Chapitre 2
Si ce n'est pas toi ...
Quand un important événement s'apprête à changer le cours de votre vie et que votre devoir est de vous en rappeler et de le raconter vous commencez par : ce jour là j'étais en train de ... je m'apprêtais à quand ... Mais moi, justement, j'étais en train d'errer parmi le flot de pensés incohérentes qui m'entouraient. Rien d'inhabituel en somme. Rien qui ne puisse attirer l'attention ... Comme à mon habitude j'étais adossé contre la pierre froide et la douleur d'une plaie qui ne cicatrice jamais attirait particulièrement mon attention. Pourquoi ce morceau de cher enflé et noir de sang ? Pour rien très certainement ... Aucun rapport avec l'événement qui allait suivre. Et pourtant c'est à ce moment qu'il est arrivé au galop.
Le froid glacial qui m'entourait depuis des milliers d'années s'évaporait lentement. C'est ce premier changement qui me fit sortir de ma torpeur. Ce halo de stalactites était en train de fondre. Qu'est ce que cela voulait il dire ? Les détraqueurs étaient ils en train de s'en aller ? Le mal aurait-il reprit le contrôle de l'équilibre magique ? Pourquoi le vide qui nourrissait ma chaire se remplissait petit à petit par une autre atmosphère ? La différence de climat devint très subtile. Ce n'était plus le froid caractéristique du détraqueur. Non, c'était différent. C'était frais, c'était tendre. Son contact n'était plus mordant mais caressant. Et je me laissais porter par cette brise qui venait de briser l'indifférence qui m'habitait. Que ce passait-il ? Pour la première fois depuis mon affaissement sur ce sol en pierre, je levai la tête. Un sinistre craquement accompagna le mouvement de mon menton. Je ne grimaçais même pas. Mes nerfs avaient disparus depuis longtemps. Ils s'étaient enfuis avec la moitié d'âme que j'avais laissé partir.
A la pensé de ce que j'avais perdu tantôt, deux yeux d'acier me revinrent en mémoire. Ils me regardaient avec mécontentement, puis les yeux brillèrent et laissèrent une lueur de désespoir se manifester. Enfin, la pitié colora les nuances bleutées de ce regard. Je fermai les yeux brusquement. Encore cette pitié. Qu'on me laisse en paix si l'on ne pouvait m'aider. A l'époque, il avait taché de consolait ces deux perles azurs pour que les larmes ne coulent pas sur les joues de Narcissa. Il lui avait dit des mots doux, caressants et qui se voulaient rassurant. Elle avait hoché la tête, conquise par la portée de ma voix. Mes mains avaient ensuite remplacées les mots et pour la dernière fois je l'avais couché sur le lit. Cette nuit avait était la plus douce et la plus parfumée. Un soirée inoubliable, que la maîtresse avait gardé en tête jusqu'au jour de sa mort qui ne s'était pas fait attendre. Et pourtant, moi, moi qui avait était au cœur de ces émotions n'en gardait pas plus qu'un souvenir poussiéreux, comme une volute de fumée. Les couleurs, les odeurs et les regards disparaissaient au cœur d'une spirale lente et sombre.
Voilà donc à quoi je pensais alors que ma délivrance arrivait. La délivrance je dis. Pas celle qui me permettra de me sortir de ce corps puant et chaud. Non, tout simplement celle qui me sortira de cette prison. Donc alors que je ne l'attendais pas du tout, elle déboula devant les grilles de ma cellule. Mes yeux la heurtèrent. Mes les siens me chamboulèrent. Elle était trempée. Ses longs cheveux blonds foncés, parsemés de milles gouttes de pluie, lui tombaient jusqu'au bas du dos. Un bandana lui retenait les mèches rebelles. Ses oreilles paraissaient de ce fait plus grandes. DeS mitaines déchirées lui entouraient les mains à hauteur du poignet. Ses doigts se finissaient par de longs ongles où brillait un verni noir. Derrière les barreaux humides elle semblait se fondre dans le décor. Ses lèvres étaient violettes à cause du climat polaire et pourtant elle ne tremblait pas. Seul son regard tremblotait comme une flemme qui risque de s'éteindre. Un corset noir serrait sa taille et un pantalon retroussé jusqu'à mi-mollet l'habillaient. De grosses chaussures militaires noirs l'empêchaient de se retrouver pieds nus.
Après nous être mutuellement dévisagé, elle se recula. Une seconde plus tard, la grille vola en éclat. Un éclat de fer m'atteignit niveau de la tempe. Le sang coula mais la trace chaude qu'il laissa ne m'affecta pas. Je ne levai même pas la main pour l'étaler. Non, je le laissais coulé, comme je me laissais couler dans cette vie invivable. La jeune fille qui m'avait observé ne laissa rien transparaitre de ses émotions. Elle se détourna de moi et continua son chemin. C'est alors que je me rendis compte d'un fait important : j'avais besoin de la suivre ! Alors, comme si je venais de me réveiller d'un sommeil particulièrement agréable, je bondit vers la sortie. Mes jambes obéirent à mes désirs n'ayant, de toute évidence, le choix. L'odeur que dégageait ma libératrice me guida à elle. C'était une odeur de rouille après une forte pluie. Une odeur grinçante et humide. Mais attirante. Je me laissai guider. Au fur et à mesure que je montais les marches l'atmosphère se décomposait pour en former une autre.
J'aimerais vous décrire le bâtiment dans lequel j'étais resté prisonnier durant tous ces siècles, mais je ne saurai le faire. Car en traversant ces corridors à la recherche de la mystérieuse sorcière, mes yeux ne se laissaient point distraire par le décor qui m'entourait. Je n'y ai tout simplement pas fait attention. Etonnant ? Non, évidement.
Enfin, je la rattrapai. Elle marchait posément, presque lourdement. Mais sa stature était droite et sans le moindre reproche. Elle avait un pas conquérant. Elle avait envahie les lieus et ceux ci lui appartenaient. Voilà comment elle voyait les choses. Les gémissements qui l'entouraient ne la faisaient pas ciller. Ma présence, à ses côté, ne la faisait pas se retourner. Tout tournait autour d'elle. Il n'y avait qu'elle : elle et son aura froid comme le sable d'une plage après une longue nuit d'hiver. On avait envie de s'y enfouir. De se laisser engloutir par cette magie. De nouveau, Narcissa revint hanter les décombres de ma mémoire.
- Narcissa ...
Enfin, elle se retourna. Elle ouvrit la bouche, et répondit :
- Non.
Mes yeux s'agrandirent. Comment avais je pu être aussi stupide ! Bien sur que non ce n'était pas elle ! Même si elle lui ressemblait ! Où plutôt, sa magie lui ressemblait ! L'ignorance m'égara. Je redemandai, avec empressement :
- Narcissa ?
- Non.
Non. Non. Non. Toujours non ! Ce même non déterminé et sans couleur. Comme le non que l'on annonce à un enfant qui en veut encore : non ! Comme un homme à qui on refuse le cœur d'une femme : non ! Comme une femme à qui on enlève l'enfant : non.
- Si ce n'est pas toi ...
Elle ne répondit pas. Seul le son de nos deux pas fit échos à mes questions. C'est après une longue tirade de mots incohérents que je fini par demander ce que je voulais savoir :
- Qui es tu ?
Elle s'arrêta et se tourna vers mon visage tourmenté :
- Nos âmes s'appellent.
Merci à sybil666 !
