elle s'en foutait, du moment qu'elle pouvait prendre un peu l'air sans sortir. En rentrant dans l'appartement, elle arrivait dans une grande pièce faisant certainement office de salon. Un lustre illuminait entièrement l'endroit vide de tout mobilier. Au fond à droite, il y avait une petite alcôve qui menait à une cuisine spacieuse avec tout le nécessaire, une cuisine qu'une maison pourrait envier, et au fond à gauche, une porte qui menait à sa chambre. Il y avait un lit deux place, deux petites tables basses et sur le mur un immense placard. Dans la chambre, une petite porte menait à une salle de bain de taille raisonnable – par rapport au reste. Il l'avait vraiment gâté sur ce coup, et Azraël se demandait si les autres avait eu le droit à la même chose. Sûrement !

Sans plus se poser de question, le corps de la jeune femme s'effondra sur le lit, les bras en croix. Hier encore elle était en prison, et aujourd'hui, elle travaillait dans une sorte de groupe d'enquête secret contre les sorciers. Elle n'avait pas accepté pour éradiquer les sorciers, mais la proposition de Dillinger lui avait offert une porte de sortie. Quitter l'enfer carcérale, c'était ça sa principale motivation. Ses paupières se fermèrent et ses muscles se relâchèrent. Ici, elle était en sécurité. Alors elle sombra dans un profond sommeil, paisible, pour la première fois depuis bien longtemps.

/… … … … /

Matthew s'assit lourdement dans son fauteuil, ravagé par la fatigue. Cette journée avait été plus qu'éprouvante, entre les rapports à faire et à envoyer à Emily, et les recherches du corps du sorcier mort, c'était vraiment une folle journée. D'ailleurs, aucun auror n'avait réussi à mettre la main sur le corps en question. Où l'avaient-ils donc emmenés, et pourquoi le cacher ? La morgue était vide et les employées n'avaient jamais entendu parlé de l'arrivée du cadavre. Ses doigts se posèrent sur ses tempes pour tenter de calmer le mal de tête qui apparaissait doucement mais sûrement. Quel casse-tête ! De toute façon, il ne pouvait rien faire dans l'immédiat, alors un bon bain chaud et une bonne nuit de sommeil ne seront pas de refus.

/… … … … /

Le ciel perdait peu à peu son sombre manteau, l'astre de la nuit laissait l'aube prendre la place de sa lumière blafarde. L'aube, cet instant magique entre le jour et la nuit. Debout, accoudée à la rambarde de son balcon, Azraël contemplait ce magnifique spectacle. Elle n'avait jamais eu le temps de l'apprécier, et moins encore lorsqu'elle était en prison. Là, elle prenait son temps, savourait chaque minute, chaque seconde. Le soleil se levait à l'horizon, baignant la ville de lumière, Londres, la ville sans âge dans la main de Dieu. Une légère bise soufflait, soulevant ses cheveux et la faisant frissonner, si bien qu'elle s'enroula dans son peignoir pour essayer de récupérer un peu de chaleur.

La sonnette retentit soudainement, la sortant de sa douce rêverie. Pas déjà et encore le boulot. Un soupir franchit ses lèvres tandis qu'elle tournait les talons, rentrant dans l'appartement pour ouvrir la porte à celui qui la dérangeait. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle ne découvrit personne. Rien, le couloir était vide. Enfin, pas vraiment. Une enveloppe blanche, sans aucune inscription avait été posée sur son palier. Azraël regarda une deuxième fois dans le couloir, mais aucun bruit ne parvint à ses oreilles, il n'y avait qu'un profond silence. Pas étonnant, vu l'heure. Doucement, elle prit la missive entre ses doigts et rentra à l'intérieur de son appartement.

« Retournez sur le balcon. En haut à droite. »

Rien d'autre. Pas de signature, rien d'autre n'était écrit sur ce papier ayant l'aspect d'un vieux parchemin. Elle avait l'impression de recevoir un message vieux de 1000ans, d'ailleurs, il avait cet odeur de vieilli qui rendait la chose plus vrai encore. Intriguant. Tellement intriguant qu'elle fit ce que les mots lui dictait. Ses pas la menèrent a nouveau sur le balcon et sa tête se tourna vers le ciel, à droite. Elle ne vit rien dans le ciel, juste ce bleu intense qui devenait de plus en plus pâle avec le levé du soleil. Alors son regard descendit, et c'est là qu'elle le vit. Même de loin, elle reconnaissait cette silhouette, cette ombre qui lui faisait face et lui faisait maintenant un signe de la main. Azraël ne put s'empêcher d'exprimer de la surprise, une sincère surprise puisqu'il la prenait de court, encore une fois. Puis, un sourire se dessina sur ses lèvres, amusement pétillant réchauffant son visage de glace. Elle le vit alors faire un signe, montrant le sol, puis il disparut dans son appartement. Il descendait. Et elle allait en faire de même. Rapidement, elle enfila ses affaires de la veille – elle n'avait pas encore de garde robe – ainsi que le portable et la carte bancaire qui trônait sur la table. Un petit papier était posé à coté, indiquant le numéro de code, cadeau de son patron, encore une fois, pour lui permettre de combler le vide de son armoire et de son appartement. En cinq minutes, elle était prête et elle descendait rapidement les escaliers. Elle qui d'habitude était froide, droite comme un i, n'exprimant que très peu de sentiment, là, elle se précipitait vers cet homme, intriguée. Il l'attendait dehors, en face de son immeuble.

- Je vous l'avais dit.

La jeune femme fronça les sourcils, se demandant ce qu'il voulait dire tout en avançant dans sa direction et s'arrêtant en face de lui.

- C'est le destin.

Face à ce regard pétillant de malice, elle ne put que sourire, à la fois heureuse et amusée. Comment faisait-il cela ? Comment arrivait-il à briser la glace alors qu'elle ne le connaissait même pas. Leur discussion et rencontre de la veille lui revint en tête et elle revit ces images qui réchauffaient son cœur. Il y avait ce courant électrique, cette … magie entre eux qui parvenait à franchir les miradors qu'elle avait bâti pendant ces dures années de prison.

- Marise

John fronça les sourcils avant que l'illumination ne se fasse dans son esprit. Bien sûr, oui, elle lui donnait son prénom, comme elle l'avait promis puisque le destin les réunissait à nouveau. Elle n'allait certainement pas donner son nom de code … Azraël est l'ange de la mort après-tout. Non, Marise ... Et cela raviva en elle des souvenir. John, lui, souriait à pleines dents. Il était réellement aux anges maintenant qu'il connaissait cette belle femme moldue qu'il avait rencontré près du parc et dans l'hôpital.

- Vous travaillez dans la police ?

La question lui était venue spontanément. Si elle en faisait partie … ce serait vraiment dommage car il devrait l'oublier. Un sorcier fréquentant quelqu'un qui lutte contre ceux de son espèce, ce n'était pas prudent. Et Marise, elle, réfléchissait à toute vitesse avant de dire …

- Je suis médecin et les policiers ont demandé ma contribution pour l'enquête.

Quel soulagement, pour l'un comme pour l'autre, l'un parce qu'elle n'était pas policière et l'autre parce qu'il gobait son mensonge facilement.

- Bon alors, mademoiselle le médecin, j'espère que vous n'allez pas faire appel au destin et me dire « on se verra pour prendre un café quand le destin frappera à nouveau. »

Un léger rire franchit ses lèvres tandis qu'il essayait de l'imiter avec un air semi-sérieux. C'était bien la première fois depuis bien longtemps que quelqu'un lui faisait cet effet là, si bien que la glace fondait à vu d'œil. Mais alors que ses lèvres s'entrouvrait pour lui répondre, une sonnerie particulièrement énervante s'échappa depuis sa poche de manteau. Ce son eut pour effet de remontre en place le masque de marbre alors qu'elle cherchait son téléphone. Apparemment, son patron avait déjà enregistré certain numéro puisqu'elle pouvait voir sur l'écran « le bourbon Kid ».

- Je crois bien que si, dit-elle d'un air sobre avant de relever les yeux et de sourire devant sa mine déconfite. Mais c'est contre ma volonté cette fois-ci.

Oh, c'était un pas en avant, cela voulait dire qu'elle ne lui déplaisait pas, alors son sourire eut tôt fait de revenir. Un dernier sourire en coin et Azraël tourna les talons et s'en alla, le téléphone sur l'oreille, et sa belle rencontre rentrait chez elle.

- Azraël, il faut que tu viennes au QG. Et vite.

- Tu oublies que je n'ai pas de voiture, Kid. Je serait là dans une petite heure.

Un bruit de moteur que l'on fait vrombir résonna à ses oreilles et le son semblait très proche. Alors quand elle tourna la tête, elle fut surprise de voir l'Oeil au volant d'une belle décapotable, avec des lunettes noires.

- Je te dépose quelque part mon ange ?

Azraël fronça les sourcils devant cette appellation.

- Finalement je serais là dans cinq minutes.

Puis elle raccrocha le téléphone sans attendre la réponse du Kid et elle monta dans la voiture au coté du borgne, l'air froid et distant, comme d'habitude.

- Prête ?

- Tais-toi et roule … et il n'y a pas de mon ange. Azraël, l'Oeil.

L'Oeil rigola à gorge déployée devant cette réponse sèche puis il appuya sur l'accélérateur, faisant démarrer le cabriolet au quart de tour avec un petit dérapage. Tout pour la frime, mais qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour l'avoir dans son lit.

/… … … … /

- Et bien John, tu m'as l'air plutôt … heureux.

Matthew était rentré dans l'appartement de son ami et ce dernier lui avait ouvert la porte avec un grand sourire. Ce n'était pas vraiment étonnant, il avait toujours été ainsi, c'était plutôt le fait de le voir chanter à tue-tête et tournoyer avec des objets dans les bras, parfois avec lui qui l'inquiétait. L'amour qu'il lui dit. Et bien, s'il devait compter toutes les fois où il était tombé amoureux.

- Je te jure que cette fois c'est différent

Combien de fois l'avait-il entendu ça aussi.

- Je n'ai jamais ressenti cela.

Oh si, sûrement six ou sept fois, Matthew avait perdu ses comptes. Depuis le temps, il devait en être à une bonne vingtaine.

- Allez, va-y ! Fous-toi de ma gueule, quand est-ce que tu vas rencontrer quelqu'un toi ?

Mauvaise question puisque ses joues se mirent à rougir violemment tandis qu'il se passait la main dans ses cheveux en broussaille (héritage Potterien). Bien entendu, John ne faisait pas parti des meilleurs aurors pour rien, et puis sûrement, il connaissait bien son ami. Et le pénible interrogatoire commença, mais aucun information ne filtra. Rien du tout, que ce soit du comment, du quand et du qui. Une vraie tête de mule. Heureusement, la pénible conversation prit fin lorsque l'âtre de la cheminée s'embrasa soudainement, laissant les flammes vertes lécher le bois précieux, puis, le visage de Malefoy apparut.

- Ce ne serait pas ma cousine-patron, déclara Matthew avec cynisme, mais la voix sèche d'Emily le ramena sur terre, et surtout le contenu de son annonce.

- La ferme Matt, on a un gros problème sur les bras. Déclenche le code Nostradamus et prévient tout le monde.

/… … … … /

- Chouette, on a le cadavre d'un sorcier. C'est cool. On va le dépecer et l'étudier comme dans les films d'extraterrestre, pour en savoir plus sur eux ?

La fameuse ironie de l'ange de la mort. Maintenant qu'Azraël avait ses repères et connaissait – ou plutôt – commençait à mieux cerner les membres de son équipe, sa langue se délier, au grand déplaisir de certains. Surtout lorsqu'ils sont victimes de son ironie.

- Trop drôle Azraël, mais tu n'es pas loin de la vérité.

C'était bien la première fois que Nerd lui parlait, et sans évoquer les ordinateurs et autre technologie révolutionnaire. Mais par « pas loin de la vérité », qu'est-ce qu'il sous-entendait ? La jeune femme fut interrompue dans ses pensées par un cri qui déchira le silence du QG. Un mélange de terreur et de douleur, des éclats de voix qui hurlaient des ordres. Torture. A ne pas en douter.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Un froncement de sourcil, seule expression sur le visage de l'ange, seule expression dévoilant les questions qui se poussaient dans son esprit. Qui était là, pourquoi et comment ?

- C'est un sorcier.

Azraël se tourna soudainement vers le Bourbon Kid qui fumait une cigarette en regardant fixement le mur. On aurait pu croire qu'il était pensif et soucieux, mais à vrai dire il était impatient.

- On a réussi à en débusquer un. L'appât du cadavre du sorcier fou a fonctionné finalement. Et non, nous ne t'avons pas mis dans la confidence. Tu n'es là que depuis peu de temps, Azraël.

L'image du visage tuméfie du Bourbon à cause d'une série de coup de poing traversa l'esprit de l'ange. Elle en mourrait d'envie. Et ce fut le patron qui empêcha cette tentative de meurtre en sortant de la salle de « torture ».

- Mes enfants, l'opération Merlin va pouvoir commencer.

L'opération Merlin, Azraël l'apprit plus tard lors de la réunion, était une attaque qu'ils allaient lancer au monde magie. Ou plus précisément, une mission d'infiltration pour connaître les lieux, analyser le terrain. Mieux connaître l'ennemi et exploiter ses faiblesses. C'est ça, l'opération Merlin. D'ailleurs, très original comme nom. Ironie ? A ne pas en douter.

- Nerd, où en es-tu ?

Après avec taper quelques secondes sur son clavier, le geek releva la tête de son écran.

- Je pense être sur la bonne voie. Les tests sont plutôt concluants pour l'instant, mais il faut stabiliser le sérum. Et puis, pour l'instant, il ne marche que sur des rats. Mais je pense que bientôt on pourra l'injecter dans un organisme humain sans problème et se faire passer pour un sorcier.

- Se faire passer pour un sorcier ?

Encore une fois, Azraël n'avait pas été tenue au courant.

- Tout à l'heure, j'ai interrogé l'un d'entre eux et j'ai pu obtenir de nombreuses informations. Apparemment, ils auraient leur propre gouvernement, mais s'attaquer à cette structure serait bien trop dangereux et délicat. Nous ne connaissons encore rien d'eux, expliqua le Patron Dillinger. Alors j'ai appris qu'il y avait un autre endroit dans leur monde, un endroit réputé et très reconnu chez les sorciers. Y pénétrer et le détruire leur porterait un coup fatal.

Les sorciers avaient longtemps su garder leur secret, alors Azraël doutait qu'ils y parviennent, mais bon … qui ne tente rien n'a rien.

- Et quel est cet endroit ? Demanda-t-elle en piquant une cigarette dans le paquet du Bourbon. Arnold, lui, souriait de toutes ses dents.

- Pourldard.

/… … … … /

Septembre 2075

- Tu t'en vas ?

Jillian avait les larmes qui lui montaient et elle ne put les retenir plus longtemps. Ces perles empruntes de tristesse roulèrent le long de son joue avant de s'écraser sur le sol et de disparaître. L'adolescente de cinq ans son aîné la serra alors dans ses bras. Malgré leur différence d'âge, les deux jeunes filles s'étaient tout de suite entendues et surtout Marise ressentait le besoin de protéger la petite Jillian. Aujourd'hui, son œil était violacé, un véritable coquard sur le visage d'une petite fille de sept ans. C'était honteux.

- Tu reviendras ?

Marise eut un petit rire et serra davantage la petite dans ses bras.

- Je reviendrai pendant les vacances.

Jillian renifla bruyamment avant de lever les yeux vers elle.

- C'est loin Pleindelard ?

Un nouveau rire franchit les lèvres de la jeune femme tandis qu'elle hochait négativement la tête. Elle était têtue quand elle le voulait, mais cela lui donnait un air vraiment adorable.

- Poudlard, Jil'.

- Un jour, j'irai moi aussi à Poudlard.

- Peut-être, qui sait … répondit Marise tout en lui caressant les cheveux avec tendresse.

Après tout, elle se croyait normal elle aussi, jusqu'à ce qu'elle reçoive la lettre.